Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 12:52
Lumumba, le rêve d’un régime politique pluraliste et les élections « pièges à cons »
 
Le régime politique pluraliste de notre pays est-il un facteur pouvant conduire à la réalisation du rêve des Pères de notre indépendance politique ; c’est-à-dire notre émancipation du colonialisme et de l’impérialisme ? Les probables élections de novembre 2011 peuvent-elles y aider ? 
 
Dans un pays en perpétuelle transition comme la RD Congo, il nous paraît toujours important de revenir assez régulièrement aux textes de certains des Pères fondateurs de notre indépendance politique (inachevée) pour qu’ils nous interpellent et que nous puissions en pénétrer l’esprit. Tel est l’exemple du Discours de Patrice Lumumba prononcé à l’université d’Ibadan le 22 mars 1959 (Editions Points, 2010) est, dans cet ordre d’idées  un texte de grande qualité. (C’est ce Discours que nous allons prioritairement cité dans les lignes qui suivent.)
Il mérite d’être lu et relu pour en tirer toute la richesse indispensable à la refondation de la politique chez nous (au Congo et en Afrique).  Pour cause. Le Congo et l’Afrique n’ont pas encore tout à fait  réussi à sortir de l’impasse où la colonisation  et l’impérialisme les  ont enfermés. Malgré l’accession de plusieurs pays africains à l’indépendance politique.  Plusieurs « héritiers » politiques de cette indépendance ne semblent pas avoir repris à leur compte les grandes questions posées par les patriotes Africains au cours de leur lutte d’émancipation avant les années 60.
Rappelons qu’au cours de cette lutte, des patriotes Africains ont cru, comme Lumumba, « qu’il est sage de déjouer, dès le début, les manœuvres possibles de ceux qui voudraient profiter de nos rivalités politiques apparentes ( ?)  pour nous opposer les uns aux autres et retarder ainsi notre libération du régime colonialiste. » (p.11)
Ces patriotes avaient « une vision progressive » de l’histoire ; d’une histoire qui passe d’une  étape moins bonne à une autre meilleure. Fort de cette vision de l’histoire, Lumumba estimait que sortir l’Afrique du « suicide collectif » où l’avait plongée le régime colonialiste passait par « une voie ». « Cette voie, c’est le rassemblement de tous les Africains au sein des mouvements populaires ou des partis unifiés. » (p.10)  Il croyait que « toutes les tendances peuvent coexister au sein de ces partis de regroupement national et chacun aura son mot à dire tant dans la discussion des problèmes qui se posent au pays, qu’à la direction des affaires publiques. Une véritable démocratie fonctionnera à l’intérieur de ces partis et chacun aura la satisfaction d’exprimer librement ses opinions. » (p. 10-11)
Disons que pour Lumumba, un mouvement populaire (nationaliste) ou un (grand) parti unifié au niveau national  ne constitue pas un handicap à la coexistence  des  différences de visions ou d’orientations s’il fait, en son sein,  une place de choix à l’amour de la nation, à la discussion et à la liberté d’expression.
Cette coexistence des différences par l’amour de la nation, la discussion et la liberté d’expression dans des grands ensembles devrait constituer une force face à l’oppression, à la corruption et à la division dont pouvaient se servir « les spécialistes de la politique du  diviser pour régner ».
L’appel de Lumumba à cette coexistence s’inspire de l’expérience.  A ce propos, il dit : « L’expérience démontre que dans nos territoires africains, l’opposition que certains éléments créent au nom de la démocratie n’est pas souvent inspirée par le souci du bien général ; la recherche de la gloriole et des intérêts personnels en est le principal, si pas l’unique mobile. » (p.12)  Soucieux du service pour l’intérêt général, Lumumba notait : « Tous nos compatriotes doivent savoir qu’ils ne serviront pas l’intérêt général du pays dans des divisions ou en favorisant celles-ci, ni non plus dans la balkanisation de nos pays en de petits Etats faibles (…) » (p.12)
Dans sa vision « progressive de l’histoire », Lumumba croyait qu’un moment viendrait où un régime politique pluraliste serait nécessaire pour la construction et la dynamisation de la  vie politique en Afrique. Il disait : « Lorsque nous aurons acquis l’indépendance de nos pays et que nos institutions démocratiques seront stabilisées, c’est à ce moment-là seulement que pourrait se justifier l’existence d’un régime politique pluraliste. » (p.12)
Pour Lumumba, les mouvements populaires et les partis (nationaux) unifiés sont les bases mêmes de l’unité de nos pays et de celle de l’Afrique. Une autre base de cette unité est la conviction portée par les patriotes Africains et que Lumumba exprime en ces termes : « Le Créateur nous a donné cette portion de la terre qu’est le continent africain ; elle nous appartient et nous en sommes les seuls maîtres. C’est notre droit de faire de ce continent un continent de la justice, du droit et de la paix. » (p.13)  Cette conviction est alliée à une détermination : « Extirper le colonialisme et l’impérialisme de l’Afrique » (p.13)
La réalisation de toutes ces belles aspirations dépendait de la compréhension (et le pont) pouvant s’installer entre les colonialistes et les impérialistes d’une part et les patriotes Africains d’autre part. Une compréhension permettant aux colonialistes et aux impérialistes  d’accepter de « mettre  immédiatement fin » au régime d’exploitation et d’asservissement qu’ils avaient mis en place pour prendre la main amicale que les patriotes Africains leur tendaient. « Si les gouvernement colonisateurs comprennent à temps nos aspirations, alors, note Lumumba, nous pactiserons avec eux, mais s’ils s’obstinent à considérer l’Afrique comme leur possession, nous serons obligés de considérer les colonisateurs comme ennemis de notre émancipation. » (p.13) Et « dans  ces conditions, nous leur retirerons avec regret notre amitié. » (p.14)
En examinant la suite des évènements, nous nous réalisons que l’assassinat de Lumumba (et d’autres patriotes Africains) fut le refus de prendre la main tendue de l’amitié (africaine) et signa la poursuite de la politique d’exploitation et d’asservissement.  Le vrai pacte amical (respectueux  des personnes et ayant le sens du bien d’autrui) n’a pas pu être conclu. L’amitié offerte aux « marionnettes » ayant trempé dans l’assassinat de Lumumba le sera du bout de lèvres ; pour faciliter, entre autres, le transport des « mallettes d’argent » vers les pays néocolonialistes. La fin tragique de Mobutu (abandonné par « ses amis »), la guerre de prédation de 1996 et le meurtre de Laurent-Désiré Kabila témoignent de la superficialité de cette « amitié » et de la poursuite de la politique néocolonialiste et impérialiste.
Si du côté des néocolonialistes et des impérialistes il y a eu rejet de l’amitié offerte, du côté des « leaders-politiques-Africains-nouveau- modèle », cette « amitié n’a pas été retirée avec regret » comme l’aurait souhaité Lumumba. Et le régime politique pluraliste est né sans que le Congo (comme plusieurs pays Africains) ait connu un début de stabilité des « institutions démocratiques », sans qu’il ait joui de sa souveraineté politique et économique. Le  régime politique pluraliste est né dans un pays appauvri, où le droit et la justice sont inexistants. Plusieurs « leaders-politiques-Africains-nouveau-modèle »  fondateurs des partis politiques sont des « amis » du système  capitalo-parlementariste  dont ils partagent les dividendes avec  « les petites mains du capital » occidental. Il arrive que ces dernières en plébiscitent quelques-uns et en fassent des candidats incontournables des élections conçues comme « des pièges à cons », incapables de déblayer la voie vers une véritable politique d’émancipation.
Prenons l’exemple du Congo dit démocratique. Plusieurs de ses  « leaders-politiques-nouveau-modèle », candidats aux prochaines élections présidentielles, « amis des petites mains du capital » occidental, insistent sur ce qu’ils appellent « l’amélioration de climats des affaires » chez nous. Ils appellent « les investisseurs » à se rendre au Congo (converti en Etat de droit) juste après les élections pour créer des emplois afin de juguler le chômage frappant plus de 90% de nos populations.  Ces appels sont lancés à partir d’un Occident où l’échec du capitalisme est patent ; où le chômage est en train de s’installer et sérieusement ; où le financement des banques a conduit à la mise en place des politiques d’austérité dans plus d’un pays. Ces appels sont lancés au moment où les USA comme plusieurs pays européens commencent à connaître leurs mouvements d’indignés !
Ces appels semblent être des signes manifestes du déni des ravages causés par le capitalisme (financier) en Occident et chez nous depuis cinq siècles. Appeler « les petites mains du capital » au secours d’un pays que l’on voudrait sortir de la jungle, c’est oublier , comme l’écrit Alain Badiou, que «  le capitalisme n’est qu’un banditisme, irrationnel dans son essence et dévastateur dans son devenir. Il a toujours fait payer quelques courtes décennies de prospérité sauvagement inégalitaires par des crises où disparaissaient des quantités astronomiques de valeurs, des expéditions punitives sanglantes dans toutes les zones jugées par lui stratégiques ou menaçantes, et des guerres mondiales où il se refaisait une santé. » ( A. BADIOU, De quel réel cette crise est-elle le spectacle ?, dans www.lemonde.fr)
Plusieurs « leaders-politiques-Congolais-nouveau-modèle », candidats aux probables élections de novembre 2011 ont rompu avec la politique d’émancipation dans laquelle l’un des Pères de notre indépendance politique avait immensément investi pour faire allégeance au capitalo-parlementarisme prédateur (des biens et des libertés).
Le fanatisme des uns et des autres à l’endroit de ces « leaders » semble se justifier par l’ignorance entretenue sur les conséquences néfastes de cette allégeance. Mais aussi de la cupidité, de l’attachement au pouvoir pour le pouvoir, de la gloriole et des intérêts personnels aux dépens de l’intérêt général, du manque de patriotisme, etc.
Il est possible que l’issue des élections probables de novembres 2011 jette un minimum de bases d’un Etat de droit chez nous. L’allégeance faite par certains candidats à la présidentielle au capitalo-parlementarisme sème le doute sur cette possibilité. Elle semble annoncer des lendemains d’élections « pièges à cons » très agités.
Les minorités organisées  et les Résistants Patriotes ne devraient pas baisser la garde. Ils ont le devoir citoyen de rester vigilants !
Avouons que l’éclosion du régime politique pluraliste dans un contexte de manque de souveraineté politique et économique chez nous  a enfermé  plusieurs de nos « leaders politiques » dans un système de dépendance (vis-à-vis de l’extérieur) préjudiciable à notre émancipation du néocolonialisme et de l’impérialisme. Il est temps que la politique se fasse autrement chez nous.
 
J.-P. Mbelu

Partager cet article

Repost 0
Published by kongolibre.over-blog.com