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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 16:48

Moise Katumbi, l’alternance ou l’alternative a Kabila ?

 KATUMBI.jpg

http://desc-wondo.org/moise-katumbi-lalternance-ou-lalternative-a-kabila-jean-jacques-wondo/

 

 

Par Jean-Jacques Wondo

DESC (Défense et Sécurité du Congo)

9 mai 2014

 

Comme nous l’écrivions dans nos précédentes analyses, à mesure que l’on s’approche de 2016, année supposée être la fin du mandat constitutionnel de Joseph Kabila, l’on assiste à une certaine nervosité perceptible dans le camp et l’état-major présidentiels, mais aussi au sein de la classe politique congolaise, toutes tendances confondues.

 

Après la messe ratée de Kingakati-Buene qui a davantage divisé au lieu de renforcer la fragile cohésion interne opportuniste autour de Kabila, la majorité présidentielle reste désabusée, désorientée au point que la guerre des clans semble ouverte. C’est le cas de la majorité extraparlementaire qui a commencé à tirer à boulets rouges contre Minaku et Matata. Bien avant d’ailleurs, c’était le MSR de Pierre Lumbi qui, par le bouc-émissaire Modeste Mutinga, le patron du groupe de presse « Le Potentiel », le plus grand quotidien du pays, s’est fait publiquement tancer par Kabila lors de son allocution du 20 mars 2014 à Kingakati-Buene. Kabila ne veut plus supporter « l’impartialité » d’un média appartenant à un cadre de la Majorité présidentielle (MP). Et Mutinga de retorquer : « Le seul grief mis à ma charge, c’est d’avoir le courage de dire tout haut ce que tous les médias n’osent aborder. Cela s’appelle la liberté de la presse, une disposition consacrée par la Constitution de la RDC ainsi que par tous les instruments internationaux ». (http://www.teletshangu.com/Joseph-Kabila-tance-M-Mutinga-Ou-tu-es-avec-nous-ou-tu-es-contre-nous_a836.html).

 

Les dernières déclarations du secrétaire d’Etat américain, John Kerry, relayant la position des Etats-Unis exhortant le président Joseph Kabila à quitter le pouvoir fin 2016, comme prévu par la Constitution, sont venues attiser la confusion et le malaise dans le camp présidentiel au point que personne ne sait aujourd’hui sur quel pied danser. Ces propos font suite aux déclarations de l’envoyé spécial des Etats-Unis pour les Grands-Lacs, le sénateur Russel Feingold, qui a insisté en ces termes : « Nous croyons qu’il est très important pour l’avenir de ce pays et sa stabilité que la Constitution soit respectée (…), qu’on ne s’efforce pas de la changer pour un individu – ce qui serait une recette pour l’instabilité, pas pour la stabilité… Les gens de ce pays ont le droit de voir leur Constitution respectée. Ils ont le droit de choisir leur Président en conformité avec leur Constitution. La constitution de la RDC prévoit deux mandats ».

Pour enfoncer le clou, la Belgique, réputée pour son expertise auprès des Etats-Unis sur les questions relatives à la RDC a réitéré le même vœux.

 

Selon l’agence de presse belge Belga, le ministre belge de la Coopération au développement, Jean-Pascal Labille, a implicitement appelé le 6 mai 2014 le président  Joseph Kabila à « respecter la Constitution » et « à ne pas briguer de troisième mandat à la tête de la RDC », joignant ainsi sa voix à celle du chef de la diplomatie américaine, John Kerry. « Lorsqu’il y a une Constitution qui prévoit un certain nombre de mandats, cette Constitution doit être respectée », a-t-il déclaré devant les 7èmes assises de la Coopération belge au développement qui se tenaient au palais d’Egmont à Bruxelles. « Sinon, à quoi sert-il d’écrire une Constitution », a ajouté M. Labille, parlant de « règles de base que nous devons respecter ». On assisterait peut-être à un remake de ce qui s’est passé dans les années 1990 lorsque ministre belge des Affaires étrangères Willy Claes (entre 1992 et 1994) déclara que Mobutu appartient déjà au passé? Est-ce un signe des temps lorsqu’on sait que durant les grands tournants de l’histoire de la RDC (1960 : assassinat de Lumumba et 1996-97 : la chute de Mobutu), les Etats-Unis et la Belgique ont aligné leur politique par rapport au Congo? Cependant, la prudence reste de mise lorsque l’on sait que la Belgique entre dans une période électorale cruciale et que ces déclarations pourraient être mises sur le compte d’une action séduction politique envers l’électorat d’origine congolaise, très échaudé depuis la parodie d’élections de 2011 en RDC.

La guerre des clans des partisans de Kabila tourne autour des deux stratégies majeures : permettre à Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà de 2016 ou assurer le maintien du régime au-delà de 2016 si Kabila dans l’hypothèse du départ de Kabila. Et là, les différents stratèges du régime n’émettent pas sur la même longueur d’onde.

 

Le premier cercle, autour du Conseiller spécial en matière de sécurité, Pierre Lumbi Okongo, estimerait que, suivant une analyse rationnelle froide et objective, Kabila devrait être respectueux des dispositions constitutionnelles et quitter pacifiquement le pouvoir en 2016 en organisant les élections libres et transparentes. Cela permettrait de baisser la tension politique déjà échaudée depuis sa réélection chaotique de 2011 qui a fortement ébranlée sa légitimité et la cohésion nationale. Cela aura également le mérite de permettre une normalisation de la vie politique et la stabilisation du pays. Et tout sera à son bénéfice politique dans l’avenir, vu son jeune âge. Ce scenario, du moindre mal pour Kabila, résulterait d’une analyse prospective basée sur plusieurs enquêtes réalisées sur le terrain pour palper l’état d’esprit des congolais s’il arrivait que Kabila se maintienne au pouvoir au-delà de son mandat constitutionnel.

 

Le second cercle, autour de Maître Jean Mbuyu, qui devient de plus en plus l’éminence grise de Kabila en cette période où il est orphélin de Katumba Mwanke, pense que Kabila devrait se retirer en 2016 tout en gardant la main en utilisant la stratégie Poutine-Medvedev. Pour ce camp, aussi conscient de la cristallisation de la tension politique contre le Katanga qui s’arroge la part du lion dans tous les gouvernements depuis 1997, l’alternative à Kabila devrait provenir d’une province autre que le Katanga. Cela permettrait stratégiquement au régime de rempiler et en même temps de baisser la tension populaire. Les Congolais ne seraient pas prêts à accepter encore un troisième président katangais successif à la tête du pays. D’où, il faut aller recruter le Medvedev providentiel pour le régime ailleurs qu’au Katanga.

 

Selon cette stratégie, c’est le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, secrétaire général de la MP, qui avait été pressenti comme le dauphin de Kabila en tant que futur président d’opérette durant la période 2016-2021. ce, du fait de sa loyauté viscérale à Kabila et son caractère de commis de parti, prêt à exécuter à la virgule près les décisions concoctées dans les cabinets parallèles de la présidence. A la différence du couple Poutine-Medvedev, Joseph Kabila ne deviendrait pas le Premier ministre du « président » Minaku. Le ‘raïs’ resterait héros dans l’ombre, mieux « autorité morale » de la nouvelle majorité présidentielle à qui tous les chefs militaires et  sa « Garde Républicaine » prétorienne feraient allégeance. Malheureusement, Minaku ne parvient pas à recueillir l’unanimité des partisans de Kabila, qui le jugent assez mou pour tenir le cap jusqu’en 2021 et affronter à la fois la colère populaire et les traits enflammés de l’opposition (UDPS et alliés, MLC, UNC…) ou d’autres baroudeurs indépendants du camp de Kabila qui ne se sentiraient plus tenus à la loyauté à la MP dès que Kabila ne sera plus président. Minaku est décrit plus technocrate que politicien et tribun.

 

C’est alors que le nom de Léon Kengo Wa Dondo, l’actuel président du Sénat, est de plus en plus cité. Celui-ci, selon les stratégistes de ce cercle, présente plusieurs atouts. Ressortissant de l’Equateur, une province traditionnellement hostile à Kabila et acquise à son ennemi juré JP Bemba, Kengo serait subtilement utilisé pour séduire la partie ouest du pays à la cause du régime actuel. Le deuxième avantage est que Kengo dispose encore d’un carnet d’adresses, quoique vieillissant, dans les milieux néolibéraux occidentaux pour le soutenir durant la courte période de retraite stratégique de son protégé Kabila qui lui a facilité un come-back politique en 2007 après 10 ans d’exil. Troisième atout de Kengo, toujours selon ce cercle, concerne ses origines Tutsi qui pourraient jouer en sa faveur face la diplomatie sécuritaire de Kagame (et Museveni) au Congo. Ces deux présidents tiennent absolument à contrôler à distance, via des Tutsi interposés dans les hautes sphères de l’Etat et sécuritaires de la RDC, ce pays hautement stratégique pour leurs ambitions expansionnistes, lorsqu’ils ne peuvent le faire via la recette des rébellions qui ne marchent plus.

 

Il faut aussi préciser que contrairement au scénario Minaku, le scénario Kengo est également approuvé par le premier cercle de Lumbi Okongo. C’est ainsi qu’il est de plus en plus plébiscité par ces deux cercles comme étant le futur Premier ministre du gouvernement de la cohésion. Question de le plonger lentement dans le bain et lui permettre de travailler son image et sa popularité défaillantes en vue de le préparer à une présidence de transition en 2016 avec l’aide de l’abbé Malu-Malu. Ce dernier étant très proche du feu Samba Kaputo et de Pierre Lumbi et ayant aussi travaillé avec Maître Mbuyu du temps où il occupait la fonction de consseiller spécial de Kabila en matière de sécurité.

 

Le troisième cercle, celui des va-t-en guerre regroupe les Katangais purs et durs, à majorité Balubakat, auxquels s’enjoignent les caciques du PPRD et alliés comme BoshabMende et la majorité dite extraparlementaire. Ce cercle estime que Kabila doit achever son projet politique initié sous la révolution de la modernité et qu’il doit rempiler en 2016 en modifiant la Constitution. C’est comme si la Constitution d’un pays, norme suprême d’un Etat, devrait s’aligner au gré des programmes irrationnels et irréalistes des candidats présidents. Pour ce cercle d’opportunistes qui n’ont pas tiré les leçons du mobutisme, tous les moyens sont bons pour conserver le pouvoir, quitte à défier le peuple congolais et une certaine opinion internationale hostiles à toute modification de la Constitution devant accorder un troisième mandat à Kabila. Ces flagorneurs s’en prennent à Matata et Minaku qu’ils jugent responsables de la dérive du mandat présidentiel en cours et du pourrissement de la situation politique au sein de la MP. Et la réponse de Minaku, à la tête de la MP, ne s’est pas fait attendre.

 

Le bureau politique de la MP a, dans une décision n°001/2014 du 25 avril 2014, proscrit au sein de la MP l’existence de tout réseau, regroupement ou plateforme des partis politiques, sauf autorisation expresse de l’Autorité morale ou du bureau politique. Ainsi, les partis extraparlementaires concernés par cette mesure avaient un ultimatum de sept jours pour s’amender et affirmer leur appartenance à la Majorité présidentielle.

 

Lorsque le Katanga entre en rébellion contre son fils-président, le jeu devient très limpide

 

Depuis que les mathématiques électorales congolaises de Mulunda ont permis à Joseph Kabila d’être réélu et plébiscité dans certaines circonscriptions électorales de la province du cuivre à plus de de 101%, les batoto (fils) du Katanga s’attendaient à être récompensés au regard de leurs exploits et zèle électoraux. Malgré les neufs portefeuilles ministériels leur attribués dans le gouvernement Matata, des postes clés à la BCC, les services de sécurité, les katangais ne s’estiment pourtant pas satisfaits. Ils en veulent plus : la primature, la présidence de l’Assemblée nationale, la police nationale congolaise, mais aussi la CENI. A cela, il faut ajouter le mécontentement des katangais du sud, marginalisés dans le partage du gâteau des postes. Ils se considèrent comme étant les vrais dindons de la farce électorale de 2011.

 

Ainsi, depuis mars 2013, le Katanga est en ébullition. Une révolte aux relents de règlement de comptes intra-provincial qui ne dit son nom entre le sud et le nord et qui, progressivement, prive le raïs de sa plus importante base électorale, les deux Kivu qui l’ont réélu massivement en 2006 l’ont vomi depuis, à la suite entre autres de sa gestion complaisante envers le M23 et ses parrains de la crise sécuritaire de l’Est du pays. Kabila ne compte plus que sur le Maniema qui compte quelques 2.000.000 d’habitants, trop peu pour assurer son assise nationale dans un Congo estimé autour de 70.000.000 d’habitants.

 

De plus, durant la période préélectorale de 2011, le régime croyait bien faire en libérant le chef de guerre Gédeon Kyungu. Il l’a armé avec ses miliciens dans l’hypothèse d’organiser des représailles et des expéditions punitives contre les contestataires de la réélection planifiée de Kabila si la situation post-électorale venait à mal tourner. Malheureusement cette machette électorale est devenue à double tranchant. Gédéon Kyungu et le Bakata Katanga se sont retourné contre les apprentis sorciers stratèges du régime. Ils ont été récupérés par tous les katangais déçus qui n’ont pas trouvé leurs comptes dans la redistribution ethno-paternaliste des postes opérée par Kabila. Le Katanga est aujourd’hui à feu et à sang. Cette riche province vit une catastrophe humanitaire qui ne dit son nom avec plus de 500.000 déplacés dépendant du PAM (programme alimentaire mondial). Pourtant, le Katanga, poumon économique et vitrine du Congo qui émerge, produit une quantité record de cuivre dépassant 600 000 tonnes en 2013 et pouvant atteindre environ 1 million de tonnes en 2014, et dont les retombées servent juste à grossir les chiffres macro-économiques de la croissance conjoncturelle du gouvernement Matata, sans impact réel ni sur le budget national de l’État, ni sur le PIB de la RDC encore moins sur l’assiette des congolais qui continuent à broyer du noir, pendant que les prédateurs et leurs alliés du régime s’enrichissent de manière insolente.

 

Et les néolibéraux créent Moïse, une alternative forcée, d’intérêt, contre-nature ou idéologique à Kabila?

 

Ayant senti le roussi venir à l’échéance 2016, Katumbi s’est stratégiquement mis à l’écart en 2011, pour s’émanciper de toute contrainte, obligation et loyauté politiques en 2016 lorsque sonnera la fin du mandat de Kabila, afin de mieux sauter lorsque viendra son tour.

 

Depuis, par de petites phrases assassines, l’homme ne cesse d’afficher ses ambitions, dans les cercles fermés qui le côtoient. Sans viser directement Kabila, il a déclaré ceci : « le conseil que je peux donner aux présidents africains est de savoir quitter le pouvoir à temps ». Plus récemment, l’homme s’est dit être mal à l’aise à la tête d’une province où les élections n’ont pas été organisées à l’échéance prévue. Mais il oublie que rien ne l’oblige de s’y maintenir dans l’illégitimité, si tel est réellement son intime conviction. Dans d’autres cercles encore plus fermés, Katumbi aurait même déclaré que si Kabila se permet de se maintenir au pouvoir en 2016, il n’aura ni à affaire aux congolais, ni à Tshisekedi encore moins à Kamerhe ou à Bemba, mais bien « à moi-même ». Suivez le regard de DESC…

 

Selon l’analyste Pio Kabengele, la manière dont société civile du Katanga vient de réaliser une pétition contre la révision de la Constitution et la reconduction du mandat de Joseph Kabila fait sensation et cache anguille sous roche. Il s’agit là d’un record, avec plus de 100.000 signatures récoltées. Rien que cela devrait intriguer. A Kinshasa, la coalition « Sauvons le Congo » a récolté autant après plusieurs mois, en zone supposée pourtant “hostile » à Kabila alors que dans son fief, la pétition a recueilli en très peu de temps le double. Et l’analyste de se poser cette question : Comment expliquer cette performance, cette organisation et cette détermination en si peu de temps?

 

Et M. Kabengele de faire observer que « les initiateurs de la pétition ne sont autres que les protégés du gouverneur de la province du Katanga, Moïse Katumbi. La société civile du Katanga est à sa botte. L’homme d’affaires l’a installée dans des nouveaux locaux. Il les finance ici, comme ailleurs. La pétition katangaise confirme les ambitions de Katumbi qui ont été esquissées dans le documentaire de Thierry Michel: « L’irrésistible ascension de Moïse Katumbi. » Le jeu est subtil. Katumbi proclame sa fidélité à Kabila et au PPRD, mais pour avoir la vie sauve et poursuivre ses affaires juteuses. De ce point de vue, un attelage Kabila-Katumbi est envisagé pour refaire l’alternance de Poutine-Medvedev », conclut-il

 

Sur qui Moïse Katumbi pourra-t-il s’appuyer pour réaliser son ambition ?

 

A ce sujet, les recoupements réalisés auprès des différents analystes et observateurs de la scène politique congolaise nous permettent d’identifier une toile de soutiens que le « roi du Katanga » se tisse tant sur le plan national qu’international.

 

En premier lieu et nous l’avions déjà mentionné dans une précédente analyse, Katumbi pourra compter sur la force financière de son grand ami, le puissant homme d’affaires, le juif Dan Gertler, qui a fait fortune dans le secteur minier, de manière souvent décriée par ses détracteurs. Pour la petite histoire, c’est du cabinet de Gertler que sont sortis les 3.000.000 USD censés acheter la signature du professeur Jacques Djoli, vice-président de la CENI en 2011, lorsqu’il refusa pour la première fois d’apposer sa signature en bas de la déclaration proclamant Kabila victorieux des présidentielles de 2011. C’est d’ailleurs ce qui retarda la publication des résultats.

 

En second lieu, Katumbi peut compter sur l’actuel establishment katangais autour de Kabila, mais aussi en fédérant tous les déçus de la MP non récompensés dans la redistribution paternaliste et ethnorégionale des postes opérée par le ‘raïs’.

 

En troisième lieu, Katumbi s’appuie sur l’Afrique du Sud, le pilier géostratégique du continent noir et de la SADC, de plus en plus active en RDC dans le secteur minier et sécuritaire. L’Afrique du Sud, en pleine émergence économique, a fait du Katanga et de la RDC son réservoir minier et énergétique. Ainsi, Katumbi, en affairiste avisé, a saisi cette opportunité pour étoffer ses liens à la fois avec les milieux d’affaires sud-africains et l’entourage de Jacob Zuma. Depuis, l’homme multiplie des voyages secrets au pays de Mandela, consulte et reçoit des émissaires sud-africains au point que, ne faisant plus confiance à Kabila ni à son entourage sécuritaire, sa protection est assurée par des bodyguards sud-africains, recrutés parmi d’anciens commandos d’élite de la SANDF (South African National Defence Force) transformés en mercenaires privés.

 

Puis viennent les appuis occidentaux auprès des chancelleries desquels Moïse Katumbi a annoncé son ambition de briguer un mandat présidentiel en 2016. C’est là qu’il faudrait sans doute trouver l’explication de l’agitation observée actuellement au sein de l’administration américaine, exhortant à plus d’une fois à Kabila, d’être respectueux des dispositions constitutionnelles et de quitter le pouvoir en 2016. Plusieurs sources nationales et étrangères ont confié à DESC que le State Department à Washington aurait jeté son dévolu sur Katumbi. Lorsque l’on sait que les rituels démocratiques en Afrique, au travers des parodies d’élections, ne servent qu’à légitimer des choix opérés ailleurs, chez les faiseurs de rois, on comprend pourquoi les États-Unis tiennent, par une rhétorique diplomatique non voilée, à ce que les élections soient organisées en 2016 et que Kabila s’en aille. L’UDPS, Le MLC, L’UNC, les FAC et d’autres électrons libres de la MP, vous voilà prévenus par DESC ! Sur ce même dossier, il semble d’ailleurs que Washington et Paris émettraient sur une même longueur d’onde. Il semble que lors de sa visite prévue à l’Elysée le 21 mai 2014, François Hollande devrait revenir sur le même credo que Russ Feingold, Herman Cohen et John Kerry.

 

Des signes qui ne trompent du soutien tacite des européens, moins expressifs que les américains, en faveur de Katumbi seraient également perçus dans certains gestes politiques des officiels belges. En effet, depuis un certain temps, l’on constate que les autorités belges, en visite officielle ou privée en RDC, ne manquent de faire une escale à Lubumbashi pour faire des civilités au maître des lieux.

 

Une nouvelle donne dans cette diplomatie économique parallèle étrange est que ce sont davantage des flamands qui manifestent de l’intérêt à la province cuprifère, là où les wallons se considéraient autrefois en terre conquise. Ce qui ne manquera sans doute pas d’exporter sous les tropiques la guéguerre communautaire belge. Plusieurs sources renseignent que le nombre d’expatriés belges flamands au Katanga ne cesse d’augmenter ces derniers temps. Certes, la vitalité économique de la Flandre en recherche de nouveaux pôles économiques rentables – contrairement à une Wallonie embourbée sur le plan socioéconomique qui donne des arguments politiques à Bart de Wever, l’homme fort de la N-VA (Nieuwe Vlaamse Alliantie : la nouvelle alliance flamande) qui rêve de la scission de la Belgique – n’y est pas étrangère.

 

Mais une autre explication de cette ruée flamande au Katanga trouve son argument dans le rôle que jouerait le grand frère de Katumbi, Raphaël Katebe Katoto Soriano. L’homme d’affaires belgo-congolais est propriétaire d’un superbe château à Bruges, la Venise du Nord, en Flandre-Orientale, une province bourgeoise et aristocratique de Belgique. Raphaël Katoto ferait le lobbying auprès des milieux d’affaires et politiques sociaux-chrétiens et libéraux flamands pour les amener à aller investir au Katanga dans une stratégie de soutien a posteriori à son jeune frère Moïse. Pieter De Crem, le ministre socio-chrétien belge flamand de la Défense aurait été plus visible à  Lubumbashi qu’à Goma lorsque la population du Kivu RDC avait plus besoin du soutien et de la présence de la communauté internationale après la prise de Goma par le M23 en novembre 2012. Le libéral flamand, ministre d’Etat et député fédéral, fin connaisseur du Congo et de son monde politique, Herman De Croo, est également souvent aperçu à Lubumbashi à chacun de ses voyages en RDC et bien d’autres encore. Ce dernier aurait déclaré lors d’un séjour à Lubumbashi en 2013 : « Moïse Katumbi est arrivé, le miracle est fait! »

 

Quel modus operandi de Katumbi pour réussir son pari ?

 

Pour certains analystes, Katumbi investit beaucoup dans les médias pour soigner une image de bon gestionnaire. Même le magazine Jeune Afriques’est prêté à ce jeu qui lui est familier sous les tropiques africaines pour vanter les réalisations de Katumbi au Katanga et montrer comment il compte transformer le Congo lorsqu’il sera aux commandes de ce paradis sur terre. L’équipe de football TP Mazembe étant une des illustrations de cette stratégie, parmi d’autres, qui est mise en avant.

 

Katumbi essaie aussi subtilement de convertir à sa cause, par la stratégie du « confessionnal » (tête à tête), les autres cadres du PPRD et alliés. Et DESC est en mesure de confirmer que plusieurs cadres de la MP mécontents de la messe de Kingakati-Buene et quelques collaborateurs directs de Kabila se sont rapprochés de Katumbi et travaillent déjà dans cette dynamique en profitant de leurs fonctions officielles pour faire le lobbying de Katumbi. D’autres plus hésitants encore, songent à enjamber le pont au dernier moment lorsqu’ils n’auront plus rien à gagner (financièrement et politiquement) aux côtés du raïs en déchéance. Ainsi, le bateau du « kabilisme » est en train de tanguer et va bientôt se vider progressivement depuis que les maîtres du monde, ceux-là qui l’ont imposé à la tête de la RDC un certain 26 janvier 2001, lui ont dit stop en 2016.

 

Mais Katumbi et Kabila peuvent également conjuguer une stratégie d’intérêt du « win-win » où, pour limiter les dégâts d’une collision frontale entre les deux, chacun trouve son compte. Pour les plus pragmatiques du kabilisme, il est important que la famille politique de Joseph Kabila constituée, non sur base d’idéologie mais d’intérêts politiques opportunistes, clientélo-paternalistes, conserve le pouvoir et se retrouve aux affaires, même si son champion actuel est contraint de s’éclipser pour un temps. Elle peut alors compter sur l’ingéniosité de l’abbé Apollinaire Malu-Malu à la tête de la CENI pour bien célébrer ces noces d’intérêts. Ils estiment que la communauté internationale se contenterait de l’élection d’une autre personnalité à la tête de l’Etat et cela serait considéré malgré tout comme une alternance quand bien même des fraudes massives et autres irrégularités pourraient émailler le processus électoral comme en 2006 et 2011. La seule inconnue dans cette hypothèse est la réaction des extrémistes Balubakat du clan Kabila. Ils sont aux commandes des services de sécurité qu’ils cogèrent avec les Tutsi, autres alliés de Kabila qui veulent également voir clair dans tout cela.

 

Mais tous ne sont pas de cet avis

 

C’est du moins l’impression qui ressort de certains observateurs proches de la société civile dite indépendante et des organisations des droits de l’Homme. Pour eux, Katumbi est un piètre gestionnaire, un autocrate populiste ne disposant pas suffisamment de formation pour le propulser à la tête de la RDC. Sa popularité repose sur l’achat des consciences populaires à coups des billets de banque amassés par la contrebande et le bradage miniers du Katanga Business. Et le grand danger avec Katumbi, disent-ils, est qu’il roule pour les spéculateurs, comme Dan Gertler, et d’autres prédateurs et aventuriers de pire espèce. Ils pensent qu’avec Katumbi à la tête de l’Etat, la RDC risque de passer sous la coupe des « Madoff » des Etats faillis et que cette situation risque de multiplier des cas de conflit d’intérêts, trafic d’influence ou autres délits d’initiés nuisibles à la santé financière de l’Etat Congolais.

 

Mais que pensent, disent, veulent et font les congolais dans tout ça ? Attendent-ils toujours que le salut leur vienne de l’Occident ou de l’Orient ?

 

 

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