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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 08:20
MARDI, 22 NOVEMBRE 2011 03:32  PDF Imprimer Envoyer
Consigne de vote pour le 28 novembre 2011

La tenue des élections générales tant attendues est imminente. Le 28 novembre prochain, les électeurs vont devoir se rendre aux urnes. De ces élections générales, celle qui, dans le contexte actuel du Congo, exige plus de discernement de la part des électeurs c’est, ainsi que je l’ai souligné dans un récent écrit, l’élection présidentielle. Malheureusement la tâche n’est pas facilitée ā ces derniers dans la mesure où l’opposition n’a pas réussi ā dégager un candidat commun ou unique. Si et seulement si les dix candidats de l’opposition pouvaient se ressaisir pour se ranger derrière l’un d’eux ! Le Congo a besoin à sa tête, pour les cinq prochaines années, de quelqu’un qui soit en mesure de tenir tête à la fois à ceux qui, de l’extérieur, travaillent dans l’ombre ā la déstabilisation du pays aux fins de réaliser leurs visées expansionnistes et ā ceux qui, de l’intérieur, leur servent de supplétifs ou d’agents d’exécution ayant pour mission de semer l’insécurité dans les contrées sous leur contrôle.

Le contexte actuel du Congo, point n’est besoin de le rappeler, est celui d’une insécurité inqualifiable -parce que massive et généralisée- surtout dans la partie orientale du pays. Les groupes armés étrangers[1] et locaux ainsi que les bandits de grand chemin y sèment tranquillement la mort et la désolation depuis plusieurs années. Etant donné cette insécurité massive et généralisée qui, comme l’épée de Damoclès, est suspendue en permanence au-dessus de la tête des congolais, surtout ceux de l’Est, les personnes pour lesquelles les électeurs devraient jeter leur dévolu ā la date sus-évoquée sont celles qui soient ā même de restaurer ā court et non ā long terme la sécurité des personnes et de leurs biens. Puisque l’Etat, compte tenu de la modicité chronique de ses moyens, est incapable d’assurer le minimum vital ā ses citoyens, ceux-ci n’attendent de lui qu’une seule chose ā savoir leur sécurité physique et patrimoniale. Je partage totalement le point de vue de Thomas Hobbes pour qui il n’y a pas de liberté lā où l’on peut être gratuitement agressé n’importe quand par n’importe qui. Je souscris aussi ā celui de John Locke qui, pour sa part, estime qu’il n’y a pas de liberté sans patrimoine propre c’est-ā-dire sans propriété ou possessions personnelles. Tout en abondant dans ce sens, Thomas Hobbes enfonce le clou en disant que ni la liberté ni une prospérité durable ne sauraient fleurir lā où l’homme peut ā tout moment être dépouillé de ses biens par les brigands et les rusés.[2] Tout ceci est d’autant plus vrai qu’on cesse d’être libre dès lors qu’on se retrouve dans une situation de dénuement.[3] D’où l’insistance de ces deux penseurs politiques sur le devoir de l’Etat de sécuriser les citoyens et leurs biens.

Le 28 novembre prochain, on attend donc des électeurs un comportement responsable : celui consistant ā doter le pays d’un chef d’Etat disposé ā faire de la lutte contre l’insécurité et contre le pillage des ressources naturelles du Congo son cheval de bataille et ā s’opposer avec fermeté et de manière dissuasive aux velléités bellicistes, déstabilisatrices et expansionnistes de Kigali et de Kambala. Sous d’autres cieux, la sécurité est considérée comme la première des libertés en ceci qu’elle conditionne toutes les autres libertés reconnues aux citoyens. La Constitution française, pour ne citer que celle-ci, fait de la sécurité un des droits inaliénables et imprescriptibles de l’homme. Qui, parmi les onze candidats ā la présidence, est en mesure de nous procurer ce précieux bien qu’est la sécurité ? Voilā une question de fond qui mérite bien nos réflexions avant de nous rendre aux urnes. Point n’est besoin de dire que de ce précieux bien qu’est la sécurité dépendent étroitement tous les autres biens. C’est cela qui fait dire ā tous les penseurs sérieux du politique que sans sécurité, l’exercice des libertés individuelles et collectives est tout simplement un vain mot. Au regard de la situation sécuritaire alarmante actuelle ā l’Est du pays, le Congo a grandement besoin d’acteurs politiques qui, dans leurs projets de société, font de la sécurité et de la restauration de l’autorité de l’Etat la priorité des priorités. Aussi s’impose-t-il que les électeurs ne se trompent plus cette fois-ci de personne(s). Etant donné la gravité de la situation, l’erreur n’est plus permise. Qui, parmi les onze candidats ā la présidence, paraît plus sincère quant ā l’urgence de la restauration de la sécurité publique et de la sauvegarde de l’intégrité territoriale? Cette consigne de vote de Jean-Christophe Omanyundu paraît fort judicieuse et éclairante: « Au peuple, nous demandons de donner un carton rouge ā tout candidat qui fait preuve d’une connivence politique et militaire avec les agresseurs de la RDC. Ceux-lā qui veulent faire main basse sur notre territoire et ses richesses en y entretenant une guerre maligne de basse intensité ā destruction progressive».[4]

La sécurité publique est rendue possible par toutes les mesures et moyens mis en œuvre par l’Etat ainsi que par ses représentants ā chaque échelon du pouvoir pour sécuriser, d’une part, les personnes et leurs biens et, d’autre part, les frontières nationales par une gestion rigoureuse des entrées et sorties. A ce propos, il est regrettable qu’il n’existe pas depuis 1997 au Congo de carte d’identité qui puisse permettre aux gardes-frontières de savoir qui est congolais et qui ne l’est pas. L’inexistence de cette carte que ne saurait valablement remplacer la carte d’électeur fait que toute personne de race noire qui le désire peut s’improviser congolais. Que deviennent ceux qui n’ont pas cette carte d’électeur tels que les mineurs ou les adultes qui ne se sont pas fait enrôler ? Faute d’être porteurs d’une pièce d’identité, ces derniers risquent un jour de se faire contester la nationalité congolaise par les roublards. Comment peut-on continuer ā faire confiance ā un régime qui, pendant quatorze ans, n’a pas été capable d’émettre une carte d’identité congolaise en remplacement de celle émise par Mobutu : la carte d’identité pour citoyen ? Le pays est devenu, du fait de l’inexistence de la carte d’identité, une sorte de « No man’s land » et donc un pays dont les étrangers peuvent aussi se réclamer. Ce qui est grave pour notre sécurité.

Les électeurs sont libres de voter pour qui ils veulent le 28 novembre prochain mais tout en gardant présents ā l’esprit, d’une part, le principe cartésien qui veut qu’on se méfie de tout quiconque nous a déjà « roulés » ou « déçus » une fois et, d’autre part, le principe romain ci-après : « Qui plus potest minus potest sed qui minus potest non plus potest », ce qui littéralement signifie : « Qui peut plus peut aussi moins mais qui peut moins ne peut pas plus ». Plus concrètement, le second principe veut dire ceci : « S’il est vrai que celui qui est capable de réaliser de grandes choses peut aussi réaliser des choses d’importance mineure, il est illusoire de s’attendre ā ce que quelqu’un qui n’est capable que de petites choses (un minimaliste) réalise de grandes ». Ceux qui, parmi les candidats, ont déjà eu ā participer ā la gestion du pays devraient être évalués sous le prisme de ces deux principes. Ceux qui ont déçu pour n’avoir pas répondu ā nos attentes des congolais et ceux qui n’ont donné que le minimum d’eux-mêmes -les minimalistes- ne méritent pas d’être reconduits dans leurs fonctions actuelles: ils ont lamentablement démérité. Leur place est ailleurs qu’en politique.

Il s’ensuit que l’élection du 28 novembre prochain est un test de maturité politique[5] proposé aux congolais que nous sommes. A nous de montrer que nous nous sommes déjà émancipés du statut d’ « adultes-mineurs » dans lequel certains voudraient bien nous maintenir ou nous enfermer et que nous avons déjà accédé ā celui d’ « adultes-majeurs ». Un majeur c’est quelqu’un qui est capable de décider par lui-même sans se laisser influencer par des forces extérieures ou sans se laisser acheter par de petits cadeaux trompeurs qui sont loin de calmer ses souffrances ou d’y mettre fin. Quand Etienne de La Boétie, un de mes maitres ā penser, écrivait son « Discours de la servitude volontaire », l’accès au pouvoir et la participation ā celui-ci étaient régentés par l’hérédité. En effet, il n’y avait pas d’élections. C’est pourquoi il préconisait le refus collectif de collaborer avec les détenteurs du pouvoir -au cas où celui-ci se révèlerait oppressif- comme mode de libération pacifique du peuple par lui-même. Mais les choses ont théoriquement changé depuis le 18e siècle ou, ā mieux dire, depuis les révolutions américaine (1776) et française (1789). Depuis lors, l’alternance au sommet de l’Etat est régie non plus par l’hérédité mais bien par voie électorale. L’organisation périodique des élections est ainsi une belle occasion offerte aux citoyens pour renouveler la classe politique et pour débarrasser la scène politique de tous ceux qui ont démérité, de tous ceux qui n’ont pas été ā la hauteur du mandat leur confié, bref, c’est une occasion propice pour faire dégager de l’arène politique tous ceux qui n’ont pas réalisé l’essentiel de leurs promesses électorales. Est-ce, en effet, responsable de reconduire indéfiniment dans leurs fonctions ceux qui font des promesses sans intention de les tenir ou, ce qui revient au même, sans intention de les réaliser ? NON : un tel comportement n’est pas responsable.

Il s’ensuit qu’ā la question « Pour qui voter le 28 novembre prochain ? », la réponse est : « Pour tout candidat qui dit vouloir assurer votre sécurité, celle de votre famille, celle de vos amis ainsi que celle de vos biens et travailler ā la restauration de l’autorité de l’Etat». En effet, sans un Etat apte ā opposer la loi ā tous et contre tous, jamais il n’y aura de sécurité au Congo. Inversement ā la question « Contre quel candidat voter ? », la réponse est : « Contre tout candidat qui présente des indices manifestes qu’il n’est pas du tout disposé ā s’investir activement dans la recherche des voies et moyens susceptibles de permettre ā l’Etat d’offrir ā ses citoyens le minimum que ceux-ci sont en droit d’attendre de lui ā savoir leur sécurité physique et patrimoniale. En effet, la raison d’être de l’Etat c’est la sécurité de l’homme, que celui-ci soit citoyen du pays ou étranger. Il est suicidaire de ne pas désirer la sécurité. Paul Ricoeur définit le désir comme « un manque éprouvé de quelque chose », manque qui, du point de vue de Gaston Bachelard, tonifie la volonté et qui, aux dires des Epicuriens[6], stimule ā l’action. Il n’est donc pas malaisé de comprendre pourquoi Hobbes s’apitoie sur la situation de tout quiconque chez qui la désirabilité (=la faculté de désirer) n’existe plus ou pourquoi Jean-Jacques Rousseau dans « La nouvelle Héloïse » s’écrie : « Malheur ā qui n’a plus rien ā désirer ». La sécurité : voilā ce qui, aujourd’hui plus qu’hier, fait cruellement défaut au Congo en général et dans sa partie orientale en particulier. C’est d’elle que les congolais ont prioritairement besoin pour continuer ā vaquer dans la sérénité ā leurs activités de débrouille et de survie et pour s’impliquer un tant soit peu dans la reconstruction du pays devenu un vaste chantier sur tous les plans. Les populations martyrisées de l’Est ne désirent qu’une seule chose pour le moment : LEUR SECURITE. Qui dans ce monde n’en a pas besoin ?

Dans un contexte de violence et de précarité caractérisées comme celui du Congo actuellement, il ne devrait pas être nécessaire d’exhorter ceux qui souffrent ā voter utile c’est-ā-dire ā voter contre leurs souffrances ou, pour mieux dire, contre les artisans de leurs souffrances. Cela devrait aller de soi surtout que nous ne nous trouvons pas en face d’une candidature unique comme c’était le cas sous Mobutu. A l’époque, c’était ou bien lui ou personne. Entre deux candidats dont l’un promet de me construire un château en or mais dans un environnement d’insécurité implacable et un autre qui promet de me sécuriser ainsi que les miens dans mon taudis, je donnerais sans hésiter et presque sans réfléchir ma voix au second car, ainsi que le dit ā juste titre un adage populaire, « Un misérable en vie vaut mieux qu’un roi ou un prince mort ». La sécurité d’abord, les infrastructures ensuite. Que valent celles-ci sans l’homme pour qui elles sont mises sur pied? La gloire de Dieu, dit lumineusement saint Iréné, c’est « l’homme  vivant ». Dans la perspective de ce saint, l’homme vivant c’est celui qui évolue dans un cadre de vie pacifié et sécurisé où il y a plus d’aisance que de malaise, plus de cris de joie que de détresse et où, tout compte fait, l’homme cesse d’être un loup pour l’homme[7] pour devenir un frère ou une sœur ā aimer. Dans le sillage de saint Iréné, on peut dire que « la gloire de Dieu c’est le congolais debout au front dressé, ainsi que le veut l’hymne national et non l’homme aux abois qui ne sait plus ā quel saint se vouer tant il est abandonné ā lui-même dans détresse. Des infrastructures sans sécurité c’est tout simplement de la poudre aux yeux. Aux électeurs de montrer qu’ils aiment la VIE en votant utile. Ce faisant, ils se rendraient et rendraient ā tout le monde un bon service. Votons donc pour le(s) candidat(s) soucieux de restaurer la sécurité publique[8]: le reste nous sera donné par surcroît.

Le candidat No 11, Mr Tshisekedi a dit ā plusieurs reprises vouloir nous restituer ce précieux bien qu’est la sécurité dont nous n’avons plus joui depuis longtemps. Prenons le risque de lui offrir l’occasion de montrer ce dont il dit être capable ā savoir l’accouchement d’un « Etat protecteur » communément appelé « Etat de droit » où l’on gouverne non par la loi de la force mais bien par la force de la loi.

Je ne pense pas que ce soit en vue du pouvoir pour le pouvoir ou du pouvoir pour l’argent que cet homme s’est, contre vents et marées, « indigné » pendant trente ans. C’est « en indigné » avide de faire la différence et non « en indigné cupide et mal intentionné», me semble-t-il, qu’il sollicite le suffrage de ceux qui sont horrifiés par l’insécurité en cours ou qui sont quotidiennement menacés par elle dans leur être et qui voudraient bien se voir de nouveau réconciliés avec leur environnement et se réapproprier leur histoire. Etant déjà avancé en âge, il y a fort ā parier que le précité emboîte le pas ā Nelson Mandela  qui ne s’est pas éternisé au pouvoir mais qui s’est effacé au terme d’un bref mandat après avoir posé les balises de la voie ā suivre : la voie de la démocratie et de la réconciliation. Si le No 11 gagne l’élection présidentielle et qu’il démérite en décevant nos attentes, nous n’aurons qu’ā l’attendre au tournant en 2016.

Le bonheur, prévient Thomas Hobbes, n’appartient qu’ā ceux qui savent le désirer. En effet, on ne se met qu’ā la recherche de ce qu’on désire ou, ā mieux dire, de ce qui nous manque et dont l’acquisition nous tient à cœur. A nous de montrer ā travers nos choix et décisions que nous voulons le bonheur et le bien-être et non leur contraire. Je suppose que nous ne sommes pas des masochistes c’est-ā-dire des gens qui adorent se faire souffrir. Point n’est besoin de dire que le masochisme est une pathologie.

Prof. Kamundu Léopold / RDC

           Penseur politique

©Beni-Lubero Online

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