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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 12:11

RDC : Régionalisation, néo-fédéralisme et ségrégation

Écrit par Muzemba Charles Kukwikila

La signature de la loi sur la décentralisation de l’appareil étatique marque le début du morcellement de la République démocratique du Con (RDC) qui peut conduire à son implosion.


Les instigateurs de ce programme justifient le processus par le souci de déléguer le pouvoir décisionnel à l’arrière- pays et faciliter la participation des populations rurales à la gouvernance du pays.

Ce projet n’est pas un nouveau concept. Il doit ses origines dans le bouleversement politique qui a suivi l’accession du Congo à l’indépendance. La coalition des séparatistes et des anti-indépendantistes, lors de la conférence de Luluabourg en 1964, a introduit une Constitution « fédérale » prévoyant l’émiettement du Congo en 21 provincettes (reconnues autonomes), dont les provinces :

1. Cuvette centrale ; 2. Haut-Congo ; 3. Katanga oriental ; 4. Kibali-Ituri ; 5. Kivu central ; 6. Kongo central ; 7. Kwango ; 8. Kwilu ; 9. Lac Léopold II ; 10. Lomami ; 11. Lualaba ; 12. Luluabourg ; 13. Maniema ; 14. Moyen-Congo ; 15. Nord-Katanga ; 16. Nord-Kivu ; 17. Sankuru ; 18. Sud-Kasaï ; 19. Ubangi ; 20. Uele ; 21. Unité kasaïenne.

Aussitôt cette Constitution promulguée, les querelles entre les différents ténors politiques, principalement entre le Président de la République Kasa-Vubu et le Premier ministre Moïse Tshombe ‘accentuent.

Ceci se manifeste quand le président instruit Evariste Kimba de former le gouvernement bien que Moïse Tshombe et sa coalition la CONACO (Convention Nationale Congolaise) aient été vainqueurs du scrutin législatif en avril 1965.

Les résultats de ces élections sont contestés par plusieurs partis politiques qui recourent à La cour d’Appel. La Cour retient 8 plaintes et instruit la reprise des élections dans les provinces du Kivu Central, de Goma-Rutshuru, de la Cuvette Centrale, du Fizi, du Kwilu et du Maniema. Ces élections se tiennent en aout 1965.

Les relations tendues entre le Président de la République et le Premier ministre Tshombe rendent le bon fonctionnement de l’appareil de l’Etat difficile. Les résultats des élections ne résolvent pas les différends entre les deux principaux protagonistes.

Face à cette impasse et l’inertie politique, Joseph Désiré Mobutu, soutenu par le Haut Commandement de l’armée et les puissances occidentales, organise son second coup d’Etat en novembre 1965.

Aussitôt à la magistrature suprême de l’Etat, Mobutu suspend la Constitution fédérale et appelle à l’unitarisme. Il réduit les 21 provincettes à 9 provinces : Kinshasa, Bandundu, Equateur, Kasaï occidental, Kasaï oriental, Katanga, Kivu, Kongo central et province Orientale.

En fait, l’unitarisme avait toujours été le système de gouvernance préféré du Premier ministre assassiné, Patrice Emery Lumumba, et l’ensemble de la coalition nationaliste (Lumumbiste).

Pourquoi donc les Lumumbistes modernes ne s’opposent-ils pas au plan de néo-fédéralisme et d’émiettement du Congo, tel que proposé par la loi sur la Régionalisation?

L’absence d’un dialogue réel et inclusif sur la forme et le système de gouvernance, conformément à nos réalités et nos aspirations, bénéficie à l’élite politique minoritaire qui, depuis l’accession du Congo a l’indépendance, a toujours fixé les règles du jeu.

En 50 ans d’indépendance, le personnel politique a plusieurs fois changé mais le jeu est resté le même. Le peuple congolais n’est réellement pas impliqué dans les conversations sur son avenir.

L’unitarisme implique un seul foyer de décisions. Les structures régionales et sous-régionales sont responsables de mettre en exercice les décisions du gouvernement central.

Avec un tel système le gouvernement central décide unilatéralement et délègue son autorité aux structures appropriées pour la mise en application des décisions. Afin de s’assurer que la mise en application décisions reflète les souhaits et atteigne les objectifs identifiés, tout exercice d’une telle mise en application est accompagné d’un plan robuste de contrôle et d’évaluation.

Un système, fédéral de l’autre coté, est une alliance des Etats ou entités politiques autochtones. L’existence des états ou nations indépendants est une condition préalable. On ne parlera d’un fédéralisme que quand ces Etats acceptent de se soumettre à une Constitution. Cette condition n’existe pas en République Démocratique du Congo.

Néanmoins, il existe aujourd’hui un certain nombre de nations qui se définissent fédérales: USA, Suisse, Allemagne, Autriche et la Russie. Tous ces fédéralismes sont les résultats d’un accord entre les entités politiques autonomes.

Les Etats qui constituent les USA pratiquent un système unitaire avec des législatures bicamérales. Le Nigeria est l’unique fédéralisme qui a été établi à la suite d’un morcellement d’une nation indépendante.

Après la guerre civile (1967-1970), une Constitution fédérale semblable à celle des USA a été adoptée. Cette guerre avait été déclenchée à la suite de la sécession de la région du Sud-est à majorité peuplée par le groupe ethnique Igbo. Les Igbo ont établi la République du Biafra en vue d’assumer plus de contrôle des revenues du pétrole.

Réduire le tribalisme institutionnalisé

L’expérience fédérale au Nigéria peut servir de leçon aux néo-fédéralistes et ségrégationnistes congolais. L’introduction du néo-fédéralisme en RDC par son émiettement est justifiée dans un souci de réduire le tribalisme institutionnalisé. Mais, le tribalisme n’est pas un nouveau phénomène au Congo.

La colonisation belge s’est implantée en faisant appel à une vieille tactique que tous les faiseurs des empires ont utilisée : « Diviser pour mieux régner ».

Les Belges ont implanté l’ordre colonial en opposant de divers groupes ethniques et tribaux présent au Congo. Tout contact libre entre Congolais était interdit ou découragé.

C’est ainsi qu’à l’indépendance, la majorité des Associations et pseudo-partis politiques étaient fondés sur base des affiliations tribales. La coalition du Président de la République était l’Association des Bakongo (ABAKO. Le sécessionniste Tshombe a fondé la Confédération des associations tribales du Katanga (CONAKAT).

Il y a eu quelques autres groupes, dont l’Union des Batéké(UNIBAT) de Pierre Mombele, l’Association des Ressortissant du Haut Congo (ASSORECO), le Centre de Regroupement Africain (CEREA) de Anicet Kashamura, les Baluba du Katanga (BALUBAKAT) de Jason Sendwe, la Coalition Kasaïenne (COAKA) de Grégoire Kamanga, l’Union Kwangolaise (UKA) avec Albert Delvaux.

Le Parti Solidaire Africain (PESA) de Pierre Mulele et Cléophas Kamitatu est l’unique parti qui ne peut s’identifier par un groupe tribal.

Le pouvoir colonial et son instrument principal, l’Eglise catholique, maintiennent un contrôle ferme de tout aspect de la vie des Congolais. Par exemple, les Congolais ne peuvent pas se déplacer sans un-laisser-passer, les rencontres à caractère politiques sont interdits.

Cette stratégie est élaborée en vue de maintenir les Congolais étrangers les uns des autres et divisés, incapables de formuler une stratégie politique cohérente et commune ou d’élaborer un plan global d une libération de l’emprise coloniale.

A l’indépendance, les Congolais ne se connaissent pas assez. L’élite politique est composée d’individus issus du système d’éducation coloniale et de ceux qui y ont eu le privilège d’un emploi. C’est une classe minoritaire, la majorité des Congolais étant absente au processus politique qui se développe autour d’elle.

L’éducation coloniale est délibérément organisée pour perpétuer l’ordre colonial, le maintien de l’eurocentrisme dans tous les aspects du développent politique et économique.

Comme au Nigeria, la stratégie coloniale de division s’est bien enracinée dans les territoires congolais riches en matières premières et s’est manifestée par les sécessions du Katanga, du Sud Kasaï pendant que les tentatives de sécession en Equateur sont principalement exacerbée par l’opportunisme des individus tels que Jean Bolikango, Justin Bomboko et M. Anekonzapa.

Ayant échoué de gagner une responsabilité politique sur l’échiquier national et s’inspirant de la sécession katangaise, Jean Bolikango décrète la création de l’Etat indépendant de l’Equateur.

Cet Etat est constitué de trois Etats autonomes, dont l’Etat Mongo avec Justin Bomboko comme Président, l’Etat de l‟Ubangi avec M. Anekonzapa à la tête et l’Etat du Congo Ubangi avec Jean Bolikango comme Président.

La majorité des Congolais rejette le projet sécessionniste et divisionniste incarné par Moïse Tshombe, Jean Bolikango et Kalongi Mulopwe. Cela a été le catalyseur du maintien de l’unité du Congo.

Patrice Emery Lumumba a choisi de se rallier à la volonté des Congolais. Plus tard, Joseph Mobutu reconnaîtra la volonté des Congolais de rester unis et de choisir l’unitarisme plutôt que les divisions et ségrégations proposées par le néo-fédéralisme et le néo-colonialisme.

La lutte de Kimpa vita

Le rejet de l’entreprise coloniale et la dénonciation de ses valeurs asservissantes ne se sont pas manifestés qu’à l’aube de l’indépendance du Congo. Ils s’étaient déjà manifestés par les activités des patriotes comme Simon Kimbangu qui s’est résolu d’exposer les contradictions dans l’Eglise catholique.

En fait, les activités de Simon Kimbangu étaient un écho d’une voix qui était déjà entendue dans le Royaume Kongo aux 16e et 17e siècles. Il s’agit évidement de la voix de Kimpa Vita.
Née dans la noblesse du royaume Kongo, Kimpa Vita a mené un mouvement populaire dont les buts étaient d’unir ses compatriotes contre certaines pratiques de l’Eglise. Au moment de sa naissance (1684), un grand nombre de Kongolais est insatisfait de leurs dirigeants et de l'Eglise catholique car ils agissaient comme des agents de la traite des esclaves.

A l'âge de dix-huit ans, Kimpa Vita commence à organiser la résistance contre l'envahisseur par la sensibilisation de ses compatriotes. Elle attire l'attention sur les contradictions et le compromis de la nouvelle spiritualité chrétienne : «Les missionnaires prêchent la fraternité, alors que d'autre part ils agissent férocement en faveur des marchants des esclaves ».

Kimpa Vita sacrifie ses privilèges aristocratiques pour mener un mouvement anti-esclavage. Elle exhorte particulièrement ses compatriotes à renoncer le christianisme européen qui ne reconnaît pas de saints et des anges noirs.

Elle a lancé une révolution sociale en un moment où le royaume est ravagé par une guerre civile. Cette guerre a créé un vide de pouvoir à Mbanza Kongo quand trois familles se disputent la succession à la Couronne.

On peut déduire une forte similarité entre ce qui s’est passé au royaume Kongo en 1684 et les agitations de libération durant la période en amont de l’indépendance de la République Démocratique du Congo.

Ségrégation démographique et xénophobie

Les tenants du néo-fédéralisme, de la régionalisation et de la décentralisation réfléchissent toujours en termes des provinces riches (compte tenu des matières premières que regorgent leur sous-sol) et des provinces pauvres.

Le néo-fédéralisme, tel qu’il est proposé, ne réduira jamais le tribalisme. Il va plutôt transposer le tribalisme de l’échelle nationale à des divisions et antagonismes à l’échelle régionale et sous-régionale. Cette ségrégation territoriale nous mènera à une ségrégation démographique.

Il existe déjà dans la provincette du Kwilu, par exemple, des tensions tribales autour de la construction du barrage hydroélectrique de Kakobola. Les tensions se manifestent aussi entre les populations autochtones de Kikwit et les compatriotes Congolais qui s’y sont installés après avoir fui les conflits armés qui ravagent encore les provincettes à l’Est du Congo.

Ceci démontre qu’il nous sera difficile de visiter ou de s’installer dans une provincette dont on n’est pas originaire. De la ségrégation démographique naîtront les xénophobies.

Nous avons déjà connu l’expérience de la xénophobie et ses conséquences. En1992, alors qu’il était Gouverneur de la province du Katanga M. Kyungu Wa Kumwanza a initié un programme d’expulsion des non-originaires du Katanga. Le plan qui a particulièrement ciblé les ressortissants du Kasaï a coûté la vie à des milliers de nos compatriotes dont certains étaient forcés d’aller s’installer à Kikwit.

Ayant été initialement accueillis avec chaleur, ces compatriotes se sentent dans l’insécurité depuis que le programme néo-fédéral est institué.

Actuellement, dans sa capacité de Président de l’Assemblée provinciale, M. Kyungu maintient toujours son discours de xénophobie. Et, son slogan préféré est « Le Katanga aux Katangais ».
Ce slogan est mêmement répété au Kivu : « Le Kivu aux Kivutiens ». La xénophobie, le tribalisme, le séparatisme, l’intolérance et toute autre forme de divisions sont des cellules cancéreuses qui peuvent détruire une nation.

Les expériences récentes en Yougoslavie en 1900, au Rwanda en 1994 et en Côte d’Ivoire en 2002/2004 peuvent nous servir de leçons. Les fléaux de division peuvent être combattus sans pour autant compromettre l’intégrité, la cohérence et souveraineté du pays.

Interaction entre Congolais

L’introduction de la politique de permutation des fonctionnaires des services publics sous la Deuxième République a permis une interaction entre Congolais. Grâce à ces interactions, les barrières linguistiques, régionalistes et culturelles étaient significativement réduites.

Au fil du temps, il y a eu un climat de tolérance mutuelle, un libéralisme d’esprit et de mentalité aussi bien qu’une mansuétude collective des uns à l’égard des autres. Le système d’éducation a été un vecteur principal qui a contribué à forger des relations entre Congolais, à réduire les tensions et les divisions tribales.

Le Congo n’est pas le seul pays qui a été frappé par les divisions tribales, racistes, linguistiques et culturelles.

Après plusieurs années d’hostilité entre les catholiques et les protestants en Irlande du Nord (Royaume Uni), un protocole de paix était signé le vendredi Saint 10/04/1998.

Dès lors, les protestants et les catholiques siègent ensemble dans un même parlement. Il y a toujours des mécontents de part et d’autre, mais les deux tribus ont finalement ont réalisé que l’avenir de leur territoire dépend de leur capacité de faire route ensemble. Aujourd’hui, l’Irlande du Nord est le territoire britannique avec une balance économique croissante.

En Espagne le mouvement séparatiste de la Catalogne, ETA (Euskadi ta Askatasuna : pays basque et liberté) a annoncé un cessez-le feu permanant après 50 ans d’actes violents de terrorisme dans sa quête de réclamer l’indépendance de la Catalogne.

La Catalogne jouit d’un parlement et d’un gouvernement régional dans une Espagne unie et démocratique.

Risques d’implosion et de balkanisation de la RDC

Le programme ségrégationniste en cours met la République Démocratique du Congo sur un chemin dont la destination serait son implosion, suivie de l’annexion de l’Est du territoire par le Rwanda.

En effet, depuis que l’Est du Congo est le théâtre de conflits armés soutenus par le Rwanda, le pouvoir de Kigali a toujours été accusé de chercher la balkanisation de la RCD. Ce diagnostic n’est pas tout à fait correct.

Car, depuis plusieurs générations, les régimes successifs au Rwanda ont toujours recherché l’expansion du Rwanda au-delà de la frontière qui le sépare de la République démocratique du Congo. Un tel projet ne peut réussir que dans un contexte où l’Etat congolais est affaibli.

Les conquêtes expansionnistes du Roi Rwabugiri

Le morcellement du Congo en cours constitue une étape qui affaiblira le Congo et, au moment opportun et avec l’aide de certain Congolais, le plan de l’annexion sera initié.

De nombreux Congolais jugeront cette analyse alarmiste. Mais, considérant les faits historiques et réalités de l’évolution politico-sociale dans les deux pays au cours des vingt dernières années, il n’y a qu’une conclusion possible : le désir de l’expansion territoriale est une stratégie adoptée par l’élite politique du Rwanda.

L’écrivain et enquêteur français Pierre Péan retrace, dans son livre « Les carnages », les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, les différentes vagues des populations rwandaises qui se sont installées à l’Est de la RDC.

Il dit que, « dans la seconde moitié du 19ème siècle, les pasteurs tutsis, fuyant le régime violent du Roi Rwabugiri (KigeriIV), s’installent sur les Hauts plateaux du massif d’Itombwe à la recherche des terres pour pâturage ».

Face à la hausse démographique, le Roi Rwabugiri entame une campagne expansionniste dans les pays voisins. Il traverse le lac Kivu et conquiert Goma, Rutshuru, Walikale, Kahele et l’île Idjwi sur le lac Kivu.

Cette conquête permet la transplantation des milliers de sujets rwandais dans les zones conquises, menant ainsi à une explosion démographique dans le Kivu.

Dans une tentative échouée d’occuper le Bushi (territoire des Bashi dans le Sud-Kivu), Kigeri IV tombe malade et meurt sur la barge qui le ramenait à la rive opposée.

L’anthropologue belge Jean Vaselina confirme, dans son ouvrage « Le Rwanda Ancien, le Royaume des Inyenzi », que tous les territoires vaincus par Rwabugiri se sont reconstitués et les étrangers y sont restés.

Néanmoins, les conquêtes de Rwabugiri et les diverses vagues ultérieures d’installation des populations d’origine rwandaises ont suscité chez les Tutsis et leurs cousins Congolais, les Hima, l’idée de l’établissement d’un Etat des Volcans.

La volonté expansionniste des dirigeants rwandais n’est pas propre au seuls Tutsi. Les Hutu, quand ils étaient au pouvoir (190-1994), regardaient également vers les terres à l’Ouest.

Depuis 1990, l’Ougandais Yoweri Musevni et certaines puissances étrangères considèrent la proposition de retracer les frontières Est de la RDC.

Autour de 1900, un petit group de Rwandais s’installe au Nord de la ville d’Uvira dans la localité de Mulenge, au bord de la rivière du même nom. Ces Tutsi sont connus sous l’appellation de Banyamulenge.

Pour le besoin de main-d’œuvre dans les mines et les plantations, le pouvoir colonial belge importe les populations rwandaises. L’appellation Banyamulenge sera attribuée indistinctement à tout immigré Tutsi, de fraîche ou de longue date. Tous ces nouveaux immigrés ont le désir de s’établir définitivement dans le Kivu.

Alliances rwando-congolaises

Après les indépendances des deux pays, diverses des alliances se forment. La plus importante est celle qui regroupe l’Union Nationale Rwandaise(UNAR) de François Rukeba et Jérôme Katarebe, du côté rwandais, et le Conseil National de Libération(CNL) dirigé par Christophe Nbgennye et dont les opérations sur le terrain sont menées par Gaston Soumialot et Laurent Désiré Kabila, du côté congolais.

Les deux mouvements insurrectionnels se mettent d’accord pour renverser le « gouvernement fantoche » de Kasa-Vubu à Kinshasa. Une fois que cet objectif serait atteint, les deux groupes s’engageraient à renverser Grégoire Kayibanda assis à Kigali.

Un volet important du protocole d’accord entre l’UNAR et le CNL prévoyait qu’en cas de victoire sur le pouvoir central, une partie du Kivu (les territoires des Babembe, des Bavira jusqu’au Rutshuru) reviendrait aux Tutsi pour leur besoin de terres arables et de pâturages.

Ces accords n’étaient jamais honorés parce que l’insurrection armée était mâtée par le pouvoir central soutenu par ses alliés occidentaux.

Parallèlement à la stratégie armée, d’autres Tutsi, comme Barthélémy Bisengimana, se sont introduits dans les sillages du pouvoir Mobutiste et en ont obtenu la nationalité zaïroise/congolaise en 1972.

La détermination des populations rwandophones de s’installer en République Démocratique du Congo n’a pas de limites.

Quand, en 1981, le Comité central du Mouvement populaire de la révolution (MPR) remet en cause la loi sur la nationalité, les ténors de la communauté rwandophone au Zaïre écrivent une lettre de protestation au Secrétaire général de Nations Unies l’informant formellement de leur opposition à l’abrogation de loi sur la nationalité de 1972.

Dans cette communication, ils font allusion aux conquêtes du Roi Rwabugiri au19ème siècle de Goma, Rutshuru, Walikale, Masisi, KAhele et de l’île d‟Idjwi. Ils estiment que les populations rwandaises transplantées dans les territoires conquis devaient jouir de la nationalité zaïroise/congolaise.

Projet d’un « Etat indépendant » pour les populations rwandophones

Rappelons-nous que tous ces territoires conquis se sont reconstitués tout de suite après le décès de Rwabugeri. L’anthropologue belge nous confirme que tous les immigrés ont quitté les territoires conquis à la mort du Roi Rwabugeri.

Cyniquement, cet épisode dramatique dans l’histoire du Kivu est présenté comme une légitimité pour la nationalité zaïroise/congolaise.

La lettre adressée au Secrétaire de ONU par l’élite rwandophone au Zaïre/Congo a aussi été adressée au Président Juvénal Abyarimana. Cet acte montre clairement que l’expansionnisme n’est pas une stratégie monolithique aux Tutsis. Les Hutus le sont aussi.

L’explosion démographique au Rwanda est l’une des raisons principales de la stratégie expansionniste. Le retour des populations rwandophones poserait un problème social réel au Rwanda.

Le Président Abyarimana était déterminé à maintenir les Tutsi en dehors du pays. N’est-elle pas la même raison qui empêche les FDLR de rentrer au Rwanda ?

Le Président Abyarimana(le Hutu et l’allié de Mobutu dans la région) soutient la démarche des populations rwandophones, saisit la presse et certaines organisations internationales en faveur de la démarche des rwandophones zaïrois.

M. J Abyarimana demande à l’ONU d’imposer un référendum au Zaïre/Congo sous son Egide ou celle de l’OUA. Le Président Abyarimana justifie ce référendum dans un souci d’autodétermination des populations originaires du Rwanda (rwandophones) et de créer un Etat à part. Il souligne que ces populations sont persécutées au Zaïre/Congo. D’où, la nécessité de créer un Etat indépendant pour eux.

Soutenir une démarche de la création d’un Etat indépendant pour les populations rwandophones (à majorité Tutsi) installés au Congo était une stratégie des Hutu de réduire l’emprise des Tutsi aux structures politiques et économiques du Rwanda.

Créer un Etat pou les Tutsi ou les maintenir au Zaïre/Congo étaient une stratégie des Hutu de se débarrasser des Tutsi qui, par la brutalité de leur régime monarchique, les avaient dominés.

Le journaliste d’investigation Charles Onana décrit, dans son livre « Ces tueurs Tutsi, au cœur de la tragédie Congolaise », la cruauté de la monarchie Tutsi et explique comment les Tutsi, nomades hamites arrivés à la terre des Hutu en quête de pâturages pour leurs bétails, s’y sont imposés et ont créé une monarchie.

La détermination de Juvénal Abyarimana de chercher à réduire l’influence des Tutsi s’est fait sentir lors de chaque Sommet des Chefs d’Etat de la Communauté économiques des pays des Grands Lacs (CEPGL) qui réunissait le Zaire/Congo, le Rwanda et le Burundi.

Le Président rwandais a tenté à plusieurs reprises d’inscrire à l’ordre du jour « la convention de libre circulation des personnes et des biens » entre les pays membre de la CEPGL.

Le Président zaïrois Mobutu, par le canal de son chef de sécurité Honoré Ngbanda, avait toujours bloqué ces tentatives. Car, « signer une telle convention signifierait une invitation ouverte aux Tutsi rwandais et burundais à venir s’installer définitivement au Zaïre /Congo », argumentait-il.

Il serait injuste et irresponsable d’accuser tous les Tutsi ou tous les Rwandais de vouloir le mal du Congo ou des Congolais. Il serait autant injuste et irresponsable d’ignorer les comportements et discours de certains ténors de la communauté Tutsi, l’élite politique rwandaise, d’oublier les événements tragiques qui déferlent encore à l’Est de la RDC et de rejeter les analyses avisées des observateurs.

Par exemple, M. Roméo D’Allaire, le patron des Casques bleus quand le FPR arrive au pouvoir, témoigne dans son livre « J’ai serré la main du Diable », la conversation qu’il eue avec M. Paul Kagame à propos de l’établissement d’un Etat du Volcan:

« Ses yeux sont devenus comme fous et sa voix s’est levée de façon alarmante lorsqu’il a insisté en disant que le FPR allait imposer une hégémonie Tutsi sur la région des Grands Lacs ».

Des sommes énormes pour financer les 26 nouvelles provinces


La dernière observation concerne les prévisions pratiques du processus de balkanisation de la RDC.

La loi sur la décentralisation, telle qu’elle était promulguée, ne prévoit pas un mécanisme de contrôle et d’évaluation des performances de chaque provincette. L’établissement des nouvelles structures politico- administratives et leurs gouvernances ultérieures nécessitent des sommes énormes d’argent.

Pour un pays affaibli et appauvri par vingt ans de conflits armés, que représente le coût de la mise en application de l’article 2 de la Constitution néo-fédérale sur le budget national de l’Etat ?

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