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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 17:11

Patrice Lumumba : " Le 30 juin 1960, je n’étais pas pressé, mais alors pragmatique "

Publié le jeudi 3 juillet

 

 Lumumba5

Alors Premier ministre au 30 juin 1960, Patrice Emery Lumumba n’aura fait que trois mois au pouvoir. En cause, son conflit avec le président Joseph Kasa-Vubu, sans oublier les Occidentaux qui l’accusaient de tous les maux afin de

l’écarter politiquement et physiquement parce que étiqueté communiste. Surtout que son discours improvisé le 30 juin 1960 était jugé incendiaire au point de susciter un sentiment anti blanc dans les rangs des Congolais. A travers cette interview, il s’explique sur bien des sujets et son combat pour l’indépendance.

 

Le président Kasa-Vubu vous accuse d’avoir été inutilement pressé en 1960 parce que vous ne compreniez pas sa politique. Qu’en dites-vous ?

Le 30 juin 1960, je n’étais pas pressé, surtout pas inutilement comme le dit Joseph Kasa-Vubu. Mais, j’étais simplement pragmatique, alors très pragmatique. Car, je ne pouvais pas comprendre que des Congolais soient morts pour l’indépendance pour qu’en fin de compte, le Roi des Belges vienne se pavoiser à Kinshasa le 30 juin 1960 avec un discours paternaliste comme si l’indépendance était un cadeau de la Belgique. Non ! L’indépendance, c’était tout simplement un droit fondamental du peuple congolais et il ne fallait pas, à ce titre, qu’un Belge, fusse-t-il le Roi, le présente comme la preuve de la bonne volonté du royaume de Belgique. Et le président Joseph Kasa-Vubu donnait l’impression de continuer à considérer le Roi des Belges comme le souverain de la RDC. C’est pour cette raison que j’ai apporté une touche congolaise à la cérémonie du 30 juin 1960 parce qu’on ne pouvait pas oublier aussitôt toutes les humiliations qui constituaient notre pain quotidien et il fallait le signifier officiellement aux Belges en présence de leur Roi. Voilà ce que le peuple congolais attendait d’une cérémonie protocolaire et un spectacle destiné à laver l’image des Belges dans l’opinion.

Mais, votre discours a jeté de l’huile au feu dans la mesure où les incidents survenus donnaient l’impression d’une révolte à travers le pays ?

Il le fallait bien pour que les colonialistes comprennent que leur règne venait de prendre fin. Prenez l’exemple du général Janssens qui s’était permis de dire aux militaires congolais qu’avant l’indépendance égal à après l’indépendance. Il n’y avait pas pire provocation que cet acte. Raison pour laquelle, il était indiqué de faire comprendre aux colonialistes à tous les niveaux que les Congolais avaient pris leur destin en main. Il n’était donc pas question de caresser les Belges dans le sens du poil, mais de couper ce poil pour qu’ils retiennent que plus rien ne serait comme avant. Croyez-moi, en ce moment là, il n’était pas question de rapport de force, mais de saisir la chance que Dieu venait de nous offrir pour ne plus céder d’espace à ceux qui avaient passé le clair de leur temps à nous fouetter comme des sous hommes matin, midi et soir. Depuis ce jour, les Belges, avec en tête leur Roi, avaient appris à nous respecter. Et je reproche à Joseph Kasa-Vubu de s’être montré tendre le 30 juin 1960 après tout le combat mené par l’ABAKO pour l’indépendance. C’est lui qui aurait dû donner le ton dans son discours pour que les Belges prennent la mesure de la situation et se tiennent désormais à distance.

On vous reproche aussi votre naïveté dans le choix porté sur Mobutu alors qu’il s’est révélé, par la suite, comme un agent au service des Occidentaux ?

Oh, c’est de bonnes guerres que l’on m’accuse de tous les péchés. On dit de Jésus qu’il était Dieu, alors que c’est lui-même qui avait choisi Judas, son traître. J’avais choisi Mobutu parce qu’il était journaliste et qu’à ce titre, il en savait suffisamment sur notre combat et sur les Belges. Devant l’obligation d’avoir un secrétaire à Bruxelles, lui étant sur place, j’ai cru bon de le prendre. J’en ai fait plus tard mon secrétaire particulier et devant la nécessité de remplacer le général Jansens pour reformer notre armée, il était l’homme de la situation. Croyez-moi, il semblait être à la hauteur de nos attentes. Peut-être que, comme il était très ambitieux, il a facilement mordu l’hameçon des Occidentaux qui lui avaient promis d’être à la tête du pays. Il avait certainement perdu la tête. Le plus important pour moi n’était pas de rester au pouvoir, mais d’éveiller le peuple congolais pour qu’il comprenne qu’il devait se prendre en charge. Sinon, je pouvais me laisser corrompre pour rester Premier ministre pendant très longtemps et rester en vie en trahissant le Congo. Mais, je ne l’avais pas fait par amour pour le Congo. Voilà l’héritage que j’ai légué aux Congolais.

On raconte également que lors de votre fuite, vous trainiez vos pieds au point que vos poursuivants ont pu facilement vous rattraper en route ?

Traîner les pieds ? Non, ce n’est pas la réalité. Mais, je profitais plutôt de ma fuite pour laisser mon testament aux Congolais que je rencontrais sur ma route afin qu’ils retiennent l’essentiel de ma vision sur le Congo. Mourir n’était pas un danger pour moi, parce que la poursuite du combat sans moi était le plus important. J’étais au courant du complot qui se tramait contre moi et je l’avais même dénoncé à plusieurs reprises. Quand on a la passion du Congo, on est prêt à tout et c’est cela le vrai nationalisme. Si ceux qui se disent nationalistes craignent de mourir et se compromettent pour rester en vie ou pour occuper quelques postes, c’est que l’avenir est encore sombre. Un vrai nationaliste est toujours prêt à mourir pour éviter de trahir le Congo. Ce n’est pas comme certains nationalistes qui crient très fort et sont les premiers à prendre des armes contre leur pays sous la direction des étrangers. A leurs yeux, les intérêts égoïstes passent avant le Congo. C’est de la sorte qu’ils sont toujours à pactiser avec le diable pour obtenir des postes dans les institutions.

Autre chose à ajouter ?

C’est seulement d’inviter les Congolais à considérer notre lutte pour l’indépendance afin de retenir les leçons les plus importantes pour faire avancer la cause du Congo. Il faut résister à toutes les tentations pour ne pas trahir le Congo et apprendre à se prendre totalement en charge. Les Blancs n’aideront jamais les Congolais à sortir de leur misère. Bien au contraire, la misère des Congolais ne fera que leur force. C’est plutôt aux Congolais à savoir relever le défi du développement de leur pays. Mais, tout commence par la prise de conscience pour que le reste suive. M. M.

 

Congo : Patrice Lumumba (3) (La dernière entrevue avant sa mort))

interview de Patrice Emery Lumumba..(une des dernières avant sa mort) Actualité des années 1960 en RDC

 

https://www.youtube.com/watch?v=paCsMeaAk5E

 

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