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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 15:20

Ces tueurs tutsi comb-copie-2La Fabrique des Opposants au Congo: Cas de Katumbi et de Kamerhe

 

Par    

Par Germain Nzinga Makitu/DESC-Wondo.org

C’est depuis plusieurs semaines qu’on nous rabat les oreilles sur la guéguerre entre Moïse Katumbi et Joseph Kabila. Je vous invite à faire une lecture différente des événements, loin de passions et émotions qui sont les propres de notre peuple en pareille circonstance. J’avance comme hypothèse que les deux supposés antagonistes ne sont jamais entrés en guerre et qu’au contraire tout le ballet diplomatique et politique qui se déroule entre Kinshasa et Lubumbashi est un vaste théâtre qui fait partie du modus operandi rwandais et qui présentement se trouve à l’Acte II suite à une autre mise en scène vécue en 2009 avec Vital Kamerhe. Suivez mon raisonnement…

  1. Des phénomènes convergents qui ne trompent pas…

Lorsque le 19 janvier 2009, Joseph Kabila signe unilatéralement des accords avec Paul Kagame autorisant l’entrée officielle des troupes rwandaises sur le territoire congolais sous le prétexte de chasser les FDLR, une réaction de Vital Kamerhe, l’alors président de l’Assemblée nationale, ne se fit pas attendre. Il protesta par la voie des ondes (et non par celle officielle des institutions de l’Etat) contre cette décision dont, à ses dire, ni lui ni la chambre basse n’étaient tenues informées. La tension monta d’un cran jusqu’au mercredi 23 mars 2009 où Vital Kamerhe présenta sa démission devant la plénière de l’Assemblée nationale sans un débat préalable ni un vote de la part des membres de l’assemblée ni non plus un réquisitoire dans lequel il dénoncerait les déviations ou la trahison de son ancien chef. Le discours qu’il tiendra lors de sa démission au parlement sera curieusement plus une apologie de Kabila[1] qu’un déballage qui justifierait leur divorce politique.

 

Kamerhe a été la principale matière grise de Kabila pour construire pierre sur pierre les fondations de PPRD actuel. Fort de tout ce qu’il sait sur cet homme, pourquoi refuse-t-il d’écrire un autre livre pour donner sa part de vérité sur le mystère qui entoure cet homme et de là contredire les affirmations gratuites pour servir à donner du crédit à sa démission ?

 

Un autre fait non de moindre doit nous pousser à plus de prudence. Le 8 mai 2009, un câble de Wikealeaks nous met la puce à l’oreille. Une conversation secrète de l’ambassadeur américain en RDC William C. Garvelink avec l’ambassadeur Kikaya Bin Karubi, bien introduit dans les arcanes du Palais de la nation comme ancien secrétaire particulier du président congolais, tend à démentir la réaction épisodique de Vital Kamerhe qui aurait bel et bien été informé en avance par le président Kabila de ces opérations militaires Umoja Wetu contre les rebelles rwandais.       

Pas plus tard que l’année dernière, les officines politiques auraient entrepris d’aller vite dans le projet d’agrandir son profil d’opposant d’envergure dans la perspective des échéances électorales prochaines. D’abord son contentieux judiciaire de diffamation contre la députée Wivine Moleka sera récupéré par le pouvoir et, le 5 février 2014, la justice congolaise l’instrumenalisera pour requérir trois ans de prison ferme et la déchéance de droits civiques du dirigeant de l’UNC. Les persécutions contre Kamerhe semblent s’enchaîner : le mercredi 11 février 2014, il est déguerpi de son domicile par la police judiciaire devant les caméras du monde entier. Aucun procès judiciaire ne s’en est suivi ! Cet opérateur politique, patron de l’UNC, entreprend des voyages à travers les provinces pour y implanter des assises. Son voyage de Bukavu du jeudi 20 février 2014 fera date dès lors que, outre les tracasseries policières pour son embarcation à l’aéroport de Ndjili, une fois arrivé sur place à Bukavu, la foule nombreuse venue l’accueillir sera molestée et dispersée par la soldatesque du régime de Kinshasa avec des bombes lacrymogènes. Chose curieuse, les soldats s’en prennent à tous sauf à lui. Ils molestent tout le monde sauf le prince…. Ce qui entre en flagrante contradiction avec la méthode Kabila/Kagame d’après laquelle les vrais opposants à leur idéologie prédatrice n’ont que deux résidences : le cimetière ou la prison centrale de Makala.

A considérer le scénario de ce lundi 19 janvier 2015, nous avons eu à observer un phénomène bien insolite. Durant la marche de protestation du peuple congolais à Kinshasa, pendant que tous les opposants ont pris le risque d’accompagner la foule mécontente en marche vers le palais du peuple, en constatant avec quelle précaution d’affaire, deux soi-disant opposants, Kamerhe et Muyambo, sont restés séquestrés au quartier général de l’UNC par la police, nous avons commencé alors à mieux comprendre les dessous des cartes.

Pourquoi alors cette brutalité sélective envers les brebis tout en épargnant leur berger ? Parce que Vital Kamerhe n’a pas été et n’est jamais l’ennemi de Joseph Kabila. Si tel était le cas, il aurait rédigé un autre livre pour contredire toutes les thèses développées dans  Pourquoi j’ai choisi Joseph Kabila[2]. Le maitre-mot de ce livre peut se condenser dans cette phrase : « J’ai découvert que Joseph Kabila possède une qualité essentielle : le sens du devoir, l’oubli de soi, la patience, l’humilité, l’abnégation et la sagesse face aux épreuves que la vie lui impose. C’est pour cela que je le considère comme une des meilleures opportunités qui est donnée au pays d’expérimenter ». Cette « excellence » (sic) de Kabila se serait-elle rendue évanescente trois ans après ? Aurait-elle duré seul l’espace d’un matin ? Son mea culpa oral devant ses électeurs de Bukavu ou devant les journalistes à Bruxelles pour avoir écrit ce livre-éloge ne suffit point pour cautionner sa conversion politique. Cet homme a été un des membres actifs du cercle restreint de Kabila qu’il connait tant dans ses qualités que dans ses côtés ténébreux. Il a été sa principale matière grise pour construire pierre sur pierre les fondations de PPRD actuel. Fort de tout ce qu’il sait sur cet homme, pourquoi refuse-t-il d’écrire un autre livre pour donner sa part de vérité sur le mystère qui entoure cet homme et de là contredire les affirmations gratuites pour servir à donner du crédit à sa démission ?

Cette question, personne ne sait encore y répondre. Même les médias censés nous y aider viennent plutôt à la rescousse de Kamerhe. Ils veulent coûte que coûte en faire un héros national pour lui donner davantage du poids politique dans une opposition toute acquise à l’aura d’Etienne Tshisekedi. Ils vont alors lui offrir la tribune sur de grandes chaines occidentales telles que TV5 ou France 24 et lui organiser des voyages au Département d’Etat américain grâce à l’appui des ONG qui travaillent de mèche avec les centres du pouvoir qui téléguident la politique du chaos qui règne au Congo. Ce nouvel opposant adulé par des chancelleries occidentales va multiplier les initiatives pour séduire l’opposition en vue d’infiltrer son pré carré pour mieux la neutraliser et dans la suite pour espérer prendre la place de leader et coordonnateur des forces d’opposition.

Toute cette percée dans la famille d’opposition se fait pendant que les têtes pensantes savent pertinemment bien que le conflit avec Joseph Kabila n’est que du leurre. Ce n’est que du vernis qui aide à couvrir un plan plus important dans le dispositif d’occupation du Congo. Le divorce avec Kabila ne sert politiquement ni à l’un ni à l’autre mais vient plutôt donner plus d’appui à la réalisation du plan rwandais, que lui et Kabila ont choisi de servir et pour lequel Kamerhe est prêt à demeurer efficace dans un nouveau rôle provisoirement indirect et asymétrique. Au travers de tous ces semblants de maltraitances citées plus haut, la stratégie ici, vous vous en doutez, consiste à accroître son aura, à lui faire endosser l’habit de héros national pour le hisser au diapason d’un opposant crédible sinon du nouveau leader charismatique et fédérateur de l’opposition congolaise. Au même moment, la même stratégie vise à infiltrer la vraie opposition pour l’affaiblir de l’intérieur en la divisant à moyen terme et miser, à long terme, sur une taupe du dedans qui pourra le moment venu servir de joker au système de domination qui a pris sous coupe réglée le destin du peuple congolais.

Revenons sur Moïse Katumbi Champwe, le gouverneur du Katanga, qui est au centre de l’actualité depuis trois mois. Les internautes ne se sont pas avisés que cet homme est en train de réussir un grand pari de les manipuler à peu de frais. Il est en train de mettre tout le monde dans son piège en se faisant passer pour une victime persécutée à cause de grandes œuvres qu’il a posées au bénéfice du peuple congolais. Il réussit ainsi à faire monter les enchères pour construire sa propre image…

Sa longue hospitalisation à Londres qui a servi de fusible à la polémique n’est certifiée par aucune information de source officielle tant il est vrai que dans toute démocratie sérieuse, il ne se fait pas de mystère sur le bulletin de santé des mandataires de l’Etat. S’absenter pendant trois mois de son poste de travail exige de donner des explications à ses administrés. Ce secret de palais a ouvert la voie aux rumeurs folles dont celle de son empoisonnement qui n’est par ailleurs ni confirmé ni infirmé soit par l’intéressé lui-même soit par son cabinet de gouvernorat soit encore par sa famille biologique. Curieusement, il a fallu attendre un très proche de Joseph Kabila, l’honorable Francis Kalombo, pour faire via les medias, la déclaration sur l’empoisonnement de Moïse Katumbi. Ce parlementaire de Pprd utilise une méthode subtile : il choisit de porter de graves accusations sur les propres collègues de sa propre famille politique qu’il charge d’être des auteurs de l’empoisonnement de son ami Katumbi, tout en déclarant urbi et orbi qu’il donnera sa voix à M. Katumbi aux futures présidentielles alors qu’à ce que l’on sache, ce dernier n’a même pas encore démissionné du PPRD. C’est tout simplement hallucinant !

Quelques jours plus tard, le président de la République se décide de descendre à Lubumbashi à la rencontre de sa base électorale. Ni Katumbi ni Kyungu ne répondent présents au rendez-vous de la rencontre présidentielle avec les forces vives du Katanga pendant que ces deux plus hautes autorités provinciales sont encore, jusqu’à preuve du contraire, membres à part entière de la famille politique du président. Aucun communiqué officiel du gouvernorat pour expliquer l’inexplicable. Le lendemain, la Garde républicaine se met à molester les fans de T.P. Mazembe comme jadis à Bukavu, ils le firent contre les disciples de Kamerhe. Et les medias locaux rapportent que lui-même serait empêché de voyager à l’étranger pour ses soins médicaux. D’autres annoncent avoir vu les ambassadeurs des USA et du Royaume de Belgique lui rendre visite pour le dégel de l’atmosphère et lui permettre de prendre l’avion. Pendant que certains internautes affirment l’avoir vu à l’aéroport de Heathrow, des sources autorisées rapportent que Moise Katumbi séjourne encore dans la ville de Lubumbashi.

Dans le sillage de cette via crucis (chemin de la croix) fabriquée à l’avantage de Katumbi, la rumeur étend la flagellation aux proches collaborateurs du gouverneur de Katanga. Le régime de Kinshasa s’en prendrait (notez le conditionnel) aussi à ses proches collaborateurs qui sont harcelés par des services de sécurité et, cerise sur le gâteau, celui qui a été hier son ennemi juré, Jean-Claude Mbuyambo, qui a rédigé des diatribes (à l’instar de catilinaires) contre le gouverneur du Katanga venait de quitter sa famille politique PPRD par un simple NON prononcé contre la révision constitutionnelle[3] et il est redevenu brusquement le plus proche collaborateur de celui qu’il a vilipendé hier. La machine à fabriquer les héros est en plein régime et, comme hier à Vital Kamerhe, les médias dominants tendent à conférer la stature du héros et de messie à ce Moise congolais. A rebours de tout ce tapage, Moise Katumbi a choisi de se taire. Depuis son discours du 23 décembre dernier fondé sur la parabole de penalty, il a fallu attendre hier mardi 13 janvier 2015 pour faire entendre de nouveau sa voix. Et cette fois-ci, c’est pour présenter ses condoléances au président Hollande et au peuple français pour les attentats du 7 janvier dernier. Aucune allusion à la situation intérieure de sa province !

Vous l’aurez compris, la maladie et le supposé empoisonnement de Moïse Katumbi s’avèrent comme des facteurs déterminants qui sont en voie de le hisser au rang des martyrs de la nation. Toutes ces rumeurs créées sciemment cachent un message. Et c’est l’essence même de la rumeur que d’être « une parole en marge de la parole officielle »[4]. Laquelle cette parole marginale ? C’est le message sibyllin selon lequel Moïse Katumbi, au regard de toutes ses souffrances – empoisonnement, hospitalisation, harcèlement du pouvoir de Kinshasa etc.- mérite le statut de héros national et de l’opposant crédible qui pourra le placer comme le meilleur challenger aux présidentielles de 2016.

Le supposé empoisonnement de Katumbi a été rendu affaire d’Etat pour pouvoir ranger la victime au rang des « morts/ persécutés pour la patrie » qui sont sur le fond, dans une position analogue à celle des héros replacés au centre de liturgies politiques. Mais le problème dans le cas de figure, c’est que nous n’avons aucune preuve que la maladie de Katumbi est un martyre, à entendre par là qu’elle aurait un lien direct à avoir avec le sacrifice que cet homme aurait eu à faire de sa propre vie par amour pour le bien-être de son peuple.

Mais à la lumière de Jean-Pierre Albert, il importe de jauger cet auto-sacrifice par lequel la communauté nationale croit pouvoir se reconstituer autour de cet homme. Car en effet, la mise en récit de la nation congolaise n’existera jamais aussi concrètement qu’à travers les citoyens qui, en mourant pour elle, apporteront la preuve de son existence. C’est pourquoi le supposé empoisonnement de Katumbi a été rendu affaire d’Etat pour pouvoir ranger la victime au rang des « morts/ persécutés pour la patrie »   qui sont sur le fond, dans une position analogue à celle des héros replacés au centre de liturgies politiques.[5] Mais le problème dans le cas de figure, c’est que nous n’avons aucune preuve que la maladie de Katumbi est un martyre, à entendre par là qu’elle aurait un lien direct à avoir avec le sacrifice que cet homme aurait eu à faire de sa propre vie par amour pour le bien-être de son peuple.

D’où la nécessité de réécouter Friedrich Nietzsche qui parle de la malhonnêteté intellectuelle du martyr[6] car, dans le cas qui nous concerne, les acteurs politiques cherchent à se servir de toute opportunité conjoncturelle pour s’attirer des éloges qu’ils ne méritent peut-être pas parce que derrière leurs actes se cachent des intérêts personnels dans la mesure où ils cherchent à voler la grandeur historique via les seules notions d’habileté (Kamerhe) ou sur les seules notions du succès (Katumbi) cousues de toutes pièces par des actions d’éclat ou celles de simple apparat sans profondeur réelle des valeurs républicaines.

  1. Katumbi et Kamerhe au prisme du modus operandi rwandais…

Il importe de préciser dès le départ que le mode opératoire des stratèges rwandais qui téléguident la politique intérieure de la Rd Congo est basé sur «  le chaos et le mensonge avec l’appui des médias qui leur servent de support et de rampe de lancement »[7]. Il s’agit en propre de construire un scénario à plusieurs actes en vue de porter le dénouement sur une fin politique que les stratèges se sont fixée. La construction de ce scénario, les stratèges rwandais ont pris l’habitude de le faire de deux manières selon le contexte. Tantôt ils créent volontairement des conflits militaires meurtriers au cours desquels ils prennent avantage sur l’adversaire avant de forcer ce dernier à l’amener sur la table de négociations où eux, négociant en position de force, imposent leur vision à l’adversaire et se donnent le moyen de noyauter les institutions de l’Etat.

 

Il importe de préciser dès le départ que le mode opératoire des stratèges rwandais qui téléguident la politique intérieure de la Rd Congo est basé sur « le chaos et le mensonge avec l’appui des médias qui leur servent de support et de rampe de lancement. »

 

La deuxième méthode mise en exergue est la suivante : pendant qu’ils prennent avantage sur l’adversaire, ils fabriquent ab nullo un héros qui sort de l’ombre pour gérer cet acquis politique. Ce héros servira de simple sous-traitant d’un plan concocté et téléguidé à distance, à savoir à partir de Kigali ou de Kampala et sera éjecté dès que changera le tableau politique.

C’est justement ce qui s’est passé durant les différentes guerres du Congo[8] : la guerre de 1996 qui a abouti à la défenestration du président Mobutu et à la mise en place de l’AFDL avec Mzee L.-D. Kabila; la guerre d’aout 1998 qui a mis en place la rébellion de RCD-GOMA pour punir L.-D. Kabila et reconquérir le Congo ; la guerre de CNDP en 2009 pour renforcer l’infiltration de l’armée et des institutions par le Rwanda et la guerre du M23 en 2012 pour parachever le processus de balkanisation du Congo.

Il importe de noter qu’à chacune de ces étapes de l’histoire du conflit congolais émerge un héros qui sort de l’ombre et qui disparait aussitôt que les commanditaires décident de passer à une autre étape. Ainsi donc nous verrons surgir : Mzee L.-D. Kabila comme simple marionnette durant la guerre de conquête de l’AFDL ; Wamba dia Wamba avec le RCD-GOMA ; Laurent Kunda avec le CNDP et enfin Jean-Bosco Tanganda avec le M23. Ceux-ci sont chargés par Kigali de diriger, sous ses ordres directs, la nouvelle configuration politique mise en place et qui permet au tireur de ficelles d’avancer dans sa sombre entreprise de balkaniser le pays voisin et de voler les richesses de son sol et de son sous-sol.

Toujours à propos de ce modus operandi, force est de constater qu’outre ces pions extérieurs, Kigali use d’un autre stratagème dans le contrôle de la politique intérieure de la Rd Congo. Il fabrique alors des héros à partir de rien et les élève au rang des opposants politiques pour contrôler, infiltrer et saborder toute velléité de protestation contre l’ordre établi par le maitre des céans.

C’est dans cette catégorie qu’il faudra placer toute une panoplie de soi-disant opposants tels que Léon Lobisch KENGO, dans la forme comme survivant du régime Mobutu mais au fond comme fruit direct de la politique d’infiltration de Barthélemy Bisengimana, ancien directeur de cabinet de Joseph-Désiré Mobutu, qui est l’architecte du Congo actuel tel que mis à genoux et clochardisé par ceux-là que ce pays a accueillis comme réfugiés sur son territoire. Kengo, qui est le reflet de cette souche, a traversé toutes les saisons de la politique zaïroise/ congolaise et il est au sénat depuis 2006. Selon la loi fondamentale, il se veut ainsi le remplaçant de droit du président de la République en cas de décès ou de démission de ce dernier.

Vous aurez alors compris de quelle manière et pour quel motif, avec une minorité, il a obtenu ce siège de président du sénat contre She OKitundu qui représentait la majorité au vote. Il reste inamovible et le pouvoir a tout fait en 2011 pour ne pas toucher à la configuration du sénat parce que l’intéressé qui en assume la présidence offre des atouts favorables au plan des stratèges rwandais.

La rébellion RCD-GOMA produira, quant à elle, Azarias Ruberwa qui sera investi président de ce parti politico-militaire, le 15 juin 2003, en remplacement d’Adolphe Onusumba et qui sera assisté par Raphael Katoto Katete comme premier vice-président et Eugène Serufuli comme deuxième vice-président. A l’issue de Sun City, le même Ruberwa sera désigné comme un des quatre vice-présidents de la République en charge du ministère sensible de la Défense.

La rébellion de CNDP à son tour donnera à Vital Kamerhe l’opportunité de basculer dans le rang de l’opposition suite au fallacieux différend avec son ancien collaborateur et mentor pour donner l’impression de créer et anticiper un semblant de résistance avec un opérateur politique tout acquis à la cause de l’envahisseur. Il gesticulera de temps à autre mais c’est juste pour amuser la galerie. Même sa présence à la marche des opposants d’hier lundi 12 janvier 2015 ne change rien à la substance du théâtre en cours. Bien au contraire elle réussit à rendre plus épais le voile de mystère sur les motivations profondes de son engagement politique.

Dans la logique de l’Acte II du théâtre rwandais, bien plus curieusement, c’est de la crise de M23 chargée d’achever l’œuvre de la balkanisation du Congo de Lumumba que surgit Moïse Katumbi Champwe. S’il y a une grande inconnue, c’est celle de comprendre, toujours suivant le modus operandi rwandais, ce en quoi cet opérateur politique sera-t-il utile à ce stade du plan de la balkanisation et de pillage des richesses du Congo qui est présentement en cours d’exécution au moment même où l’immense majorité de congolais rêvent aveuglement d’aller aux élections en 2016. Les vrais maitres du Congo (balkanisation) et le peuple congolais (élections 2016) travaillent sur deux agendas différents. La gradation de rebellions et des guerres avec des pions placés à l’intérieur des institutions congolaises doit attirer l’attention de tout chercheur avisé et mettre la lumière sur la mission qui pourra être celle de Moïse Katumbi dans les prochains jours…

Nous avons le plus grand intérêt de mettre à l’écart nos émotions mesquines et d’analyser méticuleusement le réquisitoire-déballage de son proche collaborateur, Jean-Claude Mbuyambo[9] qui accuse le gouverneur Moïse Katumbi tour à tour de corruption, des détournements de fonds publics, de trafic d’influence, de tribalisme, de rétorsion des biens de paisibles citoyens et de beaucoup d’autres maux. Il prévient qui veut l’entendre que Katumbi n’est pas le chic type que vous croyez…

Un avertissement qui vaut son pesant d’or en face de ce fanatisme aveugle qui envahit les congolais en quête d’un messie pour sortir du chaos politique que traverse leur pays. Outre ces accusations, il faut comprendre la personne de Moïse Katumbi dans l’interstice des alliances rwandaises via son frère Katoto Katete, ancien vice-président de RCD-GOMA et via son épouse Carine d’origine tutsie ; des alliances avec la politique extérieure de l’Etat hébreu via ses origines juives séfarades par son père et via ses réseaux avec le lobby juif de plus en en plus opérationnel en RDC et  enfin des alliances avec le bloc anglo-saxon via ses accointances d’affaires avec les nombreuses multinationales d’exploitation de mines qui ont pignon sur rue dans la province où il règne en maitre.

 

Ce qui est frappant au stade actuel, c’est le dénominateur commun à tous ces héros/opposants fabriqués de toute pièce pour le besoin de la cause. Kabila, Ruberwa, Kengo, Kamerhe et Katumbi ont pour caractéristique commune soit leur ascendance rwandaise soit leur allégeance au Rwanda/Ouganda et au maître éleveur qui donne des ordres à partir de Pentagone ou du Département d’Etat. Ils forment tous cinq « la cinquième colonne du néo-libéralisme au service de l’Etat profond anglo-saxon »[11]. Ils appartiennent tous au même système et ne pourront jamais se faire mal.

 

Moise Katumbi s’avère ainsi comme un pion majeur dans le système néo-libéral qui met à genoux le Congo et dont je disais dans mon dernier livre que ledit système entrevoit un triple scénario pour l’avenir du peuple congolais : le schéma d’extermination du peuple congolais comme ce fut le cas chez les Apaches et les Sioux ; le schéma de marginalisation du peuple congolais comme c’en est le cas avec la Palestine, voisin malheureux d’un autre peuple qui a connu le génocide, et enfin le schéma de balkanisation comme ce fut le cas dans l’ancienne Yougoslavie[10] qui a éclaté en de nombreuses republiquettes. Non point que les puissants useraient un schéma sans les deux autres mais en mode combiné de trois ensemble.

  1. Quels sont au final les objectifs poursuivis par cette fabrique d’opposants?

Je crois pour ma part que la machine électorale de 2016 fonctionne déjà en plein régime. Non point qu’il se soit décidé d’organiser les élections mais plutôt pour mettre sur table plusieurs joker qui serviraient en temps opportun juste pour distraire le peuple congolais ou pour l’éloigner de l’exercice de son pouvoir souverain. Tout comme en 2009, soit deux ans avant les élections de 2011, Vital Kamerhe fut fabriqué comme héros qui dans les apparences feignait de braver Joseph Kabila pour être investi du statut d’un opposant crédible, il était fabriqué juste pour servir de solution de rechange à Joseph Kabila dans le cas où ce dernier venait de perdre le contrôle de la fraude électorale de 2011 programmée par les officines de haut niveau, Moïse Katumbi, lui aussi, deux ans avant les échéances de 2016, est en passe d’être fabriqué comme héros qui feint de défier Joseph Kabila pour pouvoir servir le moment venu de joker au profit du même système qui a installé Kabila au pouvoir en janvier 2001 et qui n’est pas prêt d’abandonner son projet de prédation dans l’éventualité d’un départ forcé ou républicain de Kabila. Ils préparent des solutions de rechange…

De fait, ce qui est frappant au stade actuel, c’est le dénominateur commun à tous ces héros/opposants fabriqués de toute pièce pour le besoin de la cause. Kabila, Ruberwa, Kengo, Kamerhe et Katumbi ont pour caractéristique commune soit leur ascendance rwandaise soit leur allégeance au Rwanda/Ouganda et au maître éleveur qui donne des ordres à partir de Pentagone ou du Département d’Etat. Ils forment tous cinq « la cinquième colonne du néo-libéralisme au service de l’Etat profond anglo-saxon »[11]. Ils appartiennent tous au même système et ne pourront jamais se faire mal. Ils pourront se quereller pour amuser la galerie comme jadis Mobutu et Tshisekedi qui obéissaient au même maitre et ne pouvaient se dévorer. Ni Kabila ni Kamerhe ni Katumbi n’iront au-delà de la ligne rouge sans la permission de ceux qui s’en servent comme nègres de service. L’histoire se répète au Congo-Kinshasa mais cette fois-ci nous sommes appelés à moins de naïveté et à plus de vigilance.

En même temps, les ennemis du Congo sont en voie de réussir un autre pari, celui de distraire le combat intelligent qui cherche à tout prix à fixer l’objectif précis que le peuple congolais est en droit de poursuivre pour instaurer un Etat de droit aux prochaines échéances électorales. La stratégie de l’ennemi consiste ici à lever plusieurs lièvres et à pousser le chasseur inexpérimenté de les poursuivre en même temps. A la longue, après une course folle derrière le lièvre A et le lièvre B, le malheureux chasseur rate tous les deux parce qu’il a dispersé ses forces. C’est précisément à ce moment d’échec que les stratèges ennemis imposeront leur schéma dont les acteurs politiques cités plus haut sont préparés à en faire des fidèles exécutants…

D’autre part, la monopolisation du débat sur la guéguerre entre Joseph Kabila et Moïse Katumbi – qui est en réalité un non-événement – pèche encore plus gravement en ceci qu’elle cristallise le débat politique sur des individus au lieu de le porter sur les programmes politiques qui doivent passer au crible du jugement de l’opinion publique pour évaluer lequel semble à même de satisfaire les aspirations du peuple. Malheur au peuple congolais qui est plus en quête d’un héros que d’un programme politique et des institutions fortes pour le soutenir!

 

Attention aux héros fabriqués, aux héros manqués, aux héros effacés ! Ils vous entraineront à la servitude en lieu et place de la prospérité et de la souveraineté souhaitées… Qu’on se le tienne pour dit !

 

Le camp de la kabilie sait pertinemment bien qu’il est de son intérêt de détourner l’attention de l’opinion nationale et internationale vers des questions de conflit entre opérateurs politiques en vue de masquer tous les ratés de la fameuse révolution de la modernité qui a accouché d’une souris et sur laquelle Kabila ne dispose d’aucun argument convainquant. C’est aussi cette stratégie de distraction fort médiatisée qui est de mise au cours de cette semaine où l’exécutif pprd s’est finalement décidé d’introduire le projet de la loi électorale à l’assemblée nationale pour faire entrer par effraction une loi scélérate qui conspire contre les intérêts supérieurs d’un peuple.

Qu’une fraction de l’élite congolaise se soit engagée le week-end dernier à mettre sur pied le parti katumbien[12] à Bruxelles aux fins de soutenir ce faux héros et ce faux opposant, me laisse perplexe et repose chez mes compatriotes le grave problème de capacité d’évaluer des enjeux politiques de l’heure et des acteurs en présence pour les relever. Oui, nous sommes à la quête d’un messie pour fixer le cap sur 2016 et nous donner les garanties d’en finir cette fois-ci avec la dictature, mais de grâce ne nous laissons pas berner par n’importe quel messie, fut-il un Moise qui, d’après le témoignage accablant de Jean-Claude Mbuyambo, a construit un pont pour enjamber non la Mer rouge mais la petite rivière ou qui a monté une équipe de football, puisant de l’argent dans les caisses de l’Etat ou dans les entreprises opérant au Katanga en le faisant passer comme fruit de ses propres largesses.

Outre les accusations portant sur l’offshore secrète du gouverneur Katumbi qui mettent ce dernier à la tête d’une société panaméenne créée en 2006[13], une enquête rigoureuse dans le dossier de gestion de la Gécamines, dans le dossier du pillage de la mine de Mbola, dans les dossiers Sempya et Lwisha, dans les dossiers Snel et Regideso, dans les dossiers de construction des routes, dans celui de gestion du T.-P. Mazembe sur le dos des entreprises de l’Etat, dans le dossier de démolition de CRAA ou encore dans le dossier d’interférence dans la justice au Katanga[14] etc., nous a prouvé que Katumbi appartient à cette nouvelle classe oligarchique décidée de s’emparer de l’Etat et de le gérer, « non pour mettre en œuvre un projet idéologique mais de façon qui leur rapporte le plus d’argent, qui perturbe le moins leur pouvoir et qui leur offre le plus de chances d’être renfloués dans le cas où quelque chose tournait mal. Bref, c’est la classe des dominants qui ont décidé d’agir en prédateurs vis-à-vis des institutions existantes. »[15]

Ce gouverneur ambitieux qui lors de son retour d’exil le 11 juillet 2003 annonçait déjà ses intentions du présidentiable devant le micro des journalistes : « je n’ai pas que les masses de Mazembe derrière moi. J’ai tout le peuple congolais avec moi », nous fait penser à Silvio Berlusconi et doit être suivi de très près par l’élite intellectuelle congolaise. Suivre ses faits et gestes sans passion, sans haine, mais froidement pour mesurer jusqu’où s’élargissent ses alliances économiques et politiques et en quoi le peuple congolais pourra en tirer un profit maximum ou, au pire, en quoi il risque de perdre sa souveraineté et voir sa prospérité confisquée de nouveau pour le prochain quinquennat.

Un titre provocateur d’Hervé Kempf pourra nous servir de mot d’ordre en même temps que de conclusion à cette réflexion: L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie[16]. L’histoire actuelle du Congo en quête d’une vie démocratique semble se rallier à une sorte de millénarisme à l’envers. Une apocalypse en marche, sans éclat, sans espérance et sans messie qui emporte la notion même de grandeur. Jusque là aucun homme ne semble encore incarner un idéal créateur, véhiculer des valeurs novatrices au point que tout le peuple congolais se reconnaisse en lui, s’agrège à son combat et l’élise comme son inspirateur. Seules les preuves de l’autosacrifice dans les jours à venir arracheront l’adhésion et donneront enfin une direction claire à ce peuple. Attention aux héros fabriqués, aux héros manqués, aux héros effacés ! Ils vous entraineront à la servitude en lieu et place de la prospérité et de la souveraineté souhaitées… Qu’on se le tienne pour dit !

 

GERMAIN NZINGA MAKITU

[1] “Y a-t-il eu offense au chef de l’Etat ? Non, répond-il lui-même devant la plénière de la chambre basse. Le chef de l’Etat ne doit pas servir de bouclier au gouvernement, ni à ses membres qui doivent rendre des comptes à l’assemblée nationale ». Kamerhe charge malignement l’exécutif congolais tout en sachant que cette opération Umoja a été l’œuvre de la diplomatie parallèle sous la houlette du général Numbi. Cfr G. NZINGA MAKITU, Stratégies de domestication d’un peuple, p. 73.

[2] V. KAMERHE, Pourquoi j’ai choisi Joseph Kabila, Paris, APPR, 2006.

[3] C’est au fait la nouvelle recette pour se faire peau neuve et revêtir les habits de l’opposant. Il ne s’agit plus de présenter une lettre de démission aux organes du parti mais plutôt de passer simplement devant les antennes et de dire non à la révision de la constitution. Cette arme qui a été le point fort de l’opposition congolaise a été récupéré par le pouvoir qui s’en sert pour infiltrer le plus de monde possible dans la vraie opposition. Hier lundi Mbuyambo figurait parmi le groupe d’opposants qui défilaient à Kinshasa contre le projet de loi électorale.

[4] J.-N- KAPFERER, Rumeurs. Le plus vieux média du monde, Paris, Seuil, 2009, p. 253.

[5] J.-P. ALBERT, Du martyr à la star. Les métamorphoses du héros national dans P. CENTLIVRES et alii, La Fabrique des héros, Paris, Ed. MSH, 1999, p. 22.

[6] Ibid, p.20.

[7] P. MBEKO & H. NGBANDA-NZAMBO, Stratégies du chaos et du mensonge. Poker menteur en Afrique des Grands Lacs, Québec, Ed. de l’Erablière, 2014, p. 17.

[8] Nous empruntons le schéma aux coauteurs P. MBEKO & H. NGBANDA, op.cit., pp. 321-392.

[9] J.-C.- MUYAMBO, Lettre ouverte adressée au gouverneur du Katanga Moise Katumbi du 22 septembre 2012, 19p. Lire aussi l’étude fouillée de David LELOUP, L’offshore secrète de Moise Katumbi du 31 janvier 2014 dans Marianne Belgique http://www.mbelgique.be

[10] G. NZINGA MAKITU, Stratégies de domestication d’un peuple. BMW comme armes de distraction massive, Paris, Edilivre, pp. 228.251.

[11] La formule est de Jean-Pierre MBELU, Les ennemis internes du Congo-Kinshasa sont plus dangereux ! 2 janv.2015 dans http:// www.ingeta.com

[12] Comment mettre en place un parti politique d’un individu qui n’a pas encore démissionné de PPRD ? Comment faire confiance à un individu qui a été complice de deux faux penalties qui ont fait perdre au peuple congolais 15 ans de démocratie et malgré la dénonciation parabolique, reste sur le terrain pour le troisième faux penalty ? Qui nous donne les garanties que demain lui fera mieux que les autres fossoyeurs dont il est resté complice durant les deux législatures ?

[13]D. LELOUP, L’offshore secrète de Moise Katumbi, gouverneur du Katanga du 31 janvier 2014 dans http://www.mbelgique.be

[14] « Nita fukusha ba magistrat bote mu Katanga » à entendre en français je vais chasser tous les magistrats du Katanga » est une petite phrase assassine de la bouche du numéro un katangais et qui donne des frissons aux toges noires dans cette province. Cfr J.-C. MUYAMBO, art.cit., p.17

[15] H. KEMPF, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Paris, Seuil, 2011, p. 69.

[16] H. KEMPF, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Paris, Seuil. 2011.

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