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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 10:48

"Des Lubas ont mutilé les parties génitales de Pygmées, des Pygmées ont mutilé le corps de femmes lubas"!

Jacot D. (pseudonyme) habite à Manono depuis quatre ans et n’avait jamais assisté à un tel massacre auparavant. Une trentaine de combattants pygmées ont attaqué la ville tôt le matin, vers 8 heures. Dès qu’il a entendu les habitants crier "Ils arrivent !", il s’est réfugié dans sa maison avec ses enfants.

Quand ils sont entrés dans Manono, les Pygmées n’ont pas trouvé de combattants face à eux, ils se sont donc attaqués aux civils avec des flèches, des haches et des grosses piques. Certains avaient même des fusils de chasse calibre 12. Mais rapidement, une centaine "d’Éléments", le nom de la milice luba, se sont organisés pour riposter et se venger des exactions des Pygmées.

Les Éléments ont mutilé les parties génitales de plusieurs combattants pygmées [et les ont montrées à la foule au bout de leurs lances, comme en témoignent des photos reçues par la rédaction de France 24, NDLR] avant de brûler leurs corps. Les Pygmées avaient eux mutilé le corps de femmes lubas, ils ont notamment ouvert le ventre d’une femme enceinte et tué le fœtus qui était à l’intérieur.

Une fois l’attaque terminée et les combattants pygmées chassés par les miliciens lubas, plus nombreux, on a compté 22 personnes tuées à l’arme blanche. Les cadavres de plusieurs victimes ont ensuite été mutilés et/ou brûlés. Seule une partie des vicitmes était identifiable : on a compté cinq chez les Pygmées et sept chez les Lubas.

Selon le témoin contacté par France 24 : toutes les victimes pygmées étaient des combattants, tandis que les Lubas visés étaient aussi bien des miliciens que des civils, femmes et enfants ayant été pris pour cibles.

Au total, plus de 150 personnes, civils ou miliciens lubas, ont été blessés puis soignés à l’hôpital général de Manono, a précisé Cyril Kimpu Awel Mukalay, ministre provincial de la Santé à France 24, sans être en mesure de communiquer le nombre de morts.

Le conflit entre Pygmées et Bantous de diverses ethnies, dont les Lubas, dure depuis environ quatre ans dans la région du Tanganyika, autrefois appelée Katanga. Les premiers sont un peuple indigène de la RD Congo, implantés depuis plus longtemps sur le territoire que les Lubas [les peuples indigènes représentent 1 % de la population du pays]. Ils s’estiment discriminés et chassés de leurs terres ancestrales par les Bantous, groupe ethnique ultra majoritaire en RD Congo (80 % de la population) dont font partie des Lubas.

Les Pygmées les accusent, tout comme des entreprises étrangères, de contribuer à la déforestation, donc à la destruction de leur habitat traditionnel, en exploitant les nombreuses ressources naturelles du pays. Le déboisement est principalement dû à l’installation d’exploitations de bois, de concessions minières ou de parcelles agricoles dans ou autour des zones forestières.

Les Pygmées demandent à recevoir une partie des bénéfices récoltés grâce à l’exploitation de leur habitat et veulent être représentés par des quotas dans les instances gouvernementales congolaises. Ils se disent victimes de discriminations raciales et rappellent qu’ils étaient qualifiés de "sous-humains" par les autorités coloniales belges.

Outre ces désaccords et revendications anciennes, les deux ethnies parvenaient la plupart du temps à cohabiter pacifiquement.
Jusqu’à récemment, Pygmées et Lubas cohabitaient en paix. Ils se côtoyaient notamment dans un village situé à 15 km de Manono. Mais, le 10 décembre, tous les Lubas ont déménagé dans le centre de Manono après de fortes tensions avec les Pygmées. Ils redoutaient des affrontements violents. Les Pygmées n’ont pas de chef, ne sont pas regroupés dans une organisation : le dialogue est donc très difficile. Et par ailleurs, certains sont encouragés à la violence par des Pygmées originaires d’autres territoires.

Certains Lubas, ethnie largement majoritaire à Manono et représentant 18 % de la population en RD Congo, accusent les Pygmées de violer leurs femmes et de mener des attaques sanglantes contre leurs villages. Ils leur reprochent également de vouloir obtenir leurs propres chefs coutumiers [notables jouissant d’un certain nombre de privilèges financiers et juridiques] auxquels les Pygmées n’ont pas droit.

Selon un rapport de l’ONG Human Rights Watch, les attaques sont courantes et en fait menées par les deux parties du conflit. Elles entraineraient d’importants déplacements de population. Dans ces circonstances, les Lubas ont tendance à rejoindre les grandes villes les plus proches, plus éloignées des zones forestières.

Selon Human Rights Watch, le conflit a violemment éclaté dans la région de Manono mi-2013 mais des tensions latentes existaient au préalable. À l’échelle de la région, les affrontements intercommunautaires auraient fait 158 morts, 250 blessés, des milliers de déplacés et des dizaines de cas de femmes violées ces six derniers mois, selon le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’Homme.

Source : Observers France 24

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