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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 10:59
Barrage Grand Inga : son avenir est-il compromis? – Partie 2

Barrage Grand Inga : son avenir est-il compromis ? – Partie 2 -Dr Sinaseli Tshibwabwa

Par DESC-Wondo.org Le 2 mars 2016

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Barrage Grand Inga : son avenir est-il compromis ?

Partie 2 : Inventaire, Analyse et Réfutation des Arguments de ses Opposants

Par Sinaseli TSHIBWABWA

La première partie de cette analyse a porté sur l’importante épopée du site d’Inga de sa découverte en 1816 jusqu’au Projet de barrage Grand Inga et son évolution en 2015. La présente partie va traiter de l’inventaire, de l’analyse et de la réfutation des quatre premiers arguments des activistes-opposants à ce projet. Les autres arguments feront l’objet de la Partie 3 de cette étude qui sera publiée prochainement.

1. Énergie électrique et développement

Les bienfaits de l’énergie électrique dans toutes les sociétés modernes ne sont plus à démontrer. Il ne faut pas être un expert dans ce domaine pour établir l’étroite corrélation qui existe entre le développement des sociétés et l’accès à l’énergie électrique. En d’autres termes, la pauvreté est inextricablement liée au manque d’accès à l’énergie électrique. Il suffit de jeter un regard autour de soi et lire les différents rapports du PNUD(1,2,3) sur ce sujet pour s’en rendre compte.

L’Afrique demeure pauvre bien qu’elle est depuis plus d’un siècle pourvoyeuse en matières premières de toutes sortes. Pour mettre fin à cette pauvreté, la Banque africaine de Développement (BAD) a proposé pour l’Afrique une stratégie en 5 axes majeurs : «1. Éclairer l’Afrique ; 2. Nourrir l’Afrique ; 3. Industrialiser l’Afrique ; 4. Intégrer l’Afrique et 5. Améliorer le bien-être des ménages africains». Cette stratégie en 5 axes a été dévoilée lors de la 10e Conférence Économique Africaine tenue à Kinshasa du 02 au 04 novembre 2015 sous le thème : «Lutter contre la pauvreté et les inégalités dans le cadre de l’Agenda 2015»(4). Cette conférence économique entrait dans la suite logique de la matérialisation des décisions prises à la 12e Assemblée des Chefs d’État et de Gouvernement dont celle de formuler le «Programme pour le développement des infrastructures en Afrique (en sigle PIDA). Ce programme, lancé en juillet 2010 à Kampala (Ouganda), a été réalisé par la Commission de l’Union africaine en partenariat avec la Commission économique pour l’Afrique, la BAD et l’Agence de planification et de coordination du NEPAD(5). PIDA (relais du NEPAD) a reçu pour mandat de fusionner toutes les initiatives continentales portant sur les infrastructures définies en quatre secteurs clés : Énergie, Transport, TIC et Eau. Ses objectifs sont : interconnecter, intégrer et transformer le continent africain. En ce qui concerne le secteur de l’énergie, les experts du PIDA pensent que d’ici à 2040, la demande d’énergie électrique passerait de 590 térawatts-heure (TWh) en 2010 à plus de 3100 TWh en 2040, ce qui correspond à un taux de croissance annuelle moyen proche de 6 %. Signalons qu’un tel taux de croissance est déjà atteint et même dépassé dans certains pays africains(6). Pour y faire face, la capacité de production électrique installée devra passer du niveau actuel de 125 gigawatts (125 GW) à près de 700 GW en 2040.

En outre, selon l’initiative «Sustainable Energy for All (SE4ALL)» lancée par l’ONU en septembre 2011, «l’accès à l’énergie pour tous» est un prérequis pour l’atteinte de chacun des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD)(7).

Enfin, pour la R.D. Congo, il est impératif de faire face à sa situation paradoxale marquée par l’importance du potentiel en ressources énergétiques et la faiblesse du niveau d’accès à l’électricité(8).

Chacun de ces défis ne peut être relevé sans énergie, et beaucoup d’énergie, que seul le barrage Grand Inga peut fournir à la R.D. Congo et à toute l’Afrique à moindre coût et avec le moindre impact socio-environnemental que d’autres filières proposées par les activistes-opposants à ce projet. Partant de ces éléments, on pourrait se demander à quelle logique répond l’opposition au projet de production d’une énergie propre et renouvelable sur le site d’Inga. Quels sont les arguments avancés par ce groupe hétéroclite d’activistes anti-Projet Grand Inga ?

2. Inventaire des arguments avancés par les activistes anti-Projet Grand Inga

Afin de les rendre compréhensibles et accessibles à tous, nous avons regroupé ces arguments en 9 principales catégories, à savoir :

– Arguments géopolitiques et Promotion d’une idéologie ;

– Grande faiblesse de la gouvernance et Insécurité ;

– Destruction de l’écosystème fluvial ;

– Destruction de l’écosystème terrestre ;

– Production des GES et le changement climatique ;

– Déplacement des communautés locales ;

– Santé Publique ;

– Corruption et Endettement du pays ;

– Solutions de rechange au Grand Inga.

Notre analyse nous a conduit à démontrer que la majorité de ces arguments, au lieu d’être purement scientifiques ou tout simplement objectifs, véhiculent plutôt une idéologie et sont de nature à porter atteinte à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de la R.D. Congo. Ce qui, à notre humble avis, les discrédite totalement. Certains arguments sont totalement erronés, ne correspondant à aucune réalité de terrain sur le site d’Inga, car relevant tout simplement d’une virulente campagne de désinformation massive. Certains autres sont tirés des études effectuées sur d’autres continents, extraits de leur contexte originel et appliqués au site d’Inga sans aucune réévaluation in situ. D’où le doute raisonnable qu’ils suscitent auprès des Congolais qui suivent ce dossier. Enfin, d’autres arguments, bien que fondés, sont intentionnellement exagérés face aux énormes bénéfices que les populations autochtones de la région d’Inga, toutes les populations de la R.D. Congo et de l’Afrique entière pourraient tirer de la mise en valeur de ce gigantesque potentiel énergétique. Nous présentons ci-dessous une brève analyse de quatre premières catégories d’arguments. Les personnes et acteurs intéressés pourront consulter les nombreuses références que nous y fournissons.

2.1. Argument géopolitique et Promotion d’une idéologie

Les partisans de cet argument soutiennent qu’il ne faut pas investir dans le barrage Grand Inga afin de ne pas faire de la R.D. Congo une puissance régionale et africaine. L’Ouest du Congo ne doit pas devenir un moteur du développement. En effet, avec les centrales hydroélectriques d’Inga, la R.D. Congo deviendrait automatiquement un acteur énergétique majeur non seulement dans la région des Grands Lacs mais aussi de tout le continent (voire de l’Europe), elle pourrait ainsi fournir de l’énergie électrique à tous les cinq grands réseaux électriques régionaux africains(9,10), à savoir :

– L’Eastern Africa Power Pool (EAPP) pour le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) ;

– Le Central Africa Power Pool (CAPP) pour la Commission économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC – ECCAS) ;

– Le Southern Africa Power Pool (SAPP) pour la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ;

– Le West Africa Power Pool (WAPP) pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO – ECOWAS) ;

– Le Comité Maghrébin de l’Électricité (COMELEC) pour l’Union du Maghreb Arabe (UMA – AMU).

Investir dans la mise en valeur de tout le «Trigone de la Puissance Énergétique de la R.D. Congo» favoriserait le développement des provinces congolaises dans des aires régionales distinctes (entendez Est et Ouest)(9). Pour Léon et Porhel, l’émergence résultant de cette mise en valeur «du secteur privé dont les motivations, essentiellement économiques, provoquerait du même coup une intégration par le bas. Dès lors, la partition de la R.D. Congo serait d’abord une réalité économique avant de devenir à terme une éventualité politique»(11). Si elle ne peut pas être isolément un facteur d’éclatement du pays, l’intégration par les réseaux électriques renforcerait les conséquences territoriales d’une dynamique économique centrifuge déjà à l’œuvre en R.D. Congo, qui viendrait s’ajouter au mouvement de décentralisation(9). Cet argument va à l’encontre des attentes des Africains en général et des Congolais en particulier (4,5,8,10).

Certains auteurs sont même allés trop loin dans le but d’asseoir leur idéologie. En effet, selon Chontanawat, Hunt et Pierse (2008), l’idée selon laquelle un apport d’énergie aux pays en développement induit mécaniquement leur développement n’est pas vérifiée(12). Quelle conclusion tirent-ils de ce genre d’études ? Il ne faut pas fournir beaucoup d’énergie aux pays non développés !

Dans son étude sur l’énergie et le développement, Quoilin, S. (2008) conclut que le lien entre la consommation d’énergie et le produit national brut est significatif pour la plupart de pays (entendez pays développés), mais les études de causalité montrent qu’on ne peut pas systématiquement affirmer qu’un accès à l’énergie stimule la croissance économique. Cela est principalement vrai pour les pays en développement (13).

Rependre les conclusions de telles études semi-orientées, fondées sur un très faible échantillon semblent soutenir les arguments employés depuis des siècles pour exclure les pays pauvres, dont la plupart des pays africains subsahariens, des sphères de la modernité et de les confiner au rôle de fournisseurs de matières premières. Ce genre d’études rappelle les affirmations de certains philosophes occidentaux des siècles passés qui avaient développé des théories loufoques à la base du racisme et sa laideur dont beaucoup de Noirs portent encore des stigmates aujourd’hui.

– «Une image vaut mieux que mille mots», dit-on. Sur la figure 2 ci-dessous, on note que le Continent Noir est celui qui est le plus dans le noir ! Il est très en retard par rapport aux autres continents en ce qui concerne l’accès à l’électricité. Ce retard est à mettre en relation avec l’extrême pauvreté des populations africaines. En R.D. Congo, par exemple, 70 % de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté nationale, soit 49 000 000 de Congolais qui vivent dans une situation d’extrême pauvreté : très faible revenu (± 1 $US/mois), des besoins alimentaires très peu ou non satisfaits, une incapacité à accéder aux soins de santé, à la scolarisation, à une source d’énergie propre, au logement décent, aux voies de communication plus ou moins convenables et sécuritaires, etc.(14)

Ceux qui font la campagne contre le Projet Grand Inga connaissent très bien cette réalité congolaise et africaine. Ce n’est pas le sort des populations qui les intéressent. Ils véhiculent plutôt une idéologie, celle de maintenir le continent noir dans le noir, c.-à-d. dans la misère.

– Certains Occidentaux continuent de nourrir le rêve de faire éclater la R.D. Congo. De nombreux analystes congolais et étrangers ont suffisamment décrit ce projet de balkanisation de ce pays(15,16). Il n’est pas nécessaire de revenir là-dessus dans cette analyse. Cependant, nous voudrons attirer l’attention des Congolais sur le fait que ce projet n’a pas été abandonné par ceux qui l’avaient commandité, Américains, Britanniques et Français, etc. L’option de la guerre par procuration qui a occasionné la mort de plus de 3 à 7 millions de Congolais (selon diverses statistiques macabres) ayant échoué, leur plan B, déjà en action, consiste à déverser des capitaux au Rwanda, Burundi, Ouganda et dans les provinces de l’Est de la R.D. Congo afin de créer un pôle économique puissant, centrifuge et échappant à la fin au contrôle de Kinshasa. Ce qui est affirmé ci-dessus(11). Tout observateur de la situation générale de la R.D. Congo a certainement relevé les points suivants qui confirment malheureusement que le plan B de balkanisation de ce pays est déjà en marche :

– l’utilisation de nombreux médias pour relayer des informations générales, non vérifiées in situ sur le Projet Grand Inga (Cfr. les références qui accompagnent chaque catégorie d’arguments) ;

– le financement des études pseudo-scientifiques et des missions pour décourager les organismes bailleurs des fonds du Projet Grand Inga (idem) ;

– l’instrumentalisation des populations autochtones de la région d’Inga et certains ONG congolais et étrangers pour les amener à rejeter la construction du barrage Grand Inga(17,18, 19) ;

– l’ouverture à Goma des consulats américains et britanniques (qui sont en réalité des ambassades de la «Région des Grands Lacs», ce nouvel État que l’on veut créer de toutes pièces pour donner des terres au Rwanda et au Burundi)(20) ;

– le financement d’un nombre incalculable des ONG américains, britanniques, belges, français, allemands, suédois, etc. dans l’Est du Congo (qui ont fini par fragiliser l’autorité de l’État) ;

– le silence complice de la communauté scientifique (malgré les nombreuses et prévisibles atteintes à l’environnement et à la biodiversité) sur le Projet Transaqua et le Projet Oubangui (Projets visant le transfert des eaux du bassin du Congo au Lac Tchad); l’impact de ce transfert d’eaux sur les futures centrales d’Inga compromettra à jamais la mise en valeur de tout le potentiel énergétique du site d’Inga et sera plus nuisible à la biodiversité et à l’environnement en général que le Projet Grand Inga(21,22,23,24,25,26);

– le silence de la communauté scientifique et des ONG environnementalistes sur l’état de pollution des écosystèmes aquatiques et terrestres par les multinationales occidentales qui exploitent les différentes matières premières dans toutes les provinces de la R.D. Congo(27). Signalons à ce chapitre le dernier cas d’une grave pollution acide des eaux de la rivière Panda par la compagnie minière chinoise Kaï Peng Mining (KPM) à Likasi (Province du Katanga). Ces eaux polluées ont entraîné intoxication et brûlure d’une quarantaine de personnes selon les médias congolais de ce 20 février 2016(28); ce cas n’a soulevé l’indignation d’aucun membre de la communauté scientifique ni des ONG (environnementalistes) qui veulent faire croire dans les médias occidentaux que l’environnement et les populations autochtones les tient à cœur ;

– l’élaboration, le soutien et la mise en application avec l’aide des services spécialisés de l’ONU du projet de démembrement du territoire en micro-provinces (ou décentralisation-découpage administratif) malgré le manque de préparation et l’absence de moyens suffisants en infrastructures, en personnel, en matériel et en budget ainsi que les critiques et le rejet de ce projet par les partis politiques de l’opposition et la majorité de la population congolaise(29,30);

– la mise sous tutelle du pays (qui ne dit pas son nom) par la présence de la plus importante mission de l’ONU au monde avec près de 19 agences spécialisées (programmes et fonds) hyperactives(31) et un nombre de casques bleus qui défie toute imagination.

Malgré cette présence remarquée, l’armée des Nations-Unies peine à vider l’Est et le Nord-Est du Congo de tous les groupuscules rebelles qui, tels des hydres, décapités au Sud-Kivu, renaissent deux années plus tard en Ituri ou au Nord-Kivu, rendant cette partie du pays très instable. Ce qui fait dire que cette zone de tension superficielle semble entretenue volontairement comme un moyen de pression et de chantage sur le gouvernement de Kinshasa, etc.

Mais, pour le Congolais et l’Africain, Grand Inga représente beaucoup plus qu’un barrage :

– Il est un facteur de développement de la R.D. Congo et de toute l’Afrique. Il appartient au peuple congolais de décider de l’organisation interne de leur territoire. À ce sujet, la Constitution congolaise dispose dans son Article 9 : «L’État exerce une souveraineté permanente notamment sur le sol, le sous-sol, les eaux et les forêts, sur les espaces aérien, fluvial, lacustre et maritime congolais ainsi que sur la mer territoriale congolaise et sur le plateau continental. Les modalités de gestion et de concession du domaine de l’État visé à l’alinéa précédent sont déterminées par la loi». Donc, aucun expert étranger n’a le droit de décider de ce qui est bon, moyennement bon ou franchement mauvais pour la nation congolaise. Toute la rhétorique développée dans les médias étrangers contre le Projet Grand Inga relève tout simplement de l’ingérence et du mépris à l’égard du peuple congolais et africain. Le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE, 2010) a souligné, en conclusion de ses travaux d’évaluation environnementale, l’importance mondiale et le potentiel extraordinaire des ressources naturelles et minières de la R.D. Congo. En effet, avec la moitié des forêts et des ressources en eau de l’Afrique, avec des réserves minérales estimées à 24.000 milliards de $US, la R.D. Congo pourrait devenir une locomotive pour le développement africain, à condition que les différentes menaces pesant sur ses ressources naturelles soient rapidement jugulées. Pour devenir cette locomotive pour le développement africain, la R.D. Congo a besoin de beaucoup d’énergie, d’où la nécessité pour ce pays, voire l’obligation, de s’investir, avec audace et vision scientifique, dans la mise en valeur de tout le potentiel énergétique du site d’Inga.

– Il est un facteur de cohésion et de stabilité nationale pour cette génération et les générations futures. Grand Inga sera un facteur de cohésion nationale et non pas un facteur de partition de la nation congolaise comme le prédisent Léon et Porhel(11). Il est surprenant que ces deux auteurs aient établi une telle corrélation. Éclairées par Grand Inga, toutes les populations congolaises protégeraient ce grand bijou national. Les gouvernants de demain devront en faire un patrimoine national collectif, une compagnie appartenant à chaque fille et chaque fils du Congo, qu’ils soient du Nord ou du Sud, du Centre, de l’Est ou de l’Ouest du territoire, parce que la dette de sa construction sera endossée par cette génération et les générations futures. Quels sont les Congolais qui ne sont pas fiers aujourd’hui des édifices comme le stade des Martyrs, le Palais du Peuple, les Tours de la RTNC et de la Régideso, le Pont de Matadi ou encore les centrales Inga 1 et 2 ? Que serait la situation en R.D. Congo sans l’énergie fournie par ces deux centrales ? Il faut tout simplement noter que de nombreux «experts occidentaux du Congo» des décennies 70 à 80 et le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) qui s’étaient farouchement opposés au financement de ces ouvrages sont tous confondus aujourd’hui. Dans ces décennies-là, les centrales d’Inga 1 et 2 étaient pour eux surdimensionnées par rapport aux besoins réels du pays, leur construction était qualifiée «d’éléphants blancs» ou de «folie de grandeur» des dirigeants de la Deuxième République. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde pour dire que la puissance installée des deux centrales est largement insuffisante face à la demande en énergie de 75 millions de Congolais, à celle des industries minières qui se sont développées un peu partout sur le territoire congolais et à celle d’autres pays africains moins nantis en ressources énergétiques. Cependant, on doit reconnaître, en toute honnêteté, que les gouvernants de la Deuxième République, malgré la dette odieuse accumulée par leur régime cléptocratique et laissée en héritage aux générations actuelles et futures, avaient été bien inspirés et plus clairvoyants pour ces investissements.

– Il est un facteur de stabilité dans la Région des Grands Lacs et dans toute l’Afrique. Nous sommes convaincu que le barrage Grand Inga sera un facteur de stabilité dans la Région des Grands Lacs Africains et dans toute l’Afrique. En effet, si la R.D. Congo fournit de l’électricité dans toute l’Afrique et que le projet d’interconnexion est réalisé (Fig. 1), quel pays bénéficiaire tenterait d’agresser un autre quand il y aura cette interdépendance ? François Misser avait souligné ce facteur dans son livre sur la saga d’Inga(33). Une telle interdépendance privilégierait les intérêts communs et réprimerait les pulsions et les intentions belliqueuses de certains petits dictateurs dans la région des Grands Lacs. Les gouvernants de l’Afrique de demain devront signer de nouveaux traités de non-agression entre leurs États au nom des intérêts communs et bénéfices partagés.

Afin de juguler toute menace, qu’elle soit interne ou externe, et protéger le site d’Inga, les gouvernants congolais devraient mettre en place une force spéciale, suffisamment équipée pour être capable d’intervenir rapidement et neutraliser ou dissuader la menace. Ainsi, la base militaire de Kitona devrait être modernisée, équipée et chargée de former des unités spécialisées dans la surveillance, la détection, la dissuasion et la neutralisation de toute menace, non seulement à Inga mais aussi le long de la frontière dans cette province maritime. Ce qui éviterait des situations du genre de celle vécue lors de la deuxième guerre du Congo le 2 août 1998. À cette époque, les milices du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), après avoir piraté trois avions à Goma, arrivèrent à Kitona, décimèrent par surprise la garnison militaire de cette base, s’emparèrent des centrales d’Inga et coupèrent la fourniture de l’électricité à la ville de Kinshasa, causant plusieurs dégâts notamment dans les hôpitaux où de nombreux malades et enfants prématurés moururent, faute d’électricité pour faire fonctionner les équipements. La situation ne fut rétablie que le 22 août 1998 grâce à l’intervention de l’armée angolaise sur appel du Président L.D. Kabila. Cette attaque surprise est aujourd’hui malicieusement utilisée dans l’argumentaire des activistes-opposants au Projet Grand Inga. Nos compatriotes experts en Stratégie militaire et Défense du territoire ne manqueront pas d’élaborer des politiques adaptées aux zones très sensibles de la République.

– Il est un facteur de lutte contre la déforestation et préservation de la biodiversité (voir ci-dessous : Argument Écosystème terrestre)

– Il est un facteur qui va engendrer dans le Bas-Congo un «Pôle national d’excellence en matière d’énergie hydroélectrique». Étant donné son importance, le site d’Inga réunira en un même endroit un grand nombre d’ingénieurs et autres experts dans ce domaine. La R.D. Congo devra en faire un «Pôle national d’excellence en matière d’énergie hydroélectrique». Ce pôle sera soutenu par la création dans la région d’Inga de l’Université nationale d’Inga dont la principale mission sera la formation des ingénieurs et des scientifiques énergéticiens de très haut niveau, destinés à la recherche, l’innovation et le développement dans le domaine des énergies. Les autres filières de formation devront cibler tous les autres aspects pratiques liés à l’exploitation du site d’Inga, notamment la gestion du réservoir, l’hydrobiologie, l’écosystème fluvial, l’écosystème terrestre, etc.

– Il est un facteur de l’industrialisation de tout le pays et plus particulièrement de la province du Bas-Congo. Nous avons vu dans l’historique du Grand Inga que le colonisateur belge projetait de créer un grand nombre d’industries qui devaient consommer l`énergie qui sera produite à Inga. Nous rappelons à la mémoire collective certains de ces projets : la production de l’aluminium à partir de la bauxite de la région, la production d’engrais, la production de l’hydrogène (utilisé comme carburant ou vecteur d’énergie dans les voitures de demain), le développement et la modernisation des ports de Banana, Boma et Matadi, voire l’enrichissement de l’uranium du Katanga, etc. Au lieu de continuer à exporter les matières premières, les ingénieurs congolais devront proposer des projets de transformation de la plupart de ces matières sur place au pays ou en collaboration avec d’autres pays.

Un autre argument plus original et apparemment inoffensif pour Grand Inga est dénommé «Plan Marshall pour électrifier l’Afrique»(34). Ce projet a été élaboré par M. Jean-Louis Borloo, ancien ministre de l’Écologie du gouvernement français qui, depuis le début de 2015, parcourt tout le continent pour le vendre auprès des Chefs d’État africains. Il s’agit de réunir 250 milliards de dollars pour financer, à raison de 4 milliards/an pendant une dizaine d’années, le projet d’électrification de toute l’Afrique. D’après M. Borloo, ces fonds seront gérés par une agence qui serait pilotée par les Africains. Chaque sous-région africaine aura à décider de la nature de l’énergie à produire. Cette idée d’un «Plan Marshall africain» n’est pas une nouveauté, nous l’avions déjà suggérée en 2014 dans notre analyse sur le Projet Transaqua, projet de transfert des eaux du bassin du Congo au Lac Tchad(22). Nous disions exactement ceci :«la R.D. Congo étant reconnue, par ses nombreuses potentialités naturelles, comme le pays pouvant servir de locomotive pour le développement de toute l’Afrique, pourquoi ne peut-on pas plaider pour un Plan Marshall africain qui inonderait ce pays de capitaux afin de créer les véritables conditions du relèvement du continent noir ? Encore une fois, comparés aux énormes potentialités de la R.D. Congo et les réelles possibilités d’un développement de l’Afrique dans un temps relativement court, les mirages du Projet Transaqua ne soulèvent que scepticisme et méfiance.» Nous soutenons toujours cette suggestion. Le «Plan Marshall» de M. Borloo serait génial s’il pouvait viser le financement du Grand Inga dont les coûts ont été évalués au tiers des fonds qu’il propose dans son projet, soit 80 milliards de dollars US. Malheureusement, son plan semble plutôt représenter une sérieuse menace pour le Projet Grand Inga. En effet, M. Borloo propose de «produire de l’énergie décentralisée ou modulaire» à travers toute l’Afrique. Les inconvénients d’une telle production sont multiples. Nous en nommons juste trois ici (les autres seront développés dans la Partie 3 de cette analyse quand nous traiterons de «Solutions de rechange au Grand Inga») :

– l’atteinte à l’environnement serait doublement voire triplement proportionnelle au nombre de microcentrales électriques qui seront installées ;

– il serait difficile de développer une expertise africaine dans ce domaine compte tenue de la dispersion de ces micro-infrastructures, ce qui, à la longue, va coûter plus cher en maintenance ;

– tout projet de production de l’énergie électrique décentralisée ou modulaire pourrait compromettre le développement de tout le potentiel du «Trigone de la Puissance Énergétique du Congo», c.-à-d. Grand Inga, à moins qu’il ne soit considéré que comme une structure de soutien à ce dernier. En outre, un tel projet va retarder le projet d’intégration et d’interconnexion tant souhaité par les Africains(5).

Cependant, les fondements du «Plan Marshall» de M. Borloo rencontrent les préoccupations profondes des populations africaines et de leurs dirigeants. D’après lui, «L’électricité n’est pas un sujet comme les autres, c’est un sujet en amont de tous les autres. L’électricité, cela veut dire l’accès à l’eau. C’est aussi la réduction de la déforestation, le développement de l’agriculture, la santé, l’éducation…Le rapport de productivité est de 50 à 1 avec ou sans électricité. Bref, cette histoire est une anomalie pour la planète (souligné par nous).» Oui, c’est vraiment une anomalie quand on compare les pays africains à ceux des autres continents en matière d’accès à l’énergie électrique. Mais, loin d’être une œuvre de bienfaisance, le «Plan Marshall» de M. Borloo vise avant tout à régler deux problèmes majeurs en Europe :

– Il y a d’abord la peur qu’inspire la «bombe démographique africaine» qui, si elle n’est pas confinée sur le continent africain, va se déverser sur l’Europe et la déstabiliser. Le constat est simple, dit M. Borloo : «Il y a aujourd’hui 480 millions d’Européens, dans vingt ans, nous serons 380 millions. En Afrique ce sont un milliard d’habitants, deux dans vingt ans…L’Afrique est le théâtre d’un exode vers les centres urbains…Cet appel de la lumière est une évidence, il nourrit un exode synonyme de déstabilisation, de perte de repères…Penser que si l’on ne fait rien permettra d’éviter la confrontation est une erreur» ;

– il y a ensuite, comme à chaque époque de l’histoire de l’Europe, les problèmes économiques auxquels il faut trouver des solutions. Et comme aux époques précédentes, c’est le continent africain qui doit venir en aide à l’Europe(35). En effet, à une question d’un journaliste du Journal le Monde en ligne (Au-delà de l’aspect sécuritaire, quel est l’intérêt économique pour l’Europe de soutenir un tel projet ?), M. Borloo répondra clairement : «Électrifier l’Afrique constitue un vrai relais de croissance pour l’Europe. 100 % d’électrification du continent africain signifie entre 10 et 15 % de croissance pendant 15 ans, contre 5 % de croissance à l’heure actuelle, et 3 % de croissance supplémentaire pour l’Europe sur la même période…Miser sur l’Afrique, c’est (…) assurer un avenir économique à l’Europe…C’est vital pour notre croissance, pour notre stabilité, et c’est un supplément d’âme pour l’Europe…Quand on aura fini de vendre des machines-outils aux Chinois, elle sera où la croissance européenne ?»

Aux Africains de comprendre les véritables enjeux et d’être visionnaires (de voir grand) avant de s’embarquer dans les micro-infrastructures de production d’énergie électrique décentralisée ou modulaire tels que proposées dans le «Plan Marshall» de M. Borloo. Car après 15 à 20 ans d’exploitation, ces micro-infrastructures seront abandonnées faute d’expertise locale et l’obscurité se rabattra sur le continent. Nous pouvons juste suggérer aux dirigeants africains l’idée suivante : Parce que ces enjeux se posent à l’échelle régionale et que les besoins en énergie électrique et en financement sont immenses, les pays africains devraient se concerter afin d’adopter une approche régionale commune, compter d’abord sur leurs propres forces avant d’accueillir les facilités offertes par leurs partenaires. Ce qui leur éviterait de tomber dans le piège des micro-solutions, parcellaires, immédiates mais non payantes à longs termes. L’union fait la force, dit-on.

Un dernier argument encore plus surprenant dans ce domaine de géostratégie est celui développé par Lustgarten(35). Pour cet auteur, l’enjeu du Grand Inga n’est pas seulement continental, il est aussi un enjeu européen. En effet, ce barrage fournirait, via la ligne 4 (Fig. 1), son énergie électrique à l’Europe : «Le cas du Grand Inga est fascinant parce qu’il incarne le rôle de l’Afrique dans le nouvel impérialisme énergétique comme fournisseur d’énergie qui nous envoie de l’électricité brute de la même façon qu’elle nous a toujours envoyé du caoutchouc, des minéraux et du bois brut, ainsi que, il n’y a pas si longtemps, des esclaves». Il ne s’agit pas d’empathie envers les Africains. Son souci est ailleurs. Lustgarten exprime ensuite la crainte des Occidentaux en ces termes : «En mêlant des intérêts européens avec un nouveau réseau complexe d’engagements géopolitiques, la Commission Européenne nous lie de force avec des régimes que nous ne devrions pas soutenir et des régions dont nous ne comprenons, ni ne pouvons prévoir les politiques…En ce sens, la «sécurité» énergétique à court terme est synonyme d’une insécurité sociale, politique et militaire sur le long terme». Cette crainte est-elle justifiée face aux propres défis africains dans le domaine de l’énergie électrique ? La réponse est non ! Nous pensons que cet auteur fait une mauvaise lecture et une interprétation biaisée de la situation des populations congolaises d’abord et africaines ensuite. Pour lui, ce qui motive la construction du Grand Inga, hormis la perspective de profits massifs pour les entreprises (occidentales), c’est la peur des dirigeants de l’Union Européenne de manquer de l’énergie électrique. Il ignore complètement les besoins des Africains et de leurs dirigeants.

Dans sa tentative de prouver que l’électricité qui sera produite par Grand Inga ne profitera pas aux populations congolaises et africaines, M. Lustgarten use de la mauvaise foi, des fausses informations et d’un amalgame de données pseudo-scientifiques que seuls les spécialistes peuvent découvrir. L’auteur a écrit : «En 1998, Energoinvest, une société yougoslave(…) a construit un petit barrage appelé Mobayi Mbongo pour alimenter la ville de Goma à l’Est de la RDC». Faux ! Tous les Congolais savent que le barrage de Mobayi Mbongo a été construit en 1989 dans la province de l’Équateur pour alimenter en électricité la ville de Gbadolite en R.D. Congo et la ville de Mobayi-Banga en République Centrafricaine dans le Nord-Ouest de la R.D. Congo (et non pas, comme l’a écrit M. Lustgarten, la ville de Goma qui elle, est située à plus de 1000 km de Mobayi-Mbongo dans l’Est du pays) ! L’auteur parle ensuite de «carnage environnemental que provoquerait la percée à travers la jungle du chemin pour la ligne de transport d’électricité», de l’importance écologique exceptionnelle que revêt la forêt tropicale congolaise avec ses 270 espèces de mammifères dont 39 (spécifiques) endémiques comme l’okapi, le buffle des forêts, la très rare antilope bongo, l’éléphant de forêt, avec le paon congolais ou avec ses 10 000 espèces de plantes dont 3 300 (spécifiques) endémiques à cette région, etc. Ce que l’auteur ne dit pas, c’est que, d’une part, ces espèces animales et végétales occupent des zones géographiques bien déterminées que le tracé des lignes de transport du courant pourra éviter, et d’autre part, elles n’ont même pas été recensées dans la région d’Inga. En outre, l’expérience a montré que «le carnage» qu’il redoute ne s’est jamais produit et ne se produira pas. En effet, la ligne électrique Inga-Kolwezi-Zambie n’a pas causé «un carnage environnemental».

Ailleurs, par exemple au Canada, les lignes de transport de courant continu (735 kV) depuis les barrages de la Grande Rivière située au Nord de la province du Québec jusqu’à Boston dans l’État de Massachussetts/USA (soit une distance de 1 480 km) n’ont pas provoqué «un carnage» des animaux caractéristiques de l’Amérique du Nord tels que les ours, les castors, les orignaux, les bisons, les caribous ni les cerfs ! Toute cette inflation verbale est destinée à créer une psychose dans la population, susciter l’adhésion à ses idées des groupes de pression environnementalistes occidentaux et, en définitive, démotiver les éventuels bailleurs de fonds intéressés par le financement du Projet Grand Inga.

En outre, ce qu’il faut savoir (que l’auteur ne dit pas non plus), c’est que les chemins pour les lignes électriques ne constituent pas une barrière physique infranchissable pour ces animaux. À ce sujet, les activistes environnementalistes ont un discours sélectif. C’est le cas par exemple de l’ONG Équiterre (un groupe d’activistes environnementalistes du Québec/Canada) dont le président et cofondateur, M. Sidney Ribaux(36), souhaitait dans un article publié le 15 février 2016 que le Gouvernement fédéral du Canada prévoie «des investissements dans les infrastructures vertes comme les lignes de transport Est-Ouest pour exporter l’électricité propre de la Colombie Britannique, du Manitoba et du Québec vers l’Alberta, l’Ontario et les Maritimes». Le Canada s’étale d’un océan à l’autre. Une ligne de transport du courant électrique partant par exemple de la centrale hydroélectrique Robert Bourassa (à Radisson, Nord du Québec) à la ville de Vancouver (Colombie Britannique) couvrirait une distance de 4 809 km (en suivant la route existante) ou une distance de 3 679 km à la ville d’Edmonton (Alberta). Ces distances ne sont pas différentes de celles proposées pour le développement du Grand Inga. En effet, de Matadi (R.D. Congo) à Alexandrie (Égypte), la ligne de transport du courant électrique proposée couvrirait une distance de 4 474 km. Si cette ligne devait, par exemple, amener l’électricité en Europe par la région de Ragusa (Italie), elle aurait à parcourir 4 764 km en ligne droite ou 7 936 km en suivant la route transafricaine (Matadi-Rép. du Congo-Gabon-Cameroun-Nigeria-Niger-Algérie-Tunisie-Italie). Dans le cas du Canada, ni Équiterre ni Counter Balance ni les autres groupes activistes anti-Grand Inga n’ont jamais invoqué le «carnage environnemental» ni l’importance écologique de la forêt ni celle de la faune caractéristique de cette région nordique.

Enfin, tout ce que nous pouvons prédire avec assurance, c’est que si on ne fournit pas à temps de l’énergie électrique aux populations congolaises et africaines, on pourrait assister sans aucun doute à la disparition de toute cette merveilleuse biodiversité au nom de laquelle les opposants au Projet Grand Inga dépensent tant d’énergie et d’argent. En effet, sa surexploitation va atteindre des sommets inégalés à cause de la «bombe démographique africaine» qui pointe à l’horizon 2040 (soit, selon les statistiques mondiales de l’ONU(49), 2 milliards d’habitants dont seulement 25 % ont accès à l’électricité aujourd’hui !).

2.2. Deuxième argument : Grande faiblesse de la gouvernance et l’insécurité

La grande faiblesse de la gouvernance et l’insécurité de la R.D. Congo ont été reconnues par tous ses partenaires. Cependant, cette situation, condamnée par les Congolais, premières victimes innocentes, a des causes exogènes à presque 90 %. En effet, depuis novembre 1965, les Congolais n’ont jamais choisi librement leurs dirigeants : J-D. Mobutu, L.D. Kabila, J. Kabila-1, J. Kabila-2. Opposer cet argument au financement du Projet Grand Inga relève d’un cynisme ou de manque d’empathie à l’égard du peuple congolais. Les Grandes Puissances dans leur lutte pour contrôler la R.D. Congo, pays en voie de développement, ou pour avoir accès aux matières premières dont regorgent son sol et sous-sol, ont toujours imposé des dirigeants (tous autodidactes jusqu’à ces jours) à la tête de ce pays. Si ces derniers se révèlent incapables, juste bons pour protéger leurs intérêts pendant que les institutions démocratiques, les outils démocratiques de gestion sont détruits ou négligés, nous pensons qu’il revient à ces mêmes Grandes Puissances de leur faire entendre raison, si non de leur montrer la voie de sortie. Comment peut-on armer un dictateur et son équipe de prédateurs et espérer voir le peuple souverain les combattre à mains nues ? On ne peut pas sacrifier le Projet Grand Inga sur la base de cet argument. Si la gouvernance et la sécurité laissent à désirer en R.D. Congo, c’est aussi à cause de nombreux ONG étrangers et agences de la MONUSCO et leurs multitudes de programmes qui sapent l’action des gouvernants, les infantilisent, les fragilisent et les empêchent de prendre leurs responsabilités devant la nation.

Heureusement, l’équipe dirigeante actuelle en R.D. Congo passera comme sont passés les autres autodidactes qui ont été propulsés à la tête de ce pays. L’insécurité n’est pas congénitale, elle sera résolue par la prochaine génération des dirigeants congolais, plus visionnaires. La population congolaise doit être sortie de l’obscurité, de la pauvreté et de la faim grâce à l’accès à l’énergie électrique que seul le Projet Grand Inga peut fournir avec le moins d’impact environnemental possible. La communauté internationale a le devoir moral de soutenir ce peuple qui, depuis sa colonisation, n’a jamais profité des richesses de son pays. Certains auteurs, versant dans l’irrationnel, ont même parlé de la «malédiction des matières premières»(37). Nous déclarons avec force qu’il n’y a pas de malédiction, il n’y a que prédation sans état d’âme et complicité !

2.3. Troisième argument : Destruction de l’écosystème fluvial

Plusieurs arguments relatifs à l’atteinte à la biodiversité aquatique, plus particulièrement les poissons du fleuve Congo, ont été avancés :

– Pour Bosshard, P. (2014), Directeur des politiques de l’ONG américain «International Rivers», le fleuve Congo va connaître «une mort en mille coupures» (Fig. 3)(38). Cet argument est faux et relève de la désinformation et nous allons le prouver ci-dessous.

– Nous avions, dans la première partie de cette analyse, signalé que nous avions quitté le groupe d’experts en Biodiversité des poissons d’eau douce qui devait produire un travail collectif sur les grands barrages. Ces experts viennent de publier les résultats de leur travail collectif sous le titre «Balancing hydropower and biodiversity in the Amazon, Congo, and Mekong» (littéralement «Équilibrer la biodiversité et l’hydroélectricité dans les bassins hydrographiques de l’Amazone, du Congo et du Mékong») (Fig. 4)(39). Depuis le 08 janvier 2016, ce travail a été largement diffusé dans les médias francophones sous le titre «Les grands barrages hydroélectriques menacent la biodiversité» (40). Malgré d’étroites relations entre certains de ces experts et nous, nous ne pouvons pas partager, au nom de la même Science, leur point de vue exprimé dans les résultats qu’ils viennent de publier. Et nous avions eu raison de débarquer de l’équipe. Pourquoi ? Ils ont comparé le fleuve Congo à deux autres grands fleuves, l’Amazone et le Mékong, en fonction du nombre de barrages en fonction et en projet. Nous les résumons dans le tableau ci-dessous. Peut-on, à la lecture de ces données, adopter un discours éco-catastrophiste et alarmiste sur l’ajout d’un seul grand barrage sur le fleuve Congo ?

Le Brésil (principal pays du bassin de l’Amazone) et la Chine, le Laos, la Thaïlande et le Cambodge (bassin du Mékong) ont tous un degré de développement de loin supérieur à celui des pays du bassin du Congo (R.D. Congo, République du Congo, République Centrafricaine, Gabon, Cameroun, Rwanda, Burundi, Tanzanie, Zambie et Angola). On ne peut pas, au vu de cette comparaison, comprendre la logique sur laquelle se fondent les campagnes contre le Grand Inga. Winemiller et al., (op. cit.) ont aussi publié dans leur article trois cartes de distribution géographique de ces barrages (Fig. 4).

Trois observations majeures peuvent être faites :

– Le bassin du Congo (plus particulièrement la R.D. Congo) est dans l’obscurité par rapport aux pays des autres bassins quand on compare la distribution des barrages en fonction (Points blancs sur la fig. 4) ;

– En dehors des Centrales d’Inga 1 et 2, il n’y a aucun autre barrage sur le cours principal du fleuve Congo ;

– Le faible nombre d’espèces de poissons endémiques de la région des rapides du Cours inférieur du fleuve Congo (24) ne peut pas à lui seul justifier le rejet de la mise en valeur de ce site unique au monde de par son potentiel énergétique (Fig. 4).

Donc, contrairement à l’Amazone et au Mékong, le fleuve Congo n’a qu’un seul barrage sur son cours principal, le barrage des centrales Inga 1 et 2 (Fig. 4)(39). Cette information réfute l’argument de Bosshard(38) selon lequel le Fleuve Congo mourra en mille coupures. Même si l’on construisait toutes les phases du Grand Inga (Inga 3 à Inga 8), le fleuve Congo ne sera jamais mis en mille morceaux ! Et il ne mourra pas !

Les Congolais qui s’intéressent à ce domaine se souviennent de M. Peter Bosshard, il est le premier signataire de la lettre adressée au Secrétaire d’État américain John Kerry pour lui demander de faire bloquer le financement de la construction du barrage d’Inga 3 par l’USAID le 20 décembre 2013 (lire cette lettre en ligne http://www.internationalrivers.org/resources/civil-society-letter-calling-on-us-not-to-support-inga-3-dam-8197). Dans cette lettre, les huit signataires (Peter Bosshard et Rudo Sanyanga de International Rivers ; Joshua Klemm de Bank Information Center ; Randy Hayes de Foundation Earth ; Maurice Carney de Friends of the Congo ; Karen Orenstein de Friends of the Earth US ; Daphne Wysham de Institute for Policy Studies et Ben Collins de Rainforest Action Network) avancent un autre faux argument : «Le barrage d’Inga 3 aura probablement un impact sur les pêcheries endémiques du fleuve Congo». Il y a des poissons endémiques dans les rapides et chutes d’Inga, mais, il n’y a pas de pêcheries endémiques dans cette partie du fleuve Congo. Les uniques et célèbres pêcheries endémiques connues sur le fleuve Congo sont les pêcheries des Wagenia dans les Chutes Boyoma (ex-Stanley Falls, Fig. 5) qui s’étendent d’Ubundu à Kisangani.

– Un autre argument avancé par les opposants au Projet Grand Inga assure que «les centrales hydroélectriques ont un impact négatif bien connu sur les populations de poissons migrateurs. Elles constituent des obstacles qui isolent les populations les unes des autres et empêchent le déplacement des espèces migratrices. Leur construction aboutit souvent à une diminution du nombre d’individus et à une perte de diversité»(39). Cet argument avait été aussi formulé par le PNUE en ces termes : «du fait de leur envergure et de leur hauteur, les installations du Grand Inga constitueraient une barrière permanente et insurmontable pour les poissons migrants : de ce fait, l’écosystème du fleuve Congo serait divisé en deux parties. Cela aurait des impacts multiples, dont une diminution générale de biodiversité»(40).

Si cette affirmation est vraie pour le Mékong, elle nous semble fort douteuse et ne devrait pas être prise en compte pour le fleuve Congo, et plus particulièrement pour la région d’Inga. À notre connaissance, les informations disponibles ne signalent pas l’existence des poissons migrateurs dans le fleuve Congo ni dans son cours inférieur où se trouve le site d’Inga. D’ailleurs, le profil morphologique du cours inférieur du fleuve Congo permet de douter de l’existence des poissons migrateurs en ce lieu (Fig. 6). Au vu de la localisation du site d’Inga sur ce profil, quelles sont les espèces de poissons de cette partie du fleuve qui sont adaptées à pratiquement «escalader» par nage environ 163 m de hauteur qui séparent Matadi (7,50 m d’altitude) d’Isangila (170,61 m) ? On n’en a pas encore découvert !

Contrairement à ce qui est avancé par Winemiller, K.O. et al.(33) et le PNUE, ces rapides constituent plutôt une grande barrière naturelle à toute migration des poissons, qu’ils soient d’eaux saumâtres ou d’eaux douces. En effet, l’étude zoogéographique du bassin du fleuve Congo permet d’y reconnaître trois régions naturelles : le Cours supérieur du fleuve Congo (Lualaba) séparé naturellement du Cours moyen (Moyen Congo) par les Rapides et Chutes Boyoma, ce cours moyen est à son tour séparé du Cours inférieur (Bas-Congo) par de nombreuses chutes et rapides depuis les Chutes de Kintambo à la sortie du Pool-Malebo jusqu’aux Rapides de Kasi, derniers rapides du site d’Inga(41,42,43). Nous même avions pu confirmer ces trois régions en étudiant la distribution géographique des espèces de poissons du genre Labeo, un cyprinidae largement représenté dans ce bassin(44).

Roberts et Stewart(43) avaient identifié 134 espèces de poissons dans les rapides du Cours inférieur du fleuve Congo dont 13 strictement au site d’Inga (Fig. 6). Ce sont les espèces suivantes : Brycinus comptus (Roberts&Stewart,1976) (Alestidae), Varicorhinus macrolepidotus Pellegrin,1928 (Cyprinidae), Chrysichthys dendrophorus (Poll,1966) (Bagridae), Doumea alula Nichols&Griscom,1917 et Phractura lindica Boulenger,1902 (Amphiliidae), Heterobranchus longifilis Cuvier&Valenciennes,1840 (Clariidae), Synodontis caudalis Boulenger,1899 (Mochokidae),Hemichromis bimaculatus Gill,1862, Lamprologus mocquardi Pellegrin,1903, Nanochromis consortus Roberts&Stewart,1976 et Steatocranus glaber Roberts&Stewart,1976 (Cichlidae), Caecomastacembelus aviceps (Roberts&Stewart,1976) (Mastacembelidae), Tetraodon mbu Boulenger,1899 (Tetraodontidae). Les photos de ces espèces peuvent être observées sur le site de l’AMNH-New York (Congo Project) ou sur le site de l’Africamuseum-Tervuren (ex-MRAC).

Donc, le fleuve Congo est déjà scindé par deux barrières naturelles en trois parties, caractérisée chacune par un nombre plus ou moins important d’espèces endémiques selon les familles de poissons.

En quoi un barrage hydroélectrique, érigé ici au sein d’une barrière naturelle, constituerait-il une grave menace pour la biodiversité, voire une catastrophe pour l’environnement, comme largement diffusé dans les campagnes par les activistes-opposants au Projet Grand Inga ? Il y a certainement une exagération excessive de la dite menace théorique comparativement aux menaces réelles dans le bassin du fleuve Congo.

Les concepteurs du barrage Grand Inga ont déjà pensé à atténuer cette menace pour les espèces locales. En effet, d’après le Dr Igr Nzakimuena (comm. pers., août 2015), dont l’expertise dans la conception des aménagements hydroélectriques est reconnue au Canada et ailleurs et ayant participé aux études de faisabilité de la dernière version du barrage Grand Inga qui a été acceptée par le gouvernement congolais, ses partenaires et les bailleurs des fonds, les nouvelles techniques permettent de minimiser au maximum l’impact de cette structure sur les organismes aquatiques. Il y a d’abord les passes à poissons (ou échelle à poissons pour les très rares poissons en montaison, en supposant qu’il en existe dans le fleuve Congo). Mais, Winemiller, K.O. et al. (39) avancent que ces passes à poissons, qui fonctionnent très bien dans les pays du Nord, ne seraient pas efficaces dans les pays du Sud. Naïvement, nous serions tenté de poser la question suivante : «Pourquoi les poissons migrateurs du fleuve Congo (encore faut-il qu’il y en ait !) ne seraient-ils pas capables, comme les poissons des fleuves du Nord, d’emprunter une passe aménagée dans le barrage ?» Aucune explication n’est fournie pour soutenir cette allégation. Il y a ensuite, selon l’Igr Nzakimuena, le grand diamètre des turbines qui seront installées dans les nouvelles centrales. Ce grand diamètre permet de réduire sensiblement la vitesse de rotation des turbines, il en résulterait donc une baisse significative de la mortalité des poissons pendant leur dévalaison.

Un autre argument soutient que l’érection d’un barrage sur le cours principal du fleuve Congo «entraînerait la rétention d’un énorme volume des fins sédiments charriés par le fleuve. Ces sédiments sont la base alimentaire de l’écosystème local et des poissons en aval, au niveau du Parc national de la Mangrove, de l’embouchure du fleuve et des parties adjacentes de l’océan Atlantique. Les conséquences sont difficiles à prédire, mais seront assurément négatives»(39,40,45). Pour Bernhard Wehrli, «Le site d’Inga au Congo recèle un énorme potentiel car il correspond à des chutes d’eau, mais il a l’inconvénient d’être placé relativement près de la mer, ce qui est défavorable pour les poissons(39)».

Quelques observations permettent de réfuter cet argument. Les eaux du réservoir ne seront pas stagnantes, elles seront toujours en mouvement et remises dans le lit du fleuve en aval des centrales après avoir livré leur potentiel énergétique (Temps de rétention estimé à 18 heures)(46). Certes il y aura, suite à la diminution de la vitesse du courant dans le réservoir et à l’inondation en amont (effet de remous), un dépôt d’une partie des sédiments. Mais, il est prévu des mécanismes pour remettre ces sédiments en circulation notamment le dragage comme c’est le cas aujourd’hui avec le barrage d’Inga 1 et 2. Cette réduction des apports organiques à l’Océan Atlantique a été estimée par le bureau d’études d’Artelia-France à ±10 % (± 50% de la charge en matières organiques particulaires (MOP))(46). En outre, contrairement à ce qu’avance Bernhard Wehrli(39), le fleuve parcourt une distance de plus de 300 km du site d’Inga à l’Océan, distance largement suffisante pour permettre aux eaux de reconstituer grandement leur stock en matières organiques particulaires.

En ce qui concerne le Parc national de la Mangrove, la grande menace qu’il court ne viendra pas du barrage Grand Inga (Inga 1 et 2 n’ayant eu aucun impact visible sur ce parc). La grande menace vient plutôt de la pollution chimique à grande échelle provenant des entreprises multinationales qui exploitent le pétrole (énergie fossile très nuisible à l’environnement) comme nous avions pu l’observer personnellement en 1988 déjà, et de la surexploitation sauvage de sa biodiversité par la population autochtone, sans respect des normes fixées par les lois du pays. Cette pollution a été dénoncée par les ONG de Moanda dans la province du Bas-Congo(27). Elle n’a jamais été ouvertement condamnée par les activistes-opposants à Grand Inga ni dans la littérature scientifique en Occident alors que beaucoup de Scientifiques occidentaux ont sillonné tout le bassin du Congo.

Enfin, il y a deux éléments essentiels dont les activistes-opposants au Projet Grand Inga ne prennent jamais en ligne de compte : 1)- Le réservoir qui sera créé par le barrage va accroître le potentiel de pêche dans la région, les poissons locaux profitant d’un important apport de nutriments ; 2)- Le réservoir va rendre possible une navigation sur une distance de ± 150 km en amont, de Mpioka jusqu’à Inga, zones présentement inaccessibles par le fleuve à cause des chutes et rapides. Ainsi, de nombreux petits villages seront désenclavés, accroissant du coup les activités socio-économiques dans la région. Tous ces éléments ont été largement développés et présentés au gouvernement congolais, ses partenaires et les organismes bailleurs des fonds(41). Malheureusement, les opposants n’y prêtent aucune attention, ce qui confirme notre hypothèse : leur objectif est d’asseoir une idéologie plutôt qu’à protéger les intérêts de la population congolaise et à sauver la biodiversité.

Enfin, un autre argument pour le moins surprenant a été avancé par Winemiller(39) en ce qui concerne les espèces de poissons endémiques des rapides du Rio Xingu, un important affluent de l’Amazone. L’auteur signale que «ces espèces, qui sont pêchées et vendues à l’étranger comme poissons d’ornement, sont menacées par le projet hydroélectrique de Belo Monte». Cet argument vise-t-il à sauvegarder l’intégrité du cours d’eau et sa biodiversité ou à protéger le commerce à l’étranger des espèces endémiques du Rio Xingu ? Selon notre point de vue (discutable), la présente menace des espèces de poissons endémiques du Rio Xingu est celle due à leur surexploitation afin de répondre à la demande des aquariophiles en Amérique, en Europe, en Australie et au Japon. Mais l’auteur ne signale pas le cas d’exportation, sans aucun contrôle, des espèces de poissons d’aquarium du bassin du Congo (un de grands fournisseurs mondial des poissons d’aquarium) dont la pêche ne rapporte presque rien aux autochtones ni à l’État congolais mais dont la vente sur le marché international fait de 1 à 3 milliards de dollars de chiffres d’affaire !

2.4. Quatrième argument : Destruction de l’écosystème terrestre

Contrairement à la biodiversité des poissons, la biodiversité de l’écosystème terrestre de la région du site d’Inga n’a pas une caractéristique particulière. La végétation dominante est une savane herbacée et arbustive, résultant de la géologie, de l’exploitation forestière passée et des feux de brousse(46). On note aussi de nombreuses galeries forestières le long des rivières et dans les vallées profondes.

Selon les experts qui ont mené les études d’impact environnemental et social (EIES), il n’y a pas à proximité du site d’Inga des espèces végétales à statut particulier ni de formations forestières protégées (Fig. 7, 8).

Dans les vallées des affluents du fleuve Congo dans la région du site d’Inga, on note une importante déforestation qui a quasi décimé les formations forestières comme le montrent les photos ci-dessous empruntées (malheureusement) à «International Rivers», un ONG américain qui mène une campagne virulente contre le Projet Grand Inga sur le terrain au Congo et en Occident (Fig. 9,10 et 11).

Ces zones à faible biomasse seront inondées lors de la construction du Grand Inga. Les études d’impact socio-environnemental recommandent leur défrichement avant mise sous-eau afin de diminuer les effets de leur décomposition(46) et répondre aux critiques des climato-alarmistes. Cependant, inondées ou non, ces formations forestières sont de toute façon condamnées à disparaître suite à la pression exercée par une démographie galopante qui utilise cette biomasse comme unique source d’énergie. À Mvuzi, Lubuaku, Lundu, (Fig.10, 12) et partout ailleurs dans le Bas-Congo, la majorité de la population utilise le bois ou le charbon de bois comme source d’énergie.

La figure 12 ci-dessous délimite la zone d’environ 172 km2 qui sera inondée et dont le pauvre couvert végétal sera touché. Comme on le constate, la collecte du bois de chauffe et «la coupe à blanc» des arbres pour fabriquer du charbon s’effectue au détriment de la forêt et réduit la biodiversité végétale. Cette situation n’est pas propre à la province du Bas-Congo, elle concerne tout le pays.

À titre d’exemple, les forêts péri-urbaines de la ville de Matadi et de la ville de Kinshasa ont disparu. Dans la province du Kasaï-Oriental, la ville de Muene-Ditu (littéralement «celui de la forêt») n’a plus rien de forêt que le nom, sa grande formation forestière ayant été décimée pour faire face à la grande demande en énergie due à la croissance démographique et pour alimenter la ville de Mbuji-Mayi en charbon de bois. Dans la province du Katanga, la forêt typique de Miombo qui entourait cette ville n’existe plus pour les mêmes raisons. Ainsi, suite à cette surexploitation, de nombreuses essences végétales ont disparu dans les savanes de nombreuses provinces de la R.D. Congo. Leur disparition a entraîné aussi celle de certaines espèces de mammifères, d’oiseaux et même de chenilles qui contribuaient pour 40 % à l’apport en protéines animales.

Dans le Bas-Congo particulièrement, Paul Latham y avait inventorié 38 espèces différentes de chenilles comestibles dont 25 étaient identifiées scientifiquement (Pl.1). Cette grande biodiversité est fortement menacée de disparition si la population continue d’exploiter les arbres nourriciers(48).

Donc, la véritable menace de la grande biodiversité de l’écosystème terrestre dans la région du site d’Inga ne viendra pas du Grand Inga. Le danger vient plutôt de la pression exercée par la forte demande en énergie et en protéines animales. Mais aussi, comme déjà signalé ci-dessus, des compagnies pétrolières. Encore une fois, seule la mise en valeur du potentiel du site d’Inga permettra de sauver cette biodiversité, mieux que ne le prétendent ceux qui s’y opposent, non pas seulement dans la région d’Inga, mais aussi partout au Congo et en Afrique.

Conclusion partielle

En guise de conclusion partielle à cette deuxième partie de notre analyse, nous reprenons ce résumé exposé au point 2 ci-dessus. «La majorité des arguments développés par les activistes-opposants au Projet Grand Inga, au lieu d’être purement scientifiques ou tout simplement objectifs, véhiculent plutôt une idéologie et sont de nature à porter atteinte à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de la R.D. Congo…Certains arguments sont totalement erronés, ne correspondant à aucune réalité de terrain sur le site d’Inga, ils relèvent tout simplement d’une virulente campagne de désinformation massive. Certains autres sont tirés des études effectuées sur d’autres continents et appliqués au site d’Inga sans aucune réévaluation in situ. D’où le doute qu’ils suscitent auprès des Congolais et des Africains qui suivent ce dossier. Enfin, d’autres arguments, bien que fondés, sont intentionnellement exagérés face aux énormes bénéfices que les populations autochtones de la région d’Inga, toutes les populations de la R.D. Congo et de l’Afrique entière pourraient tirer de la mise en valeur de ce gigantesque potentiel énergétique». La suite de cette étude sera publiée prochainement dans la Partie 3.

References

– (1) PNUD, 2000: World energy assessment report. http://stone.undp.org/undpweb/seed/wea/pdfs/chapter1.pdf.

– (2) PNUD, 2004. Abeeku Brew-Hammond & Anna Crole-Rees : Améliorer les conditions de vie en milieu rural par l’accès à l’énergie Une revue de la plate-forme multifonctionnelle au Mali.

– (3) PNUD : Infrastructures et énergie / http://www.cd.undp.org/siteonudossierspdf/INFRA.pdf.

– (4) Kayizzi-Mugerwa, Steve, Chef Économiste et Vice-Président du Groupe de la BAD, nov. 2015. http://www.cd.undp.org/content/rdc/fr/home/presscenter/articles/2015/11/02/pauvret-et-in-galit-s-notre-conscience-collective-est-interpell-e-.html.

– (5) Union Africaine, Banque Africaine de Développement, Fonds Africains de Développement et NEPAD. «Programme pour le développement des infrastructures en Afrique (en sigle PIDA) : Interconnecter, Intégrer et Transformer un continent. http://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Project-and-Operations/PIDA.

– (6) Katshingu, K.R., 2015. Du miracle rwandais au paradoxe congolais (RDC). De la pauvreté à l’émergence économique. Coll. Études Africaines, Éd. L’Harmattan, Paris. 324p.

–(7)https://sustainabledevelopment.un.org/commitments_se4all.html;http://www.un.org/en/ga/ search/view_doc.asp?symbol=A/RES/67/215.

– (8) Aide-Mémoire BAD-RDC. Mission conjointe de Préparation du Projet d’Assistance Technique à la Mise en Valeur du Potentiel Hydroélectrique d’Inga et d’Appui au Développement de l’Accès à l’Électricité. Du 08 au 16 Avril 2013. Signé le 08 mai 2013 à Kinshasa.

– (9) Taithe, A., 2012. Les enjeux et effets induits attendus des grands investissements énergétiques : Projets hydroélectriques. Observatoire des Grands Lacs en Afrique, note n°6, novembre 2012. Analyse publiée avec le soutien des organismes suivants : Délégation aux Affaires Stratégiques (DAS), Fondation pour la Recherche Stratégique et Institut Français de Recherche en Afrique (IFRA)/Nairobi.

– (10) Kapandji Kalala, B., 2014. Inga 3 au service de l’Afrique : Défis et Perspectives. Présentation à la 2e édition de la Conférence minière de la RDC à Goma. 21 diapositives.

–(11) Léon, A. et Porhel, R., 2012. La gestion de la multi-appartenance, une nécessité pour poursuivre la stratégie régionale dans l’Afrique des Grands Lacs. Observatoire des Grands Lacs en Afrique, note n°3, juin 2012. Analyse publiée avec le soutien des organismes suivants : Délégation aux Affaires Stratégiques (DAS), Fondation pour la Recherche Stratégique et Institut Français de Recherche en Afrique (IFRA)/Nairobi.

–(12) Chontanawat, Jaruwan, Lester C. Hunt and Richard Pierse, 2008. « Does energy consumption cause economic Growth? Evidence from a systematic study of over 100 countries », Journal of Policy Modelingé, 2008.

– (13) Quoilin, S., 2008. Énergie et Développement : Quels enjeux ? Université de Liège. Institut des sciences humaines et sociales, Belgique.

– (14) PNUD, octobre 2014. Cadre d’accélération de l’objectif du Millénaire pour le Développement. http://www.cd.undp.org/content/dam/dem_rep_congo/docs/MDG/UNDP-CD-ODM-cadre-dacceleration-cible3.pdf.

– (15) K ankwenda Mbaya et Mukoka Nsenda (eds), 2013. La République Démocratique du Congo face au complot de balkanisation et d’implosion, Kinshasa- Montréal-Washington : Ed. ICREDES.

– (16) Onana, C., 2009. Ces tueurs tutsis. Au cœur de la tragédie congolaise. Éd. Duboiris, Paris.

– (17) Sanyanga, R. 2014. Community Petition from the DRC Delivered to the World Bank. http://www.internationalrivers.org/fr/blogs/266, 10/03/2014.

– (18) Bosshard, P., Sanyanga, R., Klemm, J., Carney, M., Wysham, D., Hayes, R., Orenstein, K., and Ben Collins; December 20th 2013. « USAID Support for Grand Inga Phase A Project». Letter to the Honorable John Kerry, Secretary of State, The State Department, Washington, D.C. www.internationalrivers.org.

– (19 ) Kongotimes.info, 19 Février 2014 – Victoire des ONG : Washington tourne le dos au projet Inga 3 en RDC. http://afrique.kongotimes.info/eco_tech/7284-victoire-ong-washington-tourne-dos-rdc-desengage-projet-inga-congres-americain.

– (20) Esuluebe Wamihanda, A. 2011. Problématique sur la balkanisation en RDC : vers le dévoilement de la vérité !/Le Potentiel, 10 octobre 2010. http://www.digitalcongo.net/article/78884.

– (21) Tshibwabwa, S., 2015. Together, we can stop the Ubangi Project – We need your support. September 20th, 2015: http://www.desc-wondo.org.

– (22) Tshibwabwa, S., 2015. Afrique centrale : Pour plus de vision dans le dossier de Transfert des eaux du Bassin du fleuve Congo au Lac Tchad. Le Papyrus, Mensuel d’information sur la science et la technologie, no 13, Sept. 2015 : pp. 4-12 et en ligne : http://www.desc-wondo.org ; http://www.assomar.org.

– (23) Tshibwabwa, S., 2015. Le projet Transaqua : antidote au terrorisme de Boko Haram ou projet du moyen-âge ? En ligne : http://www.desc-wondo.org et http://www.assomar.org.

– (24) Tshibwabwa, S., 2014. Transfert des eaux du bassin du fleuve Congo au Lac Tchad : éléments pour une prise de décision éclairée. En ligne : http:// www.desc-wondo.org ; www.LePhareonline et www.assomar. org.

– (25)Boute-Mbamba, C., 2007. L’Oubangui, Le Lac Tchad et Nous – «Lettre ouverte à tous les Oubanguiens».

http://www.sangonet.com/ActuDo/trib/LTD1_CBM.pdf).

– (26) Boute-Mbamba, C., 2014. Oui, la rivière Oubangui peut disparaître.

http://afrique.kongotimes.info/afrique/afrique_centrale/8738-oui-riviere-oubangui-peut-disparaitre-problematique.html.

– (27) Tshibwabwa, S., 2015. Eau-Secours-Congo R.D. : Journée mondiale de l’Eau-2015. http:// www.desc-wondo.org.

(28) Likasi: Des personnes infectées par l’eau polluée de la rivière Panda http://www.congoindependant.com/article.php?articleid=10607.

– (29) PNUD. Mars 2014. Inauguration du siège de la Cellule Technique d’Appui à la Décentralisation (CTAD). https://www.youtube.com/watch?v=POa_M2CAnjA.

– (30) Yav Katshung, J. Juillet 2009. La «Décentralisation-Découpage» en RD Congo : Une tour de Babel ? Colibri http://joseyav.afrikblog.com/archives/2009/07/07/14319493.html.

– (31) Plan‐cadre des Nations Unies pour l’Assistance au Développement ‐ UNDAF 2013‐2017. Congo-DRC-UNDAF-2013-2017-FR.pdf.

– (32) http://www.un.org/fr/peacekeeping/missions/monusco/facts.shtml.

– (33) Misser, F., 2013. La saga d’Inga. Cahiers Africains no 83. Musée royal de l’Afrique Centrale. Éd. L’Harmattan, Paris. 221 p.

– (34) Châtelot, C., 2015. Il faut un plan Marshall pour électrifier l’Afrique. Entretien à Libreville (Gabon) avec Jean-Louis Borloo, ancien ministre de l’Écologie du gouvernement français. 03 Mars 2015. http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/03/03/il-faut-un-plan-marshall-pour-electrifier-l-afrique.

– (35)Lustgarten, Anders, 2012. Le cauchemar de Conrad- Le plus grand barrage du monde et le cœur des ténèbres du développement. Counter Balance. Bruxelles.27 p. http://cadtm.org/Le-cauchemar-de-Conrad. Contact: anders@bankwatch.org

– (36)Ribaux, S., 2016. La vérité n’est pas toujours facile à entendre. http://www.equiterre.org/choix-de-societe/blog/la-verite-nest-pas-toujours-facile-a-entendre; 15 févr. 2016

– (37) http://www.internationalrivers.org/resources/civil-society-letter-calling-on-us-not-to-support-inga-3-dam-8197.

– (38)Bosshard, P., 2014. Le fleuve Congo : une mort par mille coupures ? Les lacunes du projet d’évaluation de l’impact environnemental des barrages INGA sur le fleuve Congo Document préparatoire. International Rivers

– (39) Winemiller*, K.O. et al., 2016. Balancing hydropower and biodiversity in the Amazon, Congo, and Mekong. Science, Vol. 351, Issue 6269, pp. 128-129, 08 Jan 2016.
– (40) Du Brulle, C., 2016. Les grands barrages hydroélectriques menacent la biodiversité. http://dailyscience.be/2016/01/11/les-grands-barrages-hydroelectriques-menacent-la-biodiversite; http://www.aqueduc.info/Les-barrages-hydroelectriques; http://www.defisdvm.com/blog/la-biodiversite-tropicale-sous-la-menace-des-barrages;http://www.notre-planete.info/services/membres/noblok.php; http://www.journaldelenvironnement.net/article/barrages-hydroelectriques-la-biodiversite-en-peril,65682;

http://www.cms.int/fr/news/barrages-hydro%C3%A9lectriques-la-biodiversit%C3%A9-en-p%C3%A9ril; etc.

– (41) Poll, M.,1963. Zoogéographie ichtyologique du cours supérieur du Lualaba (Introduction à une zoogéographie ichthyologique causale du Katanga). Publs Univ. Elisabethv., 6 : 95-106.

– (42) Poll, M.,1973. Nombre et distribution géographique des poissons d’eau douce africains. Bull. Mus. natn. Hist. nat., (3) 150 (6) : 113-128.

– (43) Roberts, T.R. & D. Stewart, 1976. An ecological and systematic survey of fishes in the rapids of the Lower Zaire or Congo river. Bulletin of the Museum of Comparative Zoology, 147 (6) : 239-317.

– (44) Tshibwabwa, S., 1997. Systématique des espèces africaines du genre Labeo (Teleostei, Cyprinidae) dans les régions ichtyogéographiques de Basse-Guinée et du Congo. Vol. 1&2. Thèse de doctorat. Presses Universitaires de Namur, 530 p.

– (45) Agence Écofin, 2015. Inga, la solution pour éclairer (enfin) l’Afrique. http://www.agenceecofin.com/inga/2509-1421-inga-solution-pour-eclairer-enfin-l-afrique.

– (46) Yon, B., 2013. Atelier international de Présentation du Rapport de Faisabilité. Volume 4 : Étude d’Impact Environnemental et Social (EIES). Kinshasa-2013. AECOM-RSW International & EDF. Le Dr Bernard Yon est le Chef de Mission EIES chez Artelia Eau&Environnement, un bureau d’études français. Il avait mené les études d’impact environnemental et social du Projet Grand Inga en collaboration avec une équipe de Consultants congolais (Prof. J.M. Kinkela (Socio-économiste), Prof. S. Ifuta (Écologie Aquatique et Terrestre), Prof. D. Musibono (Qualité et Gestion de l’eau), A. Kikufi (Botaniste), Dr J.P. Olish et E. Mvika (Santé Publique), F. Mupwasa (Pêche continentale) et le R.P. Benjamin (Diocèse de Luozi) et les délégués de la SNEL : Prof. Igr L. Kitoko et Th. Khumbi Nkiet (Coordinateur)).

– (47) Asanzi, A., 2014. What Future for Inga 3-Affected Communities? July 31th 2014. http://www.internationalrivers.org/fr/blogs/337. Ange Asanzi est Assistante au Programme Afrique de l’organisme International Rivers. Congolaise d’origine, elle est utilisée par cet organisme pour mener une campagne contre le Projet Inga sur le terrain à Kinshasa et dans le Bas-Congo.

– (48) Latham, P., 2008. Les chenilles comestibles et leurs plantes nourricières dans la province du Bas-Congo. Publication produite dans le cadre d’un projet subventionné partiellement par le Département pour le Développement International (Department for International Development) de Grande-Bretagne pour le bénéfice des pays en voie de développement. 44 p. Paul Letham est Officier de l’Armée du Salut, c’est à ce titre qu’il a travaillé dans une mission humanitaire auprès des fermiers dans les villages du Bas-Congo.

– (49) http://www.statistiques-mondiales.com/afrique.htm.

Sinaseli TSHIBWABWA

Expertise en Biodiversité des Poissons d’eau douce d’Afrique&

Écologie des Eaux continentales

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