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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 12:37

La mainmise de la «fratrie Kabila» sur le Congo-Kinshasa

 
Ces tueurs tutsi comb-copie-2

Depuis la mort non-élucidée à ce jour du président Laurent-Désiré Kabila, une fratrie dite «Kabila» - née comme par génération spontanée - fait la pluie et le beau temps au Congo-Kinshasa. En dehors de "Joseph" dont on n’a entendu parlé pour la première fois qu’en mars 1997 - lors de la prise de Kisangani par des éléments de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre) -, "Jaynet" a été "découverte" au lendemain des obsèques du président LD Kabila et surtout après l’investiture du nouveau président, en l’occurrence «Joseph». "Zoé" est sorti de l’anonymat lors de la présidentielle de 2006. A Lubumbashi, il y aurait une certaine "Sisi" dont le mari, de nationalité tanzanienne, multiplie des gaffes. Aucun membre de la fratrie n’a vu le jour ou grandi dans une ville ou village congolais. Nul ne sait leur parcours respectif en dehors de quelques bribes d’informations. L’année dernière, la "famille" s’est enrichie d’un nouveau membre. Une "petite sœur", inconnue jusque là, a convolé avec un Américain. Elle s’appelle Ruwet Mtwale…Kabila. Après treize années de présence de "Joseph" à la tête de l’Etat, "la famille" est en passe de faire main basse sur le patrimoine minier du Congo-Kinshasa. Aucun investissement ne peut se faire sans l’implication d’un membre de ce groupe aux allures mafieuses, devenu une sorte de «gouvernement parallèle». Mal gouverné et mal administré, l’Etat congolais poursuit sa descente aux enfers. 

Dans un article daté du 12 février dernier qu’on pourrait traduire l’intitulé par «La vérité sur le déploiement des troupes tanzaniennes au Congo», le journal en ligne «News of Rwanda» - apparemment proche des rebelles hutus rwandais - rapporte que c’est depuis le mois de septembre 2012 que le président tanzanien Jakaya Mrisho Kikwete clamait avec un certain zèle son impatience d’envoyer des troupes de son pays "pour mettre fin au conflit armé à l’Est du Congo". C’était lors d’un sommet tenu à Kampala. “Quelques mois plus tard, les soldats tanzaniens attérissaient à Goma”, note cet organe de presse qui fait remarquer que le numéro un Tanzanien a pris cette decision contre l’avis de la "Tanzania Intelligence and Security Service" (TISS) dont le chef, Rashid Othman, serait en disgrâce. Ce dernier avait, semble-t-il, émis un avis défavorable arguant que le pays de Julius Nyerere risquait de tomber dans un bourbier. "L’envoi des soldats tanzaniens résulte donc d’une promesse personnelle faite par Kikwete à Joseph Kabila à Dar es salaam". 

Quel est le facteur ayant motivé le chef de l’Etat tanzanien? Le journal de répondre que "Jakaya" et "Joseph" sont devenus tellement proches au point que les deux familles sont associées en affaires. “La première dame de la Tanzanie, bien connue sous le nom de Mama Salma Kikwete, et la soeur jumelle du président Kabila sont associées dans une société d’exportation des minerais à partir de Mikocheni, un faubourg de Dar es salaam. Après enquête, "News of Rwanda" dit avoir identifié deux magasins de luxe dénommés Renzo et Virago. "Ils appartiennent aux deux dames". On y vendrait uniquement des habits et des bijoux de luxe. Les deux établissements sont “exonérés” des taxes. Pour la petite histoire, outre le fait qu’il a porté d’autres patronymes en Tanzanie (Mtwale, Kanambe, Kabange, Hyppolite) "Joseph Kabila" a fait son service militaire dans l’armée tanzanienne. Question : Combien coûte au trésor public congolais la participation des soldats tanzaniens dans la brigade d’intervention de l’Onu? Une question qui demeure sans réponse. Du moins pour le moment.

"Je veux cette mine"

Le tout-Katanga parle des frasques de certains membres de la "famille présidentielle". Outre les brutalités d’un certain "général" Dieudonné Kasongo, on apprend ainsi que la Gécamines avait conclu un contrat de "joint venture" avec un groupe australien sur la mine de "Deziwa", appelée également Kulumaziba. Après des travaux de prospection financés par la partie australienne, la mine s’est révélée riche en minerais. Etrangement, la direction de la Gécamines rechignera à délivrer la licence d’exploitation. Informée, "Jaynet" déboule à Lubumbashi à une date non précisée. "Je veux cette mine", ordonne-t-elle à Albert Yumba Mulimbi ainsi qu’à Ahmed Kalej Nkand respectivement président du conseil d’administration et administrateur directeur général de la Gécamines. Les désirs de la sœur du "raïs" ne sont-ils pas des ordres au Congo démocratique? Seulement voilà, il faut "désintéresser" les Australiens. Histoire d’éviter un procès à l’image de l’affaire First Quantum. Jaynet trouve l’astuce. Elle "demande" à ces derniers de vendre leurs parts. Montant : 187 millions $ US. Des partenaires de la Gécamines non autrement identifiés auraient déboursé cette somme. Qui sont ces partenaires? D’aucuns suspectent l’homme d’affaires israélien Dan Gertler. Jaynet aurait exigé une "commission" de 15% aux "infortunés" Australiens. Aux dernières nouvelles, la mine querellée serait attribuée à des "investisseurs" libanais dont un certain Monsieur Aza. Et ce, par la volonté de "Madame sœur". "La Gécamines n’a rien encaissé", assure un expert joint au téléphone à Lubumbashi. 

Dans une lettre n°SR/001/2014 datée du 13 janvier 2014 adressée à "Joseph Kabila" ainsi qu’au Premier ministre Augustin Matata Ponyo, des syndicalistes de la Gécamines dénoncent le "pillage systématique" des ressources minières de cette société au niveau de la mine de Lupoto, en territoire de Kipushi (groupement Inakiluba). "Nous constatons depuis un certain temps, écrivent-ils, l’invasion de cette concession de la Gécamines par des milliers de personnes encadrées par des hommes en uniforme empêchant ainsi l’entreprise Gécamines de mettre en exécution son plan de redressement". "Nous sollicitons votre implication personnelle pour chasser du lieu les pilleurs de nos ressources minières". 

Des "intouchables"

Au moment où ces lignes sont écrites, le président de la République et le "Premier" se taisent dans toutes les langues. Circonstances aggravantes, un éboulement s’est produit sur ce site de Lupoto provoquant la mort de plusieurs creuseurs. Dans un rapport établi, début février dernier - que l’auteur de ces lignes a pu parcourir -, les services de sécurité au Katanga ont attiré l’attention de "la hiérarchie" sur cette situation dramatique au plan humanitaire. Ces "services" ont cependant laissé sous silence un "détail" : l’implication d’un membre de la "famille présidentielle" dans cette tragédie. Il s’agit d’un certain Bakari Juma, de nationalité tanzanienne. Il serait l’époux de "Sisi", une des sœurs du "raïs". "Ce couple a l’habitude d’utiliser des éléments de la garde républicaine pour assurer la sécurité de leurs affaires privées", assurent des observateurs lushois.

A Kinshasa, c’est bien connu: "Joseph Kabila" se sert de l’homme d’affaires Dan Gertler comme associé et prête-nom. Après avoir mis la Minière de Bakwanga (Miba) à genoux, les deux partenaires ont trouvé de nouveaux dadas dans le secteur minier et des hydrocarbures. 

Dans un rapport publié le 9 février 2004, l’ONG congolaise «Réseau de lutte contre la corruption et la fraude» (Relcof) dénonçait déjà deux conventions de joint-venture passées de gré à gré, en violation du Code minier, entre la Gécamines et les sociétés Kinross-Forrest Limited et «GEC» (Global Enterprise Corporated Ltd). La première appartient - appartenait? - à l’homme d’affaires belgo-néo-zélandais, George Arthur Forrest. La seconde n’est autre qu’une de nombreuses filiales de Dan Getler International. En août 2007, le gouvernement congolais approuvait un «contrat de partage de production», signé en date du 7 octobre 2006 entre la RD Congo d’une part et l’«Association» dénommée «Nessergy Ltd-Cohydro» de l’autre. Derrière "Nessergy Ltd", se dissimulait l’incontournable Dan Gertler. Dans un communiqué daté du 23 janvier 2014, l’organisation non gouvernementale Global Witness rapportait que le gouvernement congolais a conclu un accord pétrolier "déficitaire" avec la société Nessergy. Selon Global Witness (GW), l’Etat congolais a racheté des droits pétroliers de la société offshore Nessergy pour un montant "probablement des centaines de fois supérieur au prix payé" par ladite société - soit 500 000 $ US - il y a plusieurs années. 

Depuis le 5 février 2007, un seul ministre reste inamovible. Il s’agit du ministre des Mines Martin Kabwelulu Labilo. Quelle est sa botte secrète? Compétence? La réponse est donnée par le "poto-poto" qui règne dans ce secteur névralgique. "Joseph Kabila" a manifestement besoin de "quelqu’un de confiance" pour garder loin des yeux indiscrets les "cadavres" accumulés dans les placards. 

D’autre part, des sources gouvernementales indiquent que le trésor public congolais verserait chaque année un montant de trois millions de $ US à la Fondation Mzee Laurent Désiré Kabila dont l’inamovible présidente n’est autre que Jaynet. "Depuis 2001, cette association n’a jamais présenté ses comptes annuels", assurent des fonctionnaires au ministère des Finances. L’appétit venant en mangeant, la sœur du "raïs" était tentée par la mine d’uranium de Shinkolobwe, au Katanga. Par lettre datée du 29 janvier 2006, son associé d’alors, le Zimbabwéen Billy Rautenbach, faisait part à l’administrateur général de la Gécamines de l’époque, de l’intérêt de sa société de droit britannique CAMEC (Central African Mining & Exploration Company) pour cette mine. La Présidence de la République avait donné son "feu vert". Dans son édition datée du 17 août 2006, l’hebdomadaire belge «Trends tendances» posait une question cruciale : «Le Congo livre-t-il de l’uranium à Téhéran ?» Citant le journal «Sunday Times» - lequel se référait à des documents des services tanzaniens de douanes -, mais aussi des sources congolaises et divers documents, le magazine belge faisait état de «douze livraisons». « Selon ces mêmes documents, peut-on lire, un dénommé John Kahozi, qui serait un homme de confiance du président congolais, voyagerait entre Téhéran, Dubaï et Harare afin de régler le volet financier de la transaction via les banques iraniennes Melly Bank, Refah Kargavan et Bank Mellat.» 

Parlons enfin de Zoé "Kabila". L’homme a fait son apparition en public au début de l’année 2006. Son "business" tournait autour des "imprimés de valeur" (plaques d’immatriculation, permis de conduire, timbres fiscaux etc.). Il s’est approprié par la suite une partie de la concession de l’Athenée de la Gombe où il a érigé un centre sportif pour les golden boys de la capitale. Sur le même site, il a bâti un restaurant pour VIP dénommé "O’café". "Zoé" se promène généralement en compagnie d’un interprète. Preuve de son incapacité à matrîser les idiomes du cru. Son swahili tanzanien est souvent mal saisi par ses interlocuteurs. En octobre 2010, le frère du "raïs" jetait le masque en faisant tabassé des policiers chargés de régler la circulation à la place dite Rond-point Socimat. 

Les membres de la fratrie "Kabila" sont des "intouchables". Ils sont au-dessus des lois. Aucun journaliste n’ose critiquer leurs excès. Tout leur est permis. Jaynet est surnommée "la vénérable" par les courtisans. Comme pour dire que les titres "excellence" et autre "honorable" sont devenus ringards. En attendant, la "fratrie Kabila" poursuit sa mainmise sur les richesses du pays. En mai 2009, par simple lettre du directeur de cabinet présidentiel adressée au Premier ministre Adolphe Muzito, "Joseph" déniait au chef du gouvernement la prérogative constitutionnelle d’ordonnancer les dépenses publiques. Tout paiement était soumis, à l’avenir, à "l’autorisation préalable" d’un président pourtant politiquement irresponsable et ne rend compte à personne. "Il arrive même qu’un membre du gouvernement soit convoqué par Jaynet ou Zoé pour recevoir des instructions", conclut un confrère kinois.

Baudouin Amba Wetshi, article modifié le 04.03.2014
© Congoindépendant 2003-2014

 

 

 

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