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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 16:02
Dialogue politique - La dissolution du Parlement en gestation

Dialogue politique - La dissolution du Parlement en gestation

Le Potentiel, le 15 novembre 2015

Alors que rien sur le terrain ne rassure quant à sa tenue effective, le dialogue attise déjà la convoitise. Naïfs, la plupart de Congolais ne songent pas aux dessous des cartes. Des analystes sont formels : il y a un piège bien tendu autour de ce forum. Le scenario prévoit la nomination de 200 députés nationaux et 100 sénateurs pour constituer le nouveau Parlement de la transition. Ce qui ne peut être possible qu’après la dissolution du Parlement en exercice. La Majorité est-elle prête à tenter ce qui a tout l’air d’un saut périlleux ?

Se tiendra, se tiendra pas ? La question est sur toutes les lèvres alors que la première date qui a circulé sur la tenue du dialogue politique – le 15 novembre 2015 - est passée sans tambours ni trompette. Soit ! Rien n’est perdu, c’est une partie remise d’autant que cette date n’était pas encore officielle.

Dans les milieux proches de la Majorité présidentielle (MP) et d’une certaine opposition qui se veut plurielle, l’on continue à croire et à faire croire à l’opinion que ce forum aurait lieu, quoiqu’il en coûte. Le flottement autour de la date de la convocation de ce forum, rassure-t-on dans les rangs de la MP, ne serait que d’ordre protocolaire. Juste quelques réglages avant la convocation proprement dite de ces assises, censées déverrouiller le processus électoral.

Cette approche est vite rejetée par les non partisans de la thèse du dialogue. Ils y voient une stratégie du pouvoir pour gagner du temps en vue d’un éventuel glissement. Derrière le dialogue, nombre d’observateurs croient que la MP prépare un coup fourré pour contourner le verrou constitutionnel qui empêche son autorité morale de se représenter à la prochaine présidentielle de 2016.

Le schéma de la dissolution du Parlement

Selon des informations glanées dans quelques chancelleries et recoupées par des sources généralement bien introduites, le dialogue politique est un forum de dernière chance pour la MP. Les participants seraient suffisamment motivés pour jouer le jeu. Dans son puzzle, Etienne Tshisekedi, président de l’UDPS, est la clé du système. C’est en s’appuyant sur son adhésion au dialogue que la MP pense réaliser son rêve de glissement.

Il s’agit, en apparence, de montrer qu’il est très important pour toutes les parties congolaises de se mettre autour d’une table et d’éviter au pays de sombrer dans un nouveau chaos. Et, en contrepartie, les participants mis dans le coup pourraient obtenir des postes, pour les uns et des prébendes, pour les autres.

De bonne foi, peut-être, mais davantage par naïveté, la plupart de participants à ces assises, renseignent nos sources, n’auront été que des instruments entre les mains de la MP. Ils s’apercevraient, seulement sur le tard, du piège dans lequel ils seraient pris. Tout simplement parce que les dessous des cartes leur avaient échappé dès la case départ.

Nos sources soulignent que l’instrumentalisation, dont la plupart de ces participants auront été l’objet, consistera à endosser des résolutions et autres recommandations confectionnées à leur insu. Il s’agirait, entre autres, d’accepter une transition dont la durée ne pourrait pas dépasser trois ans ; d’entériner la nomination de nouveaux députés et sénateurs.

Devant la presse, le porte-parole de la MP, André Atundu, s’est presque lancé sur cette voie. Il a fait savoir que la MP travaillerait déjà pour une transition de deux à quatre ans. Un décor qui prépare l’atterrissage du forum politique. Et pour ce dernier cas, la Cour constitutionnelle serait une nouvelle fois mise à contribution. Comme celle-ci l’avait fait déjà en son temps en ce qui concerne la nomination des commissaires spéciaux à la tête de nouvelles provinces, elle pourrait autoriser, par le biais d’un arrêt ou d’un avis, la Majorité au pouvoir de renforcer la cohésion nationale par la nomination de nouveaux députés et sénateurs dont la plupart seront issus du dialogue politique.

Le piège sans fin aura marché à merveille et se poursuivrait sans anicroche, c’est-à-dire, sans que la communauté internationale y voie un inconvénient ; dans la mesure où l’on aura fait passer la pilule selon laquelle ce serait le fruit des négociations entre les principales forces vives congolaises. Grosso modo, la trame du scenario se présenterait de la manière suivante : la première étape serait le choix des parties au dialogue et de leurs délégués. La tâche sera facilitée par la pluralité et le dédoublement qui ont phagocyté autant les partis et regroupements politiques que les diverses plateformes de la société civile.

La deuxième étape consisterait à les laisser débattre en toute liberté pour sauver les apparences. Le moment venu, il sera procédé, de manière subtile, à leur bourrer le mou au point qu’ils seront mis devant un fait accompli sans grande difficulté. N’ayant plus de choix, ils seraient obligés de jouer le jeu jusqu’au bout, acceptant et endossant toutes les propositions de résolutions et recommandations devant sanctionner le dialogue politique.

La troisième étape, qui découle de la deuxième, serait le report des élections, la reconstitution d’une nouvelle Majorité au Parlement permettant ainsi l’adoption d’une nouvelle Constitution. Les informations en circulation font état de la nomination, au terme du dialogue, de 200 députés nationaux et 100 sénateurs pour constituer le Parlement de la transition. Le nouveau Parlement étant appelé à se transformer en chambre constituante pour l’élaboration et l’adoption de la nouvelle Constitution. Des sources généralement bien informées rapportent qu’un groupe de juristes, incluant des experts de l’Université de Liège en Belgique et de l’Université de Kinshasa, travaillent sur ce qui devrait être le projet de Constitution de la 4ème République.

L’étape finale sera couronnée par l’organisation d’un referendum populaire pour l’adoption de la nouvelle Constitution. Celle-ci est censée inaugurer la quatrième République, redonnant ainsi la chance à l’autorité morale de la MP de se lancer dans une nouvelle bataille présidentielle.

Sur les traces de Brazzaville

La MP ne fait pas dans la dentelle. Dans le projet de budget 2016, des crédits spécifiques ont été prévus pour le referendum. C’est dire que la Majorité s’est inscrite dans un schéma bien précis. Elle n’entend pas s’en détourner, tant qu’elle aura la possibilité de fédérer plus de gens autour de son projet. Aussi, la boucle aura été bouclée et la MP pourrait rempiler en toute quiétude. Comme c’est devenu à la mode dans plusieurs pays africains, la démocratie est en péril et le souverain primaire n’y voit que du feu. Kinshasa serait sur les traces de Brazzaville.

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