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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:55

La recomposition géopolitique des Grands Lacs passera-t-elle par une guerre régionale? Part 3

Kampala-copie-1

Posted on October 6, 2013 by FKomeza

Ce qui est bizarre, c’est le constat avéré que tous les pays de la région des grands lacs connaissent une croissance économique et une stabilité relatives, bien appréciées et envoyant un signal positif au monde. Dont même une avancée dans la bonne gouvernance, le tourisme et les technologies de l’information.

Et la plupart de ces pays viennent de découvrir des ressources naturelles abondantes et suffisantes en pétrole, gaz, mines et eaux potables. Ce qui attire certes bien de convoitises mais aussi d’investisseurs réels qui devraient leur assurer une croissance continue pour au moins une décennie!

 

En exploitant d’une manière intégrée ces ressources et en mettant les intelligences et les énergies au service d’un marché économique plus grand et donc plus insensible aux chocs externes. C’est que les Nations Unies proposent avec la Banque Mondiale.

 

On peut singulièrement ajouter Barack Obama qui avait promis de mettre en œuvre un programme choc pour accélérer la croissance du bloc économique de la CAE en tant que partenaire des USA en favorisant notamment le transport facile, rapide et peu couteux des marchandises des ports indiens vers Kigali, Bujumbura ou l’est de la RDC. En compétition avec des groupes Chinois, Turcs, Indiens, Russes ou Thaïlandais qui ont déjà pignon sur la place, décidés d’investir dans le pétrole, énergie et transport régional.

 

Alors qu’est ce qui explique le sabotage à peine voilé de ces initiatives et qui annule toutes les énergies dépensées et sacrifices de 20 ans pour construire un espace de prospérité individuelle et collective, un espace de paix et de solidarité?

Qui aurait intérêt à freiner ce développement? A qui profitent les dissensions internes et le factionnalisme dans le groupement CAE? Et sème la confusion au Burundi sortant à peine d’un conflit qui peut être réversible ? Dont le retour mystérieux d’Agatho Rwasa?

 

Est-ce une course au leadership régional alors que chacun des pays vit encore avec une pauvreté ambiante, un chômage élevé des jeunes et des tares ou injustices historiques non encore effacées ou réparées? Comment justifier ces expulsions par la Tanzanie des citoyens des Etats partenaires de la CAE ou de la SADC, même en séjour illégal et en remettant en cause tous ces acquis ou investissement de long terme? Dans une communauté qui vise une monnaie unique ou une fédération à moyen terme et par un pays qui se vante du panafricanisme original?

 

On sent monter dans les médias publics, propos officiels ou analyses des « spécialistes » des incantations belliqueuses préparatoires à une confrontation généralisée avec des nouveaux ennemis vite désignés et l’apologie d’alliés de circonstances vite sanctifiés. Comme si les protagonistes de l’accord cadre d’Addis-Ababa en février 2013 le considéraient comme un chiffon de papier signé pour contenter les Occidentaux et se mettre en ordre de bataille.

 

Bref une atmosphère similaire aux alliances européennes de fin 19eme siècle, plein de méfiance et de discours ethno-nationalistes, préludes à la 1ere guerre mondiale. Sans que l’on voit clairement qui veut ou a les moyens de jouer au Bismarck ou Metternich?

 

Et qui préfigure cette recomposition imminente de l’espace géopolitique dans la région des Grands Lacs. Comme on le voit, elle risque de se faire au prix d’une guerre régionale et une casse méchante. Dans l’aveuglement, la haine et méfiance, le sang et la violence. Suivi d’un genre de Yalta, conçu sur mesure et exécuté devant nos yeux rivés sur les tensions entretenues express et localisées surtout dans la partie orientale du Congo.

 

On sent derrière tout ça, des marchandages et accords occultes probablement sous la couverture de SADC, avec un Kabila prêt à bazarder le pays en association avec des intérêts particuliers bien identifiés.

 

Dans un vide de leadership !

 

Comme si le tous ces pays étaient envoutés par ses richesses et entrainés dans la descente aux enfers du Congo-Kinshasa; pays rongé par toute sorte de contradictions historiques et politiques jamais résorbées et qui le menacent maintenant d’implosion.

 

La RSA aura eu l’affaire du barrage Inga, les mines au Katanga et le pétrole au Nord. On annonce les accords imminents sur le prix de l’énergie avant même le montage financier et les études de faisabilité. Dans un empressement qui ne peut que susciter suspicion.

 

L’Angola, qui contrôle déjà le riche littoral pétrolier congolais, ferait jonction avec le Cabinda et s’occupera du chemin de fer Lobito- Katanga concurrençant les liaisons routières couteuses passant par la Zambie vers la RSA.

 

Tout en garantissant les lignes hautes tensions de Inga vers Pretoria alors qu’elle-même pouvait aussi fournir l’énergie en RSA à moindre risque et frais car elle-même dotée d’un fond souverain garni en milliards de dollars et d’un potentiel énergétique énorme et du reste très proche du client géographiquement! Une énigme financière à résoudre?

 

Et la Tanzanie percevrait enfin ses dividendes de long terme avec le Rwanda et le Burundi dirigés par des copains; ce qui mettrait les deux Kivu et Maniema à sa portée et sous contrôle indirect. Faisant main basse sur les mines de Nickel et gardant à lui seule la propriété de chemin de fer Dar-es-Salam-Musongati au Burundi en une seule transaction ou opération stratégique.Récupérant des vastes territoires contrôlés par les alliés du FDLR notamment celles des mines de coltan et d’or ainsi que les zones pétrolifères dans la plaine proche de Moba.

 

Remettant cependant à l’ordre du jour les anciennes et fameuses routes Tipo-Tipo du trafic d’or et d’esclave? Avec tout le risque de contagion islamiste qui fut du reste stoppé il y a un siècle par les Belges dans l’œuvre civilisatrice et d’évangélisation de Léopoldienne.

 

L’Ituri tomberait dans l’orbite « ougandaise » autour du triangle pétrolier et les projets industriels y relatifs – raffineries et oléoducs- qui structureraient cette région (Congo Ouganda et Sud-Soudan) en conséquence. Arrimant les blocs pétroliers au Congo Kinshasa delivrés au neveu de Zuma et vendus aux groupes Total qui ont aussi des actions dans les blocs pétroliers voisins en face en Ouganda avec les Chinois!

 

Intégrant aussi la zone occupée par le M23 qui regorgerait du pétrole et qui fait l’objet de convoitises et d’âpres débat académiques médiatisés par des conversationnistes britanniques qui curieusement font cause commune avec la rébellion sur cette question.

 

Et dont on dit être la vraie raison de cette nouvelle guerre mais dont le commun des mortels ne parvient à saisir les liens de causalité.

 

La province de l’Equateur serait arrimée au bloc du Congo-Brazza permettant de créer un nouveau pool des richesses minières, forestières et pétrolières en y jouxtant celles inexploitées de la RCA actuellement en proie aux troubles ethnico-religieux.

 

Voyez l’effort diplomatique français pour éviter que la crise ne déborde ou ne se transforme en une crise humanitaire majeure et la délégitimation subtile du régime Seleka en cours ? Prélude à un comeback massif et beaucoup plus structuré.

Bref, une affaire rondement bien jouée et une recomposition bien alléchante !

Le plus probablement sur le dos de certains régimes et sur les cendres de l’actuel Congo, qui subirait un morcellement astucieux en douce. Et tant pis pour ces pauvres africains sacrifiés, vendus dans un esclavage des temps modernes par des négriers invisibles.

 

On dirait que les leçons de l’histoire tragique récente de cette région sont déjà oubliées.Les tireurs de ficelles ayant adapté leurs jeux cyniques aux nouvelles « opportunités », aux faiblesses structurelles dans ces pays dont les peuples sont fatigués par les guerres et à la baisse de vigilance dans le chef des «révolutionnaires» endormis sur leurs lauriers.

 

Comme au bon vieux temps et avec les mêmes techniques simples dont celles de diviser et de flatter les instincts ethniques primaires pour mieux régner et par toute sorte de stratagèmes ou corruptions que les forces néocoloniales peuvent inventer.

Cette fois-ci, il n’y aura plus de colonialistes à blâmer et les Africains ne devront s’en prendre qu’à eux-mêmes, agissant comme des esclaves qui refusent obstinément de s’émanciper. Ou de former un front uni pour stabiliser la région et jouir solidairement des progrès d’un chacun et des avantages du développement intégré.

 

Une variante des scénarios ci-dessus ou l’accélération de cette recomposition est possible notamment si la guerre au Kivu s’étend en Ituri, Katanga ou vers le Rwanda avant ça. Ou par suite de n’importe quelle autre évolution qui viendrait perturber l’équilibre actuel, très précaire.

 

Qui peut basculer à la moindre étincelle !

 

A tout le moins, les blocs actuels de la CAE, CEAC, CEPGL, CIGLR, COMESA, SADC devront changer leurs configurations actuelles voire disparaitre pour certains d’entre eux. Seuls les blocs régionaux, qui garderont une cohérence idéologique, synchronisée avec des intérêts stratégiques lointains bien compris, survivront.

Et les pays qui auront les ressources politiques et financières finiront par imposer le rythme de cette recomposition.

 

En tout cas les CIGLR et COMESA sont virtuellement partantes car très hétéroclites, sans contours économiques identifiables ou cohérents et au fait créées en réaction à une situation circonstancielle complexe. Comme aussi la CAE-EAC et la CEPGL sont menacées dans leur existence même. Malgré les promesses de soutien financier massif de tous les bailleurs externes et qui font miroiter une sorte de plan Marshall pour la région.

 

Que veut déjà coordonner les amis Belges et probablement utiliser comme cheval de Troie, car le tout « militaire » ayant montré ses limites! Prouvant si besoin en était que les intérêts économiques sont dans les arrière-pensées de tous les acteurs derrières les nombreux discours empathiques et sur le respect de principes universels généreux.

 

La Tanzanie menace de virer vers le Sud en essayant d’entrainer le Burundi dont le régime actuel lui doit toute sa reconnaissance semble-t-il. Ses idéologues prêchent ouvertement des relations privilégiées avec le Congo-Kinshasa et des rapports directs ou projets communs avec le Sud-Kivu et le Maniema ! C’est tout dire.

Et le Kenya est plus attiré par les affaires avec la Somalie, le Sud-Soudan et l’Ethiopie en plus de l’axe Ouganda Rwanda.! Inventant la coalition des pays décisifs ayant la volonté politique de bâtir la fédération est-africaine et prête à réaliser des infrastructures communes lourdes (en anglais Coalition of the Will) !

Les prochaines années seront très décisives car les enjeux vont au-delà des Grands Lacs.

 

Le Nigeria est en proie à des soubresauts politiques et religieux internes. Et la RSA est impliquée dans la crise des Grands lacs comme protagoniste ou partie intéressée. Elle fut dans les opérations de pacification au Burundi et maintenant au Congo et sait donc ou se trouvent leurs richesses.

 

L’Afrique qui prétend à un poste permanent au Conseil de Sécurité devra monter sa capacité de fédérer ses forces, de structurer ses actions en fonction de cette ambition dont notamment le maintien obligatoire de la croissance et la stabilité régionale.

 

 

En tout cas pour le moment, il y a plutôt un avis contraire de forte tempête en vue dans cet espace géopolitique. On est entré en plein dans l’œil du cyclone. Préparons-nous donc aux soubresauts et aux conséquences graves si la bêtise l’emporte sur la raison.

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