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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 10:34

L’éligibilité de «Joseph Kabila» en question !

 
 
Qui est réellement cet homme?

 

Si tout se passe bien, les 32 millions des Congolais en âge de voter - sur 60 millions - vont élire leur président de la République pour les cinq prochaines années. Le verbe «élire» vient du vocable latin «eligere» qui signifie : choisir. On ne peut choisir que dans la liberté. Il faut espérer que, le 28 novembre prochain, le peuple souverain va choisir librement - à l’abri des intimidations et de la corruption -son prochain chef de l’Etat. En attendant, l’éligibilité du président sortant Joseph Kabila pose problème. En fait et en droit. En réalité, "Joseph" n’a jamais réuni les conditions d’éligibilité. 

Le Président de la République est le représentant de la nation. Il est une sorte de «vitrine nationale». C’est à travers ses faits et gestes qu’on peut juger un peuple. Les Constitutions successives du Congo-Zaïre présente le chef de l’Etat comme étant le «symbole de l’unité nationale». Etat multinational, pour survivre, le Congo doit être dirigé par un «rassembleur». Et non par quelqu’un qui s’appuie sur un groupe des Congolais contre d’autres. Commandant suprême des Forces armées, le chef de l’Etat est le garant de l’indépendance nationale et de l’intégrité du territoire. 

Pour incarner toutes ces qualités, le prétendant à la magistrature suprême ne doit pas être animé uniquement par l’ambition. Il doit aimer son pays. Peut-on aimer un pays qui ne vous a pas vu naître ni grandir? Peut-on aimer un pays et un peuple que l’on ne connaît pas? 

Dans son ouvrage «C’était François Mitterrand», publié en 2005 chez Fayard, Jacques Attali, ancien conseiller spécial de François Mitterrand, énonce, à la page 9, les «qualités nécessaires» que doit avoir un Président de la République : «une connaissance approfondie du pays, une passion pour ses habitants, des compétences administratives et juridiques exceptionnelles, une analyse rigoureuse des enjeux stratégiques du temps, une considérable capacité de travail, une grande mémoire, une immense résistance physique.» Il ajoute : «du caractère, une grande maîtrise de soi, une faculté d’anticipation, des repères moraux, une disposition à reconnaître ses erreurs et à changer d’avis (…).»

On peut comprendre pourquoi cette «plus haute» fonction politique est réservée uniquement aux citoyens. C’est-à-dire aux filles et fils du pays censés témoigner d’un attachement affectif ou psychologique à la terre des ancêtres. 

En France, pour postuler à ce poste, il faut notamment être de nationalité française et avoir 23 ans révolus. 

Aux Etats-Unis, le président doit être citoyen américain «de naissance». 

Qu’en est-il en RD Congo ? 

La «libération» du 17 mai 1997 n’a pas apporté que la "culture de la violence" et celle de la "gâchette facile" dans l’ex-Zaïre. Elle a "chamboulé" les archives ainsi que toute la jurisprudence au plan administratif et constitutionnel. A preuve, les fonctions politico-administratives réservées jusque là aux seuls nationaux sont désormais ouverts à des personnes qui se sont arrogées la qualité de Congolais en profitant du désordre ambiant. C’est une réalité perceptible dans tous les grands corps de l’Etat. 

Le 16 janvier 2001, le président Laurent-Désiré Kabila est mort dans des circonstances non élucidées à ce jour. Dix jours après, il est remplacé à la tête de l’Etat par le général major «Joseph Kabila», un homme totalement inconnu de la population. Selon She Léonard Okitundu, alors ministre des Affaires étrangères, le nouveau président a été désigné à l’issue d’un «vote secret» des membres du gouvernement.

Né en 1971, «Joseph Kabila» a foulé le sol zaïrois d’alors en octobre 1996 au moment du déclenchement de la guerre dite des «Banyamulenge», devenue plus tard la « guerre des rebelles tutsis zaïrois » ou la «guerre» de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo». Il était donc âgé de 25 ans. «Joseph» était l’aide de camp du Rwandais James Kabarebe, alors colonel et chef des opérations militaires de la traque des Hutus rwandais sur le sol zaïrois. A Kisangani et à Lubumbashi (en mars et avril 1997), «Joseph», connu sous le nom de «commandant Hyppo», passait pour un membre des services de renseignements militaires de l’Armée patriotique rwandaise (RDF). Des témoins l’ont vu interroger des officiers ex-Faz en cette qualité au Katanga. 

Le 26 janvier 2001, «Joseph Kabila» est investi président de la République. 

En parcourant le réquisitoire lu avant la prestation de serment par le procureur général de la République (PGR) d’alors, Floribert Luhonge Kabinda Ngoy, il est écrit noir sur blanc : «(…), Attendu que l’examen, par l’organe de la Loi du dossier personnel de Monsieur Joseph Kabila, général major, révèle que ce dernier est Congolais d’origine, de père et de mère ; Qu’il est né le 4 juin 1971 à Hewa Bora II, Collectivité de Lulenge, en Territoire de Fizi, Province du Sud Kivu ; Qu’il est le fils du vénérable Laurent-Désiré Kabila et de Sifa Mahanya (…).»

Le problème ? La localité de «Hewa Bora II» n’a jamais existé dans la nomenclature des entités administratives du Congo-Kinshasa encore moins dans le Territoire de Fizi. Il s’agit donc d’une localité fictive. Telle était, par contre, le nom donné par LD Kabila à son maquis. Par ailleurs, tous les témoignages contestent la filiation du nouveau président avec ses parents putatifs. Des témoins assurent que la dame Sifa Mahanya n’était qu’une des maîtresses de Mzee. Elle se trouvait dans une cellule à la prison de Makala le 16 janvier 2001. Les observateurs étaient surpris de la voir jouer à merveille le rôle de la "veuve éplorée" et de "mère" du nouveau président. Une imposture; 

En mentionnant délibérément ces fausses informations dans son réquisitoire, le PGR Luhonge a trahi son serment. Il a commis un parjure. Cet acte est par conséquent frappé de nullité absolue. 

L’article 72 de la Constitution de la RD Congo stipule notamment que le candidat à l’élection du président de la République doit «posséder la nationalité congolaise d’origine». Celle-ci ne peut être détenue avec une autre nationalité. 

Dans une interview accordée au quotidien bruxellois « Le Soir » daté 2 juin 2006, «Sifa», dit notamment : «Après avoir terminé les études secondaires à Dar es Salaam et fait, comme tout le monde en Tanzanie, une année de service militaire, les jumeaux sont envoyés à l’Université de Makerere en Ouganda ». C’est un aveu implicite que Joseph et Jaynet ont fait le service militaire en Tanzanie. Ils étaient au moins titulaires d’une autre nationalité : la nationalité tanzanienne. 

Dans la «note biographique» de «Joseph Kabila» publiée le 12 février 2009 par l’ancien porte-parole à la Présidence de la République, Kudura Kasongo, on peut lire : «Formation militaire en Tanzanie». Sans précision de date ni de lieu.

Lors de l’élection présidentielle de 2006, une campagne de propagande a été menée pour couper l’herbe sous les pieds des contradicteurs de « Joseph », tentés de fouiller le passé pour le moins nébuleux du successeur de Mzee.

Dans son ouvrage à la tonalité de plaidoirie intitulée «Histoire du Congo - Les Quatre premiers présidents», éditions Secco et Cedi, Célestin Kabuya-Lumuna Sando, professeur de sociologie politique à l’Université de Kinshasa passe en revue le parcours (enfance, jeunesse, parcours politique ou militaire) de Joseph Kasa Vubu, Mobutu Sese Seko et Laurent-Désiré Kabila. Il est assez symptomatique de constater que l’auteur reste muet sur l’enfance, la jeunesse ainsi que le parcours à l’âge adulte de «Joseph». A la page 239, il est écrit : «(…), pour des raisons évidentes de clandestinité, il {Joseph Kabila} s’est appelé Kabange, Mtwale, Hyppolite.» 

Questions : Qui est réellement le président sortant congolais ? Quel est son lieu de naissance? Possède-t-il un acte de naissance ou un jugement supplétif pouvant attester ce lieu? A partir de quelle date a-t-il adopté le patronyme de «Joseph Kabila»? Quelle est l’autorité qui a légalisé cette nouvelle identité? 

Il incombe aux candidats à la Présidence de la République de saisir la Cour suprême de Justice et la Commission électorale nationale indépendante afin non seulement de susciter le débat sur ces questions mais surtout d’obtenir la publication de toutes les pièces contenues dans le dossier de candidature de «Joseph Kabila». 

L’éligibilité du président sortant pose question. Il y va de la sécurité nationale.

Baudouin Amba Wetshi 
© Congoindépendant 2003-2011

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