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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 14:21

Plan Marshall, Banque mondiale et la RDC. Aller aux questions de fond (suite et fin)

 

 Vempires

Travailler à sortir de la crise anthropologique où gît la RDC ,  « gâchette de l’Afrique », est  aussi  profondément une question de culture.  Pour cause. La stratégie du choc appliquée par les IFI dans les pays envahis par l’impérialisme désarticule, déstructure  et dépayse  les esprits et les cœurs.  Elle crée « la crise de la culture ». Sans   re-articulation et  re-structuration de ces cœurs  et  de ces esprits, il peut  devenir difficile de recréer des espaces de vie où le bonheur collectif peut être partagé.

 

Dans ce travail culturel, il est important de procéder à l’identification  de certains acteurs individuels et structurels pour  en connaître le mode opératoire dans  la crise anthropologique décriée.  Le dernier petit livre d’Eric Toussaint cité dans la première partie de cet article – Procès  d’un homme exemplaire-  est une contribution de grande valeur culturelle dans ce travail  de re-structuration et de re-structuration des cœurs  et des esprits en RDC.  Il permet de comprendre qu’il est impossible d’être en affaires permanentes avec les IFI et de prétendre travailler à la politique d’émancipation  politique des peuples.  Ces Institutions Financières Internationales participent des « coups d’Etat permanents »   perpétrés par les élites compradores  organisant des élections bidon dans les pays à soumettre par la dette et la banqueroute. Elles travaillent avec des « assassins financiers » dont John Perkins rend compte dans un livre intitulé « Confession d’un assassin financier ». Dans une interview où il fait allusion à ce livre, John Perkins décrit  le travail de « ses collègues » et certaines armes auxquelles ils recourent en ces termes : « Les «assassins financiers» sont des professionnels grassement payés qui escroquent des billions de dollars à divers pays du globe. Ils dirigent l’argent de la Banque mondiale, de l’Agence américaine du développement international et d’autres organisations «humanitaires» vers les coffres de grandes compagnies et vers les poches de quelques familles richissimes qui contrôlent les ressources naturelles de la planète. Leurs armes principales sont les rapports financiers frauduleux, les élections truquées, les pots-de-vin, l’extorsion, le sexe et le meurtre. Ils jouent un jeu vieux comme le monde mais qui a atteint des proportions terrifiantes en cette époque de mondialisation. » 

Applaudir  à l’annonce du Plan Marshall  impliquant la Banque mondiale pour la RDC , c’est accepter ce mode opératoire des IFI et de leurs « assassins financiers ».   Les discours où  « les bonnes intentions » sur la souveraineté sont débitées ne changent rien à cette réalité  structurelle profonde.  La souveraineté économique et politique de la RDC marche de pair avec la rupture  avec ce mode opératoire des IFI.

En dirigeant la RDC pendant deux ans sans l’apport du FMI, Mzee Laurent Kabila a prouvé, dans un passé assez proche, que cette rupture est possible. Son assassinat s’en est suivi. Pourquoi ? Il y a son passé compromettant. Mais toujours est-il qu’il risquait de devenir « un mauvais exemple ».

Les assassinats, en effet, font partie du mode opératoire des IFI et leurs assassins financiers. Ils interviennent quand leur marché est rejeté. John Perkins en témoigne quand il  dit : « S’ils échouent, des individus plus sinistres encore entrent en scène, ceux que les assassins financiers appellent les «chacals», qui sont les héritiers directs des empires de jadis. Ils sont toujours présents, tapis dans l’ombre. Quand ils sortent, des chefs d’Etat sont renversés ou meurent dans des «accidents». Et si par hasard les chacals échouent, comme en Afghanistan ou en Irak, les vieux modèles ressurgissent: de jeunes Américains sont envoyés au combat, pour tuer et pour mourir. »  Et  en RDC, les armées rwandaises, ougandaises et les milices qu’elles fabriquent  travaillent avec ces « chacals » tapis  dans l’ombre des institutions insoupçonnables !

Les assassinats participent de la stratégie du choc permettant  de lancer « des alertes », de créer la peur, des « experts » et des marionnettes ( et des élites compradores)  facilitant l’imposition du marché des IFI. Kadhafi en a été victime. Il était, pour les IFI, très dangereux : une Banque Centrale Africaine et un Fonds  monétaire africain portés par une Union Africaine au service  des peuples africains  auraient fait plus que l’effet d’une bombe nucléaire dans les économies des oligarques se servant des IFI comme « tiroirs-caisses ».

Quand les politicailleurs africains et congolais débitent des discours n’allant pas dans le sens de ces grands changements structurels, ils amusent la galerie ; ils travaillent à l’alternance du pouvoir pour être, demain, au service des mêmes oligarques d’argent disséminés à travers le monde.

Que faire ? Etudier et approfondir les rêves des Pères Fondateurs d’un autre Congo et d’une autre Afrique. Le panafricanisme des peuples inspiré par l’attachement de Lumumba à la terre de nos ancêtres et par  la souveraineté politico-économique prêchée par Nkrumah, le panarabisme d’un Gamal Nasser joint à la coopération Sud-Sud prôné par Kadhafi sont  des rêves à revisiter loin des appâts des IFI.

A  force de chercher à inventer la roue, nous revisitons, pour certains d’entre nous, rarement, les rêves entretenus par nos Pères, combattants de la liberté, engagés, tant soit peu, dans une lutte acharnée contre l’impérialisme (sur le déclin) et le néocolonialisme (en marche).

Il est aussi vrai que sans de bons principes d’un traité d’interdépendance entre les peuples et les nations, sans « une institution de droit international  avec des structures sous lesquelles les nations et les peuples jouissent de droits égaux », l’approfondissement des rêves de nos Pères risquent d’être handicapé.

Mais n’oublions pas que la Russie , le Brésil, la Chine et l’Amérique Latine ont réalisé des avancées énormes sans cette institution.  La RDC peut aussi y arriver. L’une des conditions est qu’elle reste fermement attachée à la culture (popularisée) ; qu’elle  crée et multiplie des espaces  de pensées alternatives et de médias alternatifs portés par un front commun de contre-pouvoir alternatif. Un leadership fort et visionnaire est indispensable à ce travail  historique et refondateur.

 

Mbelu Babanya Kabudi

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