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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 11:15

Les contrevérités de «Monsieur Mende».

Par Baudouin Amba Wetshi

 buzoberi

«Tout ce qui brille n’est pas l’or», dit un adage populaire. Porte-parole du gouvernement congolais et ministre des Médias, Lambert Mende Omalanga, un des politiciens congolais les plus controversés, était, dimanche 9 mars 2014, l’invité de la prestigieuse émission «Internationales» coproduite par les médias hexagonaux TV5Monde, RFI et Le Monde. C’était en marge du 2ème Forum des femmes francophones qui se tenait dans la capitale congolaise. Au centre de l’entretien animé par les journalistes Sophie Malibeaux et Philippe Dessaint : la situation au Congo-Kinshasa et les relations avec certains pays voisins. 

 

Mende est doté d’un indéniable bagou. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas le lui reconnaître. En "grattant" un peu, l’homme n’est qu’un prestidigitateur du verbe. Son seul mérite est de donner au mensonge une apparence de vérité. C’est le cas de l’annonce qu’il a faite selon laquelle «Joseph Kabila» entend respecter strictement la Constitution en ce qui concerne la limitation du nombre de mandat présidentiel. Question : Pourquoi le principal intéressé ne le dit-il pas lui-même ? Ancien chef du département de l’Information du RCD, mouvement rebelle pro-rwandais, Mende - qui a combattu les «armes à la main» le régime de Kabila père et de «Kabila fils» dans le RCD-K/ML d’Antipas Mbusa Nyamwisi -, sert aujourd’hui «Joseph Kabila» avec un zèle inégalé. «Lambert» est un beau spécimen du politicien congolais. Sans convictions, celui-ci excelle dans l’art de tourner sa veste…toujours du bon côté.

 

Quid de l’ambiance ? Bien qu’ayant «réponse à tout», Lambert Mende est apparu crispé voire sur la défensive. A maintes reprises, il a lancé : «c’est du mensonge» ou "c’est une présentation biaisée". Pour l’essentiel, on retiendra ces quelques sujets abordés. Apparemment bien briefés, les deux journalistes ont commencé par titiller le porte-parole du gouvernement en relevant, ce que certains observateurs appellent «l’indigence communicationnelle» des autorités congolaises. «Le gouvernement s’exprime peu, le président de la République encore moins», fait remarquer Philippe Dessaint. Un avis partagé par sa consœur.



La violence faite aux femmes

Se référant à l’épineuse question relative au viol des femmes à l’Est, les deux journalistes commencent par demander à leur interlocuteur si le Congo démocratique était le pays indiqué pour abriter la rencontre des femmes du monde francophone. Mende retrouve sa loquacité en répondant par l’affirmative. Certains spectateurs de TV5Monde n’ont pas manqué de tressaillir en entendant «Lambert», devenu amnésique, fustiger le Rwanda de Paul Kagame. «Nous avons subi une guerre d’agression» tempête-t-il. Le Congo accuse-t-il un pays en particulier ? Réponse : «Nous accusons le Rwanda d’avoir exporté la culture du viol au Congo». Pour lui, les victimes devraient être indemnisées par les auteurs des crimes de viol. Le porte-parole du gouvernement feint d’ignorer que plusieurs militaires et des membres de la police nationale ont été dénoncés par leurs victimes.

Pluralisme et libertés

Le pluralisme et la liberté de la presse sont-ils respectés ? Pour Mende, la réponse ne fait aucun doute : «Oui !». Il cite à l’appui de sa thèse le fait que sur une soixantaine de chaînes de télévision opérant dans la capitale «la majorité appartient à l’opposition». Dessaint de répliquer : «L’opposition est pourtant très peu visible». Un avis que le ministre des médias s’empresse de contester : «La presse s’est libérée depuis 1990. Depuis lors, il n’y a pas eu de régression. Les télévisions passent d’ailleurs le clair de leur temps à insulter le Président et le gouvernement». Pas un mot sur les tracasseries - c’est un euphémisme - que subissent au quotidien les médias étiquetés «opposition». 

Mende n’a pas dit la vérité. 

 

S’il est vrai que l’exercice des droits et libertés ont connu des avancées de 1992 à mi-mai 1997, tous les observateurs conviennent que les «libérateurs» du 17 mai 1997 n’ont pas peut contribué aux restrictions de ces mêmes droits. A titre d’exemple, les interventions des représentants de l’opposition dans les médias d’Etat se comptent par les doigts d’une main. La situation a pris une tournure de "censure" depuis 2007 à ce jour. C’est depuis le mois d’octobre 2008 que Lambert Mende Omalanga «trône» à la tête de l’ex- ministère de l’Information. La «jeune démocratie» n’a pas gagné en débat et en controverse. C’est le règne de l’intolérance. Le pouvoir kabiliste tente sans succès d’imposer une pensée unanimiste. Une orthodoxie d’Etat. 

Dira-t-il que le Congo est parvenu au stade mature d’exercice démocratique où il y a encore du chemin à faire ? C’est un Mende qui croit décidément en ses propres mensonges qui répond : «Le Congo se trouve dans le peloton de tête des Etats où les droits de l’opposition et de la presse sont reconnus. Nous faisons partie de ceux qui ont montré le chemin en Afrique». Que dire alors de la répression policière à chaque manifestation pacifique organisée par les partis de l’opposition ? La police n’a-t-elle pas tiré à balles réelles le 20 février dernier lors d’un rassemblement organisé à Bukavu par le parti de Vital Kamerhe ? Quid de l’embastillement à Makala de plusieurs acteurs socio-politiques ? Les noms sont bien connus : Fernando Kuthino (pasteur), Eugène Diomi Ndongala (député national), Mohindo Nzangi (député national). Sans oublier les anciens collaborateurs du président LD Kabila faussement accusés d’implication dans l’assassinat de ce dernier.

Le loyalisme au sein de l’armée

Interrogé sur la loyauté des hommes des troupes dont la plupart provenaient des groupes armés, Mende prétend que la loyauté des membres de l’armée serait désormais indéniable. "Nous avons mis fin à cette méthode de recrutement dans l’armée congolaise, soutient-il. Plus personne ne peut entrer dans l’armée en venant de la rébellion; plus personne ne peut rentrer dans l’armée après une mutinerie. Nous avons mis en place un protocole de recrutement qui écarte de l’armée tous ces éléments criminels et cela a permis à l’armée de recouvrer sa loyauté d’où la victoire face au M23 et ADF-Nalu".

Lambert Mende devrait mettre à jour ses données. 

 

Peut-il ignorer que sur ordre de «Joseph Kabila», deux cents vingt miliciens Ba Kata Katanga, n’ayant subi aucune enquête de moralité, ont été acheminés, le vendredi 31 janvier dernier, à la Base militaire de Kitona où ils devraient suivre une «formation militaire» avant leur intégration dans l’armée nationale? Peut-il ignorer qu’une quatrième vague des Bakata Katanga en provenance de Manono viennent de rejoindre Kitona soit au total 560 recrues?

La présidentielle de 2016

Interrogé si « Joseph Kabila », à l’instar d’autres dirigeants africains va faire amender la Constitution pour briguer un troisième mandat, Mende d’afficher une fausse indignation : «Je ne vois pas pourquoi on voudrait nous juger sur base du comportement des autres pays». Il poursuit : «Joseph Kabila respectera strictement ce qui est écrit dans la Constitution. Il n’y a pas plus de deux mandats consécutifs ? Il n’y aura pas plus de deux mandats consécutifs». Lambert Mende prend aussitôt une posture solennelle de celui qui croit créer l’événement : «Je vais vous répéter ce que le Président nous a dit : En 2016, il y aura dans ce pays un passage de flambeau civilisé entre un président qui sort et un président qui entre». «Il y a des présidents qui ont dit ça mais au dernier moment, ils ont procédé à la modification de la Constitution… », raille aussitôt Philippe Dessaint. «Nous la République démocratique du Congo. Joseph Kabila, c’est Joseph Kabila», tonne Mende. 

Le «président taiseux»

La journaliste Sophie Malibeaux de rebondir sur la «révélation» de Mende en demandant pourquoi «Joseph Kabila» ne ferait-il pas lui-même cette déclaration «pour apaiser le climat». Réponse de Mende : «Joseph Kabila est un taiseux». Peut-on faire de la politique sans communiquer, lance Dessaint. Mende de renchérir : «C’est quelqu’un qui préfère agir et laisser les résultats parler pour lui ». Quels sont ces résultats ? Le porte-parole du gouvernement ne dit pas un mot. Le 26 janvier 2001, « Joseph » avait pris l’engagement solennel de doter le Congo-Kinshasa d’une «armée forte». Treize années après, les forces onusiennes se sont quasiment substituées au pouvoir politique. Le pays est toujours incapable de maintenir la paix civile et de défendre l’intégrité de son territoire. En 2006, « Joseph » a été « élu » sous le slogan d’«artisan de la paix». Au Katanga, dans les deux Kivu et dans la Province Orientale, les bandes armées continuent à imposer leur loi. Que dire des « Cinq chantiers du chef de l’Etat » (Habitat, infrastructures, santé, éducation, eau et électricité) claironnés dès 2007 ? Qu’en est-il du slogan « Congo, pays émergent » lancé en décembre 2011?

Il est effectivement temps que «Joseph Kabila» sorte de son mutisme pour clarifier son sort en 2016 et surtout "démentir" les évêques congolais lesquels ont pu dire ces mots : «Un pouvoir conquis par la force des armes se conservent par la force des armes». En attendant, le constat est là : la communication du ministre Mende est truffée de contrevérités.

Baudouin Amba Wetshi 
© Congoindépendant 2003-2014

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