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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 08:18

Vous avez dit «la fin de la crise de légitimité» ?

 
 
"Joseph Kabila" brandit théâtralement la Constitution qu’il venait de promulguer le 18 février 2006 

 

Où va la République démocratique du Congo? Ce pays se trouve-t-il à la veille d’une nouvelle crise de légitimité mettant face à face un tyranneau fascisant, corrompu, décidé à s’accrocher au pouvoir d’Etat et un peuple demandeur d’un autre avenir ? Que reste-t-il de la Constitution promulguée théâtralement en février 2006 - par le président sortant «Joseph Kabila» - laquelle proclame notamment le caractère «sacré» de la personne humaine et l’obligation incombant à l’Etat de la respecter? Que reste-t-il des principes qui y sont énoncés notamment l’égalité des Congolais devant la loi et le pluralisme politique? Que reste-t-il enfin des «préoccupations» ayant servi de «balise» au pouvoir constituant de 2006 à savoir notamment «instaurer l’Etat de droit», «contrer toute tentative de dérive dictatoriale» et «assurer l’alternance démocratique»? 

A plus ou moins deux semaines de la tenue des élections présidentielle et législatives, il apparaît qu’une alternance politique par la voie démocratique est illusoire en RD Congo. C’est un constat. Et non une fatalité tant il vrai que c’est l’action des hommes qui fait l’Histoire.

Malgré son échec socio-économique patent au bout de dix années passées à la tête de l’Etat, le président sortant «Joseph Kabila» tient à rempiler. Il veut demeurer calife à la place du calife. On se demande bien pour quoi faire alors qu’il n’a pas été en mesure de redonner l’espérance ; de faire rêver la grande majorité des Congolais. Pour conserver le pouvoir, le futur ex-locataire du Palais de la nation recourt aux méthodes fascistes : la tricherie et la violence. 

Au cours du point de presse qu’il a animé mercredi 2 novembre au siège de l’UDPS, le secrétaire général de cette formation politique n’a pas manqué de dénoncer l’intolérance politique, la violence et le traitement discriminatoire dont font l’objet les partis politiques de l’opposition. Les forces dites de sécurité sont "instrumentalisées" par le pouvoir politique. 

La violence politique est montée d’un cran depuis le démarrage de la campagne électorale, le 28 octobre dernier. Les éléments de la police anti-émeutes se comportent en miliciens du parti présidentiel, le PPRD. Le même rôle est joué dans l’arrière-pays par des agents de l’ANR (Agence nationale de renseignement). Ceux-ci s’estiment en droit de priver de liberté tout individu qui n’a pas un «faciès» politiquement correct. L’appareil judiciaire n’est d’aucun secours pour les citoyens qui ne disposent d’aucune voie de recours.

Le pouvoir kabiliste a recruté des voyous - le mot n’est pas trop fort - pour croiser le fer avec des paisibles citoyens dont le «crime» est d’avoir des convictions politiques différentes. Des motos ont été distribuées à des «chefs de gangs» kinois, les fameux «Pomba» et autres «Kuluna», pour semer la terreur au sein de la population. A Mbuji-Mayi et à Kisangani, des membres de l’opposition ont été agressés ou tués par la police. Le président fédéral de l’UDPS à Kisangani a passé près d’une semaine au cachot. Dans la capitale, plusieurs militants de ce parti ont été tués lors des manifestations pacifiques. D’autres croupissent dans divers cachots clandestins. Le pouvoir kabiliste devient une source d’insécurité pour la population. 

Lors du point de presse précité, on a appris que depuis deux semaines, le leader de l’UDPS et candidat à l’élection présidentielle, Etienne Tshisekedi wa Mulumba, attend d’obtenir les autorisations nécessaires en faveur trois aéronefs qu’il a loués en Afrique du Sud. Qui est l’auteur de ces tracasseries politico-administratives ? La Présidence de la République ? Le ministère des Transports ? L’autorité de l’Aéronautique civile? Quid du code de bonne conduite? «L’UDPS a assez supporté», a dit Shabani Lukoo avant de fustiger des «méthodes propres aux dirigeants aux abois, sans bilans et honnêtement sans ressources morales et intellectuelles à faire prévaloir.»

Lors de la signature à Lusaka, en juillet 1999, de l’Accord de cessez-le-feu entre le gouvernement de Laurent-Désiré Kabila et les mouvements rebelles (RCD et MLC) qui lui disputaient le pouvoir, les participants avaient identifié la «crise de légitimité» comme étant la cause des conflits cycliques au Congo-Zaïre. 

Qu’est ce que la légitimité ? 

La légitimité est certes le fait pour un pouvoir d’être investi suite à une décision populaire. Reste que la légitimité dans le cas de cet édito est le fait pour un pouvoir d’exister en conformité à la volonté des gouvernés. Pour être légitime, l’Etat, en tant que pouvoir politique, doit être efficace. C’est à dire apte à rencontrer les aspirations autant que les préoccupations de la population. Il n’y a point de légitimité sans adhésion populaire à un pouvoir. Cette adhésion n’a jamais été un acquis. C’est une conquête de chaque jour.

Un pouvoir peut-il se dire légitime alors qu’il est inapte à assurer les conditions minimales de sécurité pour les personnes et les biens ? Un pouvoir peut-il se targuer de l’épithète "légitime" alors qu’il est incapable de permettre à la population d’avoir accès aux services sociaux de base (eau potable, électricité, soins de santé de base, éducation, transport) ?

A Lusaka comme à Sun City, les représentants des forces politiques et sociales avaient plaidé pour l’avènement d’un «nouvel ordre politique» en RD Congo. Un nouvel ordre politique fondé sur des valeurs démocratiques que sont le respect de la vie et de la dignité de la personne humaine, la liberté, la justice, l’égalité. Cette volonté a été traduite dans la Constitution de 2006.

Cinq années après, cette Loi fondamentale promulguée en 2006 n’est plus qu’une coquille vide. Elle est battue en brèche par la «dérive dictatoriale» tant redoutée par les législateurs. L’institution «Président de la République» a littéralement phagocyté les autres institutions que sont le Parlement, le Gouvernement et les Cours et tribunaux.

Il faut, dès lors, être un parfait naïf pour espérer l’avènement le 28 novembre prochain d’une alternance politique par la voie démocratique. Fatalisme? Assurément pas. Réalisme. 

La RD Congo s’achemine lentement mais sûrement vers une nouvelle «crise de légitimité», aux conséquences imprévisibles. Aucun Congolais digne de ce nom ne peut sérieusement croire à la victoire du président sortant «Joseph Kabila» dans le cadre d’une élection libre, transparente et démocratique. Aucun Congolais soucieux de l’intérêt national n’est disposé à voir l’actuel locataire du Palais de la nation trôner à la tête de ce pays au cours des cinq prochaines années…

Baudouin Amba Wetshi 
© Congoindépendant 2003-2011

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