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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 12:06

Présidentielle 2011 :

«Joseph Kabila» autosatisfait de son bilan. Mais...

 
 
"Joseph Kabila" en février 2006.

Au lendemain de l’élection présidentielle de 2006, «Joseph Kabila» avait promis de faire du Congo-Kinshasa «la Chine de 2011». L’homme récidive. Pour l’élection présidentielle du 28 novembre prochain, le président sortant et candidat à sa propre succession s’est assigné l’ambition de faire entrer la RD Congo dans le petit cercle des «pays émergents». Dans son allocution d’investiture prononcée le 26 janvier 2001, le successeur de Mzee LD Kabila avait pris "l’engagement" de doter la RD Congo d’une armée et d’une police fortes, modernes et bien équipées. Pour la présidentielle 2011, il veut «doter la RDC d’une «armée nationale, républicaine, puissante, dissuasive, motivée et bien équipée pour la défense du territoire national.» Le bilan présenté par le président sortant est un mélange de réalisations inachevées, de quelques voeux pieux et des projets à l’étude. Le discours de Kingakati laisse un arrière-goût d’un "plat rechauffé". Sans saveur.

Analyse

"En cinq ans, j’ai tenu mes promesses". C’est le message fort lancé par le chef de l’Etat congolais. Un message discutable. 

Décidément «Joseph Kabila» reste une énigme pour la grande majorité de la population congolaise. Dix années après son accession à la tête de l’Etat, l’homme continue à éviter tout contact ou échange direct avec ses concitoyens. Pour faire le «bilan» des dix années passées à la tête de l’Etat, le «candidat indépendant» a choisi de parler devant des membres de sa «famille politique» la fameuse Majorité présidentielle. Le cadre n’est autre que la ferme présidentielle de Kingakati. Celle-ci est située à une centaine de kilomètres de la capitale. Plusieurs milliers de militantes et militantes du parti présidentiel, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, ont été amenés sur le lieu par des cars entiers. L’"événement" a naturellement été retransmis en direct à la télévision d’Etat (RTNC). 

L’allocution prononcée mercredi 14 septembre par le «président-candidat» appelle quatre remarques préliminaires. Primo : «Joseph Kabila» et les rédacteurs de ses speechs semblent ignorer que la finalité de l’action étatique consiste essentiellement à assurer la sécurité des personnes et des biens et à améliorer la qualité de la vie quotidienne par le progrès économique et social. Un bilan suppose par conséquent une énumération des réalisations palpables à ces fins. Secundo : «Joseph Kabila» semble confondre les réalisations concrètes et les projets à réaliser. Des projets qu’il faut chiffrer et indiquer l’origine du financement. A défaut, on se trouve face à un catalogue de bonnes intentions. Tertio : «Joseph» donne l’impression de vivre dans un autre monde. Un monde irréel où il fait bon vivre. Il semble ignorer que le Congo va mal. Et que les Congolais sont inquiets du présent et de l’avenir. Quarto : «Joseph Kabila» a échoué et feint de ne pas s’en apercevoir. Il s’accroche au pouvoir. 

En dépit de ces évidences, le président sortant a eu l’indécence de s’octroyer un bulletin d’autosatisfaction. 

Sur le plan social, il a promis «de parachever le programme initié au cours de son premier mandat, en mettant un accent particulier sur la paix et la sécurité qui doivent être assurées à tous les Congolais, sur l’habitat, l’éducation et les conditions sociales des populations». Usant des formules simplistes, il poursuit : «Je suis convaincu que nous allons gagner parce que vous et moi avons une passion, celle du Congo, une vision, celle de la modernisation du pays, un objectif, celui du bien-être des Congolais». Du bla-bla.

A propos du bien-être de la population, le président sortant dit avoir «un bilan qui, sans fausse modestie, est positif». Il cite «l’augmentation des salaires des fonctionnaires», en l’occurrence des médecins et magistrats. On apprend ainsi que le salaire des professeurs d’universités est passé «de 8 $US en 1997 à 200 $ en 1998 ; puis de 300 $ en 2010 à 500 en 2009. Désormais, a-t-il poursuivi, le professeur touche 2.200 $ et sa situation sociale s’est améliorée avec l’acquisition des véhicules.» Selon un professeur d’université contacté jeudi 15 septembre, le salaire mensuel des professeurs s’élève à 2000 $US. Par ailleurs, les véhicules «attribués» aux enseignants du réseau universitaire est acheté par les intéressés dans le cadre d’un contrat de vente à tempérament. L’Etat congolais jouerait simplement le rôle de «caution». Selon «Kabila», le salaire du médecin est passé de 150 $US en 2006 à 700 $US en 2009. S’agissant du magistrat, les émoluments mensuels sont passés de 704 $US en 2008 à 1600 $ US en 2009. 

«Joseph» qui a reconnu que le pouvoir d’achat de la population est en deçà des attentes est resté muet sur l’incapacité de son gouvernement à permettre à la population d’avoir accès aux services sociaux de base. A savoir notamment : la nourriture, l’eau potable, les soins de santé et l’éducation. Pas un mot non plus sur les réalisations accomplies dans le cadre des quatre autres «chantiers». Signalons que quatorze années après la prise du pouvoir par les «libérateurs» du 17 mai 1997, les Congolais attendent toujours la délivrance d’une nouvelle carte d’identité attestant leur citoyenneté.

En dépit de toutes ces lacunes, le président sortant juge son bilan «positif». Selon lui, il a réalisé «les promesses faites à la population à son avènement à la magistrature suprême du pays en 2006.» Quelles étaient ces promesses ? «(…), je vous ai promis de pacifier le pays, dit-il, je l’ai fait. En 2005-2006, j’avais pris la décision de rendre le pouvoir au peuple en organisation des élections crédibles et démocratiques, cet engagement a été également tenu. J’avais promis la reconstruction du pays, elle a bel et bien commencé». Ces affirmations sont loin de résister à l’examen. Peut-on affirmer que la RD Congo est pacifiée pendant que des groupes armés nationaux et étrangers continuent à terroriser la population dans les deux provinces du Kivu et dans la Provinciale Orientale? Peut-on soutenir qu’on a organisé les élections alors que tout le processus électoral a été financé à 90% par la "communauté internationale" ? 

«Joseph Kabila» qui avait décrété l’année 2010 comme étant «l’année du social» a promis – une fois de plus – «d’accorder une attention particulière au social de la population, notamment par l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail, l’accès à la santé, à l’eau potable et à l’électricité.» 

Sur le plan économique, il parle de «l’amélioration des paramètres macroéconomiques» et de l’augmentation du budget de l’Etat. Va-t-on expliquer aux Congolais de Faradje ou d’Aru dans la Province Orientale que les paramètres macroéconomiques ont été améliorés suite à «la réduction sensible de l’inflation» alors que le panier de la ménagère dans ces contrées n’a pas connu de changement? Quel est l’impact de l’augmentation du budget de l’Etat sur le bien-être de la population? Comble du ridicule, «Kabila» semble insérer la réduction de la dette extérieure dans son bilan.

Sur le plan de la reconstruction, il a évoqué les «Cinq chantiers» en se limitant au seul «volet infrastructures». On a pu apprendre que :
• plus ou moins 6.000 Km de routes réhabilités sur l’ensemble du pays,
• 12.000 Km dont les travaux se poursuivent avec plus de 1.200 Km de la voirie interurbaine réhabilitée et revêtie dans le pays,
• des ponts construits tels que Mponzo, Loange. 

Question : le chef de l’Etat congolais ne s’arroge-t-il pas les grands travaux financés notamment par l’Union européenne et la Banque mondiale ? C’est le cas de la route nationale Kinshasa-Matadi et autre Kinshasa-Kikwit. 

«Joseph Kabila» a beaucoup de projets qui s’égrennent comme un catalogue de bonnes intentions : faire de la RDC une puissance énergétique et environnementale ; faire de l’agriculture «le socle de tout développement» ; créer une banque de l’habitat pour faciliter l’accès des Congolais à la propriété foncière; faire de l’éducation une priorité non seulement pour l’instruction mais aussi pour la formation à la citoyenneté; revaloriser en cinq ans le civisme et promouvoir l’agriculture en réduisant la fracture entre la production agricole rurale et urbaine; augmenter le taux de desserte en énergie électrique avec la construction des barrages hydroélectriques de Katende, de Kakobola et de Zongo II.

Sur le plan de la sécurité des personnes et des biens, le président sortant a tenu des propos minimalistes frisant l’irresponsabilité au sujet de la situation à l’Est. Selon lui, «il n’y a plus d’incendie à l’Est», il n’y aurait plus que «quelques brasiers». Quelle injure gravissime pour toutes les femmes victimes au quotidien de violences sexuelles et autres traitements inhumains et dégradants? 

En conclusion de son adresse, il a appelé la population - en sa qualité de "garant de la nation, des droits humains, des libertés publiques et du bon fonctionnement des institutions de la République" - à faire preuve de "patriotisme et au sens de responsabilité" afin que "chacun, à son niveau, contribue à un processus électoral crédible, transparent et à des élections libres, démocratiques et apaisées." En osant pas constater son échec à la tête de l’Etat autant que sa disqualification, le président sortant "Joseph Kabila" condamne la RD Congo a un futur proche plein d’incertitudes...

B.A.W
© Congoindépendant 2003-2011

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