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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 10:56

Depuis 2012, de nombreuses plaintes sont régulièrement déposées devant la Cour pénale internationale (CPI) contre l’Etat congolais pour des violations répétées des Droits de l’homme. Vendredi 10 mars 2017, un collectif d’associations accompagné de plus de 200 Congolais de la diaspora ont déposé de nouvelles plaintes à la suite de la récente flambée de violence au Kasaï et de la découverte de fosses communes. Des plaintes jugées recevables par la Cour et qui seront désormais regroupées dans un même dossier avec les plaintes antérieures. Ce qui ne veut toutefois pas dire que la CPI engagera des poursuites. A la tête de cette action, l’association APRODEC, l’Association pour la promotion de la Démocratie et de Développement, ou la LICOF, la Ligue contre la Corruption et la Fraude que préside Oscar Rashidi qui répond aux questions d’Afrikarabia.

Afrikarabia : Sur quels éléments vous basez-vous pour déposer cette plainte à l’encontre du président congolais ?  

Oscar Rashidi : C’est une plainte contre Joseph Kabila pour crime contre l’humanité, crimes de guerre et génocide. Des fosses communes ont été découvertes à Maluku en avril 2015, ou récemment au Kasaï après les massacres commis par l’armée contre les adeptes de Kamuina Nsapu. Ces tueries ont pour responsable le chef de l’Etat qui est censé protéger les civils alors que toutes ces exactions sont perpétrées par les forces de sécurité congolaises. C’est donc le chef de l’Etat qui doit répondre de ces actes. Nous avons également remarqué que des groupes de miliciens sont financés par le gouvernement congolais. Trop c’est trop. Et c’est pour cela que ces Congolais ont déposé des plaintes pour que Joseph Kabila puisse enfin répondre de ces actes.

Afrikarabia : Toutes ces accusations sont-elles documentées ?

Oscar Rashidi : Nous avons une documentation solide, avec des photos à l’appui. Et toutes ces plaintes déposées depuis plusieurs années seront désormais rassemblées, en accord avec la CPI, sous un même numéro de dossier.

Afrikarabia : Avez-vous reçu une réponse de la CPI ?

Oscar Rashidi : Ces plaintes ont été jugées recevables et seront désormais regroupées par ce collectif d’associations ce qui permettra d’assurer le suivi des affaires auprès de la CPI. Auparavant, il y avait trop de plaintes multiples… nous avons maintenant un numéro de dossier unique à la Cour pénale internationale.

Afrikarabia : Avez-vous espoir qui ces plaintes aboutissent ?

Oscar Rashidi : Je crois qu’il y a maintenant une forte mobilisation des Congolais contre le silence de la communauté internationale. Surtout auprès de la Cour pénale internationale qui a pour mission de poursuivre tous ces dictateurs qui sont aujourd’hui impunis. L’espoir est permis tout simplement parce que désormais la CPI a jugé recevable ces plaintes. Pour nous, nos documents sont convaincants et solides.

Afrikarabia : La RDC traverse une grave crise politique. Ces plaintes sont-elles en mesure de faire évoluer Joseph Kabila ?

Oscar Rashidi : Le dépôt de cette plainte est un signal fort contre le gouvernement de Kinshasa. Il faut que les autorités comprennent l’exaspération de la population congolaise. Les Congolais en ont assez de ces massacres de civils à l’infini. Les autorités doivent comprendre qu’il faut maintenant faire cesser ces massacres.

Afrikarabia : Certains présidents africains ont déjà été ciblés par la CPI sans résultat, comme le président soudanais Omar El Béchir. Le président Joseph Kabila peut-il vraiment être inquiété par la CPI ?

Oscar Rashidi : Nous dénonçons justement cette politique des deux poids deux mesures. Laurent Gbagbo avait commis ce genre d’exactions lors des élections en Côte d’Ivoire. La communauté internationale avait alors réagi rapidement et aujourd’hui Laurent Gbagbo est devant la CPI. C’est donc possible. Joseph Kabila a tué des millions de personnes, des enfants ont été massacrés… Il faut maintenant que la CPI sorte de son sommeil vis à vis de la situation en RDC.

Afrikarabia : Cette plainte peut-elle également sonner comme un avertissement pour les responsables des services de sécurité congolais, militaires ou policiers ?

Oscar Rashidi : Il y a un commanditaire qui est connu aujourd’hui, c’est Joseph Kabila, mais il utilise bien sûr ses forces de sécurité pour commettre les massacres. Les auteurs des tueries doivent bien évidemment être identifiés et sanctionnés. Avec le dépôt de ces plaintes, nous sommes persuadés que tous les responsables des services de renseignements et de sécurité peuvent maintenant être poursuivis. La pression est de plus en plus forte.

Afrikarabia : Les menaces de sanctions ciblées de l’Union européenne à l’encontre de hauts dignitaires congolais vont dans le bon sens selon vous ?

Oscar Rashidi : Il faut clairement aller au-delà de ces simples déclarations d’intention. Ces mesures ont insuffisantes jusqu’à ce jour. Une délégation de la FIDH est actuellement aux Etats-unis pour sensibiliser les américains à la situation congolaise et que des sanctions soient prises au plus haut niveau. Et nous profitons du dépôt de cette plainte à la CPI pour renouveler notre appel à tous les Congolais et toutes les organisations des droits de l’homme qui détiennent des preuves des exactions des autorités de Kinshasa ou de nouveaux éléments, à nous transmettre les documents pour les porter au dossier.

Propos recueillis par Christophe RIGAUD – Afrikarabia

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