Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 08:20

Questions directes à Henry Muke

 
 
Henry Muke Disuishe, président des "Bana Congo - HCL". Photo CIC

 

Cofondateur en juin 2004 du Groupe de pression «Bana Congo» qu’il faut bien qualifier d’«originel» - avec Aubin Kikonka Kilu Kanda, Samson Cibayi Mukuta et Didier Ramazani Ali -, Henry Muke Disuishe affiche la carrure d’un boxeur. On pourrait ainsément le claser dans la catégorie des "lourds". Il semble qu’il ait été pugiliste amateur dans une autre vie. Muke dirige depuis plusieurs années une des ailes des "Bana Congo". Sa tendance a adopté le sigle "HCL". (Haut conseil de libération). Vendredi 23 septembre dernier, Muke et Aubin Kikonka ont eu un dialogue pour le moins "épique" avec Daniel Mulunda Ngoy Nyanga, président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). L’hôtel bruxellois "Grand Sablon" a servi de cadre pour cet "grand affontement" inattendu. Dans l’entretien à Congo Indépendant, «Henry» revient sur cet échange. Il parle des «Bana Congo», du premier anniversaire de la disparition du «combattant» Armand Tungulu Mudiandambu ainsi que de l’élection présidentielle du 28 novembre prochain.

«Le 28 novembre prochain, nous demandons aux électeurs de voter contre Kabila»


Le vendredi 23 septembre, on vous a vu avec «Aubin» entrain de chahuter le président de la Ceni. Devrait-on parler de la «réunification» des différentes ailes du Groupe de pression «Bana Congo»? 

Le «courant» des «Bana Congo» que j’anime a toujours entretenu une constante collaboration avec celui que dirige Aubin. De toutes les façons, nous avons appris à taire nos divergences lorsque l’intérêt national est en jeu. Voilà pourquoi, vous nous avez vu ensemble avec les autres «combattants». En bref, nous partageons non seulement la même lecture de la situation de notre pays mais aussi les mêmes objectifs. Il n’y a que le modus opérandi qui diffère. 

Quelle est justement la cause fondamentale de l’éclatement des «Bana Congo» en plusieurs tendances?

Le Groupe a été créé par quatre fondateurs…

Autrement dit, quatre «patrons» …

Effectivement. Au fil du temps, il y a eu des divergences au niveau de la ligne à suivre. La suite est connue...

D’aucuns allèguent que l’«implosion» de votre mouvement date de 2005, au lendemain de votre participation au premier congrès de l’Apareco ?

Ils ont raison. Comme vous le savez, au départ, l’Apareco a été créée comme un cartel. En ma qualité de président des "Bana Congo", j’avais jugé bon – avec le secrétaire général Didier Ramazani - de soutenir Monsieur Honoré Ngbanda dont l’organisation a pris l’option de militer pour le «départ immédiat» de Joseph Kabila. Ce rapprochement n’a pas été accepté par Aubin et Samson Cibayi. Pour eux, le «passé» de l’ancien conseiller spécial du président Mobutu risquait de déteindre sur notre groupe. C’est le début de nos dissensions internes. Aujourd’hui, nous avons mûri et compris la nécessité de rester unis. Et ce, aussi longtemps que notre pays sera sous occupation. 

Que répondez-vous à ceux qui considèrent que le nom «Bana Congo» erst devenu synonyme de l’intolérance et de la violence physique?

Nous ne sommes pas violents. Le malentendu réside au fait que le phénomène «groupe de pression» n’est pas très développé dans notre pays. En fait de violence, nous cherchons à interpeller les responsables politiques congolais. Vous me connaissez bien. Je ne suis pas un homme particulièrement friand de la confrontation physique. Il est, par contre vrai, que nous avons l’habitude d’utiliser un «ton virulent» lorsqu’il s’agit de rappeler les autorités du pays à assumer leurs responsabilités. Nous trouvons inacceptable que nos politiciens viennent se pavaner en Occident pendant que la grande majorité de la population broie du noir. 

Vendredi 23 septembre, par la magie de l’Internet, la terre entière vous a suivi avec Aubin lors de votre entretien très vif avec le président de la Ceni et son adjoint Jacques Djoli Es’Engekeli. Quel était l’objectif de cette entrevue ? 

Lorsque nous nous sommes présentés à l’hôtel «Grand Sablon» où se tenait le déjeuner de presse animée par Daniel Ngoy Mulunda, la police nous a interdit l’accès en ce lieu. A l’issue de la conférence, la même police est venue nous dire que Ngoy Mulunda était finalement disposé à nous recevoir. Je me suis dit que c’était l’occasion de faire passer un «message». 

Lequel?

Nous voulions exprimer aux dirigeants congolais notre indignation face aux irrégularités constatées dans les opérations électorales. C’est le cas notamment de l’enrôlement des enfants mineurs et des militaires. Sans oublier le fait que certaines personnes se sont enrôlés plusieurs fois et détiendraient donc trois à quatre cartes d’électeurs. Pour nous, une vaste tricherie est en cours de préparation. Nous tenions à signifier à Mulunda que nous n’accepterons jamais une réédition de ce qui s’est passé en 2006. 

Que s’est-il passé en 2006 ? 

Il y a eu de la fraude massive. C’est un secret de Polichinelle de dire ici que Jean-Pierre Bemba était le vainqueur de l’élection présidentielle de 2006. Cette information m’a même été confirmée par des fonctionnaires de l’Union européenne. Sous pression, le président de la défunte Cei (Commission électorale indépendante) en l’occurence Apollinaire Malu Malu, a proclamé Kabila comme vainqueur. Celui-ci sait pertinemment bien qu’il a été battu en 2006. Nous voulions signifier à Mulunda qu’il aura à assumer la responsabilité des conséquences incalculables - tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Congo - d’un nouvel «hold-up électoral»… 

Faisons de la fiction politique. Le 6 décembre prochain, «Joseph Kabila» est proclamé "vainqueur" de l’élection présidentielle. Quelle sera la réaction de votre mouvement ?

Vous le savez autant mois que Joseph Kabila ne pourrait en aucun cas sortir vainqueur du scrutin présidentiel… 

Pourquoi, selon vous, ne pourrait-il pas gagner?

Son bilan économique et social est là : c’est un fiasco au niveau de la gérance du pays. L’insécurité et l’instabilité se poursuivent à l’Est, la misère sociale est visible aux quatre coins du pays. Bref, la population a faim et soif. Plus grave encore, l’armée et la police sont infiltrées par des agents au service du Rwanda. Plusieurs officiers rwandais sont «intégrés» dans notre armée. A titre d’illustration, on peut citer : Bosco Ntaganda (Nord Kivu), Obed Rwabasira (Kasaï Oriental), Malik Kijege (Etat-major général) etc. A la tête de la police nationale, il y a un Rwandais nommé Charles Bisengimana. La liste n’est pas limitative. D’autre part, depuis l’arrivée de Kabila au pouvoir, il y a eu plusieurs exécutions extrajudiciaires. C’est le cas notamment de : Aimée Kabila, Floribert Chebeya, Fidèle Bazana - dont le corps n’a jamais été retrouvé - et Armand Tungulu. Il y a aussi des membres de l’entourage présidentiel qui ont trouvé la mort dans des circonstances mystérieuses : Guillaume Samba Kaputo et de Nawej Katok. En matière des droits et libertés, l’échec est total. Inutile de parler de la corruption qui a gangrené tous les rouages du pouvoir d’Etat.

C’est ainsi que vous avez dit à Mulunda que «Joseph Kabil est vomi par la population»?

Effectivement. Joseph Kabila est vomi par la population. Pour nous, Joseph Kabila est un agent de l’étranger. Il n’est pas au service du Congo et des Congolais. Il travaille pour d’autres pays. 

Les «Bana Congo» auraient-ils un candidat favori à l’élection présidentielle?

S’il y a élection présidentielle, tous les analystes s’accordent à dire qu’en l’absence de Jean-Pierre Bemba, c’est Etienne Tshisekedi wa Mulumba qui va l’emporter. N’importe quel fils du pays pourra sortir victorieux face à Kabila.

A supposer que vos pronostics se réalisent, que deviendra votre mouvement ? 

Dans un premier temps, nous allons poursuivre nos activités en tant que groupe de pression. Nous allons «observer» en jouant, comme disent les Américains, le rôle de «watch dog», «chien de garde». Il s’agit de veiller à ce que le pays ne retombe pas dans les errements du passé. 

A moins de deux mois de la tenue des élections, quel message votre organisation entend adresser au corps électoral ?

Notre message est simple : le 28 novembre prochain, nous demandons aux électeurs de voter contre Kabila. Kabila est la cause de la souffrance qu’endure de notre peuple. Kabila est à la base de l’instabilité qui perdure dans la partie orientale de notre pays. Nous disons : Non à Kabila ! Nous invitons la population à la vigilance et à être prête pour la révolution.

Qu’entendez-vous par «révolution» ?

Nous partons d’un postulat : chaque peuple doit être le moteur de sa propre libération. Il est donc illusoire d’espérer voir d’autres pays ou peuples voler à notre secours pour nous sortir de la captivité. Il ne sert donc à rien de requérir l’aide des autres. Nous devons nous libérer nous-mêmes. Ce n’est qu’au prix du sang que nous allons développer une vraie passion pour notre patrie. Pour nous, ce pays a besoin d’une vraie révolution pour changer non seulement les hommes mais aussi la société. Des informations en notre possession laissent apparaître que Joseph Kabila est résolu à s’accrocher au pouvoir de peur qu’un vrai fils du pays ne lui succède. Pour nous, ceux qui ont choisi la voie des urnes pour promouvoir le changement peuvent y aller. Pour les «résistants» que nous sommes, la révolution reste une alternative tout aussi valable.

La journée du 29 septembre 2011 a marqué le premier anniversaire de la disparition d’Armand Tungulu Mudiandambu. Que vous inspire cette date? 

Cette date est venue nous rappeler que le Congo-Kinshasa est dirigé par un régime sanguinaire. Un régime qui a le plus grand mépris de la vie humaine. Armand Tungulu a été exécuté par le pouvoir. Sa famille n’a jamais vu son corps. Le 31 décembre dernier, le même pouvoir, qui défie non seulement la justice mais aussi la communauté internationale, a annoncé l’inhumation d’un cadavre présenté comme étant celui d’Armand. Ce premier anniversaire de la mort d’Armand Tungulu nous donne une raison de plus pour continuer à combattre ce régime. Une marche a eu lieu ce samedi 1er octobre suivie par un office religieux à l’église Saint Boniface à Ixelles. Comme vous l’avez constaté, outre la Belgique, des Congolais sont venus de France, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et d’ailleurs pour «méditer» ensemble sur le sens profond de cette douloureuse commémoration et la suite à donner...

Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2011

Partager cet article

Repost 0
Published by kongolibre.over-blog.com