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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 08:47

Tous les voyants sont au rouge pour la présidentielle de 2017 en République démocratique du Congo (RDC). L’élection de décembre prochain, pourtant âprement négociée après le report de celle de 2016, pourrait être de nouveau retardée. Le patron de la Commission électorale congolaise (CENI), Corneille Nangaa, souffle le chaud et le froid depuis quelques semaines sur les difficultés d’organisation du scrutin. Si l’opération d’enrôlement des électeurs « se fait plutôt bien » avec 22,3 millions déjà enregistrés sur 45 millions, Corneille Nangaa tire la sonnette d’alarme sur la persistance de l’insécurité dans les Kasaï et le coût « extrêmement élevé » des élections. Deux inquiétudes qui font craindre à l’opposition un nouveau « glissement » du calendrier électoral qui permettrait au président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir alors que son dernier mandat est arrivé à terme fin décembre 2016. Les opposants au chef de l’Etat accusent la majorité présidentielle et la CENI de retarder volontairement les élections « sur ordre » de Joseph Kabila.

CaissesvidesetinsécuritépersistanteauxKasaï

Petit à petit, Corneille Nangaa, distille les arguments d’une nouvelle incapacité de l’Etat congolais à pouvoir organiser les élections avant la fin de l’année. Côté finances, le ministre du budget avait déjà laisser entendre que les caisses de la RDC étant vides, l’Etat n’avait pas les moyens de débourser 1,3 à 1,8 milliard de dollars pour financer les scrutins. Avec la baisse du prix des matières premières, le budget de la RDC a fondu comme neige au soleil, passant de 9 à 4,5 milliards de dollars. Et Corneille Nangaa de rajouter que que le coût des élections « devait être revu à la baisse » dans une déclaration au site Actualite.cd. Autre menace que les élections : l’insécurité persistante dans les Kasaï, au centre du pays. Les affrontements entre la milice Kamuina Nsapu et les forces de sécurité ont fait plus de 400 morts et jeté plus d’un million de réfugiés sur les routes. Pour le patron de la CENI, « soit on va aux élections sans les Kasaï », soit on stabilise la région « mais cela prendra un peu de temps ». L’argument de l’instabilité des Kasaï pour reporter les élections étonne nombre d’experts. Lors des deux derniers scrutins présidentiels de 2006 et 2011, la guerre dans les Kivus n’a pas visiblement pas empêché l’enrôlement des électeurs et la tenue des élections.

Glissement,leretour

Selon le Groupe d’étude sur le Congo (GEC), qui suit avec attention la crise politique aen RDC, organiser les élections sans les Kasaï serait inconstitutionnel. « La seule voie de sortie résiderait dans le report pur et simple des scrutins » et ouvrirait donc la porte à un nouveau glissement du calendrier électoral. Quelques jours plus tard, Corneille Nangaa revient sur ses propos, estimant « qu’aucune option n’était levée. » Mais pour le GEC, « la CENI prépare les esprits »… il n’y aura pas d’élections en 2017 en RDC. Il y a donc de fortes chances pour que la CENI ne soit pas en mesure de mettre à disposition au 31 juillet prochain un fichier électoral fiable.

commeSassouetKagame

Un nouveau report des élections peut-il servir les intérêts du président Joseph Kabila que l’opposition accuse de vouloir s’accrocher au pouvoir ? Oui, si le président Congolais s’inspire de ses homologues voisins, Denis Sassou-Nguesso en République du Congo et Paul Kagame au Rwanda. Ces deux chefs d’Etat ont en effet réussi à organiser un référendum afin de  modifier la Constitution pour pouvoir briguer un nouveau mandat. En retardant une nouvelle fois la présidentielle, Joseph Kabila se donnerait un peu plus de temps pour organiser un tel scrutin, argumentant du « blocage politique et institutionnel » du pays. Comme Corneille Nangaa, le porte-parole de la Majorité présidentielle, Alain Atundu, a également commencé à « préparer les esprits », affirmant que « la classe politique ne peut ravir au peuple congolais le droit de s’exprimer soit par référendum soit par les élections. Le référendum est un droit constitutionnel inaliénable. Parce que c’est la seule disposition qui garantit au peuple d’intervenir à tout moment. » La stratégie de Joseph Kabila apparaît maintenant au grand jour.

Christophe RIGAUD – Afrikarabia

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