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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:50

Le dialogue national a échoué

buzoberi

 


Cros Marie-France
Publié le lundi 07 octobre 2013 à 05h39 - Mis à jour le lundi 07 octobre 2013 à 05h39

L’espace politique de Kabila ne s’en trouve pas élargi, juge le Pr Jean Omasombo.

Congo-Kinshasa Entretien Marie-France Cros

Avec une semaine de retard, les concertations nationales voulues par Joseph Kabila, pour "rétablir davantage la cohésion nationale" (voir "La Libre" du 4 septembre), se sont terminées samedi.

Lors de la cérémonie de clôture, le chef de l’Etat a annoncé qu’il convoquait pour jeudi un Congrès des deux assemblées du Parlement pour débattre de projets de loi fondés sur les recommandations des participants au dialogue national, qui n’ont pas été rendues publiques. "Je vais soumettre ce rapport et réunir les deux Chambres pour montrer au pays ce qui a été accompli, afin que nous avancions sur ces mesures importantes", a-t-il dit, sans donner plus de détails.

Rappelons que les dirigeants d’opposition, qui contestent la validité de l’élection présidentielle de 2011, ont refusé de prendre part à ces concertations. Nous avons demandé au politologue Jean Omasombo (Musée d’Afrique centrale de Tervuren et université de Kinshasa) d’analyser les résultats de cet exercice.

A quoi ont servi ces concertations ?
Pas à grand-chose, au vu des résultats, si ce n’est d’insister sur l’application de la décentralisation, sur la création d’un gouvernement d’union nationale, sur le rapatriement de la dépouille de Mobutu…

La montagne a accouché d’une souris ?
Oui, parce que l’exercice était mal engagé. Dès avant l’ouverture de ce forum, il y a eu une large opposition à ce qu’il aboutisse à modifier la Constitution, parce qu’en juin dernier, le secrétaire général du parti présidentiel, Evariste Boshab, avait publié un livre plaidant dans ce sens. Cela avait été compris comme une préparation à l’autorisation, pour le chef de l’Etat, de briguer un troisième mandat. Joseph Kabila a été, du coup, obligé de mettre ce point de côté.

Mais il a refusé de promettre, comme le demandait l’opposition pour participer aux concertations - qu’elle a finalement largement boycottées - qu’il n’y aurait pas de modification dans ce sens.
C’est vrai, mais il n’a pas non plus plaidé en sa faveur, alors qu’il n’aurait pas pu argumenter sur le thème : la Constitution actuelle a été dictée dans un contexte de sortie de guerre qui n’est plus de mise aujourd’hui. Le coprésident des concertations, Léon Kengo, a, lui, créé la surprise en annonçant que le forum se terminerait par la formation d’un gouvernement d’union nationale… Il voulait montrer à Kabila qu’il pouvait attirer dans l’orbite de la majorité présidentielle une partie au moins de l’opposition. Il l’avait déjà fait en 1993-1994, et était parvenu, ainsi, à prolonger le pouvoir de Mobutu. Mais seul le parti de Bemba a accepté. Cette preuve de charisme se serait ajoutée à son autorité - élément qui manque dans le camp Kabila - et au fait qu’il est écouté par la communauté internationale. Mais sa proposition a provoqué la panique dans le camp présidentiel et au Katanga (NdlR : province d’origine du Président), qui craignent que Kengo, plus rusé et près de quarante ans plus vieux que Kabila, arrive à lui ravir le pouvoir et à déplacer son centre vers l’Ouest.

Donc, au total, Joseph Kabila se retrouve, après les concertations, au même point qu’avant.
Il doit trouver comment concrétiser la décentralisation prévue par la Constitution, alors qu’au Katanga, le président de l’Assemblée provinciale, Gabriel Kyungu, a déjà refusé celle-ci si l’accroissement prévu des ressources provinciales (NdlR : 40 % des rentrées retenues à la source) ne l’accompagne pas.

Il doit aussi changer son gouvernement de technocrates - mais qui choisir comme Premier ministre ? Reconduire Matata ? Prendre Kengo ?
Ce serait se mettre en danger. Et l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Jean-Claude Masangu, aujourd’hui "chômeur", réclame le poste au nom des Lubakat (Luba du Katanga) et du Katanga.

Choisir le Kasaïen Boshab, parce qu’il dirige le PPRD, parti du Président et officiellement le plus important ?
Le choix n’est pas évident… Bref, la patate chaude est à nouveau dans les mains du chef de l’Etat.

Joseph Kabila est donc dans une impasse ?
Les concertations ne l’ont pas aidé - et pas à cause de l’opposition. Il voulait élargir son espace politique, ce qu’il n’a pas obtenu. Aujourd’hui, il n’a plus d’excuses. Il ne peut plus se retrancher derrière sa jeunesse, sa virginité politique et l’espoir d’une démarcation par rapport à la gestion de ses prédécesseurs. Depuis son élection en 2006, il peine à se trouver un style, une apparence, un langage. Il ne possède pas la verve oratoire pugnace et persuasive d’un Lumumba, ni le charisme et l’autorité d’un Mobutu ni la richesse supposée d’un Tshombé. Ce n’est donc que par son action politique qu’il devrait être reconnu.
Maintenant, il doit se décider.

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