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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 09:38

DESC investigation : Assassinat des enquêteurs de l’ONU : Les incohérences de la vidéo diffusée par le gouvernement congolais 2/2

 

D. Tentative de reconstitution des faits par DESC

Sur base des éléments détaillés ci-dessus, on peut donc établir le scénario suivant : à partir de la 2ème minute 15 secondes que l’homme vêtu de tee-shirt bleu ciel argentine et pantalon blanc, la main à la hanche avec couteau, s’éclipse à partir de la 2ème minute 19 secondes. Ensuite, celui avec le tee-shirt sombre et pantalon bleu marine reçoit un signal ou ordre non verbal extérieur de quitter les lieux des cibles et la scène. Il s’éclipse à partir de la 2ème minute 23 secondes et s’incline à la 2ème minute 24 secondes pour esquiver un tir en provenance de la caméra. Par ailleurs à la 2ème minute 25 secondes, au moment du tir, on aperçoit une partie du canon d’une arme qui ne ressemble pas aux deux Mauser aperçus précédemment à partir de la 2ème minute 10 secondes. On voit juste deux sorties de fumée bleuâtre donc des deux Mauser. Enfin, lorsqu’il est atteint Michael Sharp tombe sur sa gauche et puis sur son dos. Cela indique assez clairement qu’il a été la cible des deux tirs en provenance d’en face, c’est-à-dire, de la caméra et l’autre tiré de la droite de la camera. ). Quant à Zaida Catalan, elle reçoit une balle au dos qui l’accompagne dans son mouvement vers la droite. Cela donne des indications que le tir provient de la gauche de la camera

En observant la direction que prennent les corps des victimes après avoir été abattus, on comprend vite la direction de provenance de ces tirs. Tous ces éléments analysés avec minutie nous poussent à avancer que les deux experts ont été abattus avec des armes plus performantes que les vieux « poupou » de Mauser. Il ne fait donc l’ombre d’aucun doute que les vrais assaillants sont bien en retrait et pas ceux qui sont visibles sur la vidéo. Enfin, le 5ème tir à la 3ème minute 24 secondes, entendu un peu en retrait, semble plus que probablement être celui qui cible leur accompagnateur vu que les deux experts étaient déjà abattus et immobiles au moment de ce tir. Puis, l’image redevient de plus en plus claire pour montrer les vieux fusils, comme armes du crime. Ce qui laisse supposer un montage amateur.

E. Des éléments utilisés par les monteurs de la scène et de la vidéo pour faire croire en vain du crime parfait

On dit souvent que le crime parfait n’existe pas. Mais en criminologie, le crime parfait c’est celui qui porte à brouiller les pistes sur l’identification de(s) auteur(s) du crime de sorte que le véritable auteur des faits n’est jamais identifié ou pour lequel la vraie cause de mort n’est jamais retrouvée et que les mobiles de celle-ci ne sont jamais révélés[6]. C’est exactement la conviction qui anime DESC à l’analyse séquentielle de cette vidéo. Les auteurs de ce montage assez grossier se sont appuyés sur les points suivants pour faire porter la responsabilité criminelle aux Kamuina Nsapu :

· La langue luba pour certifier que c’est bien au Kasaï central et que ce sont les Kamuina Nsapu. Pourtant, ils sont très nombreux les officiers FARDC, même les éléments des régiments rwandophones installés à Kananga depuis 2012, qui parlent le tshiluba. De plus, les analyses linguistiques certifient en effet que ce luba dans la vidéo est de Kananga.
· Les bandeaux rouges pour attester davantage la responsabilité des Kamuina Nsapu. Pourtant, porter des bandeaux rouges est une pratique assez courante dans les différentes guerres au Congo depuis 1960, aussi bien par des militaires que par des rebelles ou des miliciens;
· Montrer l’usage des vieux fusils Mauser à billes pour rendre crédible le récit des faits et la vidéo. Pourtant, avoir un vieux fusil est également possible pour tout le monde (militaire ou pas). La plupart des milices actives à l’est de la RDC et dans l’ex-Katanga recourent également aux mêmes types de fusil. L’auditeur militaire, le général-major Ponde, risque de se compromettre gravement s’il avance sans autres éléments probants pertinents que ces seuls éléments avancés dans cette vidéo.

 

Les miliciens Maï Maï Bakata Katanga rendant leurs armes, le 23 mars 2013, à la Monusco, dont les Mauser

F. Perspicacité de la police scientifique

Sur un ton propagandiste en faveur du régime dont il fait partie, le « porte-parole » du gouvernement a vanté la perspicacité d’une certaine police scientifique qui aurait permis, selon lui, de retracer les détenteurs de la vidéo macabre qui a été présentée. Le porte-parole de toutes les institutions et de tous les ministères a cependant omis de dire ce que l’opinion publique et la justice sont en droit d’attendre de la vraie et perspicace police scientifique. Pour un crime odieux comme celui-ci, cette police devrait pousser ses investigations plus loin pour décrire notamment, avec détails, l’arme ou les armes du crime, le type de minutions utilisées, la distance à laquelle les tirs ont été effectués, les organes du corps touchés et les dégâts physiques causés, etc. Acculé par des critiques et se rendant tardivement compte de sa forfaiture, Lambert Mende prétend que « tout a été fait avec l’aval du Parquet militaire qui en a pleinement le droit s’il considère que cela peut accélérer le dénouement de l’enquête »[7]. Si le ridicule pouvait tuer…

A la lumière de tout ce qui précède, l’opinion publique peut être maintenant en mesure de comprendre que les préoccupations du gouvernement sont ailleurs que dans la recherche de la vérité tant sur les fosses communes découvertes au Kasaï que sur les véritables auteurs de l’assassinat des experts qui étaient sur le point de faire toute la lumière sur l’ensemble de la tragédie que vivent les populations de cette partie de la République. Le gouvernement s’est plutôt contenté d’adresser à la communauté internationale son vrai message consistant à rejeter tout idée d’une commission d’enquête indépendante qui viendrait découvrir les atrocités commises par les forces armées indisciplinées et n’obéissant qu’aux ordres du commandant suprême qu’est Joseph Kabila. N’est-ce pas le même « porte-parole » qui avait déjà exprimé l’opposition de son gouvernement à toute idée de cette enquête internationale ? « Le Gouvernement par l’intermédiaire de son porte-parole, Lambert Mende, a déclaré faire confiance à l’enquête que mènent les juges, et non d’autres personnes. »[8] C’est pourquoi, aucune force probante ne peut être reconnue à ce film qui a tout l’air d’une mise en scène destinée à faire obstruction à la justice.

Conclusion

Comme il n’est plus utile de le démontrer, le Congo-Kinshasa est dirigé par un groupe d’individus dépourvus de toute légitimité et qui n’ont plus rien à perdre. Pour s’imposer au pouvoir, contre la Constitution et même contre l’accord politique devenu unique source de légitimité, ils n’hésitent pas à tirer sur tout ce qui constitue pour eux des obstacles. La justice étant instrumentalisée, c’est depuis longtemps qu’au non du gouvernement et contre le principe de séparation des pouvoirs que Lambert Mende empiète sur ses prérogatives pour anticiper sur l’issue des procès. Dans le cas de l’assassinat des deux experts de l’ONU, la ridicule prestation du ministre des médias avait pour seul objectif : faire obstruction à l’enquête indépendante exigée par toute la communauté internationale pour établir les responsabilités entre les miliciens de Kamuina Nsapu et les forces armées congolaises. C’est pourquoi, les responsables de l’ONU ne doivent pas se laisser berner par des élucubrations d’un gouvernement aux abois qui risque de causer sur sa population des dégâts beaucoup plus graves si des pressions ne sont pas accentuées pour que cette enquête ait lieu à tout prix et que Monsieur Lambert Mende soit lui-même soit parmi les personnes à interroger. A défaut pour le pouvoir de Kinshasa de coopérer à cette enquête ou d’en permettre la tenue, des sanctions devraient être envisagées pour l’y contraindre.

Une analyse réalisée par Jean-Bosco Kongolo M, Boniface Musavuli et Jean-Jacques Wondo

Exclusivité DESC

Références

[1] B&A TV, 13 MARS 2017, In https://businessactuality.com/2017/03/13/rdc-deux-employes-de-lonu-et-quatre-congolais-enleves-dans-le-kasai-central/.

[2] Jeune Afrique, 24 avril 2017, In http://www.jeuneafrique.com/432298/politique/rdc-kinshasa-devoile-video-presentee-celle-de-lassassinat-deux-experts-de-lonu/.

[3] Afrikarabia, 25 avril 2017, In http://afrikarabia.com/wordpress/rdc-la-video-du-meurtre-des-deux-experts-de-lonu-fait-polemique/.

[4] Kongolo, JB, 2017. Joseph Kabila-Gédéon Kyungu : une alliance criminelle à dénoncer, In http://desc-wondo.org/fr/oseph-kabila-gedeon-kyungu-une-alliance-criminelle-a-denoncer-jb-kongolo-m-20747-2/.

[5] Congo Actuel, 20-04-2017, In http://www.congoactuel.com/2017-04/kamuina-nsapu-4-500-eleves-nont-pas-repris-le-chemin-de-lecole-luilu-et-mwene-ditu.

[6] JJ Wondo (Sous la coordination), Exclusif : Les premières investigations de DESC sur la mort du Colonel Ndala, 4 janvier 2014 – http://desc-wondo.org/fr/exclusif-les-premieres-investigations-du-desc-sur-la-mort-du-colonel-ndala/.

[7] Sangoyacongo.com, 25/04/2017, In http://www.sangoyacongo.com/2017/04/polemique-diffusion-video-de-lexecution.html.

[8] ACTUALITÉ.CD, 20/03/2017, In Le Gouvernement par l’intermédiaire de son porte-parole, Lambert Mende, a déclaré faire confiance à l’enquête que mènent les juges, et non d’autres personnes.

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