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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 09:01
RDC: les vices cachés des noms des rébellions «démocratiques»

RDC: les vices cachés des noms des rébellions «démocratiques»

Par Habibou BangréPublié le 04-12-2015

AFDL, MLC, RCD, CNDP, FDLR, ADF… Les noms des rébellions qui se sont succédées depuis vingt ans en République démocratique du Congo portent souvent des idéaux de démocratie et de liberté. Mais la réalité est plus dure : selon l’ONU et des ONG, ces groupes armés ont dévié de leur agenda et commis de graves crimes.

En 1996, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL) du Congo est entrée avec des troupes essentiellement rwandaises dans l’est de ce qui était encore le Zaïre, cette ancienne colonie belge, riche en ressources naturelles (minerais, bois, etc.). Son objectif : renverser le régime de Mobutu Sese Seko, arrivé au pouvoir en 1965 et qui, après avoir conduit le pays à son âge d’or, a ruiné l’État, étouffé les libertés et réprimé les opposants.

« L’AFDL était une coalition de partis politiques qui voulait faire la guerre pour libérer l’est du Congo. Mais le peuple nous disait d’aller jusqu’à Kinshasa, d’y aller et de prendre le pouvoir », raconte Jeannot Mwenze Kongolo, nommé ministre de la Justice après que les rebelles ont atteint leur but en 1997.

Laurent-Désiré Kabila, chef de l’AFDL où a aussi servi son fils, l’actuel président Joseph Kabila, a pris le pouvoir. L’armée rwandaise a profité de son incursion pour traquer des Hutus ayant participé en 1994 au génocide des Tutsis au Rwanda. Selon plusieurs rapports, elle a aussi tué des Hutus rwandais et congolais innocents, avec la complicité de l’AFDL.

Une instabilité chronique

L’est de la République démocratique du Congo souffre depuis vingt ans d’une instabilité chronique. Le bilan est très lourd : 617 crimes graves ont été commis de 1993 à 2003, selon le rapport Mapping du Bureau conjoint de l’ONU pour les droits de l'homme (BCNUDH) publié en août 2010.

Lors de la Deuxième Guerre, qui a impliqué jusqu’à neuf pays entre 1998 et 2003, le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, jugé à la Cour pénale internationale pour des crimes commis au début des années 2000 en République centrafricaine, en a occupé une large partie à l’Ouest, tandis que le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) gérait une vaste zone à l’Est.

Le MLC, soutenu par l’Ouganda, a pris les armes en priorité pour déloger l’AFDL qui « avait suspendu les activités des partis politiques, instauré le monolithisme et la suspension des acquis de la Conférence nationale souveraine » des années 1990, quand le pays s’était ouvert à plus de démocratie, explique Ève Bazaïba, secrétaire générale du parti issu de l’ex-rébellion.

« Aux grands maux, il faut de grands remèdes », poursuit-elle, réfutant les accusations de violations des droits humains : le MLC, deuxième parti d’opposition parlementaire, dispose du « soutien de la population sur toute l'étendue de la RDC sans contrainte aucune », soutient-elle. Alors, « si crimes il y avait, comment analyser cette sympathie de la population ? »

De son côté, le RCD, appuyé par le Rwanda, désirait privilégier « l’unité » du peuple congolais, commente Azarias Ruberwa, chef du parti, et qui fut vice-président avec Jean-Pierre Bemba pendant la transition post-conflit entre 2003 et 2006. La guerre du RCD était un « cas de force majeure » et il n’a « pas conçu un agenda pour procéder au pillage, au viol, aux massacres », insiste-t-il.

Aujourd’hui, des dizaines de groupes armés sévissent dans l’Est. Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et le Mouvement du 23 mars (M23), déchus, ont marqué la région. Fondés sur les ruines du RCD et soutenus par le Rwanda, ils revendiquaient la protection des populations tutsies congolaises marginalisées par Kinshasa et la lutte contre les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda(FDLR).

Un « habillage démocratique »

Les FDLR comptent dans leurs leaders des génocidaires et sont accusées d’exactions contre les Congolais. Des attaques ciblant les civils sont attribuées à une autre rébellion étrangère, l’Alliance des forces démocratiques (ADF), créée par des combattants musulmans ougandais et qui aurait notamment massacré environ 450 personnes depuis octobre 2014.

« Un agenda peut être démocratique, mais au-delà des vertus [affichées, NDLR], il y a des vices. Donc, si les choses ne sont pas bien contrôlées, on peut en arriver à une situation qui est antidémocratique », juge Azarias Ruberwa. Au final, « l’intérêt du peuple ne compte pas » pour les rebelles, dénonce de son côté un analyste congolais pour qui les groupes armés ont des « objectifs multiples » - exploitation illégale de ressources, protection ethnique, protection de fermes, maintien d'une zone d'influence au profit d'un État étranger - qu’ils légitiment par un « habillage démocratique ».

Un analyste européen précise qu’ils bénéficient « bien souvent » du soutien de la communauté qu’ils prétendent défendre, mais finissent par prendre de « mauvaises habitudes », comme le prélèvement de « taxes illégales. Surtout, leurs chefs se rendent compte qu'ils peuvent faire du business », ce qui favorise la « criminalisation » des groupes armés.

Certains craignent le pire

Joseph Kabila, arrivé au pouvoir en 2001, élu en 2006 et réélu en 2011, ne peut briguer un nouveau mandat en novembre 2016. Il doit ouvrir un dialogue national pour jeter les bases d’élections apaisées, mais l’opposition compte bouder les pourparlers, dénonçant un complot pour qu’il puisse, à terme, s’accrocher à son poste.

Si cette thèse se confirmait, l’opposition et l’influente Église catholique ont menacé d’invoquer l’article 64 de la Constitution, qui stipule que « tout Congolais [doit] faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation » de la loi fondamentale.

Certains craignent le pire : en janvier, plusieurs dizaines de personnes sont mortes dans la répression de manifestations contre un projet de loi qui risquait de prolonger le quinquennat de Joseph Kabila. Dans ce contexte, un observateur congolais redoute, lui, de « voir naître des groupes armés » qui se sentiraient « couverts par la Constitution ».

LDKabila

Comme on l’a toujours soutenu, l’attentat contre Mzee LD Kabila n’était pas un fait isolé. 14 ans après sa mort, outre des interrogations, des nouvelles informations dignes d’être considérées comme des révélations nous parviennent.

Des sources proches de services secrets rwandais, il nous revient que l’assassinat de Kabila était voulu comme un détonateur qui devrait mettre le feu à Kinshasa.

Selon un courrieur parvenu à notre rédaction, les troupes belges stationnées à Bangui et à Brazzaville sous prétexte d’évacuer les ressortissants belges, interviendraient pour maîtriser la situation. Pendant ce temps, Masire se préparait à Brazzaville pour être investi par la Monuc (Monusco aujourd’hui) comme administrateur de la Rdc. Ce pays serait ainsi mis sous la tutelle de l’Onu.

Pour en arriver là, il fallait que Kinshasa s’embrase, les Congolais s’entretuent. Des éléments en provenance de Brazzaville se mêleraient à la confusion. Des Rwandais préparés pour cette besogne ont été acheminés à Brazzaville à partir de Naïrobi au Kenya oů leurs mouvements ont commencé à inquiéter les autorités de ce pays. Tout a échoué grâce au calme que l’on doit au peuple congolais et surtout à l’intervention des alliés angolais et zimbabwéens qui ont maîtrisé la situation militairement.

Des menaces sur Kabila

Selon une source citant Colette Braeckman, le président L-D Kabila ne se doutait pas du danger qui le guettait. En décembre 2000, un de ses émissaires s’était rendu en Tanzanie, près de Kigoma oů on trouve beaucoup de réfugiés congolais. De ces camps des réfugiés, l’émissaire de L-D Kabila avait amené un rapport plein d’informations sur les préparatifs d’un coup contre lui. Le rapport, selon la même source, indiquait qu’il y avait parmi les réfugiés, des Congolais qui soutenaient le régime de Kinshasa. Parmi eux, on trouvait les anciens compagnons de maquis de L-D Kabila. Par contre, un autre groupe, composé des gens rejetaient aussi bien les Rwandais que le régime de Kinshasa. Pour eux, Kinshasa se serait arrangé avec les Rwandais pour l’occupation du Kivu. Ils estimaient donc que rien n’était fait pour libérer cette partie du pays. Enfin, on notait une minorité pro-rwandais au nom du Rcd, qui s’opposait au régime de Kinshasa.

Parmi ceux qui intoxiquaient la population en lui faisant croire que Kinshasa avait vendu le Kivu aux Rwandais, on citait quelques mobutistes dont Anzuluni Bembe ancien président de l’Assemblée mobutiste et Pay-Pay wa Siakasighe, ancien gouverneur de la banque du Zaïre. Ce dernier, signalait le rapport, aurait participé à une réunion à Stockholm qui avait pour but de restructurer politiquement les Kivutiens. Avaient également participé à cette réunion et partageaient l’idéologie du groupe, certains Congolais habitant les Etats-Unis d’Amérique. Leurs noms n’ont pas été cités. Toutefois, le rapport mettait l’accent sur un certain Dibinga wa Said, professeur de son état. L’apport de ce dernier avait consisté, selon notre source, à l’envoi au groupe qui se formait, des appareils de télécommunication par satellite.

On signale, c’est important que le lieutenant Rachidi, le garde du corps de Kabila qui avait tiré sur lui, avait des contacts avec ce groupe. Rachidi avait-il reçu de ce groupe de l’argent ou des armes ? Notre source reconnaît n’avoir aucune information précise à ce sujet. Rachidi avait-il agi à l’instigation de ce groupe ou bien y aurait-il d’autres ramifications à Kinshasa ? La source ne sait établir aucun lien précis. Kabila mort, la stratégie devrait se poursuivre. Mais…

La déstabilisation échoue

Par inspiration divine ou par expérience, la situation a été calmée, notamment par le fait que Kinshasa n’a pas annoncé brutalement la mort du chef de l’Etat. Certaines chancelleries occidentales, inconsciemment on intentionnellement, ont participé à la déstabilisation en annonçant brutalement une nouvelle que le gouvernement de Kinshasa n’avait pas annoncée officiellement. L’acharnement avec lequel cette nouvelle était donnée pouvait faire mettre ces pays sur le banc des accusés.

Beaucoup de Congolais ont accusé les médias qui n’ont fait que leur travail. Quand des sources aussi crédibles que les ambassadeurs, un vice-premier ministre, de surcroît ministre des Affaires étrangères de l’ancienne métropole, annoncent la mort d’un homme aussi important que le président de la Rdc, les médias ne peuvent que se ruer sur l’information comme des vautours affamés.

Au moment oů les coups de feu sont entendus au Palais de Marbre, notre source indique que d’anciens officiers de l’ex-Dsp (Division spéciale présidentielle), garde prétorienne de Mobutu basés à Brazzaville, commandés par un certain colonel Bahuma, se préparaient à traverser le fleuve afin que profitant du chaos jugé inévitable à Kinshasa, puissent se positionner pour la conquête du pouvoir. Pendant ce temps, à Brazzaville, d’autres mobutistes bien introduits dans les milieux de la sécurité et de renseignements civil et militaire, multipliaient les informations alarmantes. L’intervention de Louis Michel que l’on refuse de reconnaître comme intentionnelle, vient tomber sur un terrain bien préparé.

Le nom de Kayembe cité comme assassin de Kabila, participait, selon notre source à cette stratégie de provoquer la division entre Katangais et Kasaïens afin de mettre de l’huile au feu. L’autre geste du gouvernement belge qui va s’ajouter à cette stratégie de déstabilisation, c’est l’annonce par la Belgique de l’envoi des troupes pour évacuer ses ressortissants, alors que dès le lendemain de l’assassinat, les alliés rassureraient tout le monde en disant que la situation était sous contrôle.

Les moyens remis à cette force, dont des blindés étaient également de nature à alarmer les Congolais. L’autre geste du gouvernement belge, aussi significatif que les premiers, c’est l’arrêt de vol de la Sabena, compagnie aérienne belge. Même si la Belgique n’agissait que par précaution, ceux qui avaient monté le coup misaient sur ces actions qu’ils capitalisaient pour réussir leur stratégie de créer la panique à Kinshasa.

L’Angola et le Zimbabwe ont déjoué la manoeuvre en prenant en main la sécurité de la capitale. Pour réussir dans cette mission délicate, les alliés ont compté avec le calme du peuple congolais, calme qui traduit une maturité politique que les événements ont plus d’une fois démontrée. Il faut ajouter à cela l’attitude de la France qui, pendant ce temps, a refusé de jouer à l’affolement. Paris a refusé d’annoncer tout envoi des troupes pour évacuer ses ressortissants, tant que la situation était visiblement calme. Il aurait fallu que la France se mêle à la danse pour que tous les autres pays se bousculent à la porte de sortie et ç’aurait été des pillages et le chaos. Les Français avaient, selon nos sources, clairement fait comprendre qu’ils n’avaient aucune intention de couvrir les manoeuvres politiques par l’humanitaire.

Le Congo sous mandat de l’Onu

Son désaveu par Kinshasa a déclenché chez lui un instinct de protection tel que tout le monde se rend compte que Masire visait plus qu’une simple facilitation. L’homme avait reçu les assurances qu’il pouvait jouer à Bernard Krouchner en Rdc. Cela explique sa présence à Brazzaville au moment oů la situation à Kinshasa ne demandait pas sa présence dans les environs de la capitale congolaise.

Notre source signale qu’en plus des troupes belges, l’Onu se préparait à faire venir des bataillons sénégalais et marocains pour prendre position à Kinshasa le temps que Masire dans son rôle d’administrateur s’installe. On se demande si ces troupes ne finiraient pas de détaler comme au Rwanda en 1994 par laisser la place au Rcd. Car, pour Brazzaville, des soldats rwandais en exil pour la plupart des Tutsi qui gagnaient massivement cette ville, attendaient sauter sur Kinshasa. Selon Grands Lacs confidentiel qui conseille Kinshasa à surveiller Brazzaville, les soldats rwandais inquiétaient déjà les autorités kenyannes. En effet, on voyait de nombreux Tutsi venant du Rwanda et de l’Ouganda prendre des vols à Naïrobi pour des destinations finales peu connues. Leur nombre augmentait tellement que les Kenyans qui ont cherché à savoir ont découvert que ces Tutsi se rendaient à Brazzaville.

Même après l’assassinat de Kabila, ces mouvements continuent. Une autorité kenyanne qui s’est confiée à \ »Grands Lacs confidentiel\ », révèle que le projet d’attaque de Kinshasa est toujours au programme, car, précise-ton, il faut en finir avec ce qui reste du régime de Kabila. C’est dans cette perspective, qu’une autorité rwandaise non identifiée, a confié à notre source que le Rwanda et l’Ouganda préparaient une armée commune de 50.000 hommes pour lancer l’assaut sur Kinshasa.

L’attaque de Kinshasa, selon la même source, aurait pour rôle de jouer le kamikaze en comptant sur la victoire finale quel que soit le nombre de victimes qu’on peut compter dans ses rangs.

Certains pays occidentaux se chargeaient jusque-là de l’instruction de ces troupes. Comme quoi, Kinshasa n’est pas encore sécurisée comme le reconnaît Irin, une agence de presse pro-rwandaise qui affirme que l’avenir de la Rdc est encore incertaine. Pour lui, le schéma selon lequel le Rcd pouvait encore s’emparer du pouvoir à Kinshasa est possible. Car, pour lui, les agresseurs ne se retireront pas.

On ne voit pas, affirme cette agence, comment l’Ouganda pouvait renoncer au diamant de Kisangani. Et le Rwanda tient mordicus à la revendication de sa sécurité et considère que sa présence militaire en Rdc continuera à s’expliquer tant qu’il y aura des lnterahmwe et des ex-Far sur le territoire congolais.

Qui est un vrai obstacle à la paix au Congo et dans les Grands Lacs ? Aux lecteurs d’en juger.

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