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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 18:07
NI TOUR YETU SASA (C’EST NOTRE TOUR MAINTENANT) : LETTRE D'UN NEVEU A UN ONCLE DU VILLAGE
J’AI TROUVE UN BON NOUVEAU BOULOT !
Bien cher oncle Mamona’Mbwa,
C'est la perdrix qui se lève tôt le matin qui mange les termites. La campagne éléctorale n'a pas encore commencé. Je me lève tôt.
J'ai vu ta dernière lettre et je dois te dire de te frotter les doigts, car tous tes problèmes financiers, tous vos problèmes d'avoir une nouvelle école dans le village, toutes vos questions sur un nouveau pont sur notre ruisseau, trouveront désormais des solutions. Dieu a écouté ma prière. En fait, je viens d'avoir un nouveau boulot. Un boulot qui paye bien. Surtout qu'il ne me demande aucun effort musculaire. Et, plus, dans ce pays où pour tout il faudra payer des taxes, je ne payerai aucune taxe. Surtout que cet argent me vient du pays, en fait de mon président du parti qui va se (re) présenter aux élections libres et démocratiques.
Il n'y a pas que des toubabs qui en profitent. Nous aussi. Je suis désormais le chargé des bruits sur internet de notre candidat. En fait, notre candidat n'est pas n'importe qui parmi les onze que vous avez. Le nôtre est le plus fort. Mais, comme les messieurs de la diaspora que nous sommes avons besoin du boulot, nous nous faisons ce boulot de répandre du bruit et beaucoup de bruits sur le net à son sujet. Il est simple mon boulot. Je me mets sur l'ordinateur, je crée mille et dix mille adresses Email, j'envoie le message de soutiens à ces milles et dix-milles Email, avec copie au bureau de notre président au pays. Voilà et je suis payé au comptant.
Ni tour yetu sasa… C’est notre tour maintenant de bouffer. Nous allons utiliser toute notre matière grise à leur soutirer ce que nous pourrons encore soutirer.
Il paye bien mon boulot.
Je suis là aussi chargé de répandre de mauvaises et fausses nouvelles sur la santé des autres candidats, surtout ce jeune homme-là qui a travaillé aux Nations Unies et qui a des diplômes universitaires comme les cheveux de la tête ! Surtout aussi contre le vieux-vieux-vieux qui va mourir bientôt et qui croit qu'il est encore fort pour nous interdire de continuer à jouir de la mangeoire !
D'ailleurs, ce n'est pas un secret qu'ile st bien malade et qu'il a des fesses rongées par des asticots et des articulations immobilisées par des crampes, mauvais sorts de tous ceux auxquels il avait participé aux assassinats quand il était l'en-haut-d'en-haut du vieux régime défunt.
Il paye bien mon boulot.
Mais, c'est con mes boss... comment pensent-ils que je fais du bon travail alors que nous autres la diaspora, nous n'élirons pas; alors que le bruit que nous faisons sur le net ne s'arrête que aux frontières de nos ordinateurs ?... Je m'en moque... Donc, le bruit que nous faisons n'atteint nullement vous autres les électeurs...
En fait, je dois confesser. Ce n'est pas moi qui ai recherché ce boulot. Il est venu à moi et je saute sur l'occasion. Une chose est vraie : cet argent-là, l'argent du pays, je ne le garderai pas sur mon compte en banque ici. Il vous sera destiné pour construire l'école du village et jeter un pont sur notre ruisseau.
Il paye bien mon boulot... Ce matin, j'ai répandu la nouvelle que le vieux opposant, le vieux-vieux-vieux, le tout vieux, je veux dire, j’ai répandu la nouvelle qu’il est passé ici, lors de son passage chez les noko, j’ai répandu le bruit qu’il est venu de faire change son sang. Et, ça bien payer… Mes chefs à Kinshasa ont fait parvenir l’information à notre directoire chargé de la mobilisation et de la propagande, je viens d’être payé. Je me garde de révéler le montant.
Le comble est que ces messieurs-ci, mes chefs, ne changeront pas. Ici où je suis, en matière d’argent, les choses se payent au comptant. Mais, depuis que j’ai commencé ce boulot, ils ne payent que par des promesses. Cette de cette matinée, ils m’ont dit que Western Union allait me contacter en personne à cause du montant et du secret bancaire… Hélas, j’étais distrait de savoir que Western Union ne contacte jamais les gens pour un transfert d’argent. Ce sont eux qui doivent m’envoyer le code. Lorsque je téléphone et tombe sur la pute de secrétaire, elle me répond que l’argent avait déjà été envoyé et que la personne avait déjà été servie. J’en n’en crois pas à mes oreilles. Vérification faite après insistance, il semble qu’il y avait une confusion des noms et que c’est mon alter ego du Canada qui a été payé à ma place. Je dois donc attendre…
Ces messieurs ne changeront pas… D’ailleurs, je vais vite vendre mes services aux autres.
Gardons donc contact et dès que je récupère ma collation, je vous reviens.
L’espoir fait vivre. Il n’y a pas de sot métier. Quoi qu’il arrive, ni tour yetu sasa… c’est notre tour maintenant de bouffer l’Etat. Nous n’allons plus jamais laisser et jouer à la politique de la chaise vide. Tout le monde bouffe le pays, la MONUSCO, le Secrétaire Général de l’ONU, l’Union Européenne, la Chine, les Etats-Unis ; tout le monde, Paris, Bruxelles, Londres, Washington. Nous aussi, nous avons ce droit-là de bouffer le pays. Et, là, il ne faudra pas que nous allions par quatre chemins. Jamais un chien ne cède son os à un autre chien… Ni tour yetu sasa… C’est notre tour maintenant…
Ce que je fais en amont, vous devez aussi le faire en aval. Cherchez l’argent du pays, recherchez l’argent qu’amène les politiciens ; recherchez cet argent-là avec la lampe, si il arrive en plaine nuit étoilée sans lune. Il faudra le rechercher partout, surtout de la part de ceux-là que vous avez élu la fois passée. Ils sont bourrés de notre argent, l’argent du pays. Faites-en un droit. Nous autres, nous les bouffons en amont, ne ratez pas de les bouffer en aval et la pêche sera fructueuse. C'est le plus important...
A tous, je ne communique qu’une devise : Ni tour yetu sasa… Répandez-la partout, musiquez-la, psalmodiez-la, grattez-la sur les routes sablonneuses et sur des pirogues. Faites-la vous coiffez sur la tête…
Quant à mon nouveau boulot, il est bon, il est moins stressant, il paye bien, il paye gros, surtout que c'est un boulot de deux mois seulement. Qu'en déplaise les jaloux. Qu'ils fasse leurs calculs. Qu'ils imaginent mon salaire. Je serai au moins content d'amener beaucoup des gens à hair encore la politique et les politiciens de chez nous. J'en suis fier. Je me moque de tout le monde. Je me moque des gens au pouvoir. Ils sont parfois cons. Ils croient facilement aux troubadours et aux thuriféraires. Je n'en suis pas un. Je fais mon boulot. Je sais mon boulot. Je me battrai pour mon boulot. Pour donner du pain aux miens, fautes de les avoir servi de l'eau et de l'electricité.
Et je me rappelle ce proverbe de chez nous que tu repètes souvent : C'est la perdrix qui se lève tôt le matin qui mange les termites... Je me lève tôt et me voici offert un bob boulot...
Ton propre neveu,
Elima Ngando
 
(© Norbert X MBU-MPUTU, NI TOUR YETU SASA ! (C'est notre tour maintenant !) Chroniques des élections en République Démocratique du Congo, MediaComX, Newport –Royaume-Uni, Septembre 2011)

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