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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 17:21
 La force et non les urnes. Les Congolais(es) sont averti(e)s
Quelle est l’option prise par « la clique au pouvoir » à Kinshasa pour sa réussite en politique ? Croit-elle en la démocratie et dans le pouvoir des urnes ? La discussion de Kikaya Bin Karubi avec un ambassadeur américain donne des bribes de réponses à ces questions. Elle permet de questionner notre devenir commun en cette année dite électorale.
Sur le site Internet de « Jeune Afrique », un câble, datant du 08 mai 2009 et publié par WikiLeaks, donne quelques informations importantes sur la façon dont le pouvoir en place à Kinshasa conçoit la réussite en politique. La discussion ayant eu lieu entre  l’ambassadeur américain en RDC William J. Garvelink et Kikaya Bin Karubi, ancien secrétaire particulier du président congolais Joseph Kabila, est très éclairante là-dessus.  
Cette discussion repose la question de ce que nous avions cru être «une dérive autoritaire » chez nous après les élections de 2006.  Loin d’être une « dérive », le recours à la violence pour accéder au pouvoir et pour régner est, à en croire l’ex-conseiller du « Raïs », un choix, une option. Comment ? Pourquoi ? « De manière déconcertante, note « Jeune Afrique », il (Kikaya) a affirmé que les personnalités et les partis politiques en Afrique ont besoin de la force militaire pour réussir, soulignant que lors des élections présidentielles précédentes, le pouvoir est revenu aux deux camps qui avaient des milices. » Et il soutient que « la non-violence ne fonctionne pas ici. Ce n’est pas les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou la France.  » En d’autres termes, pour Kikaya, l’Afrique n’est pas mûre  pour « la démocratie » !
L’alliance faite par le pouvoir en place avec le CNDP est à replacer dans ce contexte où la force l’emporte sur le droit et sur les urnes.
Quand, dans leur échange, Kikaya aborde le problème ayant « opposé » Kamerhe à Kabila, il prouve qu’il partage, en tout et pour tout, l’option du recours à la violence prise par « la clique au pouvoir » à Kinshasa.  « Kamerhe est actuellement en Afrique du Sud et va bientôt partir en Grande-Bretagne, peut-être pour préparer sa prochaine étape politique. Cependant, si Kamerhe pense vouloir prendre la place de Kabila par la force, il a intérêt à être préparé à l’exil permanent. Sinon, soutient Kikaya, le cimetière de Gombe n’est pas loin. »
Au nom de la réussite en politique,  « la clique au pouvoir » à Kinshasa a fini par banaliser la violence et la mort.  Comme en 2006, elle donne en permanence des signes de cette option pour le recours à la force. Le 05 septembre 2011, en incendiant la permanence d’un parti politique  de l’opposition et une télévision proche de ce parti, elle n’a pas dérogé à la règle.
L’option pour la force semble compenser l’impopularité de la clique au pouvoir à Kinshasa. Elle fonctionne sur fond des alliances avec  le PALU et les bruits faits autour des  « cinq chantiers ». « La clique au pouvoir n’est pas populaire à Kinshasa, a admis Karubi ; pour cette raison, il aurait été préférable de trouver un Premier ministre originaire de la capitale. Mais, puisque personne ne remplit cette fonction, Kabila essaie de convaincre les populations locales par d’autres moyens – l’argent provenant de contrats chinois, par exemple, sera en partie consacré à la construction de routes à Kinshasa. »
Si en 2006, « la clique au pouvoir » n’était pas populaire à Kinshasa et jouissait du soutien de nos provinces de l’Est ; provinces auxquelles  elle avait fait des promesses de paix et de sécurité, leur non-réalisation (comme en témoigne Modeste Bahati sur Congoone) l’a aussi rendue impopulaire dans cette partie de notre pays. Au Sud (Est), la dernière sortie médiatique de Moïse Katumbi  (lire Lubumbashi dans le noir : Moïse Katumbi prend Kinshasa pour responsable, dans Le Potentiel du 20 septembre 2011), ses multiples plaintes sur la non-rétrocession par Kinshasa des 40% de l’argent produit par le Katanga, etc. sont des signes pouvant, à coup sûr, rendre  le pouvoir de Kinshasa davantage impopulaire au Katanga. Au centre les deux Kasaï affirment qu’ils sont les plus oubliés dans la réalisation des « cinq chantiers ».
Ce contexte d’une impopularité généralisée pourrait pousser « la clique au pouvoir » à Kinshasa à persévérer dans son option pour la force et la violence à la place du  recours au droit et  au débat démocratique au cours du processus électoral de 2011.
 
Le contraire aurait étonné.  « La clique au pouvoir » à Kinshasa a accédé au pouvoir par les armes, engagée dans une guerre de prédation  et d’extermination de nos populations dénommée malencontreusement « guerre de libération ». Si elle change le fusil d’épaule, elle risque de mettre à nu sa véritable nature et de signer sa fin. Est-elle disposée à s’engager sur cette voie ? Habituée au double discours, elle prône des élections transparentes, libres, démocratiques et apaisées tout en préparant la guerre et en versant dans les actes de violence.
 
Un membre de la  société civile congolaise, André-Marie Mwila  (de Toges Noires) a proposé l’idée d’une rencontre préalable entre tous les acteurs majeurs des forces politiques et sociales engagées dans le processus électoral en cours. Son appel ne semble pas avoir été entendu. (Du moins jusqu’à ce jour.)
Bien des compatriotes comptent sur la signature du code de bonne conduite proposé par la CENI pour que les élections se passent dans un climat apaisé. Mais que peut un code de bonne conduite dans un pays où la Constitution est constamment foulée au pied ?  Dans un pays où les institutions officielles sont court-circuitées par d’autres parallèles et où la justice est aux ordres de « la clique au pouvoir » ?
A notre avis, tant qu’un semblant de Tribunal Pénal International ne sera pas créé pour juger les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et d’autres actes pouvant s’apparenter au génocide commis sur la terre de nos ancêtres (avec la guerre de l’AFDL), tant que la priorité dans les Grands Lacs sera accordée au Business et non à la paix et à la justice, le processus électoral en cours risque de consacrer la division de notre pays en de petits morceaux non-viables et exploitables à souhait.
Les discours des bonnes intentions ne sont pas suffisants pour infléchir l’option de « la clique au pouvoir » qui, comme Kikaya Bin Karubi, croit que la réussite en politique en Afrique passe par l’usage de la force militaire et la mort.
 
J.-P. Mbelu

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