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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 07:26

Élections 2011 : l’incertitude plane au-dessus nous
Par Fweley Diangitukwa

Pour être simple, direct et précis, je 
dirai. Nous avons voulu accompagner cette campagne électorale dans le but de souligner les contradictions, de montrer 
au peuple congolais les différentes failles et le manque de sincérité des organisateurs. Depuis le début, nous n’avons 
cessé de rappeler le manque de transparence dans le processus électoral. Afin d’attirer l’attention de nos 
compatriotes, nous avons réussi à décourager certains Congolais de la diaspora à se porter candidat à une élection 
présidentielle dans laquelle ils avaient tout à perdre. Nous avons demandé à certains de garder leurs 50'000 dollars au 
lieu de les jeter par-dessus la fenêtre. Ceux qui ne nous ont pas compris regardent aujourd’hui à distance une campagne 
dans laquelle ils se sont investi tôt voire très tôt mais sans y participer en tant que candidat. Toutefois, 
reconnaissons néanmoins que toute expérience est utile. 
S’agissant de la campagne électorale elle-même, nous avons 
dit, déjà en 2006, juste après les résultats frauduleux dénoncés par le cardinal Frédéric Etsou, qu’une élection 
crédible commence toujours par le recensement des citoyens car cela permet de déterminer avec exactitude le nombre d’
électeurs dans le pays. Nous avons également dit que la décentralisation du territoire national était indispensable 
pour faciliter le processus électoral de 2011. Malgré toutes les précautions partagées avec le peuple congolais, nous 
avons fermé les yeux et laisser passer le temps sans imposer collectivement nos revendications. Aujourd’hui, ceux qui s’
investissent dans les élections ne connaissent pas le corps électoral réel et la décentralisation du territoire n’a 
jamais vu le jour malgré les promesses des autorités du pouvoir actuel. Première contradiction.
Lorsque le processus 
électoral actuel a commencé, j’ai attiré l’attention du peuple congolais sur les risques de vivre les mêmes erreurs qu’
en 2006 parce qu’il avait la même personne à la tête de la Commission électorale (à l’époque, lorsque j’écrivais mon 
texte, il y avait encore l’abbé Malu Malu à la tête de la CENI). Puis, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda a été désigné. Un 
pasteur a succédé à un abbé alors que l’élection relève d’un processus civil et non religieux ! Deuxième contradiction.

J’ai toujours dit que les fraudes électorales de 2011 vont ressembler à celles de 2006 à cause du manque de 
recensement de la population. Pourquoi ai-je toujours insisté sur le recensement ? Pour éviter à notre pays le scénario 
tchadien copié en 2006 par le président de la CENI. En effet, au Tchad, pour faire élire le président Idriss Deby, son 
ministre de l’Intérieur a simplement boursouflé, c’est-à-dire gonflé, l’électorat dans les régions favorables au chef 
de l’Etat et il a maigri l’électorat dans les régions qui lui étaient défavorables. C’est cette stratégie que l’abbé 
Malu Malu a mise en pratique dans notre pays en 2006. C’était une première expérience au Congo et le peuple pouvait 
être naïf, voire crédule. Malgré nos cris d’alarme, les Congolais étaient allés aux élections. Les résultats étaient ce 
qu’ils étaient, confirmant dans la bouche du cardinal Frédéric Etsou nos différentes craintes (lire mon livre « Les 
fraudes électorales. Comment on recolonise la RDC », Paris, L’Harmattan, 2007). Mais comment comprendre qu’après l’
expérience de 2006, les Congolais puissent encore se laisser flouer par la Commission électorale qui utilise les mêmes 
recettes, sans préalablement passer par le recensement de la population ? Troisième contradiction.
En 2006, nous avons 
dit que le serveur qui a été utilisé pour organiser les fraudes était installé à Paris, contrairement à tout ce que la 
CEI racontait. Personne ne s’était vraiment préoccupé. Et lorsqu’on a su, c’était trop tard. Cette année, nous avons 
voulu devancer les organisateurs en insistant, à maintes reprises, sur la nécessité de contrôler le serveur et les 
fichiers électoraux, ainsi que sur la nécessité de découvrir si le serveur installé à Kinshasa n’est pas un fictif car 
les fraudes devraient être organisées à ce niveau. J’ai également exigé qu’un test se fasse pour savoir s’il n’existe 
pas un programme malin introduit dans le serveur qui donnera la victoire finale à un candidat préalablement désigné et 
pas à un autre. Pour cette raison, j’ai exigé le recours au comptage manuel. Certes, cette procédure est longue mais 
elle est plus fiable en définitive si le comptage manuel est fait dans la transparence, c’est-à-dire en présence des 
électeurs eux-mêmes et des représentants des partis politiques. Pour une fois, cette exigence a été relayée par 
beaucoup d’autres Compatriotes à tel point que le pasteur Daniel Ngoy Mulunda a carrément abandonné le recours au 
serveur. S’agit-il d’une victoire ? En partie oui mais pas dans la totalité car, si le pasteur Daniel Ngoy Mulunda a 
finalement abandonné l’usage du serveur sans le laisser contrôler et tester par les membres de l’opposition qui l’
exigeaient, cela signifie, ai-je déjà dit, qu’il a trouvé une autre solution. Laquelle ? La réponse est simple : les 
fichiers électoraux et le recours à la corruption.
Je rappelle que l’électorat a été gonflé à l’Est. Non seulement 
cette affirmation vient des résultats de 2006 mais en plus elle a l’avantage d’avoir été confirmée par le journal Jeune 
Afrique. Plus rassurant, le gouvernement lui-même n’a jamais nié cela. Au contraire, la Commission électorale a reconnu 
les fraudes dans l’enrôlement des enfants, des inconnus, des soldats, des étrangers, mais aussi des doublures, etc. 
Pour réparer ces erreurs, la CENI a promis de nettoyer seule les fichiers électoraux sans y associer les plaignants. 
Quatrième contradiction. L’a-t-elle fait ? Si oui, comment a-t-elle procédé ? Quels ont été les résultats ? Aucun parti 
politique ne le sait avec exactitude. Donc, il est permis de dire que cette question ne sera pas résolue pendant les 
trois semaines qui précèdent les élections et la proclamation des résultats. Le problème se situe là, dans ce calcul 
enfantin mis en place par le pasteur Daniel Ngoy Mulunda qui a gonflé l’électorat à l’Est du pays et a diminué celui 
de l’Ouest. Or, l’électorat de l’Est était déjà gonflé en 2006. Il convient maintenant de dire qu’il y a eu un double 
gonflement. Voilà pour quelle raison le candidat du pasteur Daniel Ngoy Mulunda mène une longue et très affectueuse 
campagne dans cette partie du pays (Est) afin de justifier les résultats.
Je ne cesse de rappeler que le jour de la 
proclamation des résultats, le président de la CENI justifiera la victoire de son nourricier par le fait que celui-ci a 
été massivement élu à l’Est du pays et dans la province de Bandundu, en ajoutant que s’il a été mal élu à l’Ouest et 
dans les deux Kasaï, il a eu une avance sur les autres candidats en province Orientale, dans les deux Kivu, au Maniema 
et dans le Katanga. En dehors de ce scénario, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda ne pourra pas trouver d’autres arguments 
pour expliquer la victoire de Monsieur Joseph Kabila.
Il existe plusieurs formes de fraudes électorales que j’ai 
décrites dans mon livre cité plus haut. De toutes ces fraudes, la plus cynique et la plus cruelle est celle qui conduit 
à remplacer le nom du gagnant par celui du perdant et de proclamer ainsi le perdant vainqueur. Ce scénario est très 
courant en Afrique. Les exemples sont si bien connus qu’il est superflu de les énumérer ici. Le Kenya en est un. En 
pareille circonstance, le pouvoir crée une anarchie dans le pays en l’imputant la responsabilité à l’opposition qui 
réclame le rétablissement de la vérité. Et pendant le temps de trouble, le pouvoir en place s’emploie à trouver les 
moyens de se donner raison, en se fabriquant une majorité. 
Beaucoup de voix dans l’opposition ont depuis longtemps 
dénoncé ces élections dont les résultats sont connus d’avance. Nous avons tous assisté aux différentes irrégularités 
qui n’ont pas trouvé satisfaction. Nous assistons maintenant à la recrudescence de la violence pour décourager les 
opposants et les affaiblir avant l’issue. N’oublions pas que plusieurs experts internationaux ont travaillé avec le 
pouvoir pour examiner en amont les scénarios qui permettront au dirigeant actuel de se maintenir au pouvoir. 
Si en 
réalité, le peuple congolais désire le changement après 10 ans de pouvoir et 14 ans de présence dans l’arène politique 
de l’actuel chef de l’Etat, les jeunes loups qui sont récemment entrés dans les rangs ne pourront pas accepter l’échec 
de leur chef. En plus, il y a les sanctions qui attendent beaucoup d’hommes politiques impliqués dans les crimes (voir 
rapport Mapping). Pour ces raisons et pour d’autres encore, les dirigeants actuels organisent ensemble les fraudes 
électorales. Pour y parvenir facilement, ils ont avec eux le contrôle des deniers publics, les médias (TV et radio 
nationales), les moyens de transport, l’élite des forces armées, la police, la magistrature depuis le limogeage des 
anciens magistrats accusés de corruption, les services de renseignement, le président de la CENI, le contrôle de l’
anarchie dans l’Est du pays, etc. 
Il reste maintenant à l’opposition trois petites semaines pour contrer la stratégie 
du pouvoir en place. Quant à moi, j’ai fait ce que je devais faire. J’estime que j’ai rempli devoir civique, mon rôle 
de citoyen.
Je rappelle une évidence : un groupe organisé qui s’empare du pouvoir ne l’abandonne jamais sans y être 
contraint. Ceci est connu de tous les analystes politiques. 
J’ai dit. Messieurs les laudateurs, à vos plumes. Mais n’
oubliez pas que les Congolais dans leur ensemble n’ont pas encore dit leur dernier mot. J’espère que ceux qui ont l’
habitude de me lire ont compris ce message. On ne se moque pas indéfiniment d’un peuple. L’incertitude plane devant 
nous. Au bout du compte, il faut qu'il y ait un groupe organisé pour remettre l'ordre dans le pays, en sifflant la fin 
de la recréation. La République a déjà cessé souffert.

Fweley Diangitukwa
www.fweley.wordpress.com

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