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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 11:15

« La Monusco prise la main dans le sac ». La face visible de l’iceberg (suite et fin)

 

Si l’implication de la Monusco dans le trafic illicite de nos minerais et dans les autres scandales dans notre pays est un fait avéré, si cette implication est la face  visible de l’iceberg (de son instrumentalisation par certains membres permanents du Conseil de sécurité), ne devrions-nous pas relativiser son rôle dans les médiations que nous voudrions la voir assumer ? La recherche des solutions prioritairement locales, nationales, régionales et panafricaines devrait nous préoccuper un peu plus. Dans cet ordre d’idées, l’initiative de l’Organisation mondiale des nations et religions réunies (OMRU)  de créer chez nous (et dans les Grands Lacs) une Commission Palabre, Vérité et Réconciliation  est d’une importance capitale.

 

Le 23 août 2011, le numéro du journal Le Potentiel publiant un article traitant de l’implication de la Monusco dans le trafic illicite des minerais à  l’Est de notre pays contenait un autre très intéressant. Cet autre article écrit par Willy Kabwe était intitulé « L’OMRU lance la campagne de sensibilisation au processus de réconciliation en RDC et dans les Grands Lacs ». Cet article présente la sortie (en RDC) d’une Commission Palabre, Vérité et Réconciliation  chargée de recourir aux méthodes africaines de gestion et de résolution des conflits en faisant l’état des lieux de notre histoire commune.

Dans un contexte où l’instrumentalisation de la Monusco dans la guerre de basse intensité et de prédation que connaît notre pays (et  les Grands Lacs) semble devenir de plus en plus un fait avéré, la mise sur pied des structures et des mécanismes locaux d’intermédiation  doit être considérée comme l’une des questions pouvant rassembler, en urgence, les dignes filles et fils de notre peuple.  Un extrait du discours prononcé par le Dr Sondji (président du Comité exécutif du Collège des Sages) au lancement de la campagne de l’OMRU donne une idée sur la grandeur et la noblesse de  cette initiative : « La Réconciliation, par la voie de la Palabre africaine sous l’arbre, aura comme objectif de porter le regard sur la réalité, c’est-à-dire, établir l’état général des faits, faire une évaluation globale de la situation passée, partant de l’accession des pays à leurs indépendances à ce jour, pour faire émerger les insatisfactions, les frustrations, les injustices, les immixtions, les interférences, les guerres de rébellion, les guerres d’agression, les sécessions, les dols politiques, les préoccupations populaires, les espérances déçues, les exclusions politiques, les conspirations et autres qui révèlent la présence d’un mal ou d’un problème clé afin que surgissent le désir et la volonté d’apporter, par la Palabreafricaine sous l’arbre, la solution, la paix et la démocratie dans la sous-région des Grands-Lacs. »

L’OMRU justifie le choix qu’elle porte sur la palabre africaine en soutenant que « l’histoire montre que celle-ci a contribué à assurer la coexistence pacifique entre les membres d’une communauté après un règlement de conflit suivi de réparation et pansement de blessures » Elle vient, à notre avis, répondre à la question de la non-existence de la Commission Vérité et Réconciliation à l’issue de la transition Congolaise en recourant à la tradition africaine. « La création de cette commission Palabre, Vérité et Réconciliation, note Willy Kabwe, s’inspire de la culture africaine et de ses traditions positives de la palabre sous l’arbre au cours de laquelle les débats sont dirigés par de sages. »

La redistribution des tâches telle qu’elle est faite au niveau de la commission fait penser à un début d’un « leadership collectif » dont l’efficacité  sera jugée à l’aune des fruits qu’elle produira.

 

Néanmoins, les dimensions de ce « leadership collectif » tel qu’il est présenté par Willy Kabwe dans l’article susmentionné pose certaines questions. Doivent-elles se limiter au niveau national et régional ou aller jusqu’au niveau panafricain et mondial ? Dans un monde globalisé, les efforts des « sages nationaux et régionaux » ne peuvent-ils pas être anéantis par « les grandes puissances » au service des  oligarchies d’argent  et les élites compradores ? Comment ces « grandes puissances » peuvent-elles être impliquées dans le processus de gestion et de résolution des conflits dont ils sont souvent les commanditaires ? Comment rendre efficace une Commission Palabre, Vérité et Réconciliation dans un monde où le droit humanitaire international est constamment violé par « les pays dits de vielle démocratie et des droits de l’homme ? »

 

Prenons un exemple. Pour trouver une issue au « conflit libyen », l’UA a proposé, en son temps, le recours au dialogue et au débat aux parties en présence. Elle n’a pas été suivie par « les parrains » du CNT (Conseil National de Transition) et la destruction de la Libye se poursuit aux dépens du droit humanitaire international. Que pourrait, dans le cas des Grands Lacs, « une palabre africaine » contre des forces négatives armées par « les cosmocrates » cupides ? Un « leadership collectif » qui se veut efficace devra-t-il disposer d’une « force (armée) de  dissuasion » ?  Ailleurs,  des « leaderships collectifs » regorgent en leurs seins  de différentes  forces représentatives de la vie culturelle (universitaire et médiatique), sociale, économique, politique et militaire. D’où leur efficacité en tout. Même dans la destruction. Construire la paix, la justice, la vérité et la réconciliation est-il possible sans cette configuration basique ?

Au même moment que nous saluons l’initiative de l’OMRU, nous soulevons des questions auxquelles ses membres pourraient être attentifs pour éviter qu’elle ne devienne, demain, une ONG bureaucratique rédigeant des rapports et des recommandations sans impact réel sur notre marche commune.

 

Dans certains débats sur notre devenir commun, une question revient régulièrement : « Que faut-il faire ? »  Souvent, à cette question, plusieurs de nos compatriotes attendent des propositions  des actions concrètes.  Il arrive que le savoir soit exclu de ces actions. Pourtant, des actions fondées sur une approche approximative de la question débattue peuvent se révéler inefficace. Savoir par exemple que la Monusco est instrumentalisée par les auteurs de la guerre de basse intensité que notre pays connaît et en faire une actrice incontournable dans les questions d’intermédiation, c’est s’enfermer dans un cercle vicieux. A ce point nommé, l’initiative de l’OMRU (Organisation mondiale des nations et religions réunies) consistant à mettre sur pied au niveau national et régional une Commission Palabre, Vérité et Réconciliation constitue un apport local de taille. Un apport à approfondir pour un développement fondé sur la liberté dans les Grands Lacs et en Afrique.

 

J.-P. Mbelu

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