Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 13:04

Kinshasa : Tentative de coup d’Etat ou mascarade ?

 

Des éléments de la garde prétorienne de "Joseph Kabila". Photo d’archives

Selon Lambert Mende Omalanga, ministre congolais de la Communication et porte-parole du gouvernement, une "tentative de coup d’Etat" a eu lieu ce dimanche 27 février 2011. Bilan : six assaillants tués et plusieurs arrestations. Des éléments de la garde présidentielle, dite garde républicaine, seraient à la poursuite d’un petit groupe qui a pu s’échapper.

"Nous avons été témoins d’une tentative de coup d’Etat. Un groupe de gens lourdement armés a attaqué le palais présidentiel aux alentours de 13h30", a annoncé le ministre Mende. Selon lui, les «malfaiteurs» ont été «stoppés» au niveau de la «première ceinture de sécurité». Bilan : six tués parmi les assaillants et plusieurs arrestations. A en croire Mende, «le président Kabila se trouvait aux environs» sans fournir des précisions. Une source à la Présidence de la République a précisé aux médias que «Joseph Kabila, ne se trouvait pas en sa résidence lors de l’attaque mais il l’a regagné depuis et il est indemne.» Une source locale jointe au téléphone à Maluku, à une soixantaine de kilomètres de la capitale, a confié à la rédaction de Congo Indépendant que cette «agression» a eu lieu une heure après le départ de «Kabila» pour sa ferme située sur la route de Bandundu. «De l’avis général, il s’agit d’une mascarade», ajoute-t-il. Une mascarade? Dans quel but?

Indifférence

Selon diverses sources, des éléments de la garde prétorienne de «Joseph Kabila», lourdement armés, ont été aperçus dans les endroits stratégiques de la capitale congolaise. Des chars circulaient notamment dans la commune de la Gombe où se trouve le centre des affaires et les bâtiments de plusieurs ministères y compris la Présidence de la République. Au début de la soirée, des coups de feu sporadiques auraient été entendus dans certains quartiers. Des sources diplomatiques indiquent que l’ex-hôtel Intercontinental a été passé au peigne fin par des éléments de la garde présidentielle. Il faut dire que la propriété qui sert de résidence présidentielle est située à moins d’un kilomètre de cet établissement. Scène surréaliste. Cette "agression" a eu lieu dans la plus totale indifférence de la population kinoise. Un match de football se déroulait au Stade des Martyrs à un jet de pierres du camp militaire Kokolo où se seraient retranchés certains «assaillants». L’équipe de Vita Club affrontait une formation du Zanzibar. «Comme si de rien n’était, confie une source, les Kinois, écraser par la misère, ont continué à vaquer à leurs occupations. Des véhicules circulaient sur le boulevard du 30 juin en dépit de la présence visible de la garde présidentielle a l’entrée du Petit pont. C’est l’indifférence. Si l’initiateur de ce simulacre de coup d’Etat espérait s’attirer la sympathie de la population kinoise, c’est raté!»

En tous cas, des informations confuses et difficiles à vérifier ont circulé, dimanche, entre Kinshasa et Bruxelles. Selon une source, depuis quelques jours une «ambiance délétère» règnerait dans la capitale. Sans fournir de précision sur la date, cette source parle des échauffourées qui auraient opposé «très récemment» des éléments de la police d’intervention rapide (PIR) à quelques membres de la Demiap (Renseignements militaires). Revenant sur la journée de dimanche 27 février, une autre source bien informée assure que «Kabila» a quitté sa résidence aux alentours de 12h00 pour se rendre dans sa ferme de Kingakati. «C’est aux environs de 14 heures que la résidence présidentielle a subi l’attaque», dit-elle. Coïncidence? Selon le ministre Mende, le chef de l’Etat a aussitôt regagné son habitation après avoir pris connaissance de cette agression. «C’est assez étrange de voir un chef d’Etat regagner sa résidence alors que celle-ci venait de subir une agression menée par des assaillants non identifiés qui pouvaient être éparpillés dans la ville». Selon des informations franchement difficiles à vérifier, «Kabila» aurait été grièvement blessé et évacué dans un hôpital à Brazzaville. Aucune source indépendante n’a pu confirmer ce fait. Il en est de même des allégations selon lesquelles plusieurs membres de la garde rapprochée du chef de l’Etat congolais auraient péri lors des affrontements.

Une mascarade

Cette énième «tentative de coup d’Etat» sous le régime de «Joseph Kabila» laisse des analystes sceptiques. Dubitatifs. Au motif que des questions essentielles demeurent sans réponse. Qui sont les agresseurs? D’où viennent-ils? Qui est le commandité de leur action? Quel est leur objectif ? Dans ce Congo démocratique où le pouvoir ne communique que pour faire sa propagande, il est clair que nul ne saura la vérité sur ce qui s’est réellement passé dimanche à Kinshasa. Caporalisés par le pouvoir politique, les médias d’Etat ne seront pas d’un grand secours. Dans son journal parlé dimanche soir, la radio publique flamande «VRTN» considère ce «coup» comme une «attaque non-organisée menée par des amateurs». «Le secret et la célérité sont les conditions essentielles pour la réussite d’un putsch», commente un expert militaire congolais interrogé par notre journal. Pour lui, il manque, dans le cas qui nous occupe, l’élément «surprise». Par conséquent, il est difficile de soutenir sérieusement qu’une tentative de coup d’Etat a eu lieu dimanche 27 février 2011 à Kin. «Les assaillants, dit-il, n’ont à aucun moment tenté de s’assurer de la personne des plus hauts resposables politiques et militaires du pays ou de prendre le contrôle des principaux ministères et les moyens d’information et de communication.» Pour notre expert, la conclusion est simple : "C’est un coup monté par Kabila et ses super faucons". Dans quel but? "Sans doute pour justifier la proclamation de l’Etat d’urgence en vue de retreindre notamment les droits d’organiser des réunions politiques». Une autre source croit savoir que cette "attaque" pourrait servir de prétexte pour permettre au pouvoir de "purger" l’armée de certains éléments.

Un pouvoir illégitime

L’attaque vraie ou supposée de la résidence présidentielle à Kinshasa intervient moins d’un mois après la mystérieuse incursion menée à l’aéroport de Lubumbashi, par des inconnus. Pour la petite histoire, cet aéroport est situé à quelques kilomètres du camp militaire Kimbembe qui sert de base à un important contingent de la garde présidentielle, les fameux «Bana Moura». Bilan : un fonctionnaire tué. Pourquoi? L’opinion congolaise attend toujours de connaître la vérité sur cette affaire. «Nous attendons un rapport pour savoir exactement qui étaient ces gens. Tout est rentré dans l’ordre maintenant et les vols ont repris», déclarait Mende le 4 février dernier en soulignant que la police a arrêté plusieurs suspects et «s’est lancée à la poursuite des assaillants». Dimanche soir, des SMS ont circulé entre les Congolais vivant aux quatre coins du monde. Après la "révolution éthique" survenue en Tunisie et l’Egypte - et bientôt en Libye -, nombreux sont les citoyens congolais qui ont acquis la conviction "que Joseph Kabila est à la tête d’un pouvoir illégitime miné par la corruption et insensible à la misère sociale..."

Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2011

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