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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 16:04
Elections  en RDC et  le débat d’idées
 
Dans un contexte où les « maîtres des Républiques des mallettes » tiennent à demeurer « les maîtres incontestés et incontestables du monde », le débat d’idées sur « les projets classiques de société », dans un pays sans aucune souveraineté, est un facteur important mais insuffisant pour l’émancipation de ce  pays de la tutelle sous laquelle il gît. Les clients des « maîtres des Républiques des mallettes » risquent, avec ou sans débat d’idées, de gouverner le Congo de demain.
 
Au fur et à mesure que les  élections probables  novembre 2011 approchent, des appels au débat d’idées entre les candidats aux différentes élections  et entre ces candidats et les populations se font de plus en plus pressants. (Même si l’accès de ces candidats à nos populations est un casse-tête dans un pays sans routes et autoroutes de communisation et de télécommunication importantes ; dans un pays où l’égalité des chances face aux médias n’est pas garantie.) Les lanceurs de ces appels voudraient que le débat d’idées l’emporte sur celui concernant les individus concernés au premier chef par ces probables échéances électorales. Pour plusieurs d’entre eux, ce débat doit tourner autour des projets de société et des programmes de gouvernement. Comme si les questions que posent nos populations et qui ne sont pas intégrées dans ces projets et/ou programmes ne pouvaient pas être prise en compte. (Ici, il y a lieu d’évoquer l’hypothèse de travail de Vital Barholere sur « l’éternelle question de la nationalité congolaise : cas de Vital Kamerhe » qui est, en quelque sorte, une lumière historique jetée sur les mouvements des peuples à l’est de notre pays. Nous pouvons ou ne pas partager cette hypothèse de Vital Barholere. Elle a par ailleurs l’avantage de contribuer au débat sur la nationalité d’un acteur opérant sur la scène politique congolaise. Ce faisant, Barholere atteste que tous les sujets de débat ne sont pas contenus dans les projets des sociétés des candidats. Il est  souhaitable de tenir compte de ceux que proposent nos populations. Elles recourent, de temps en temps, à la chanson. Tel est l’exemple de Ya Tshitshi zongisa ye na Rwanda. Et qu’il ne devrait pas y avoir des sujets politiques tabous. Lire l’article de Vital Barholere dansDialogue-Elections n° 38 de Guy  De Boeck)
Les appels au débat d’idées   sont, souvent, fondés sur le préjugé selon lequel c’est le meilleur (ou le moins mauvais de tous les autres) projet de société et/ou le meilleur programme de gouvernement présenté au peuple et accepté par celui-ci qui permet à ses porteurs de gagner les élections. Qui dit meilleur projet de société dit celui qui répond aux attentes du peuple pour l’avènement d’un Etat respectueux de ses droits et libertés fondamentaux ; mais aussi de ses droits sociaux, économiques et culturels. Bref un projet respectueux de la dignité humaine, de la justice et du droit.
 
Idéalement, ce préjugé tient la route. Mais replacé dans le contexte d’un monde où « Les Républiques des mallettes » font la loi, il mérite d’être revisité. Il est par exemple curieux d’entendre aujourd’hui  « certains amis experts » du Congo (RD) affirmaient, la main sur le cœur, que « le Raïs » a été élu dans un contexte où la communauté internationale voulait à tout prix l’avoir comme interlocuteur dans une mondialisation marchande !
Et malgré cet aveu,  « certains de ces mêmes amis experts de la RDC  » veulent nous convaincre que 2011 ne sera pas la même chose que 2006. La CENI dit aussi la même chose et affirme avoir pris toutes les précautions pour que « n’importe qui qui gagne en novembre 2011 soit proclamé gagnant ».
 
Ces principes de bonne volonté ne signifient pas grand-chose dans un pays contrôlé par l’ONU ; en d’autres termes, dans un pays sans une suffisante souveraineté économique et politique.  La pression que les probables élections de novembre 2011 font monter  conduit plusieurs d’entre nous à oublier ce double handicap et tous les problèmes structurels qui y sont liés. (Il est curieux que la dernière tournée de la CENI en Europe ait aussi comme objectif la récolte des fonds auprès des partenaires en pleine crise économique et où les questions liées à « l’argent sale » mettent certaines élites politiques mal à l’aise  et risquent de compromettre leur avenir politique ! La CENI organise cette tournée au moment où nos sources à Kinshasa soutiennent que l’un ou l’autre membre de cette institution serait impliqué dans le blanchiment d’argent avec l’approbation du « Raïs » !)
 
Il y a là une politique d’autruche que « les amis experts de la RDC  » et « les démocrates les plus zélés d’entre nous » voudraient pratiquer pour berner les naïfs. Dans un pays soumis aux « Républiques des mallettes », la politique demeure un lieu des rapports de force où « les clients » gagnent. Le débat d’idées, est, dans ces rapports de force, insuffisant.
Dans le cas précis de la République (dite)  démocratique du Congo, les discours mielleux de plus d’un candidat à la présidentielle (par exemple) cachent mal leur allégeance aux  « maîtres des Républiques des mallettes ». Nous en sommes là. Le débat est celui-ci : « Qui peut, avec ou sans  « Joseph Kabila » garantir leurs intérêts ? » (Attention ! Au jour d’aujourd’hui, les intérêts des « maîtres des Républiques des mallettes » sont aux antipodes de ceux de leurs  concitoyens. Ils sont devenus les idolâtres de l’argent pour l’argent. Ils organisent tous les sacrifices nécessaires à l’adoration de leur dieu ! Les sacrifices humains y compris.)
Pour la présidentielle chez nous, celui qui osera opter pour le service des intérêts des Congolais(es) devra tout faire pour apaiser « les maîtres des Républiques des mallettes » en leur promettant qu’il travaillera, sous l’œil vigilant de leurs marionnettes, pour qu’ils ne soient pas mis à l’écart. Le débat est là : « Quels intérêts faut-il servir prioritairement ? Avec l’aval de qui ? Des populations Congolais ou « des maîtres des Républiques des mallettes ? Quels sont les mécanismes à mettre en place pour garantir au peuple Congolais de contrôler et de se rendre compte que ses intérêts sont servis ?  Qui peut, après Lumumba et Laurent-Désiré Kabila (II), oser risquer sa vie en voulant servir prioritairement les intérêts Congolais ? »
 
Le débat d’idées pour les élections probables de 2011 serait pauvre s’il ne s’inscrivait pas dans une quête permanente de souveraineté politique et économique ; quête pour laquelle certains d’entre nous ont payé de leur vie.
La politique-spectacle pratiquée chez nous ces jours-ci  ne nous semble pas avoir profondément abordé ces questions avec le désir vrai d’en débattre avec nos populations. (Elle mêle Dieu, les pasteurs et les musiciens à tout. Les pasteurs garantissent, en bons gourous, aux politiciens qu’ils ont été choisis par Dieu et que les dons de Dieu sont irrévocables. Ils disent avoir des prophéties pour le Congo. Tout cela en marge du débat concernant les intérêts de nos compatriotes et des mécanismes de vérification du service qui leur serait rendu. Dès que la question d’évaluation des mandats est posée, les passions se déchainent et Dieu vient à l’aide !Les musiciens chantent à la gloire des élus de Dieu. Oui. Du potopoto. On mélange tout !)
 
Nous Congolais(es) ne devrions pas oublier que si à l’issue des élections probables de 2011 une guerre civile doit être déclenchée pour que les intérêts « des maîtres des Républiques des mallettes » soient garantis, elle aura lieu. « Les maîtres » inciteront leurs marionnettes  à provoquer cette guerre et les soutiendront. Ouvrons l’œil et le bon : ils ont déjà « leurs escadrons de la mort » sur place. Et ils s’entraînent !
Il  serait souhaitable qu’avant novembre 2011, les acteurs politiques (ou ce qui en reste ?) et ceux de la société civile échangent sur la guerre en Côte d’Ivoire et en Libye. La RD Congo n’est pas une île. Il est l’un des pays les plus importants pour le devenir de l’Afrique et du monde. Son émancipation de la tutelle des « maîtres des Républiques des mallettes » fait peur à ces derniers. Une conférence nationale et/ou un dialogue national sur cette émancipation (avant, pendant ou après les élections) serait la meilleure des choses. Notre véritable ennemi est là : le réseau occulte de « maîtres des Républiques des mallettes » impliquant ceux et celles d’entre nous faisant partie des élites compradores ; c’est-à-dire des élites prêtes à vendre les intérêts de leurs populations pour une bouchée de pain et leur gloriole. Qui peut oser organiser une telle conférence ? Un tel dialogue entre Congolais(es) ? La peur de ces « maîtres » et de la mort qu’ils donnent gratuitement,  le triomphe de  la cupidité dans plusieurs de nos cœur ,ainsi que  le viol permanent de notre imaginaire ont fini par nous convertir, dans notre immense majorité, en esclaves volontaires.
Les minorités organisées devraient assumer cette tâche. Dans la grande discrétion.
 
J.-P. Mbelu

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