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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 17:34

Ceni : Un audit pour rire

 
 
Une électrice lors des élections générales de 2006.

 

Jean- Lucien Busa du MLC, Valentin Mubake de l’Udps et Martin Fayulu de l’Ecidé ont été désigné par quelques partis de l’opposition congolaise pour "auditer" le fichier électoral. Que peut-on attendre de cet audit?

Déjà, plusieurs observateurs s’étonnent que des politiciens sans compétence avérée en informatique ou audit des systèmes informatiques ont été chargés d’accomplir une tâche aussi technique et pointue qu’est le contrôle d’un serveur informatique.

Pour l’opposition congolaise (Aile Fatima, selon la formule désormais consacrée), c’est une victoire, car la Ceni (Commission Nationale Electorale Indépendante) s’est plié à une de leurs exigences majeures. Ce que ces opposants ne disent pas par contre, c’est ce qu’ils espèrent trouver après cet audit qui puisse les rassurer ou les rendre méfiants face au processus électoral en cours. Au-delà de la fétichisation de ce serveur, personne aujourd’hui ne sait ce que recherche ces opposants. Ont-ils seulement compris que les vrais enjeux sont ailleurs et que le pauvre serveur n’est en aucune manière la matrice de la fraude électorale?

Auditer ce serveur, tel que veut le faire l’opposition, ne servira à rien, sinon faire perdre son temps à ces opérateurs politiques qui feraient mieux de mobiliser leurs militants et témoins sur la vigilance le jour du scrutin, c’est le seul niveau de contrôle dont l’opposition peut encore avoir la maîtrise. Dans un serveur il y a les données et les programmes. Aussitôt les opposants auditeurs partis, ces données et ces programmes peuvent être remplacés à tout moment par les ingénieurs de la Ceni. A quoi bon s’époumoner alors ?

Le fameux serveur central de la Ceni ne contient que la liste des électeurs et un programme très simple de compilation des résultats. Tout au plus, les opposants peuvent s’assurer uniquement de l’absence des doublons dans le fichier électoral. Pour ce faire, ils doivent soumettre la liste des électeurs à un autre programme informatique de traitement de doublons. Or cela n’est pas dans leur agenda et donner une extraction des 32 millions d’électeurs à l’opposition n’est pas une obligation pour la CENI. 

Ce que l’opposition peut aussi faire, c’est demander une certification de conformité à la société qui a effectué le traitement des doublons. D’après quelques indiscrétions, ce traitement des doublons a été effectué par la société Hologram Identification Services (Hids). Cette entreprise dirigée par Emile Bola est située au n°3025 bis Av. Mbanza-Ngungu à Binza Macampagne (http://www.hologram.cd). Nos auditeurs savent où se rendre s’ils veulent savoir dans quelles conditions ce traitement des doublons a été effectué… 

Par ailleurs, on ne pourrait s’empêcher d’évoquer l’attentisme de l’opposition et de son manque d’anticipation. Qu’on le veuille ou pas, la fraude a déjà eu lieu en amont lors des opérations d’enrôlements où l’opposition n’a pas su mobiliser assez de témoins. A l’heure actuelle, il est impossible de prouver à partir du seul fichier de la CENI qu’il y a des mineurs enrôlés comme au Katanga, que certaines personnes se sont enrôlés plusieurs fois, ou que certains CDs avec des milliers d’enrôlés de Kenge dans la province du Bandundu n’ont pas été pris en compte. 

Le plus sage conseil donné à l’opposition est pourtant venu de manière inattendue de la bouche de Daniel Ngoy Mulunda, président de la Ceni, ce lundi 19 septembre 2011 à l’Hôtel Memling lors de sa rencontre avec l’opposition : 
«L’article 71 donne au Bureau de la Ceni et non au serveur central le pouvoir de centraliser tous les résultats consolidés de centres locaux de consolidation des résultats. Il faut plutôt envoyer des témoins dans les bureaux de vote. En lieu et place de se focaliser sur les voies et moyens d’accéder au serveur central de la Ceni » Qui avait dit que ce pasteur ne sait pas « prophétiser »?

Il y aura 62.000 bureaux de vote au total. Cela suppose au minimum 124.000 témoins de l’opposition à raison de 2 témoins par bureau de vote, plus quelques milliers de personnes en réserve en cas d’empêchement d’un des témoins le jour du scrutin. Trouver 124.000 Congolais intègres pour veiller à l’intégrité des voix de l’opposition, voilà un vrai challenge au lieu de faire un audit pour rire…

Maurice Ka.
© Congoindépendant 2003-2011

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