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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 14:39

Ces tueurs tutsi

En amassant du matériel militaire à sa frontière avec la RDC 

Canons, lance-roquettes, fusils d’assaut et hommes des troupes pointés sur Goma est le spectacle que le Rwanda offre au monde. Depuis les cuisantes défaites infligées aux M23 et alliés sur le terrain, Kigali veut évoluer désormais à découvert.  Il a mis ses troupes en état d’alerte, les déployant tout au long de sa frontière avec la RDC. Cela au moment où il est annoncé l’ouverture ce jeudi 5 septembre un sommet extraordinaire de la CIRGL dans la capitale ougandaise. En activant tous les fronts, soufflant le chaud et le froid, Kigali défie la dynamique politico-diplomatique de Kampala.

Partie prenante de l’accord de la Conférence internationale sur la région des  Grands Lacs qui fixe le cadre des pourparlers de Kampala, engagés depuis décembre 2012, entre Kinshasa et le M23, le Rwanda sera présent au sommet extraordinaire qui s’ouvre demain jeudi dans la capitale ougandaise.

Convoquée en urgence, à la suite de la résurgence des tensions autour de Goma, cette rencontre au sommet, qui a reçu le soutien  de la communauté internationale, est censée jeter le pont pour un processus de paix véritablement crédible et efficace dans la région des Grands Lacs. Ainsi dans la suite de Mary Robinson, envoyée spéciale du secrétaire général des Nations unies dans les Grands Lacs,  sont signalés d’autres représentants de haut rang à Kampala, notamment Boubacar Diarra, représentant spécial de l’Union africaine, Russ Feingold, envoyé spécial des États-Unis pour la région des Grands Lacs et la RDC, et Koen Vervaeke, coordonnateur principal de l’Union européenne pour la région des Grands Lacs.

Le cocktail paraît donc assez relevé pour faire bouger les lignes et contraindre tous les belligérants à la crise congolaise à revenir aux bons sentiments en rengainant leurs armes.

L’IMPREVISIBLE

L’initiative est louable, mais c’est sans compter avec l’imprévisible Kigali qui a toujours évolué à contre-courant de la dynamique internationale mise en place à Kampala et à Addis-Abeba. C’est le cas, notamment, le fait d’avoir continué à appuyer, de manière éhontée, le M23 dans ses dernières offensives contre les positions des FARDC dans le Nord-Kivu.

Après avoir essuyé des échecs cuisants sur le terrain dans sa récente tentative de reprendre le contrôle de la ville de Goma sous le couvert du M23, le Rwanda est monté sur ses grands chevaux. Il a annoncé, avec pompes, qu’il se préparait à une guerre rangée contre la RDC. Liant l’acte à la parole, il a amassé à sa frontière avec la RDC des armes et du matériel militaire  de grande envergure. Des témoins disent avoir vu des hommes de troupes, des blindés  et autre matériel militaire  converger vers Gisenyi, notamment. 

Que l’on ne s’y trompe pas, ce décor-là n’est nullement planté dans un but dissuasif, commentent certains observateurs de la région. Ils connaissent le penchant belliqueux du régime de Kigali et soulignent que la guerre entre les deux voisins est inévitable à moins que la communauté internationale, qui sponsorise le sommet extraordinaire de Kampala arrive à ramener ce va-t-en guerre à de bons sentiments, notamment le respect du pacte de non agression, la culture de bon voisinage, la non immixtion dans les affaires internes des voisins, la renonciation au soutien des groupes armés pullulant dans les Grands Lacs. 

En félin rusé, Kagame ne s’empêche au même moment de clamer tout haut son adhésion au schéma tracé par la CIRGL et validé par la communauté internationale avec la signature le 24 février 2013 à Addis-Abeba, de l’accord-cadre de paix, de sécurité et de coopération dans la région des Grands Lacs.

LE FLOU

Kigali souffle le chaud et le froid. Le jour, il multiplie des actes de guerre vis-à-vis de son voisin congolais, la nuit, par contre, il se fait doux en prônant une paix négociée. Interrogée sur la présence croissante de l’armée rwandaise sur la frontière congolaise, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mishikiwabo, s’est montrée plutôt évasive, sans toutefois démentir le fait que son pays était en état d’alerte. « Le Rwanda est préparé à défendre ses citoyens et son territoire, tout en poursuivant le chemin politico-diplomatique de concert avec la région », a déclaré le chef de la diplomatie rwandaise.

Paradoxe ou ironie du sort, c’est avec le même pays que la RDC se retrouve ce jeudi à Kampala pour baliser la voie d’une probable issue pacifique à la crise de l’Est de la RDC.

Que cache finalement l’attitude alambiquée du Rwanda ? En acceptant de rejoindre le groupe qui se réunit dans la capitale ougandaise, chercherait-il à faire amende honorable en couvrant d’un voile diplomatique tous les crimes qu’il continue de commettre dans l’Est de la RDC ? Autant de questions qui taraudent les esprits.

De l’autre côté de la frontière, la RDC, qui a sérieusement repris du terrain sur le M23, serait également en état d’alerte. Si bien qu’entre les deux voisins, il suffirait d’une petite étincelle pour que tout s’embrase. Dès lors, que vaudrait le processus en cours si la RDC et le Rwanda se mettent  - comme c’est le cas déjà - sur le pied de guerre ? La balle est dans le camp de Mary Robinson qui doit jouer serré pour « exorciser » et « délivrer » les parties belligérantes.

Désormais pour Kigali, c’est sa survie qui est en jeu. Aussi, sans se détourner du chemin de Kampala, a-t-il décidé de consolider davantage ses positions sur le front militaire. Cela, au regard de derniers revers subis par le M23 qui faisait office de paravent. La communauté internationale, qui parraine les pourparlers de Kampala, a du pain sur la planche. Il s’agit, pour l’essentiel, de ramener Kigali à la raison.

REMODELAGE DES CONCERTATIONS NATIONALES

Sans doute, après le sommet de Kampala, les concertations nationales, initiées par le président Joseph Kabila, pourraient connaître un profond recadrage. L’envoyée spéciale de Ban Ki-moon dans la région des Grands Lacs ne s’en cache pas. Pour elle, aucune démarche, politique ou diplomatique menée dans la région ou en RDC, ne peut s’écarter de la logique tracée à Addis-Abeba.

« Je voudrais tout d’abord exprimer mes sincères condoléances aux familles de dernières victimes de ce conflit, et j’exhorte toutes les parties concernées à cesser immédiatement les affrontements militaires à l’Est de la République démocratique du Congo, et à travailler pour rétablir la confiance dans les efforts de paix », a déclaré Mary Robinson à son arrivée à Kinshasa dimanche. Avant d’ajouter que « la RDC et la région ont besoin de paix, de stabilité et de développement économique. Cela ne peut être réalisé qu’en s’attaquant aux causes profondes du conflit à travers un processus politique global ».

Une chose est sûre, cependant, le mécanisme 11+4 est mis à rude épreuve. La relance des pourparlers de Kampala penche en faveur du M23 et de son parrain, le Rwanda.  Ces discussions ne manqueront pas d’influer sur le cours des concertations nationales dont l’ouverture est toujours retardée.

Bref, tout dépend donc de l’agenda que la RDC ira défendre jeudi à Kampala. Le sommet extraordinaire ne devrait pas occulter l’urgence  de renforcer davantage la capacité des FARDC. La délégation congolaise devra aborder les discussions tout en veillant à la préservation des acquis des opérations militaires menées récemment dans l’Est du pays.

source:lepotentielonline.com


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