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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 16:31

Pourquoi cette hyper-militarisation de la Garde républicaine au détriment du reste de l’armée?

Par Jean-Jacques WondoCes tueurs tutsi comb-copie-2

Dans ses récentes publications, DESC a fait état d’une acquisition d’un lot important d’armes et de matériels militaires pour les FARDC. Dans cette affaire de livraison d’armes, les premières personnes habilitées à jouer un rôle de premier plan ont été tout bonnement mises à l’écart. Il s’agit du ministre de la Défense, Alexandre Luba Ntambo et du Chef d’état-major général des FARDC, le Général d’armée Didier Etumba Longila.

Comme nous le mentionnions également dans une analyse sur les personnalités politiques à tenir à l’œil en 2014[1] : l’impression générale qui semble caractériser l’année 2014 est que sur les plans politique et sécuritaire, la RD Congo entre dans une période d’équilibre instable. La période du cycle électoral 2014-2016 qui s’annonce sera le levain qui fera monter la tension politique et le risque de la généralisation des violences qui caractérisent toutes les élections au Congo. DESC semble ne pas s’être trompée lorsque plusieurs sources proches des services de la présidence de la République nous font état d’une militarisation anormale et inquiétante de la Garde Républicaine (GR), la Garde prétorienne présidentielle.

Cela rejoint également les inquiétudes émises récemment par l’analyste Boniface Musavuli dans son analyse intitulée, RD Congo – 2016 : Cette élection vaut-elle la peine ? L’analyste, sur base de tristes expériences électorales passées, ironise : « On aimerait tellement que 2016 fasse exception, mais l’affaire est déjà mal engagée. Trop de paramètres échappent au contrôle des électeurs…2016 va-t-il différer de 2006 ? Difficile de se prononcer a priori. Tout ce qu’on sait est que le ciel a déjà commencé à s’assombrir… Assuré d’avoir la haute main sur la violence d’Etat au Congo, Kagamé est maintenant certain que le prochain Président congolais lui fera allégeance (sinon ?…) ou que Kabila sera maintenu au pouvoir suivant le scenario brutal de 2011 (on ne change pas une recette qui marche). » [2]

En effet, c’est évidemment autour de l’argumentaire sécuritaire que M. Musavuli partage son pessimisme sur l’avenir électoral du Congo et c’est dans la même foulée que DESC entend apporter d’autres informations convergentes à la thèse de Musavuli.

Acquisition d’un lot important du matériel militaire pour la GR

Des sources maritimes congolaises du port de Boma et de la Garde républicaine ont signalé à DESC l’arrivée, depuis le 24/02/2014, d’un important premier lot de 50 véhicules blindés de marque russe Gaz-2330 Tigre (Voir Photos ci-dessus et ci-contre)  sur un total de 200 véhicules achetés en Russie. Ces engins militaires sont actuellement stationnés à Kibomango, où étaient déployés les éléments du 321ème bataillon de réaction rapide formés par les instructeurs belges[3]. Une unité qui, en 2011 et 2012, est restée stationnée à Kinshasa pour protéger le président en cas de soulèvement populaire au lieu d’être déployée à l’est pour combattre le M23.

Une équipe d’instructeurs russes a été dépêchée sur les lieux pour former les unités de la GR, il s’agit précisément du Régiment Sécurité et Honneur (RSH) qui est chargée de l’escorte présidentielle. Cette unité, selon nos sources de la GR, est composée de trois bataillons (Ndlr. entre 600 à 900 hommes par bataillon). Six véhicules blindés de type Tigre sont déjà affectés à l’escorte présidentielle. Ceux qui suivent les déplacements présidentiels ces derniers temps à Kinshasa peuvent le constater.

 

 

Les instructeurs Nord-Coréens sont actuellement à Mbakana (dans la partie est de Kinshasa vers le plateau des Bateke) où ils recyclent le bataillon missiles de la GR. Un bataillon commandé par le lieutenant-colonel Mpanga (un Mulubakat). Il s’agit d’une unité qui fait partie du régiment d’artillerie de la GR et qui dispose dans son d’armement les missiles sol-sol russe de type Scud-C et Frog-7. Ce bataillon de la garde présidentielle possède également une panoplie de missiles sol-air Qam7/8/9/13/14 ainsi que des Buk-5 Thor. La RDC n’entretient pas de coopération militaire officielle avec la Corée du Nord et n’a pas une mission militaire permanente nord coréenne en RDC. La présence des Nord-Coréens à Kinshasa est par conséquent très discrète. Ils procèdent à des brefs modules de formation des unités d’élite de la GR afin d’échapper à la vigilance des autres partenaires militaires de la RDC. Périodiquement, la Corée du Nord détache en RDC un peloton (environ 30 hommes) de commandos spéciaux pour encadrer et conseiller le régiment sécurité et honneur (RSH) de la GR. Durant leur séjour à Kinshasa, ils sont généralement logés dans une concession présidentielle située à Ngaliema, autrefois connue sous l’appellation de Camp Gulf, sur la route menant vers Matadi.

S’agissant de la cargaison maritime des armes ukrainiennes vendues aux FARDC, DESC vient d’être informée, sauf changement de dernière minute, que les navires accosteront à Boma le 17 mars 2014. Au niveau des autorités militaires responsables de ce dossier à Kinshasa, les ordres de mission sont déjà signés pour que les chauffeurs du corps logistique aillent réceptionner le matériel à Boma pour les acheminer à Kinshasa. Une partie du convoi sera transporté par route et l’autre atteindra la capitale par la voie ferroviaire. Une unité d’élite de la Garde présidentielle est chargée de leur escorte jusqu’à la destination finale.

En analysant les missions légales de la GR, DESC s’inquiète de cette militarisation qui présage un avenir sombre pour la RDC lorsqu’on compare la manière dont cette unité s’est comportée en période électorale de 2011 ou encore récemment lors des événements du 30 juin à Kinshasa, Katanga et Kindu[4]. Une intervention de la GR, qualifiée par plusieurs sources de massacre, qui ressemblait à une sorte d’exercice de manœuvre synchronisé dans le but de semer la panique auprès de la population. Car lors de ces événements, seuls les éléments de la GR sont intervenus principalement, là où la loi exige l’intervention policière dans un premier temps.

En effet, l’article 114 de la loi organique portant organisation et fonctionnement des FARDC prévoit : « La Garde Républicaine est une unité des Forces armées ayant pour mission d’assurer : – la garde, la protection du Président de la République et les hôtes de marque de la République ; – la sécurité des installations présidentielles ; – les escortes et les honneurs à l’échelon de la Présidence de la République. »

Et pourtant dans un pays confronté à une insécurité quasi généralisée, malgré la défaite du M23, on constate que la haute hiérarchie politique et militaire préfère mieux équiper la GR au détriment du reste de l’armée. Et pour assurer la sécurité dans plusieurs coins du pays, c’est à la MONUSCO que les autorités continuent à faire appel. Cet équipement inquiétant de la GR contraste avec les images féodales et pathétiques des FARDC lors des affrontements contre le M23 en 2013, où les troupes congolaises progressaient à pied, en colonnes simples, sur des dizaines de kilomètres avec leurs armes et bagages en mains.

Exhiber ses muscles en 2014 pour amener tout le monde au pas en 2016 ?

C’est ce que DESC déduit des intentions du cercle présidentiel. Une thèse confirmée par des sources proches du chef de l’État congolais qui expliquent à DESC que l’intention du régime est de faire une démonstration de force comme le 30 juin 2010 lors de l’impressionnant défilé militaire qui marqua l’apothéose du cinquantenaire de l’indépendance du Congo. Si avant le 30 juin 2010, les assassinats de Chebeya et Bazana ont notamment pour signification de lancer un message clair aux dissidents en vue des échéances électorales de 2011, les événements tragiques de décembre 2013 et d’autres à venir s’inscrivent également dans la même dynamique d’intimidation populaire dans une perspective de prolongation du mandat présidentiel en 2016.

C’est ainsi que les matériels militaires ukrainiens, commandés récemment et qui doivent arriver en fin de semaine du 8 mars, si l’itinéraire et le chronogramme initiaux restent inchangés, seront exhibés lors du grand défilé militaire prévu le 17 mai 2014. Un impressionnant défilé militaire qui mobilisera 20.000 soldats. Selon les indiscrétions de l’entourage présidentiel,  « le boss promet d’effrayer la communauté internationale ainsi que le peuple congolais, en exhibant publiquement le volume d’armement, même des armes secrètes achetées en Russie est qui sont arrivées par avions cargo gros porteur Antonov 124 Condor en pièces détachées. Il s’agit de missiles sol-sol Scud-C et Frog -7 ainsi que des missiles sol-air Buk-5 Thor qui sont montés sur place en RDC par des techniciens russes »

Pour rappel, La GR dispose  également des matériels militaires très performants comme les chars de combats T-72/80 avec canons de 125 mm optimisés avec télémètre laser et blindages millefeuilles donc résistants aux roquettes RPG-7. Elle a également dans son dispositif de défense antichars des blindés BMP-3 équipés de canons de 73 mm coaxial c’est-à-dire à capacité de tirs rapides électriques alors que les autres unités de l’armée de terre ne disposent que des BMP-1 avec canons de 73 mm manuel. La GR dispose en outre des véhicules  blindés de fabrication tchèque M 53/59 de type Praga avec double canons de 57 mm de la GR. C’est un type de véhicule blindé à roue tout terrain. Enfin, la GR dispose des pièces de l’artillerie lourde mobile, des canons de 122 mm automoteurs 2s1 ainsi que des canons de 203 mm automoteurs 2s7 alors que les forces terrestres n’ont que de pièces d’artillerie tractées donc statiques. Ce sont des instructeurs Nord-Coréens qui forment les artilleurs de la GR à Mura et à Kibomango.

A la question de DESC de savoir pourquoi vouloir intimider la communauté internationale, qu’est ce qui se cache derrière tout ça ? Une de nos sources, bien introduites dans les secrets des dieux avance : Le boss vise la prolongation de son mandat en 2016. A défaut de modifier la Constitution, il joue sur la prolongation. D’où, il veut déjà faire passer le message au préalble de sorte à avertir que ‘toute personne qui oserait s’opposer, par la voie pacifique ou militaire, à ce coup de force, sera écrasée sans ménagement. »

Pour notre source, le président Kabila n’osera sans doute pas modifier l’article 220 de la constitution, c’est trop risquant pour lui sur le plan diplomatique. Mais il compte sur le soutien de quelques politiciens de l’opposition républicaine pour lui permettre de reporter  les élections de 2016 à 2018. »

Voilà toute une série d’éléments qui mettent en lumière l’intention du régime qui tient absolument à garder la main au-delà de 2016.

Multiplier les stratagèmes pour pervertir la Constitution d’ici à 2016 ?

C’est ce qu’on peut constater dans les manœuvres décelées récemment dans le chef du président de la CENI, l’abbé Apollinaire Malumalu, rentreraient dans ce schéma de dévoyer le processus électoral de son cadre constitutionnel et légal actuel dans le seul but d’empêcher une alternance démocratique crédible et transparente au pouvoir en 2016.

C’est également dans la même stratégie du maintien au pouvoir de Kabila au-delà de 2016 que d’autres sources signalent la nomination prochaine des caciques du Kabilisme, le Secrétaire général du parti présidentiel, le PPRD, le constitutionnaliste Evariste Boshabu ou le sénateur kabilisteChristophe Lutundula Apala, le le démineur juridique des verrous constitutionnels en faveur du régime, à la tête de la Cour constitutionnelle. Une institution, qui est appelée à connaitre et trancher notamment des questions liées à l’interprétation de la constitution, au contentieux électoral (présidentielle et législatives), de juger le Président de la République, ainsi que du référendum etc. (Articles 160 à 169). Cette Cour, selon Maître Laurent Mutambayi, est également compétente pour le contrôle de constitutionnalité de certains actes après leur adoption. p.ex, les recours en interprétation de la Constitution à l’initiative du Président de la République, du Gouvernement, du Président du Sénat, du Président de l’Assemblée nationale, d’un dixième des membres de chacune des chambres parlementaires, des gouverneurs de Province et des présidents des Assemblées provinciales. La Cour est le juge de l’exception d’inconstitutionnalité[5]

A propos de la Cour constitutionnelle et de la violation du droit en RDC, Maître Marcel Yabili s’étonne qu’ « un pays qui est redevable au droit ne le respecte pas. Les abus, dictatures, guerres, anarchie, insécurité, impunité,…  indiquent davantage un « État sauvage ». Même ceux qui profitent de la loi de la jungle finissent par s’en lasser. Tous souhaitent l’instauration d’un « État de droit ». Jusqu’ici, la volonté politique manque et les critiques restent emprisonnées par l’évocation de principes abstraits.  En réalité, dans un aussi vaste territoire aux populations aussi diversifiées et sans liens de prédominance ou d’assujettissement, les dirigeants du pays sont contraints à organiser leur « légitimation » en recourant à des constitutions sur mesure, à des élections sur mesure, à des lois sur mesure. Tout leur pouvoir est basé directement et uniquement sur des lois : c’est un acte juridique qui nomme un policier, un magistrat, un ministre ; ce sont des lois qui indiquent la nature et l’ étendue de l’ exercice de leurs pouvoirs. Sans ces cadres juridiques, le policier, le magistrat ou le ministre est un individu quelconque même dans un système d’autocrates et d’apprentis dictateurs.  Désormais, on peut dire au pouvoir : « vous êtes des créatures de la loi », «  la loi est votre père et votre mère », «  respectez donc le père », «  ne violez pas la mère[6] » !

D’ailleurs pour DESC, penser que Kabila quittera le pouvoir par la voie démocratique est illusoire. Il suffit de voir comment il est arrivé au pouvoir. C’est de la même manière qu’il pourra effectivement en sortir et DESC en est convaincu à 100%. Qu’une certaine classe politique de l’opposition et l’opinion politique congolaises cessent de rêver que l’alternance au pouvoir en RDC viendra au bout des élections. On n’organise pas les élections pour les perdre, dixit Omar Bongo Ondimba.

Jean-Jacques Wondo/Exclusivité DESC

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