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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 12:38

RDC – Anatomie d’un attentat : comment Mamadou Ndala a trouvé la mort…. (Analyse détaillée)  

Posté le:  23/01/2014 00:00:00

Ces tueurs tutsi comb-copie-2

Dans quelles circonstances exactes le colonel Mamadou Ndala a-t-il trouvé la mort ? Qui avait le doigt sur la gachette et quel type de munition a-t-il été utilisé ? Dans ce long billet, Laurent Touchard* se livre à l’analyse détaillée d’une vidéo tournée quelques secondes après l’attentat qui a coûté la vie au héros des FARDC.

* Laurent Touchard travaille depuis de nombreuses années sur le terrorisme et l’histoire militaire. Il a collaboré à plusieurs ouvrages et certains de ses travaux sont utilisés par l’université Johns-Hopkins, aux États-Unis.

Quelques heures après la mort du colonel Mamadou Moustapha Ndala, le 2 janvier 2014, une vidéo circule sur les réseaux sociaux et des sites bien connus. À défaut d’avoir été réalisée durant l’attaque, elle montre les minutes qui suivent immédiatement l’action (voir ci-dessous). Peu importe que des passages semblent avoir été coupés (à dessein ou non) : il reste beaucoup à voir. À ce document s’ajoutent les photographies prises dès lors que l’incendie du véhicule a été éteint par un des détachements d’intervention de Monusco (dépêché sur place pour l’occasion); clichés notamment saisis par les soldats des Nations unies. L’ensemble de ces matériels, des témoignages (à considérer avec précaution) et des bribes d’informations via l’ONU, considéré par des regards professionnels (et expérimentés) permet de retracer le déroulement de l’embuscade et de formuler quelques remarques quant au champ des auteurs possibles.

Le “film” des événements

Examinons tout d’abord la nature du terrain. Sur la portion de route où survient l’embuscade (la “kill zone”), la végétation est dense à droite (par rapport au trajet du véhicule de Ndala), sur une grande surface. Le long de cet itinéraire qui conduit de Boikene à Mavivi (l’hôtel Albertine ou séjournait le colonel se trouvant à Boikene et non à Beni), d’autres sections sont également bordées par des couverts. Cependant, le trajet comprend beaucoup de tronçons plus dégagés ou avec une végétation nettement plus clairsemée. L’emplacement n’a donc pas été choisi par hasard.

Venons-en à l’enchaînement des événements. L’officier se trouve à l’hôtel Albertine où il a fêté le changement d’année. Le 2 janvier, il doit se rendre à Eringeti afin d’y étudier la zone de desserrement des unités sous ses ordres ainsi que le terrain des futures opérations contre les ADF-Nalu. Le déplacement jusqu’à Eringeti se fera avec trois 4×4. Tous semblent armés d’une mitrailleuse lourde DShKM (ou sa copie chinoise Type 54) et une dizaine d’hommes monte à bord de chacun. Mamadou Ndala s’installe dans la cabine d’une Toyota blanche. Un fanion rouge est fixé à son antenne. Si elle indique à ses hommes qu’il s’agit du véhicule de commandement, elle désigne aussi clairement une cible de choix à d’éventuels ennemis… Impossible de se tromper pour quiconque voudrait attaquer.

Vidéo tournée quelques minutes après l’attaque (certaines images peuvent choquer) :

Mamadou Ndala et son escorte quittent Boikene avant midi, au milieu de nombreux curieux, enthousiastes de voir leur héros. Mais, parmi ceux qui observent le départ de la section, il en est qui donnent le signal à ceux qui attendent, quelques kilomètres plus loin : la cible part. En outre, plusieurs observateurs peuvent avoir épié le long de l’itinéraire, informant l’équipe chargée de l’embuscade de la progression du convoi. Plusieurs ou au moins un, en place en amont de la zone d’engagement. Sitôt que le convoi y entre, il alerte les tueurs en leur précisant la position du véhicule de Ndala au sein de celui-ci. Un premier, puis un deuxième pickup passent. Leurs occupants ne remarquent rien de suspect, ce qui laisse supposer que les agresseurs attendent, tapis, en liaison avec l’observateur qui coordonne l’action.

Ces agresseurs sont probablement deux : compromis entre discrétion et efficacité. Deux ou à peine plus. L’un sert le RPG-7 (ou sa copie chinoise Type 69). L’autre dispose d’un fusil d’assaut et de roquettes supplémentaires. Il couvre le tireur RPG avec son arme automatique tout en étant prêt à recharger le lance-roquette, au besoin. Cependant, si la cible n’est pas atteinte au premier coup, leurs chances de survie sont minces. Les commandos des FARDC dans le 4×4 ne manqueraient alors pas de réagir. Là aussi, question de survie. Ils gicleraient de leur banquette latérale en défouraillant à tout va. Celui maniant la “Douchka” allumerait l’équipe RPG en faisant pleuvoir une grêle de balles de 12,7… En théorie, dans de bonnes conditions, quatre secondes sont nécessaires pour replacer une nouvelle roquette dans le tube du RPG. Sous le feu d’adversaires désormais aux abois, une dizaine de mètres séparant les protagonistes, l’exercice serait suicidaire.

Arrive le 4×4 de Ndala. Concentrés, les tueurs savent qu’il est à bord et que l’affaire sera relativement simple : en queue de colonne, leur cible est plus vulnérable. Ils auront davantage le temps de se carapater sitôt le traquenard refermé. Une embuscade de type “hit and run, “Frapper et se barrer”. La Toyota est désormais à moins d’une vingtaine de mètres en face. À cette distance il est quasiment impossible de la manquer. D’où une interrogation : les tueurs visent-ils la cabine du 4×4 comme le feraient des combattants inexpérimentés ? Ou bien, comme le suppose l’auteur de ces lignes, les agresseurs visent-ils le moteur, n’ignorant pas que, contre cette masse de métal, l’effet du projectile à charge creuse sera maximisé…

Confusion

La déflagration, la fumée, quelques secondes de flottement… Les tueurs ont déjà bondi à l’abri des herbes hautes et des arbres. Les commandos dans le 4×4 sont blessés, sonnés. Deux semblent valides : un qui reste près du véhicule et, peut-être, le caporal Paul Safari, garde du corps de Ndala ? L’ONU évoquera le bilan de trois tués et cinq blessés. Aucun de ces blessés n’apparaît dans la vidéo. C’est donc qu’ils sont évacués par l’un des 4×4 rescapés du convoi. Les militaires qui arrivent à pied, dans le sens opposé quelques instants plus tard sont ceux que transportaient les deux Toyota de l’escorte. Certains se déploient timidement là où se trouvaient encore, quelques instants plus tôt, les tueurs. La manœuvre est vaine : ces derniers ont filé, mettant à profit la végétation et le désordre.

Quelques coups de feu claquent. Des FARDC lâchent une balle ou deux vers les arbres. Des cadres interviennent pour reprendre le contrôle. Ils bousculent même leurs hommes afin qu’ils se reprennent. Sans beaucoup de succès. Une fusillade se déclenche, sans cible. Les projectiles de 7,62 mm partent au hasard, en direction des herbes et des arbres. Les commandos expriment ainsi leur rage, leur sentiment d’impuissance et le désespoir. Cette atmosphère d’effondrement est palpable dans les images.

Plusieurs commandos craquent, victimes d’un écroulement nerveux (que les anglo-saxons traduisent très bien par le terme “broken”). N’oublions pas que ces hommes ont participé aux durs combats d’octobre 2013 contre le M23, aux multiples escarmouches et missions dangereuses accomplies ensuite. Des périodes de peur, d’explosions d’adrénaline, de fureur de la poudre, sous les ordres de leur chef, Mamadou Ndala. S’il prend la grosse tête, il ne manque pas d’être en première ligne, aux cotés de ses hommes. La disparition de leur leader catalyse des semaines de pression psychologique intense.

Les flagrants dysfonctionnements de la chaîne de commandement n’arrangent rien. Personne ou presque ne rend compte de la situation dans la zone d’engagement. En dehors de quelques rares individus (civils et soldats) avec des téléphones portables, aucun matériel de transmission militaire n’est visible. Dans de telles conditions, il n’est pas étonnant que les FARDC confrontés à ce drame ne sachent quoi faire, quelle mesure prendre. Les cadres présents ne parviennent même pas à instaurer une discipline de feu tandis que des civils déambulent alors qu’ils devraient être expulsés de l’endroit. Les tueurs, eux, augmentent la distance qui les sépare de la “kill zone”.

De son côté, la Monusco dépêche une unité de réaction rapide du bataillon népalais à partir de Boikene et une autre unité depuis le poste opérationnel de Mavivi. Ils éteignent l’incendie du 4×4 et renforcent les éléments des FARDC de plus en plus nombreux. Les militaires de l’ONU, n’ayant pas été officiellement sollicités se contentent d’observer et de prendre des photographies.

La théorie d’une munition thermobarique

Selon une théorie, un projectile thermobarique aurait touché le 4×4 de Mamadou Ndala. Théorie qui sous-entend que l’équipe chargée d’exécuter le colonel disposait de moyens particuliers (ce type de munitions étant a priori absent de RDC comme nous l’expliquons plus loin). Manière d’étayer l’hypothèse d’un complot fomenté aux plus hauts niveaux de l’État congolais.

Outre certaines bombes d’aviation et projectiles de lance-roquettes multiples, quelques armes tirent des munitions thermobariques de plus petite taille. Tout d’abord, le RGP-22 Shmel russe (une copie chinoise existe également), dans ses différentes variantes (anciennes et modernisées). Certes, le Shmel existe sur le continent africain : des exemplaires ont été livrés en Angola, d’autres ont été vus au Liberia et en République du Congo durant les années 2000. Toutefois, aucun n’a été signalé en RDC. Au RPG-22 s’ajoutent des munitions thermobariques que peuvent utiliser n’importe quel tube de RPG-7/Type 69 : les TBG-7 (d’origine russe), les GTB-7G (bulgare) ou encore WPF 2004 (chinoise). Si elles n’ont pas davantage été remarquées en RDC (contrairement aux roquettes DZGI-40 “airburst” chinoises), cela ne signifie pas qu’il n’y en a pas. Il est beaucoup plus facile pour le non-initié de les confondre avec des PG-7 antichars classiques.

Concernant les “armes à vide” ou thermobariques, leurs effets sont effrayants. Tout d’abord, la munition détonne, vaporisant des agents hautement volatiles qui se mélangent à l’oxygène de l’air. Ce gaz/vapeur pénètre partout, dans les moindres recoins. Une seconde explosion l’enflamme après quelques dizaines de millisecondes. La boule de feu dévore alors l’air, avec un formidable dégagement de chaleur ainsi qu’une terrible surpression aussitôt suivie d’une brutale dépression.

Admettons que l’attaque ait été menée au moyen d’une TBG-7/GTB-7G/WPF tirée par un RPG-7. D’après certains observateurs, les dommages correspondent. Or, il n’en est rien. Tout d’abord, l’équipe de tueurs se serait montrée assez peu professionnelle en visant le bloc moteur (à moins d’un “coup manqué”) plutôt que la cabine. Contrairement à la munition à charge creuse très efficace contre un blindage/masse de métal, la munition thermobarique a des effets bien plus dévastateurs lorsqu’elle est tirée dans un espace confiné – ou relativement fermé. Utilisée contre la cabine, il n’en resterait plus grand chose. Tout l’intérieur aurait été désintégré, portières et toit éparpillés sur un large rayon. Ceci étant dit, en visant le bloc moteur, peu de chances que le conducteur et le passager en réchappent…

Ici, la roquette frappe donc le côté droit du véhicule, un peu en-dessous du capot. Certes, un projectile thermobarique aurait provoqué la mort des passagers de la cabine. Mais pas seulement. Une multitude d’éléments vont à l’encontre de cette hypothèse. Sous réserve que son témoignage soit totalement vrai (certains aspects laissent dubitatifs), Paul Safari, garde du corps de Mamadou Ndala, dit avoir vu arriver la roquette et avoir alors bondit de l’arrière de la Toyota. Elément beaucoup plus probant, la Monusco évoque cinq soldats blessés. De toute évidence, ils se trouvaient, eux aussi, à l’arrière du 4×4. Or, le rayon létal d’une TBG-7/GTB-7G/WPF est de deux à huit mètres (selon les “écrans”)… Si un projectile thermobarique avait détonné contre l’avant du 4×4, le bilan serait beaucoup plus lourd et Paul Safari serait mort.

Ce n’est pas tout. Autre constatation visible tant sur la vidéo que sur les photographies prises avec l’arrivée des soldats de la Monusco : le véhicule est relativement intact, avec très peu de débris autour. Si le bloc moteur de la Toyota avait été percuté par une roquette thermobarique sous cet angle, le capot ne serait pas resté fermé. Il aurait été arraché et projeté. Or, il n’est même pas soulevé, juste déformé au-dessus du point d’impact.

La roquette classique

Contrairement à ce qui est imaginé, une roquette antichar à charge creuse ne va pas systématiquement transformer un véhicule non blindé en un amas de métal, conséquence d’une explosion hollywoodienne. Une voiture explose rarement comme dans les films, à moins de contenir une charge d’explosif à l’intérieur. Un projectile à charge creuse peut transpercer les flancs d’une cabine de camion, de pickup ou de voiture sans détonner. Il déchire le métal, sans autre effet. L’anecdote du traquenard contre la Mercedes du général Kroesen, le 15 septembre 1981 en Allemagne, a été rappelée à l’auteur de ces lignes. Commandant du Groupe d’Armée Centre de l’Otan, Kroesen est victime d’une tentative d’attentat perpétré par des membres de la Fraction Armée Rouge. Deux roquettes de RPG-7 (des PG-7) sont tirées. Si la seconde manque sa cible, la première frappe la voiture.

Elle pénètre dans le coffre pour ressortir un peu en-dessous de la fenêtre arrière droite. Le général et son épouse sont légèrement blessés. Mais en dehors du métal perforé, il n’y a que du bris de verre. Si la roquette avait heurté une plus grosse épaisseur de métal (à l’instar du moteur), le destin de l’officier américain aurait probablement été scellé…
Afin de mieux comprendre pourquoi il s’agit d’une simple roquette PG-7 (ou copie chinoise) qui a été tirée, voici quelques explications concernant le fonctionnement d’une munition à charge creuse. L’explosif à l’intérieur de la tête est préformé de manière à ce qu’existe une cavité, tapissée d’un revêtement métallique (le plus souvent du cuivre), dans le sens opposé à ce que sera le point d’impact. L’onde de la détonation sur l’axe de la charge consiste en une onde sphérique dont la vitesse de propagation s’élève à 8 kilomètres/seconde (soit 28 800 kilomètres/heure!). Onde qui heurte avec une pression énorme le revêtement métallique à son tour propulsé à très grande vitesse  sous forme de jet, constituant un véritable dard de métal en fusion. La tête de celui-ci va jusqu’à 10 kilomètres/seconde, tandis que la température du jet monte jusqu’à 700° C !

Contre un véhicule léger, les effets d’une charge creuse sont donc optimisés en visant la partie la plus “dense”, à savoir, le bloc moteur. Ce qui permet au dard de se former correctement, de se “frayer un chemin” jusqu’à la cabine dont l’intérieur est constellé des éclats de métal du moteur et de gouttelettes de métal en fusion (jusqu’à 700°) susceptibles d’enflammer tout ce qui est combustible, avec en prime une surpression dans les endroits très confinés. Concernant le carburant, l’incendie sera plus ou moins prononcé selon la vitesse du véhicule (avec, donc, plus ou moins de carburant dans le circuit d’alimentation). C’est ce qui explique pourquoi la Toyota de Mamadou Ndala est relativement intacte à l’extérieur.

Les exemples de véhicules non-blindés touchés par des PG-7 (ou équivalent chinois) et qui n’ont pas explosé ne manquent pas, à l’instar du 4×4 photographié par Tim Hetherington, à Bouake en Côte d’Ivoire, en octobre 2002. Sur son cliché, la roquette a frappé le véhicule de face provoquant des dommages importants à l’avant. L’angle d’impact sur la Toyota de Mamadou Ndala est différent, le “dard” en fusion ayant semble-t-il réussi à traverser une partie du bloc moteur pour ensuite ravager l’intérieur de la cabine.

En guise de conclusion : que nous apprend l’analyse de l’embuscade ?

En ce qui concerne l’embuscade, indéniablement, elle a été préparée. Bien préparée, avec du renseignement, avec une organisation tactique et des tueurs efficaces. L’action des assassins a également été facilitée par le manque de prudence du colonel. Même s’il se trouvait dans une zone “sûre”, il n’a pris aucune véritable précaution et cela ne peut être imputé à ses chefs militaires ou politiques (de simples mesures de précaution auraient pu être adoptées : davantage de discrétion, séjourner dans un lieu moins fréquenté, partir à l’aube plutôt qu’en plein jour, voyager dans un véhicule semblable aux autres et sans fanion de commandement…).

Toutefois, ces constatations ne suffisent pas à désigner précisément un commanditaire. D’autant moins que la théorie de la munition thermobarique (qui incriminerait Kabila ou du moins, de hauts responsables d’une hiérarchie militaire puisque matériel très spécial) est invalidée. C’est une simple roquette PG-7, tirée par un banal RPG-7/Type 69 qui a tué Mamadou Ndala. Cette arme et sa munition, les FARDC mais aussi l’ensemble des groupes rebelles du pays la possèdent. De fait, si la piste d’un règlement de compte interne au FARDC est à privilégier, il convient de ne pas totalement écarter celle des ADF-Nalu, ou celle d’ex-dissidents du M23. L’un n’empêche d’ailleurs pas l’autre : le cas de figure de rebelles quelconques instrumentalisés (et aidés) par des responsables des FARDC est-il totalement absurde ?

C’est là que réside la seule certitude sur cette affaire : ceux qui ont tué Mamadou Ndala ont bénéficié de complicités au sein des forces de sécurité. À ce titre, une phrase du discours de Julien Puluku, prononcée le 9 novembre 2013 lors d’une cérémonie en hommage de commandos tués, résonne comme une mise en garde : “Si l’ennemi a réussi à pénétrer ce pays c’est parce qu’il s’est servi de certains d’entre-nous. Et c’est à cause de ça que nous sommes arrivés à perdre de vaillants combattants.” Mamadou Ndala périt deux mois plus tard. Vaillant, il l’était.

Par Laurent Touchard ( Avec Jeune Afrique)

Remerciements :

Je tiens à remercier tous ceux qui ont eu contribué à ce “débriefing” sur la mort du colonel Mamadou Ndala, en faisant part de leurs observations, aussi bien sur l’aspect tactique qu’au sujet de l’arme utilisée. Je remercie en particulier Gordon Rottman dont l’expérience du terrain n’a d’égale que son érudition militaire, auteur d’un fort intéressant ouvrage sur le RPG-7.


Read more at http://congosynthese.com/actua.aspx?Id=3532#4CRpRQbzQ9OOGcl5.99 

 

Détails

Publié le mercredi 22 janvier 2014 00:55

Écrit par EDTV

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FARDC : LES LANGUES COMMENCENT A SE DELIER
Mésententes paralysantes au sein de l'armée
Traquer les groupes armés qui sévissent dans le territoire de Béni ne semble pas la préoccupation première des unités installées dans la ville. Méfiantes les unes des autres, elles pensent plus à leur propre sécurité, en particulier celles qui ont vaincu le M23 plus qu'à combattre les rebelles ougandais... La mort du colonel Mamadou Ndala Moustapha est révélatrice de ces mésententes.
Aux environs de 11 heures du jeudi 2 janvier, le colonel Mamadou Ndala Moustapha, commandant de l'Unité de réaction rapide (URR), les commandos des Fardc, a été assassiné à Beni au Nord-Kivu. Très populaire, le colonel a été tué par un tir de roquette qui a visé son véhicule à l'entrée de cette ville sous contrôle des forces régulières. Selon Lambert Mende, porte-parole du

gouvernement, il est tombé dans une embuscade tendue par les rebelles ougandais des ADF/NALU. Une version qui surprend les paysans qui connaissent bien le secteur. Un des gardes du corps rescapé de cette attaque, le caporal Paul Safari affirme, lui, que les assaillants portaient des tenues de l'armée régulière.
Suite à cette révélation, des voix s'élèvent de partout. L'Association africaine des défenses de droits de l'homme pointe du doigt les conflits internes au sein de l'armée congolaise. Henri Ngavo, chargé de communication de l'Asadho/Beni affirme que c'est un crime crapuleux et rejette la thèse selon laquelle qu'il a été abattu par les rebelles. ″Qui vous dit que les rebelles ougandais sont ici ? Comment ils ont su que le convoi de ce soldat allait partir à cette heure et passer par cette route ? Que le gouvernement diligente une enquête crédible et efficace″, demande-t-il. Fier du travail abattu par cet officier au front pour défaire la rébellion du M23 fin octobre dernier, le collège inter-estudiantin de Beni soutient qu'il a été victime "d'un complot suscité par la jalousie de ses frères d'armes".

 

Une enquête indépendante
L'opposition congolaise qui accuse certains officiers de tirer profit de la guerre hausse le ton et réclame une enquête indépendante. D'après Vital Kamerhe, président de l'UNC, l'armée ne saura pas remplir efficacement sa mission si elle est laminée par des conflits internes de leadership, de promotion de grade, etc. ″Lorsque ceux qui sont chargés de nous protéger deviennent des tueurs, comment le peuple va-t-il retrouver sa dignité et sa sécurité ?, s'interroge-t-il. Nous demandons que la lumière soit faite rapidement autour de l'assassinat de ce commando″. A Beni où l'enquête a déjà commencé, des suspects sont aux arrêts. Un colonel a été mis en résidence surveillée, son garde du corps arrêté.
De fait, des dissensions internes sont apparues au sein des unités qui ont défait le mouvement du 23 mars. Fin novembre dernier, le chef d'Etat major des Fardc, le général d'armée Didier Etumba, expliquait dans un point de presse à Kinshasa diffusé sur la Rtnc que l'opération ″pomme orange″ menée contre les rebelles du M23 a été planifiée par le commandant suprême. ″Que personne d'autre ne s'approprie cette victoire !″, rappelait-il, mettant en garde des officiers qui se targuaient dans les médias d'avoir monté cette opération.

Le succès et les intérêts divisent
A Beni où une opération doit être menée contre les rebelles ougandais et d'autres groupes armés qui sèment la terreur en tuant et en enlevant les habitants, des colonnes de militaires surarmées sont visibles au cœur de la ville. Annoncée pour début décembre dernier, la traque n'a pas toujours débuté. Les périmètres des quartiers près des hôtels où logent ces militaires sont quadrillés. Certains hauts gardés racontent que leurs premiers ennemis sont leurs collègues d'armes. Chaque unité contrôle ainsi son périmètre.
Trois chefs, qui se préparent à combattre les mêmes ennemis, travaillent chacun de leur côté. Des militaires formés par les Américains en provenance de Kisangani, sous la conduite d'un général installé à Beni, ont leur campement à Mambango tout près de la ville. D'autres venus de Kindu formés par les Belges sont installés aux alentours de l'aéroport et les derniers issus de l'ancien brassage ont leur base au camp militaire de l'Ozacaf au cœur de la ville. Chacune de ces unités dépend de son commandant.Non seulement, ils ne coopèrent pas vraiment mais ils se regardent avec méfiance. Ils sont identifiés par leurs drapelets rouges suspendus sur les camions, d'autres par des brassards jaunes ou verts.
Selon certains d'entre eux, leur victoire dans les territoires de Nyiragongo et Rutchuru leur attirent des ennuis et les exposent à la mort. ″Notre unité commando n'a aucun compte à rendre au commandant local d'ici car nous sommes une unité d'intervention mobile qui frappe l'ennemi partout. Mais nos amis ne jurent que par notre mort″, déclare un militaire dans un débit de boisson autour d'un verre avec ses camarades d'armes. Un officier grince les dents : ″Nous ne serons pas prêts à engager nos troupes sur la ligne de front tant que nous ne connaissons pas le commandant qui va gérer les opérations sur le plan tactique, militaire et financier″.
Pour un économiste de la région, les guerres à l'Est du pays sont un grand business qui enrichit beaucoup de gens dont des gradés de l'armée. Une opération militaire, c'est l'occasion rêvée pour eux de se remplir les poches en gérant les fonds mis à leur disposition, voire en vendant des armes aux rebelles ou en détournant la solde ou la ration des hommes de troupe.
Selon un rapport de la société civile de Beni plus de 800 personnes ont déjà été enlevées par les ADF/NALU et des villages entiers dévastés. Mettre fin à ces exactions ne semble pas être aujourd'hui la priorité des forces armées.

Comment pouvons-nous compter à une telle armée? Peuple Congolais nous devons nous prendre en charge, car la mère patrie malade a vraiment besoin de nous.

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