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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 11:53

RDC : La théorie du complot de la balkanisation

par Kalle Stone, mardi 20 septembre 2011, 00:57

Complot de la balkanisation et /ou de la Sud-americanisation de la RD Congo et de l’Afrique Noire. Wikileaks, l’ambassade des USA à Kinshasa et la plate-forme « NON à la Balkanisation de la RDC ».

La « Une » du Potentiel n°5317 de Mercredi 31 août 2011, titrée « Révélation de Wikileaks :la balkanisation de la RDC préoccupe les USA », a pour sous-titre « 29.08.11.Wikileaks :l’Ambassade des USA à Kinshasa identifie ceux qui répandent la théorie de la balkanisation du Congo ».

Le Quotidien de l’avenue de Bas-Congo reproduit in extenso le câble diplomatique et confidentiel de l’ambassade des USA à Kinshasa adressé au Département d’Etat. Ce câble diplomatique, révélé par le site de Jullian Assange, cite nommément Freddy Mulumba Kabuayi,ADG du Groupe de presse Le Potentiel ainsi que Emmanuel Kabongo Malu, Directeur politique du même Groupe ,écrivain et philosophe, comme les intellectuels radicaux qui répandent la « Théorie du complot de la balkanisation de la RDC ».Pour les diplomates américains, les théoriciens du complot de la balkanisation soutiennent que « les intérêts américains supportent les efforts supposés du Rwanda d’annexer le Kivu et de monopoliser les ressources de la région ».En conséquence, « la mission diplomatique américaine est donc en train d’identifier ceux qui sont pour ou contre cette théorie du fait que les Etats-Unis sont cités parmi ceux qui soutiennent les agresseurs de la RDC ».En conclusion, écrivent encore les diplomates américains « la balkanisation doit être un élément important de la stratégie à déployer dans les efforts de rayonnement de la Mission(diplomatique) ».

CES CABLES AMERICAINS QUI NOUS ENDEUILLENT DEPUIS 1960 !

Comme dit un vieux proverbe Luba : « Ceux qui écrivent et ceux qui pensent ne peuvent être condamnés ou sauvés que par leurs écrits et leurs pensées ». C’est pourquoi, il est temps de rendre compte à notre peuple du tenant et des aboutissants de ce que les Américains nomment perfidement : « La théorie du complot de la balkanisation de la RDC ».

D’emblée, notre peuple doit de se rappeler que notre histoire est malheureusement jalonnée de ce genre de « câble diplomatique »et de ce genre d’indexations dangereuses qui donnent généralement lieu à des deuils nationaux ! Comme quand les mêmes Américains taxaient les nationalistes congolais dont Lumumba de « communiste »,et ordonnaient à Larry Davlin, le chef de la Cia d’alors à Kinshasa que l’ élimination du premier Premier ministre congolais était une priorité des priorités ! Cinquante ans après ces péripéties douloureuses, le câble diplomatique ne déroge pas à la règle quand il affirme : « la balkanisation doit être un élément important de la stratégie à déployer dans les efforts de rayonnement de la Mission (diplomatique) (sic !)». ! Chassez le naturel, il revient au galop ! Oui, n’oublions pas l’avertissement du théologien Reinold Nieburh sur « l’abîme de mal dans lequel peuvent plonger les hommes et les communautés … quand ils essaient de jouer le rôle de Dieu dans l’histoire ». Oui, les Américains sont entrain de recomposer les frontières du monde pour mieux l’asservir.

DE LA BALKANISATION A LA SUD-AMERICANISATION DE L’AFRIQUE NOIRE

Ces deux dernières décennies durant, la terre congolaise et le Peuple congolais sont victimes d’actes de destruction méchante de vies et de l’environnement, de spoliation des ressources, des violations massives du droit à la vie et viols des femmes et enfants, violences massives et globales que d’aucuns qualifient comme « …L’une des tragédies humaines les plus révoltantes et les plus scandaleuses depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».

Une telle tragédie ne peut qu’interpeller les élites et les hommes de bonne volonté. En effet, la mission première des élites intellectuelles dignes de ce nom est de penser leur société et de penser le bonheur de leur peuple. Cette mission postule de notre capacité et stratégie contributive optimale dans le combat à livrer contre la misère et la mort de l’homme, de notre communauté congolaise piétinée, asphyxiée.

Pour nous en effet, les violences sans préavis que subissent les Congolais ont pour maître d’œuvre les Etats–Unis d’Amérique et pour exécutants les pays satellites des USA en Afrique noire que sont le Rwanda, l’Ouganda, l’Angola, l’Afrique du Sud. Ces violences visent deux buts organiquement et dialectiquement liés, à savoir : d’une part, que nous les Congolais sommes des victimes de massacres qui ont pour objectif de nous terroriser et de vider notre pays de ses populations afin de permettre une exploitation tranquille des ressources minières ». Le désastre humain et humanitaire draine à son tour le désastre culturel, dans lequel se dilue toute distinction entre le bien et le mal. Ainsi l’objectif politique de la guerre actuelle en R.D.C. est d’émietter le géant de l’Afrique en petits États alimentaires dont le budget dépendrait de l’aide américaine et de leurs multinationales. La balkanisation /sud-américanisation enlèverait à ce pays toute velléité de devenir une « grande puissance ». D’autre part, la sud-américanisation de la République démocratique du Congo porterait ainsi un coup fatal à la renaissance africaine dont l’articulation majeure est de constituer un État Fédéral Africain s’appuyant sur les richesses minières, énergétiques de la République démocratique du Congo ! Rôle qu’ont joué l’Allemagne et son bassin de la Ruhr dans la construction, en cours et sous nos yeux, des Etats-Unis d’Europe.

En effet, balkanisée en 1885 à Berlin, les Etats d’Afrique Noire, comme tous les régimes des Balkans, sont restés relativement stables et ont pu ainsi prétendre à la personnalité juridique internationale. Mais le processus en cours est, non la balkanisation mais la sud-américanisation de l’Afrique Noire. Aujourd’hui, la sud-américanisation que les Etats-Unis appliquent à l’Afrique Noire va aboutir à ceci ,comme l’écrivait Cheikh Anta Diop, il y a près de 60 ans: « On verrait une prolifération de petits Etats dictatoriaux sans liens organiques, éphémères, affligés d’une faiblesse chronique, gouvernés par la terreur à l’aide d’une police hypertrophiée, mais sous la domination économique de l’étranger, qui tirerait ainsi les ficelles à partir d’une simple ambassade, comme ce fut le cas au Guatémala, où l’on assista à cette situation extraordinaire :une simple compagnie étrangère, l’United Fruit (U.S.A.),renversa le gouvernement local pour lui substituer un autre à sa convenance, en liaison avec l’ambassade américaine, prouvant ainsi la vanité de la prétendue indépendance d’un tel État ». Nous disons donc qu’après la balkanisation de l’Afrique Noire en 1885, le morcellement en cours que subissent nos Etats, et donc la première victime est le Soudan, c’est la sud-américanisation dont le maître d’œuvre sont les Etats-Unis d’Amérique, lesquels s’en prennent à la RD Congo, leur seconde victime avant le Nigeria, puis toute l’Afrique Noire. C’est la pire colonisation qui va anéantir l’Afrique Noire comme espace vital pour les Africains et Afro descendants. L’histoire nous fournit quelques indications sur la nuisance des Etats-Unis d’Amérique en la matière.

En effet, La puissance nord-américaine est assise sur l’impuissancisation des autres Continents, soit par la balkanisation, soit par la sud-américanisation soit par l’annexion. Et, en matière de balkanisation/et ou sud-américanisation pour ruiner les puissances concurrentes, les Américains détiennent une grande expérience : c’est ce qu’ils ont fait en Amérique du Sud, à l’ex-URSS, à la Corée ! Le Canada est vassalisé et annexé dans l’ALENA (Alliance des Etats d’Amérique du Nord). N’oublions pas l’histoire : c’est en patriotes convaincus, voire en nationalistes chauvins ,que les dirigeants des Etats-Unis, fidèles aux préceptes d’Alexander Hamilton ,ont d’abord étendu leur territoire national aux dépens de la France, de l’Espagne, de Mexique, du Canada et de la Russie, puis proclamé la doctrine Monroe faisant de l’Amérique Latine leur sphère d’influence exclusive. Torpillant au passage l’idée d’unification de l’Amérique du Sud défendue par Simon Bolivar .

D’où cette légitime interrogation : comment l’Amérique opère-t-elle pour sud-américaniser l’Afrique Noire aux fins de débiliter à jamais le Continent Noir et assurer sa puissance infinie ?

MASSE GEOSTRATEGIQUE AMERICAINE ET PUISSANCE INFINIE

Pour se construire comme masse géostratégique puissante (un grand territoire, de grandes richesses et une grande population), les Américains ont inventé la théorie de Nouvelles Frontières (à base de laquelle ils ont annexé toutes les terres environnantes jusqu’en ALASKA et HAWAI) ;la doctrine Monroe (à base de laquelle ils ont empêché l’Amérique du Sud de se constituer en véritable masse géostratégique en torpillant les Etats-Unis d’Amérique du Sud préconisés par Simon Bolivar); le containement (théorie selon laquelle les puissances concurrentes doivent être empêchées d’étendre leur territoire et d’accéder aux matières stratégiques, en l’occurrence l’ex-URSS).Le bilan de cette razzia expansionniste américaine, à ce jour, donne ce panorama : les Etats-Unis d’Amérique ont morcelé et maintenu sous leur dépendance l’Amérique du Sud dans le « Mercosur » ;les Etats-Unis ont vassalisé le Canada et le Mexique en créant « l’ALENA »; les Etats-Unis ont maintenu l’Europe, reconstruite avec les fonds américains du « Plan Marchal », sous la dépendance militaire dans le Pacte Atlantique, avec des bases militaires en Allemagne et ailleurs en prévision du bouclier anti- nucléaire; les Etats-Unis ont démantelé l’Union Soviétique en des républiquettes fragiles qui recherchent sa protection contre l’Ours Russe; en Asie aussi, les puissances émergentes n’échappent pas à l’œil du Cyclone : le puissant Japon s’abrite militairement sous le parapluie américain face à la puissante Chine qui n’est après tout que l’Usine à bas prix du monde occidental dont les Etats-Unis assument le leadership non encore vaillamment contesté ! Israël, au Moyen-Orient joue au gendarme, sous les auspices de la puissance américaine. Ajoutons à ce panorama idyllique de la toute puissance américaine quelques hiatus : la superpuissance unipolaire, surendettée (la main-d’œuvre chinoise prend en charge la vie luxueuse américaine) et guerrière( elle mène 5 guerres de colonisation qui agacent tout le monde), est victime de quelques velléités indépendantistes : la Chine veut accéder aux ressources stratégiques africaines tandis que l’Europe, avec son Union Européenne veut accéder au respect dû à une puissante masse géostratégique en construction ! Ainsi, et de toute évidence, il n’y a que l’Afrique qui échappe, sous quelques angles à la toute puissance américaine. Comment donc s’accaparer de cette Afrique, territoire immense, richesses innombrables et populations en expansion pour un marché immense ? Les Américains déroulent les trésors de leur immense félonie néocoloniale !

L’INCOMMENSURABILITE DE LA NOTION DE SECURITE

La théorie qui va présider au nouveau dépècement de l’Afrique, après la balkanisation de 1885, s’articule sur la notion de sécurité. En effet, depuis la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à la fin de la guerre froide, la notion du besoin sécuritaire des grandes puissances était cantonnée sur la donne militaire. C’est ainsi que la plupart des Etats se sont lancés dans la logique de la construction des systèmes de sécurité, basés uniquement sur le renforcement de leurs capacités militaires. A la fin de la guerre froide, la notion du besoin sécuritaire prend une dimension beaucoup plus globale. La notion de sécurité est ainsi considérée comme étant une réalité beaucoup plus complexe, pour ne pas se limiter qu’à la composante militaire. Certains spécialistes anglo-saxons, comme Barry Buzan, Richard Ullmann, et Tuchman Matthew vont se positionner en faveur de l’élargissement de la notion de sécurité à d’autres domaines.

En 1983, Buzan, politologue et polémologue britannique publie : « People, State and Fear : An agenda for international Security studies in the Post-Cold War Era ». Il y évoque la nécessité d’appliquer le concept de sécurité à d’autres domaines tels que le politique ,l’économique, le sociétal et l’environnement. Dans la pensée de Buzan, le secteur politique englobe tout ce qui a trait à « la stabilité organisationnelle des Etats, des systèmes de gouvernement et des idéologies qui leur donnent la légitimité » ; le secteur économique renvoie à « l’accès aux ressources, aux finances et aux marchés ,nécessaires pour soutenir des niveaux acceptables de bien-être et de puissance étatique » ; le secteur sociétal englobe « la durabilité à l’intérieur de conditions acceptables pour leur évolution, de modes traditionnels de langue, de culture et d’identité religieuse et nationale, et de coutumes » ; le secteur environnemental concerne « le maintien de la biosphère locale et planétaire comme le système de soutien essentiel dont dépendent toutes les autres entreprises humaines ». Ainsi selon Buzan, on ne peut pas parler de la sécurité sans lui associer 3 réalités que sont : l’Etat, l’individu et le système international. Le lien entre les trois, selon lui, est que la sécurité de l’individu et du système international dépend de celle des Etats. Buzan soutient que la force et la faiblesse des Etats dépendent de leur niveau de stabilité institutionnelle et de leur cohésion sociopolitique interne, parce que l’intégration humaine est perçue comme préalable à la recherche de la sécurité car la cohésion sociopolitique au sein d’un Etat dépend du degré de sécurité et de bien-être du citoyen. Dans ce cas, la sécurité des Etats et celle du système international dépendent aussi des individus (dont les autorités politiques), puisque ce sont eux qui peuvent le déstabiliser à travers l’organisation des mouvements de contestations, des rébellions et autres actes subversifs ou terroristes. Et l’analyse de ce raisonnement ressort l’idée de l’existence des liens d’interdépendance entre l’individu (responsable politique ou citoyen), l’Etat et le système international. D’ou la thèse de Buzan : « la création d’Etats plus forts (stables) est une condition nécessaire, à la fois pour la sécurité nationale, pour la sécurité individuelle et pour la sécurité internationale ».

Et, dans un contexte où la crise mondiale pousse les puissances à la recherche de nouveaux pôles d’expansion économique ; où les rivalités sont grandissantes entre les puissances occidentales et les puissances émergentes (BRIC ou BASIC : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ;où les guerres civiles deviennent régionales comme au Pakistan, dans le Sahel, dans la corne de l’Afrique et dans la région des Grands Lacs africains ; - dans ce contexte, les pays dits faibles présentent un risque élevé pour la sécurité mondiale. Pour Buzan, les pays faibles présentent un cocktail de facteurs qui alimentent une conflictualité « à fleur de peau » et sont caractérisés par la fragilité du système démocratique, la faiblesse et/ou l’effondrement des institutions étatiques (l’absence de l’Etat et surtout de l’autorité de l’Etat en tant que principal acteur régulateur de l’ordre social, politique, économique et sécuritaire), l’instrumentalisation des différences identitaires, lutte pour le contrôle des ressources naturelles et énergétiques, ainsi la criminalisation des circuits économiques et financiers couplés avec la paupérisation accrue des populations. Les pays dits faibles apparaissent comme le berceau de l’insécurité, l’ilot de beaucoup de fléaux du monde et le terreau de beaucoup de problèmes. C’est donc sous ce prisme de pays faibles qui insécurisent les grandes puissances que l’Afrique et la RDC vont désormais être scrutées. Ainsi, si au 18°siècle l’Afrique va être balkanisée par l’Europe sous le prétexte de « civilisation », au 20° siècle c’est le label sécuritaire qui va présider à sa sud-américanisation par les Etats-Unis d’Amérique.

LA RDC EST DANS L’ŒIL DU CYCLONE :LE COLLAPSUS ETATIQUE ET INSECURITE MONDIALE !

Accaparée par la jouissance ,la classe dirigeante congolaise ne s’est pas rendu compte que l’ affaiblissement intérieur et extérieur de leur pays(après les programmes d’ajustement structurel de 1980-1986 initiés par les fameuses Institutions de Bretton Woods) avait conduit les spécialistes Américains à considérer la RDC comme un Etat faible, aux côtés de l’Afghanistan, de la Somalie, de l’Irak, qu’ils définissent comme « un Etat n’ayant pas la capacité de mettre en place et de maintenir ses institutions publiques, de protéger son peuple contre de conflits violents, de contrôler son territoire ou de répondre aux besoins fondamentaux de sa populations ».

Ainsi, dès le 5 juin 1986, le professeur Steven Metz de l’US Army War College publie une étude approfondie sur la situation du Zaïre pour évaluer les possibilités de sa division. Marina Ottaway, dans ses considérations doctrinales et stratégiques sur ces pays dont spécifiquement le Zaïre d’alors, préconise « que certains Etats en situation de gestion déficitaire ne puissent inspirer de la compassion à des segments de la communauté internationale. Elle n’estime que la responsabilité des puissances mondiales telles que les Etats-Unis ne se trouve pas engagée dans les cas des Etats se trouvant en situation de collapsus étatique. Le respect des frontières coloniales et le principe de non ingérence constituent le fondement de l’Organisation de l’unité Africaine mais aujourd’hui le monde n’est plus dans l’obligation de les considérer comme des principes sacro-saints. Elle soutient que dans les années 60, cette reconnaissance était un acte de sagesse de la part des dirigeants des nouveaux pays africains. En coupant court à des revendications territoriales avancées sur base de l’histoire coloniale, ils ont évité bien de guerres. Les Etats-Unis ont eu raison, eux aussi, de reconnaître les frontières. Mais quarante ans plus tard, ce choix n’a plus les mêmes conséquences. Sans protéger les Etats de litiges territoriaux, ils confèrent une reconnaissance internationale à des Etats qui n’existent plus. Un principe sain, visant à prévenir les conflits interétatiques, est devenu un écran derrière lequel se cachent les seigneurs de guerre et gouvernements incapables. Il est donc temps, pour les Etats-Unis, de prendre position sur ce problème non pour plaider en faveur de la modification des frontières ,ou d’un nouveau partage de l’Afrique, mais simplement pour faire savoir que les Etats Africains ne peuvent compter sur une reconnaissance et une protection éternelles ». Au centre de ces réflexions, il y a bien entendu la RDC qui est visée, et qui en sera la première application concrète. La brutalité dont les Etats-Unis feront montre en mettant fin au régime du Maréchal Mobutu n’a d’égal que la détermination avec laquelle la même puissance l’aura soutenu des années durant. Mzée Laurent-Désiré Kabila ne tardera pas à retrouver sur son chemin les mêmes Américains chargés de lui exposer énergiquement leurs vues, qui lui feront perdre le pouvoir.

La Cour pénale internationale se chargera des autres, qui seront pareillement lâchés par leurs parrains. De la théorie, les Américains sont passés à l’exécution. Voyons comment !

BILL CLINTON ET LA « NOUVELLE RENAISSANCE DE L’AFRIQUE NOIRE »

La mise en œuvre du processus de la sud-américanisation de la RDC est entreprise par le président Bill Clinton. Il invente une théorie ad hoc : « la novelle renaissance africaine ». Mascotte de la politique subsaharienne de l’administration Clinton, la « dynamique de la renaissance » englobait notamment les régimes ougandais de Museveni et rwandais de Kagamé et ceux de l’Ethiopien Meles Zenawi, de l’Erythréen Issaias Afeworki et du Sud-Africain Nelson Mandela.

Les démocrates américains voulaient voir dans le volontarisme pragmatique affiché par ces nouveaux leaders la projection d’une Afrique idéale, alignée harmonieusement dans l’évolution d’un marché globalisé sorte d’impérialisme « tropicalisé », appuyé idéologiquement sur un discours inspiré du panafricanisme des années 60, dont la figure de proue était Yoweri Kaguta Museveni. Or, l’une des thèses qui hantaient les esprits des penseurs politiques de la « Renaissance Africaine », c’est-à-dire les Américains, était que l’intangibilité des frontières était une idée dépassée datant de « vieilles lunes » de l’OUA, que ce qu’une première Conférence de Berlin avait fait en 1885, une seconde conférence pourrait le revoir à la fin du XX° siècle et que l’on pourrait, notamment, dépecer le Congo « pays trop vaste pour être dirigé depuis Kinshasa ». Voilà dans quel contexte, naissent, à partir de 1996, les guerres d’occupation qui vont ensanglanter la République démocratique du Congo pendant plus d’une décennie : elles visent le départ de Mobutu, la mise sous tutelle de la RDC par la mise en place à Kinshasa d’un régime vassal et soumis aux intérêts du Rwanda et de l’Ouganda et le démantèlement de la République démocratique du Congo. A cet effet, nous vous rappelons ce qu’écrivit Henry Kissinger dans « la Diplomatie ».

Ecrivant après la chute du mur de Berlin, le brillant homme d’État fait le bilan de la diplomatie américaine et fait des projections sur la politique future de l’empire dans les différentes parties du monde.

Parlant du Zaïre, H. Kissinger écrit : « Il faudra inciter les États voisins à attaquer ce pays. Si le Zaïre n’est pas capable de défendre son intégrité territoriale, les Etats-Unis prendront acte de sa balkanisation ».

Voici donc le prix que la Congo paie pour avoir été une colonie modèle, un satellite respectueux pendant la Guerre froide et maintenant une simple réserve des matières premières, des eaux et forêts pour l’expansion économique des puissances mondiales et sous la garde des régimes politiques du Rwanda et de l’Ouganda, sans refréner les appétits de l’Angola.

Les preuves de l’implication américaine dans la tragédie congolaise débordent du cadre sécuritaire pour se focaliser sur l’économique : l’implication des multinationales américaines dont essentiellement l’American Minerals Fields, AMFI en sigle, dont la spécificité ,au-delà d’une prise en charge prépondérante dans le financement des guerres de libération et de rébellions qui secouent notre pays depuis plus de deux décennies,est que cette Entreprise avait son siège social à Hope, le petit village natal, dans l’Arkansas, du président Bill Clinton, alors président des Etats-Unis.

La directrice stratégique de l’Entreprise n’était autre que Susan RICE, actuelle représentante de l’Administration Obama à l’ONU. Tout comme Condollizza Rice, future secrétaire d’Etat dans l’Administration, sous George Bush, était, au même moment directrice stratégique de Chevron, la multinationale pétrolière américaine ! C’est dire que les affaires et la politique marchent de pair au pays de l’Oncle Sam.

LE TEMOIGNAGE DE LA SENATRICE CYNTHIA MCKINNEY

A ces théories et pratiques qui assoient la responsabilité des Etats-Unis dans le génocide et le démantèlement territorial de la RD Congo, il manquait un témoignage direct de la haute administration américaine. C’est désormais chose faite .En 2001, Mme Cynthia McKinney, Candidate du parti écologiste aux élections présidentielles américaines de 2008,Ancienne sénatrice du parti démocrate, envoyée spéciale de Bill Clinton dans les Grands Lacs en 1997 ,écrit à George Bush :« Je viens juste de rentrer de la République Démocratique du Congo …Malheureusement ,je me vois dans l’obligation de vous informer qu’en R.D.C. ,comme en Afrique en général, des crimes se commettent, avec apparemment l’aide et le support de votre administration. Je tiens à vous dire que la politique des Etats-Unis a échoué en R.D.C….Le résultat est une politique africaine brouillonne, désordonnée, un continent à vif et la complicité des Etats-Unis dans ces crimes contre l’Humanité. …Je dois ajouter que votre échec à arrêter l’invasion illégale de la R.D.C. qu’ont menée à termes vos alliés, l’Ouganda et le Rwanda, a porté directement ces pays à commettre des crimes contre l’humanité en territoire congolais.

Maintenant, vous-même, vous demandez au monde qu’il ferme les yeux devant cette politique scandaleuse, alors que le monde entier sait que l’Ouganda comme le Rwanda ont attaqué militairement le territoire de la R.D.C. Et cela jusqu’à l’intérieur du pays et non pas seulement sur les frontières. Les atrocités qu’endurent quotidiennement tous les habitants de cette région sont scandaleuses. C’est la conséquence de la mauvaise politique des Etats-Unis et de l’indifférence du leadership américain. Vos alliés Rwandais et Ougandais ont rayé de la carte du Congo l’équivalent de toute la population du Danemark, voire de la Belgique. Leur rêve est de morceler le territoire congolais et d’en prendre le contrôle au profit des multinationales étrangères et les Etats-Unis qui les appuient. …Depuis plus d’un demi-siècle, le peuple congolais souffre et subit toutes sortes d’agressions. Autrefois, c’était la colonisation belge qui prétendait lui apporter la « civilisation ».

Aujourd’hui, ce sont les Etats-Unis qui prétendent l’aider à vivre en « démocratie ». Pour « civiliser » les Congolais, le roi Léopold II leur faisait couper les bras. Pour leur apporter « la démocratie », les Etats-Unis les laissent se massacrer. Derrière l’envie apparente d’apporter « la civilisation » et « la démocratie » aux Congolais, se cache le besoin récurrent de profiter des énormes richesses minières du Congo, richesses dont s’emparent des Belges et des Américains, tantôt discrètement tantôt ouvertement, depuis très longtemps. Ce sont toujours ces immenses richesses qui ont toujours attiré Européens et Américains au Congo et qui excitent tant leur convoitise et qu’ils en oublient les êtres humains qui peuplent ce pays. En 1961, les Etats-Unis avaient décidé d’assassiner le leader nationaliste congolais Patrice Lumumba parce qu’ils ne voulaient pas que les Congolais contrôlent eux-mêmes leurs richesses. En 2001, j’ai découvert que certains pays, dont les Etats-Unis et le Rwanda, ne supportaient plus Laurent –Désiré Kabila depuis qu’il avait pris la décision de se débarrasser des soldats rwandais qui occupaient son pays, en même temps qu’il changeait de partenaires miniers.

L’assassinat de Laurent –Désiré Kabila n’est pas non plus le résultat d’un hasard malencontreux. J’ai eu le temps de m’apercevoir que des réseaux politico mafieux très puissants rodaient, comme des vautours, autour des richesses de la République démocratique du Congo avant même sa prise de pouvoir en 1997 ; ils n’ont d’ailleurs pas quitté les lieux… . Après la mort du « soldat du peuple », « Les Etats-Unis et certains pays européens continuent de surveiller de près les richesses du Congo et à fermer les yeux sur les massacres à grande échelle commis dans ce pays. Plus de 6 millions de Congolais sont morts depuis 1998, dont plus de la moitié tombée sous les balles des soldats du président rwandais Paul Kagamé, notre homme à tout faire en Afrique Centrale. A vrai dire, nous disposons de preuves suffisantes sur ce que fait le Rwanda dans cette région. Mais à ce jour, aucune sanction n’a été prise pour arrêter la guerre et le pillage des ressources naturelles en République démocratique du Congo. Lorsque, j’étais au Congrès, j’avais aidé le groupe d’experts des Nations Unies à rassembler une petite partie des preuves sur le pillage de la République démocratique du Congo : au final, le Conseil de Sécurité n’a adopté aucune sanction à l’encontre des pilleurs. La R.D.C. est toujours pillée et chaque jour, le nombre de femmes congolaises violées, torturées et tuées, augmente. Cela n’entraîne toujours pas de sanction contre les auteurs de ces atrocités…

Voici donc la « Tragédie congolaise » ramassée en quelques mots bien choisis, non pas par une victime congolaise ni par un nationaliste lumumbiste mais par une élue des Etats-Unis d’Amérique ,témoin oculaire de ce grave et innommable crime contre l’Humanité, en tant qu’envoyée spéciale de Bill Clinton, celui là même qui avait déclenché, par l’intermédiaire des multinationales et du duo Kagamé et Museveni la guerre qui dévaste la RDC. La grande sénatrice américaine n’est pas la seule à accabler la superpuissance américaine, sa nation. Déjà en 1997, la co-présidente du groupe des verts au parlement européen, Madame Magda Alvohet confiait : « Il existe un plan très bien élaboré pour envahir l’Est du Congo. Les Etats-Unis ont donné leur consentement aux régimes hima-tutsi du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi. Ils n’exigent apparemment que deux conditions: qu’il n’y ait pas d’excès ni sur la largeur de la frange du territoire envahi ni dans les violations des droits humains ». C’est ainsi que s’est installée au cœur de la tragédie du Congo, une grossière conspiration du silence et du mensonge, point de départ d’autres drames à venir et déjà envisagés en Afrique Centrale. Détruire les êtres humains et l’environnement au Congo ne signifie rien face aux profits fabuleux des multinationales occidentales. Cette destruction sauvage des vies humaines et de l’environnement réussit, au cœur du Congo même, grâce à l’écrasement de toute velléité nationaliste par des chiens de garde interposés. « Les acteurs pléniers », toujours les mêmes, tirent les ficelles dans l’ombre en comptant sur leurs « filleuls ».

CONCLUSION

Voici donc, brièvement présentés à notre peuple, les arguments que nous avons toujours opposés aux Américains pour attester leur implication dans la tragédie congolaise. Comme toute réponse, nous recevons de menaces de mort et des indexations dangereuses comme si nous n’avions pas le droit de penser notre pays et le bonheur de notre peuple.

DR EMMANUEL KABONGO MALU Plate-forme « Non à la balkanisation de la RD Congo »

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