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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 14:46
RDC. Elections, blanchisserie et/ou sursis
 
L’engouement pour les probables élections du 28 novembre ne semble pas laisser à plusieurs d’entre nous suffisamment d’espace pour questionner ce processus dans lequel nous sommes embarqués, bon gré mal gré, depuis plus de deux décennies. Oser s’imposer une certaine discipline pour penser ce processus nous semble être un beau et noble devoir citoyen. A temps et à contretemps. La démission de l’intelligence pourrait être une lâcheté.
 
Il se pourrait que « les élections »  aient lieu le 28 novembre 2011. Qui va voter ? Qui sera voté ? Ce sont là deux questions sur lesquelles un débat sérieux ne semble pas avoir été engagé jusqu’à ce jour. Le recensement de la population n’a pas eu lieu. A l’Est de notre pays, il  y a plus de 150.000  étrangers. Dans les institutions du pays, les étrangers et les Congolais(es) ayant une  double nationalité siègent ensemble. Plusieurs d’entre eux ont présenté leurs candidatures aux prochaines élections. Pourtant, la Constitution du pays stipule que la nationalité congolaise est une et exclusive. Si ces candidats à double nationalité ayant déjà étant présents dans les institutions au cours de ces cinq dernières années – le moratoire sur la double nationalité courant jusqu’à ce jour-, la Constitution sera violée. Est-ce normal que dans un pays dit démocratique, le viol de la Constitution laissent indifférents mêmes les défenseurs les plus acharnés de l’Etat de droit ?
 
Qui va voter ?  Pas les Congolais(es) de la diaspora : ils sont discriminés. Que dit la loi électorale au sujet de l’égalité des chances entre  citoyen(nes)  Congolais(es)  à ces élections ? Qui finance les élections ? L’Etat, les individus, les multinationales ou les partis politiques ? Qui finance les élections des membres de la société civile et des « indépendants » ? Quelles sont les limites à ne pas dépasser en cette matière ? Au vu de la façon dont la campagne électorale a commencé, il ne serait pas exagéré de soutenir qu’en matière de financement de la campagne électorale des candidats, la régulation est  absente. Est-ce possible de parler d’élections démocratiques sans que l’égalité des chances soit garantie légalement ? Que les acteurs politiques au pouvoir utilisent les moyens de l’Etat aux dépens des autres citoyens n’ayant pas participé à la gestion de la chose publique est une injustice  sur laquelle plusieurs d’entre nous n’arrivent pas à se pencher.
Au sujet des candidats qui se sont « compromis » avec les multinationales, comment pourront-ils donner des garanties qu’ils pourront les servir tout en étant au service de nos populations ? Et les criminels de guerre, les criminels contre l’humanité et les criminels économiques cités par les différents rapports de l’ONU et des Commissions parlementaires (telles la Commission Lutundula et Bakandeja), quel usage vont-ils faire de « ces élections » ? Seront-elles pour eux un moment de blanchiment ou un sursis avant que l’établissement d’un véritable Etat de droit  rende possible le traitement de leurs cas ?
 
Que penser de l’accompagnement de l’ONU qui a mis notre pays sous tutelle depuis plus d’une décennie et dont les accointances avec les forces négatives et les multinationales n’augurent pas des lendemains apaisés pour notre pays ? Pour rappel, « par le « Global Compact » l’ONU s’est ouverte au monde des entreprises privées et prêche désormais  la généralisation du PPP (partenariat public privé). Le « Global  Compact » est un accord signé en l’an 2000 entre l’ONU et un certain nombre d’entreprises multinationales privées selon lequel les entreprises contribuent au budget de l’ONU par une « cotisation » minimale de 50 000 dollars, ce qui leur permet d’être associées aux grands « programmes » de l’ONU en matière de développement et de lutte contre la pauvreté . »   (R. PETRELLA, Pour une nouvelle narration du monde. Humanité, biens communs, vivre ensemble,, Montréal, Ecosociété, 2007, p.166-167) Pour ceux et celles d’entre nous qui savent que la main qui donne (dans le système capitaliste) est toujours au-dessus de celle qui reçoit, le « Global Compact » compromet les chances d’une ONU impartiale.
 
Le contexte dans lequel notre pays se retrouve depuis l’assassinat de Lumumba et la guerre de basse intensité de 1996 est celui  de « tutelle » et du triomphe de la cupidité des multinationales aidées par le réseau transnational de prédation ayant « des nègres de service » chez nous et dans toute la sous-région des Grands-Lacs. Il est propice au blanchiment des criminels de tout bord. Les probables élections de novembre 2011 participeront de cette logique de blanchiment comme celles de 2006.
Dans ce contexte, que faut-il faire ?  Le danger ici serait de penser uniquement en termes d’élections ou pas élections. D’ailleurs, à notre avis, ce contexte ne nous pousse pas à parler d’élections « démocratiques ». Il s’agit plus ou moins d’un processus de la perpétuation de la politique impérialiste et néocoloniale au sein d’un système marionnettiste où déshabiller St Pierre pour habiller St Paul donne l’impression d’une alternative crédible.
 
Que faire ? Plusieurs choses à la fois. Respecter  ceux et celles qui estiment que participer à ce processus leur permettrait de travailler au changement dudit système de l’intérieur : ils auraient choisi d’aller jusqu’au bout et d’éviter la politique de la chaise vide.
Respecter ceux et celles qui, ayant étudié les dysfonctionnements de ce même système évitent de s’y engager : ils craindraient de se compromettre en collaborant au blanchiment de certains criminels. Respecter ceux et celles qui, bien qu’ayant des raisons sérieuses pour ne pas participer eux-mêmes à ce processus soutiennent ceux et celles qui y participent en leur donnant des consignes claires tout en les avertissant des dangers qu’il y a à croire dans « les élections » dans un pays sous tutelle. Lutter contre les opportunistes et les autres partisans de « la mangeoire » ; ceux qui ont fait de leur ventre « leur dieu » et qui ont mis la poche à la place du cœur.
L’exploitation de ces quatre possibilités n’exclut pas de prendre en compte ce qui se fait déjà.
Citons quelques exemples. L’organisation des cellules d’auto-défense et d’auto-prise en charge des Congolais(es) par eux-mêmes. Sur ce point, les efforts des Parlementaires de Furu et de Katwa à l’Est de notre pays sont louables. Ils méritent de faire tache d’huile. (Ces compatriotes réussissent, mains nues, à résister aux forces négatives internes et externes.)
La mise sur pied des réseaux de fraternité congolaise en vue d’informer l’opinion tant nationale qu’internationale sur la tragédie congolaise. Les compatriotes réunies au sein de l’association Friends of Congo s’inscrivent dans cette logique. Leur documentaire intitulé « Le conflit au Congo. La vérité dévoilée »  en témoigne. Les différents mouvements des Patriotes-Résistants Congolais sont souvent des canaux sûrs de cette information de l’opinion nationale et internationale. Ils ont su mettre à leur profit et au service de notre pays, leur sens de créativité, d’imagination et d’inventivité. Leur maîtrise des Nouvelles Technologie de l’Information et de la Communication est louable. Soutenir les médias alternatifs congolais qui abattent un travail titanesque.
 
Si le processus électoral en cours chez nous depuis 2006 fait partie des actions (mixtes) à court et moyen terme, le travail abattu par ces autres compatriotes et Patriotes-Résistants  finira par récolter ses fruits, si pas dans un avenir assez proche, mais sur le temps.
Trouver un système alternatif à celui de notre actuelle néocolonisation  exigera de plusieurs d’entre nous une bonne connaissance et une maîtrise de certaines « clefs ». Et qu’ils constituent (si ce n’est pas encore fait ?) « un leadership collectif »  et solidaire capable d’inventer un programme de la Résistance semblable à celui du Conseil (inter) national de la Résistance française. (Lire S. HESSEL, Engagez-vous. Entretiens avec Gilles Vanderpooten, Paris, Editions de l’Aube, 2011, p.87)
 
Disons qu’au cours de ce mois de novembre 2011, nous ne serons pas tous placés devant le dilemme entre aller ou ne pas aller aux élections. Le plus important pour nous semble être la lutte permanente pour nous émanciper de la politique impérialiste et néocoloniale en empruntant des voies sensées dans la solidarité, le courage, l’esprit d’abnégation et de persévérance.  Quels que soient les résultats de ce processus « électoral ». D’ailleurs, ce processus ayant mis le droit et la justice entre parenthèse promet d’être très agité. Le découpage de nos compatriotes en petits morceaux à l’Est, l’instrumentalisation des services de sécurité par le pouvoir en place et la confiscation des moyens de l’Etat par « le conglomérat d’aventuriers » au bout de son  mandat au pays sont de mauvais signes.
 
J.-P. Mbelu

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