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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 17:26
Respect des textes en RDC et capacité citoyenne de s’indigner. Le cas du code de bonne conduite
 
Avoir des textes, les signer et en respecter l’esprit ne va pas toujours ensemble en RDC. La culture des textes et une certaine éthique politique sont indispensables à leur gestion citoyenne. Les idéologies perpendiculaires des groupes dirigeants sont souvent contraires aux textes qu’ils signent. Les gouvernants actuels du Congo (RD) ont choisi de gouverner avec le soutien des milices armées.  Le témoignage de Kikaya Bin Karubi est très éloquent sur cette question.
 
 Depuis 2006, le pays est doté d’une constitution. Ce texte est supposé être notre loi fondamentale ; du moins pour ceux et celles qui y croient. Ce texte soutient que « la vie humaine est sacrée » dans un pays où le droit à la vie (garanti par le respect des droits civils, socio-politiques, culturels et économiques) est purement et simplement ignoré. Victimes de l’obscurité et de l’obscurantisme politico-idéologique, plusieurs de nos compatriotes en sont venus à croire que quelques-uns d’entre nous et/ou des étrangers ayant mis notre pays sous-tutelle avaient le droit de vie ou de mort sur nos masses populaires ! Les massacres et les exécutions extrajudiciaires sont devenus monnaie courante chez nous ; la justice pour les victimes inexistante.
La fameuse loi fondamentale susmentionnée indique les conditions devant être remplies pour qu’une manifestation politique (par exemple) ait lieu. A voir comment les manifestations politiques sont réprimées chez nous, il ne serait pas exagéré de soutenir que les forces de police commises à la sécurité des personnes et  de leurs biens obéissent à des ordres foulant au pied ladite constitution.  Il arrive même que ne faisant aucune allusion aux textes qui régissent les manifestations publiques, « les experts du Congo RD » en viennent à poser  des questions apparemment « réalistes »  du genre : « A quoi bon organiser des manifestations si vous êtes convaincus qu’elles seront brutalement réprimées ? »  Ce genre de questions va dans le sens de la criminalisation des manifestants sans un souci sérieux de se référer  aux textes sur lesquels la gestion de la cité congolaise est fondée !
Si la constitution, la loi fondamentale du pays, est constamment traitée comme du papier hygiénique,  quelle garantie nos populations ont-elle que le code de bonne conduite (que les  partis politiques sont appelés à signer pour des élections apaisées) pourra être respecté ? Cela dans un pays où le droit et la justice ne rentrent pas dans les préoccupations fondamentales des gouvernants ?
Le spectacle hideux  auquel nous assistons aujourd’hui chez nous est fondamentalement lié à la création de la zone de non-droit orchestrée par les initiateurs de la guerre de basse intensité de 1996 et les élites compradores Congolais et Africains. Les discours de bonnes intentions et « la bonne volonté » manifestée par  les candidats aux prochaines élections (probables) de novembre 2011 ne suffiront pas à éradiquer le mal ; celui-ci est trop profond. La complicité entre les multinationales, les seigneurs de guerre, les hommes et les femmes politiques Congolais de la sous-région des Grands-Lacs  (de cette même sous-région) a relégué  le respect du droit à la vie des populations Congolaises à l’arrière-plan. La signature des textes risque de n’être que de la poudre jetée aux yeux de nos populations si nous tenons compte de l’implication de certains de ces acteurs apparaissant aujourd’hui sur la scène publique  dans des combines marchandes avec « les cosmocrates » et les crimes de tous ordres qui s’en sont suivis.
 
Depuis notre indépendance politique biaisée jusqu’à ce jour (et avec la guerre de basse intensité de 1996), la politique Congolaise (comme celle de plusieurs pays du monde) est dévoyée. Elle poursuit d’autres objectifs que le service de la cité dans la justice et le droit.
« La politique, disait le Pape Benoît  XVI au Bungestag, doit être un engagement pour la justice et créer des conditions de fond pour la paix. Naturellement un politicien cherchera le succès qui en soi lui ouvre  la possibilité de l’action politique effective ! Mais le succès est subordonné au critère de la justice, à la volonté de mettre en œuvre  le droit et l’intelligence du droit. Le succès peut aussi être une séduction, et ainsi ouvrir la route à la contrefaçon du droit, à la destruction de la justice. »   Comme plusieurs pays du monde marqué par la crise financière, le Congo dit démocratique vit dans le déni du droit. « ‘Enlevé le droit- et alors qu’est-ce qui distingue l’Etat d’une grosse bande de brigands ?’ a dit un jour saint Augustin, poursuit le Pape. »  Et se référant à son pays, il dit : « Nous Allemands, nous savons par expérience que ces paroles ne sont pas un phantasme vide. Nous avons fait l’expérience de séparer le pouvoir du droit, de mettre le pouvoir contre le droit, de fouler aux pieds de droit, de sorte que l’Etat est devenu (sous Hitler) une bande de brigands très bien organisée, qui pouvait menacer le monde entier et le pousser au bord du précipice. » (Lire le discours du Pape au Bundestag du 22 septembre 2011)
 
La permanence de la zone de non-droit chez nous est aussi liée à la présence de « l’Hitler Africain », Paul Kagame, « ami chéri » des concepteurs et des initiateurs de la guerre de basse intensité de 1996 et  « maître incontesté » de la sous-région des Grands-Lacs ! Il fait et défait ses « collabos » dans la sous-région en perpétuant la zone de non-droit.
 
Pour rappel, dans un câble datant du 08 mai 2009 et publié par  WikiLeaks, Kikaya Bin Karubi, ancien secrétaire particulier de « Joseph Kabila » soutenait que pour gagner aux élections en RDC, il fallait avoir une milice. Son chef et Jean-Pierre Bemba lui servaient de référence.Il est possible que plusieurs compatriotes n’aient pas lu l’échange de Kikaya Bin Karubi avec l’ambassadeur américain  en RDC William J. Garvelink au cours  duquel il affirmait que « les personnalités  et les partis politiques en Afrique ont besoin de la force militaire pour réussir, soulignant ». Cela rend difficile la compréhension de la folie des forces de sécurité converties en milices du pouvoir en place, en plus de nos jeunes abrutis à dessein pour être utilisés comme des « Pomba » par le pouvoir de Kinshasa. Le discours criminalisant les manifestations de l’opposition politique- à l’exception de leurs excès- participe de cette ignorance réelle ou feinte des options majeures des gouvernants de Kinshasa en marge des textes qu’ils signent officiellement. L’usage permanent de la violence et de la corruption est l’une de ces options.
Quand, dans ce contexte, la CENI en appelle à la signature du code de bonne conduite, qu’est-ce que cela veut dire ? Que les signataires autres que le pouvoir en place se plient à l’usage permanent de la violence et de la corruption par le pouvoir en place sans s’en indigner ? C’est peut-être là le subterfuge.
 
Dans le discours du Pape auquel nous avons fait allusion et dont nous partageons l’essentiel du contenu, Benoît XVI estime que  la résistance peut se justifier dans les cas où les lois d’un pays portent atteinte à la dignité de l’homme et à son humanité, fussent-elles des lois votées majoritairement. « Au troisième siècle, soutient-il, le grand théologien Origène a justifié ainsi la résistance des chrétiens à certains règlements juridiques en vigueur : ‘Si quelqu’un se trouvait chez les Scythes qui ont des lois irréligieuses, et qu’il fut contraint de vivre parmi eux…celui-ci certainement agirait de façon très raisonnable si, au nom de la loi de la vérité qui chez les Scythes est justement illégalité, il formerait aussi avec les autres qui ont la même opinion, des associations contre le règlement en vigueur..’ »
Revenant à l’histoire de son pays et du monde, le Pape note que « sur base de cette conviction, les combattants de la résistance ont agi contre le régime nazi et contre d’autres régimes totalitaires, rendant ainsi service au droit et à l’humanité toute entière. Pour ces personnes il était évident de façon incontestable que le droit en vigueur était, en réalité, une injustice. »
Créer des textes de lois  et/ou des règles accommodants  pour le pouvoir en place ne serait pas une invention de la CENI au Congo. Le système capitalo-parlementariste dominant a excellé dans ce domaine, aidé par la lobotomisation des masses populaires. La montée des indignés à travers le monde semble sonner le glas du sommeil déresponsabilisant les citoyens. Pourvu que de l’indignation, plusieurs citoyennes et citoyens passent à l’engagement dans les institutions dirigeantes pour y insuffler un nouvel esprit ! (Lire à ce sujet, l’interview accordée à Stéphane Hessel et intitulé Engagez-vous ! Entretiens avec Gilles Vanderpooten, Paris, Editions de  l’Aube, 2011.)
La signature du code de bonne conduite ne devrait pas enlever aux Congolaises et aux Congolais épris de paix, de droit et de justice leur capacité d’indignation et de résistance face à « un pouvoir-os » ayant fait du recours à  la violence et à la corruption  des éléments essentiels de son mode de gouvernement s’il arrive que les résultats des (probables) prochaines élections  pas à répondent au choix réel des électeurs. Cela à parti des témoignages et des preuves à l’appui.
 
 
J.-P. Mbelu

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