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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 10:11
Les élections et la lecture  « progressive » de l’histoire en RD Congo
 
La fabrication d’une conscience collective critique et patriotique ne peut faire l’économie d’une lecture « panoramique » de notre histoire commune. La tendance à privilégier la lecture « progressive » de notre histoire peut être lourde de conséquences pour cette même histoire. Malheureusement, c’est  cette tendance qui est dominante chez nous.
 
La place que les élections probables de novembre 2011 a prise dans les têtes et les cœurs de certains de nos compatriotes donne à penser. Ce petit rendez-vous citoyen semble s’inscrire dans une conception « progressive » de l’histoire. C’est-à-dire d’une conception de l’histoire évoluant d’un état « sauvage », moins bon, à un état meilleure. Pour dire les choses simplement, la conception « progressive » de l’histoire  héritée de l’hégémonie culturelle occidentale fait croire au facile passage de  cette histoire des ténèbres à la lumière.
 
C’est en s’inscrivant dans cette conception de l’histoire que plusieurs d’entre nous estiment que les élections de 2011 pourront être différentes qualitativement de celles de 2006. Qu’elles pourront contribuer (éventuellement) au changement de la qualité de vie  au pays. Cette conception de l’histoire suppose que de 2006 à 2011, des choses ont changé positivement. Les Congolais(es) ne sont plus dupes. Ils (elles) savent désormais « qui est qui », etc. 
Bien qu’ayant sa part de vérité, la vision « progressive » de l’histoire comporte une  grande part de naïveté. Elle limite les vues des compatriotes et de certains acteurs politiques sur la marche actuelle du monde.  Il n’est pas facilement par exemple compréhensible que la campagne pré-électorale chez nous ne fasse  allusion ni à la crise économique que connaît l’Occident, ni à ses probables conséquences nocives sur l’organisation des élections au Congo (RD).
 
Un autre exemple de la lecture naïve s’inscrivant dans la conception « progressive » de l’histoire chez nous est donné par le défilé des hommes politiques Congolais  en Europe ; dans des pays dont les économies sont aux abois. (Depuis quelques jours, les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) réfléchissent sur la possibilité d’acheter la dette interne de plusieurs pays européens.)  Oui. C’est dans ces pays aux économies aux abois que nos hommes politiques organisent leur défilé. (Si leurs voyages peuvent avoir une portée stratégique importante, son côté géopolitique nous semble très faible.) Cela d’autant plus que certains de ces pays participent au bombardement de l’un des rares pays africains qui n’avait pas de dette extérieure et dont l’économie était florissante : la Libye. Et ils sont engagés dans un processus de recolonisation de l’Afrique  et de promotion  des « Républiques des mallettes ». (Nous reviendront sur cette question dans un prochain article avec une recension du livre de Pierre Péan intitulé «  La République des mallettes. »
 
La lecture « progressive » de l’histoire enferme dans l’immédiatisme : le passé est passé ; il faut regarder vers l’avenir, soutient-elle. Elle cherche même à « échapper » à ce passé pour construire l’avenir sur la seule fois dans la capacité qu’à l’homme de changer. Ce faisait, elle aveugle sur les possibilités qu’a ce même homme de persévérer dans le mal ou de s’ensauvager et de chercher à « échapper » au passé en refusant de répondre de ses actes devant les cours et les tribunaux.
Héritiers, pour plusieurs d’entre nous, de l’hégémonie culturelle occidentale, nous  avons de la peine à conjuguer notre vision « progressive » de l’histoire avec une autre qui soit « panoramique ». Celle-ci a l’avantage de nous aider à situer l’avenir de notre pays dans une perspective plus large de la crise économique minant l’Occident, des guerres de la recolonisation de l’Afrique au nom d’une «  rhétorique mensongère sur démocratie » et du « droit humanitaire », de la permanence de l’ensauvagement entretenue par les réseaux oligarchiques et transnationaux de la prédation et d’argent, de la destruction constructive à laquelle participent certaines élites politiques compradores chez nous, etc.
Embrasser la vision « panoramique » de notre histoire commune nous aurait aidés  par exemple à comprendre qu’au même moment que certaines élites compradores au Congo (RD)  affirment qu’elles veulent des élections apaisées, elles organisent l’assassinat des paisibles citoyens, vendent les concessions minières du pays à vil prix, entretiennent l’insécurité à l’Est du pays, etc. Bref, elles participent de la pérennisation d’un système de la mort que « la guerre de libération (ou plutôt de prédation) de 1996 » est venu consolider.
La tendance dominante de la lecture « progressive » de notre histoire tend à minimiser l’occupation armée quotidienne d’une bonne partie de notre pays. Elle rétrécit le  champ de nos efforts communs pour recréer un autre Congo. Dans une certaine mesure, elle favorise un certain esclavage volontaire fondé sur « des spiritualités imbécillisantes » (comme dirait Kä Mana) et mine, dans une large mesure, le sens (civique et) critique indispensable à la création d’une conscience collective patriotique. Elle fait le lit de tous les fanatismes (aveuglants).
Bref, une certaine lecture « progressive » de l’histoire (chez nous) ne permet pas à plusieurs compatriotes de regarder et de voir ce qui se passe autour de nous (en Occident, en Orient et en Afrique). Elle conduit à prendre « un petit fait politique » à venir, les élections, comme étant « le fait politique » par excellence et cela au détriment de tous les autres faits politiques, juridiques, économiques, sociaux, culturels et religieux dont les répercussions sur ces élections peuvent être catastrophiques pour notre devenir commun.
Quand certaines élites compradores s’amusent à soutenir que notre peuple « sait qui est qui » et qu’il saura faire un meilleur choix demain (aux élections), elles oublient d’ajouter qu’une bonne partie de ce peuple tenu dans l’obscurité et/ou dans l’obscurantisme (au pays) n’a pas participé au débat (historique) sur  le « Meurtre au Congo. Qui a tué Laurent-Désiré Kabila » ou sur « Le conflit au Congo. La vérité dévoilée ». (Deux documentaires qui auraient pu l’aider à se faire une idée sur les acteurs majeurs et mineurs de l’histoire de la descente  de notre pays en enfer.)
Ces élites oublient qu’une bonne partie de ce peuple ne sait pas ce que sont devenus les rapports des commissions  Lutundulu, Bakandeja et bien d’autres mettant à nu « les nouveaux prédateurs » essaimant les institutions du pays et prêts à solliciter un autre mandat électoral. (Encore faudrait-il qu’elle en ait entendu parler.)
Bref, ce peuple, dans son immense majorité, est tenu (dans l’ignorance) loin du débat public (contradictoire) pouvant l’aider à identifier,  en connaissance de cause, ceux  et celles en qui il est appelé à renouveler sa confiance aux probables élections de novembre 2011. (Espérons que les partis politiques dits de l’opposition et les organisations de la société civile l’aideront à avoir un sens élevé de discernement !)
 
Dieu merci ! « Les minorités organisées » ont compris l’urgence qu’il y a à prendre ensemble une lecture (critique) « progressive »  et une autre « panoramique » de notre histoire commune. Elles devraient travailler  à faire de cette conjonction de ces deux dimensions de notre histoire la chose la mieux partagée chez nous avec les  masses populaires. Ceci est indispensable à la fabrication d’une conscience collective patriotique et critique. Celle-ci soulève les montagnes.
Il y a, chez nous, un travail citoyen de créativité intellectuelle et spirituelle auquel « les minorités organisées » sont astreintes. Il est impératif. Il doit se faire sur le court, le moyen et le long terme.
 
J.-P. Mbelu

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