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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 13:09
La violence pré-électorale et  la question identitaire (suite et fin)
 
Quand la fabrique du mensonge se met en branle, elle met dans le coup  les médias dominants et exploite l’amnésie de plusieurs compatriotes, enfermés dans un phénomène de colportage, sans aucune référence aux textes, aux écrits. Nous sommes plusieurs à  tomber dans une ignorance crasse, dans une inculture dont nous risquons de payer le prix, à court terme.
 
La guerre d’agression et de prédation que les forces économiques et financières mondiales mènent en permanence  à notre pays est l’une des mieux documentées.  Ces forces économiques et financières travaillent en réseau. (C’est le mérite d’Honoré Ngbanda Nzambo (malgré les critiques personnelles que nous pouvons lui adresser à tort ou à raison) d’avoir était parmi les premiers Africains et Congolais à décrire la nature de ces « crimes organisés en Afrique centrale » comme participant d’une guerre conduite en réseau. D’où le sous-titre de son livre : Révélation sur les réseaux rwandais et occidentaux. ») Qui dit réseau dit (entre autres) interconnexion entre plusieurs acteurs.  Le livre d’Alain Deneault (avec Delphine Abadie et William Sacher (intitulé Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique) mentionne certains de ces acteurs en dressant, en annexe, la liste des principales sociétés multinationales qu’il cite.  Il suffit de lire les noms des membres du conseil consultatif international de Barrick Gold Corporation  (USA) pour se rendre compte de l’implication des « acteurs majeurs » dans cette guerre de prédation.
Pour sa part, Pierre Péan, dans Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, cite certains lobbies  qui la soutiennent et la financent. Et l’interconnexion entre « ces acteurs majeurs » et « les acteurs apparents », ceux qui sont régulièrement visibles sur le devant de la scène africaine dans les Grands-Lacs, rend inefficace les institutions judiciaires nationales et internationales au point de condamner notre pays à demeurer, pour longtemps, une jungle où la loi du plus fort permet à ces réseaux de réaliser leurs rêves les plus fous sans les limites que peuvent imposer la justice et le droit (justes). Florence Hartmann, dans Paix et châtiment. Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationales, explique clairement comment les tribunaux  et les cours pénales internationaux sont impuissantés par les « acteurs majeurs » agissant au sein de ces réseaux. Ces derniers entretiennent une violence structurelle aux antipodes de l’appel du « méchant loup Kasaïen » lancé à ses combattants. Cette violence structurelle est mortifère et cela sur le temps.
Et s’il y a une violence suffisamment documentée, c’est celle contre laquelle notre pays est confronté depuis l’assassinat de Lumumba en passant par la guerre de l’AFDL. En dehors des livres susmentionnés, il y a les rapports de l’ONU. Ces rapports ont, entre autres avantages, d’indiquer certains noms des membres des réseaux d’élites prédateurs.
 
Le rapport Gersony de 1994, enterré par l’administration Clinton, sous l’instigation du Président Rwandais, Pasteur Bizimungu, un Hutu. « L’enterrement du rapport est décidé, selon Jean-Marie Ndagijimana, (ministres des Affaires étrangères du gouvernement rwandais), au Département d’Etat, par George Moore, sous-secrétaire d’Etat pour l’Afrique :- Nous vous aiderons. Mais aidez-nous à vous aider, dit l’Américain. Puis le rapport disparaît. » (P. PEAN, O.C., p. 550) Voilà ! Dans la structuration de la violence, il y a redistribution des rôles. Souvent, il y a instrumentalisation de l’ethnie. Au Congo, « derrière la façade de la guerre ethnique, écrit Slovoj Zizek, nous sont donnés à voir les rouges du capitalisme global. » (S. ZIZEK,Vivre la fin des temps, Paris, Flammarion, 2011, p.232).  Fort de ce constat, Zizek écrit : « Mais cela nous amène à ce qui constitue sans doute « la contradiction principielle » du Nouvel Ordre mondial : l’impossibilité structurelle de trouver un ordre politique global qui corresponde à l’économie capitaliste globale. » (Ibidem, p. 239)
 
Le rapport Kassem de 2001 indique les noms des « nouveaux prédateurs » et de certaines entreprises impliquées dans cette prédation et soutenant les seigneurs de la guerre travaillant pour la balkanisation du Congo. Il n’est suivi d’aucun effet dissuasif.
 
Le rapport Mapping du 1er octobre 2010 revient sur les crimes commis au Congo de 1993 à 2003. Certains compatriotes ont réussi, une année après la publication de ce rapport, à identifier plus ou moins 400 criminels. Certains d’entre eux sont présents dans les institutions du pays. Ils ne sont pas beaucoup inquiétés par la CPI  ou un quelconque tribunal international.
En juillet 2009, la FIDH dresse un  dresse un rapport de 41 pages  intitulé  « République démocratique du Congo. La dérive autoritaire du régime ».  Deux  ans après, le Bureau Conjoint des Nations Unis aux Droits de l’homme vient publier un rapport de 25 pages sur les Droits de l’homme et les libertés fondamentales en période pré-électorale en République  démocratique du Congo. Ces deux rapports ont des similitudes incroyables. Tous les deux dénoncent les violations des droits de l’homme et des libertés fondamentales par le pouvoir en place  dans notre pays aux dépens des textes légaux. Ils décrient l’instrumentalisation de la justice et des services de sécurité au profit du pouvoir en place au Congo.
Il est quand même drôle que les acteurs de la violence structurelle étant connus depuis la guerre de l’AFDL (et même depuis l’assassinat de Lumumba), la fameuse communauté internationale et quelques élites « illuminées » de notre pays puissent  chercher à dénicher quelques boucs émissaires après l’appel de Monsieur Tshisekedi à « terroriser les terroristes ». La logique aurait été qu’elles, luttant contre « le terrorisme », fassent d’Etienne Tshisekedi  et de ses fidèmes combattants leur allié…Non. Que du contraire ! Elles font comme si la légitime défense était un crime  en droit international ! Le monde à l’envers !
 
Malheureusement, plusieurs de nos compatriotes sont tombés dans le colportage. (Ils colporte ce que relatent les médiamensonges, propriétés de certaines multinationales impliquées dans la guerre de prédation chez nous.) Rares sont encore ceux et celles d’entre nous qui ont  encore le temps et le désir  de se documenter, de lire et de s’informer sur l’histoire du cinquantenaire de notre indépendance politique. Le fanatisme et le fondamentalisme alliés à une bonne dose d’amnésie sont en train de causer des dégâts sérieux dans notre communauté.
Il arrive  même que certains d’entre nous lisant des ouvrages  sérieux ou regardant des documentaires aussi sérieux que « Le conflit au Congo. La Vérité dévoilée » ou « Meurtre à Kinshasa. Qui a tué Laurent-Désiré Kabila », ils continuent à plébisciter « les acteurs apparents » des réseaux de prédation de notre pays comme étant les acteurs incontournables de notre devenir collectif sans renoncer à l’instrumentalisation de l’ethnie !
Dieu merci ! Les minorités averties et agissantes ont compris. Les véritables Patriotes-Résistants Congolais, par exemple, n’ont plus l’ethnie ou la tribu comme référence. Ils luttent au nom de la Mère-Patrie. Ils font désormais partie de ces minorités agissantes d’où  viendra notre émancipation de l’impérialisme et du néocolonialisme aux abois. Même si notre pays venait à être balkanisé demain…
 
J.-P. Mbelu

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