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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 15:52

Plan Marshall pour l’Est :

un pan de la balkanisation

Balkanisation de la RDC

LE POTENTIEL, le 4 Octobre 2013


Lancer le projet d’un plan Marshall pour la RDC est louable. Mais, là où le bat blesse c’est lorsque ce fameux plan ne concerne que l’Est du pays qui passe désormais pour le centre d’intérêt de la communauté internationale. Placé à côté d’autres initiatives qui ne veulent pas prendre en compte l’ensemble de la République, ce projet laisserait un arrière-goût qui le fait passer pour un pan du plan de la balkanisation du Congo.

 

Longtemps en marge de la crise qui ronge la partie Est de la République démocratique du Congo, la Belgique a créé la surprise en proposant en marge de la 68ème Assemblée générale des Nations unies, un Plan Marshall pour la partie Est de la RDC.

 

Le projet a été soumis au président Joseph Kabila par les ministres belges des Affaires étrangères Didier Reynders et Jean-Pascal Labille de la Coopération au développement.

 

« La Belgique est un peu l’initiateur, du fait de son expertise, mais c’est un projet collectif. La Belgique a entrepris de fédérer les efforts de la Banque mondiale, de l’Union européenne et de sa propre coopération en faveur d’un développement socio-économique de l’Est de la République démocratique du Congo et de son voisinage, afin de favoriser le retour de la paix dans la région des Grands Lacs », a expliqué à la presse le ministre belge de la Coopération.

 

Il a expliqué que « la Belgique peut réorienter une partie de ses moyens, mais cela doit être tourné vers l’Est de la RDC » et son développement économique. « Les projets en question devraient notamment concerner les secteurs de l’énergie, de l’eau, de l’agriculture et du commerce transfrontalier, avec, pour la Belgique, une « forme de réorientation » des fonds de la coopération au profit des deux Kivu, mais sans abandonner les autres provinces de la République démocratique du Congo », a-t-il souligné en substance.

 

« L’élément essentiel, c’est d’assurer un avenir à l’ensemble de cette population et un développement socio-économique à l’ensemble de ces pays de la région des Grands Lacs », a-t-il insisté.

 

A la presse, les deux ministres belges ont indiqué que « le président Kabila s’était montré favorable à un tel projet », souhaitant plutôt « construire un pont vers le Rwanda qu’un mur » entre les deux pays. Ce qu’a du reste réitéré Lambert Mende Omalanga, porte-parole du gouvernement.

 

Le projet du « Plan Marshall » pour le développement social et économique de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) « ne dérange en rien le gouvernement congolais », a indiqué le ministre de la Communication et médias, Lambert Mende. « Tout cela, a-t-il soutenu, rentre dans les préoccupations de la RDC qui sait qu’elle a des problèmes sur tout son territoire, et qui est consciente du fait que le Nord-Kivu, le Nord Katanga, le Sud-Kivu, l’Ituri ont été particulièrement affectés par les destructions de la guerre et ont besoin d’une intervention plus ou moins spécifique ».

 

Selon Lambert Mende, cette idée d’apporter un soutien substantiel à la reconstruction et la stabilisation de l’Est de la RDC meurtri par la guerre d’agression ferait partie intégrante des options retenues dans l’accord-cadre d’Addis-Abeba du 24 février 2013 et concernerait aussi le Rwanda et l’Ouganda.

UN PAYS A DEUX VITESSES

 

Si le projet de la Belgique a pour fondement l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, il y a donc de bonnes raisons de se poser des questions. L’on se rappelle que la signature de cet accord, jugé compromettant pour la souveraineté de la RDC, avait suscité de vives critiques dans l’opinion publique congolaise. Certains ont vu dans cet accord une forme voilée de la mise sous tutelle de la RDC par la communauté internationale, agissant via les Nations unies.

 

Et aujourd’hui, c’est sur ce même accord que la Belgique et les autres pays occidentaux proposent un plan global de reconstruction essentiellement destiné à la partie Est de la RDC. Derrière la nécessité de venir en aide aux populations meurtries de l’Est se déclinent des motivations obscures qu’il faudrait décrypter.

 

En effet, depuis plus d’une décennie, la partie Est de la RDC passe pour une zone névralgique, minée par des conflits intermittents, généralement téléguidés à partir des pays frontaliers à la RDC, notamment le Rwanda et l’Ouganda.

 

A ce jour, il s’y concentre un nombre impressionnant d’Ong étrangères. Au point que des programmes et des initiatives rivalisent soit pour venir en aide aux populations civiles, soit pour appuyer le plan de reconstruction et de stabilisation de l’ensemble de la sous-région. Le tout dernier en date est le programme Starec, soutenu par divers partenaires extérieurs, dont l’Agence britannique du développement (DFID).

 

Toutes ces initiatives se sont soldées, dans la plupart de cas, par des résultats mitigés. Alors que la communauté internationale peine à mettre en œuvre un programme cohérent et efficace de sortie de crise dans l’Est, des pays européens, sous la conduite de la Belgique initient un programme qui vient renforcer les programmes séparatistes entre l’Est et l’Ouest de la RDC.

 

En réalité, le Plan Marshal pour la RDC va préparer le lit à la partition du pays. La RDC va fonctionner à deux vitesses. Même des pays européens qui ne sont pas en coopération avec la RDC se sont engagés à disponibiliser des fonds pour que le Rwanda et l’Ouganda, deux Etats à part entière, soient engagés dans un partenariat sous régional avec une partie du territoire de leur voisin, ci-devant la RDC.

 

Nous l’avons toujours dit et nous ne cesserons pas de le dénoncer, toutes ces bonnes intentions-en apparence- plantent le décor qui se prête bien au démantèlement de la RDC. Les initiateurs de tous ces beaux projets voudraient faire gober l’idée selon laquelle, le partage des ressources naturelles de la RDC entre les pays des Grands Lacs contribuerait au retour de la paix dans la sous-région. Que nenni ! Au contraire, cela va donner un sceau officiel au pillage et favoriser l’annexion des deux Kivu avec, en toile de fond, l’organisation depuis peu de l’implantation des nouvelles populations en lieu et place des autochtones chassés de leurs terres et condamnés à l’errance.

 

 

Si aujourd’hui la question économique est le fond du problème, qu’a-t-on fait des motivations ethniques de la crise tant vantées autrefois ? L’opinion congolaise n’a pas la mémoire courte. Elle est assez éveillée pour faire échec à toute entreprise qui pue le cadeau empoisonné.

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