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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 11:06
Hommage de DESC au Général de corps d’armée Paul Mukobo Mundende

C’est avec une immense tristesse que nous annonçons à toute la communauté militaire congolaise, à la nation congolaise et à nos lecteurs le décès dans la nuit du vendredi 16 octobre 2015 du Général Paul Mukobo Mundende au Grand-Duché de Luxembourg. Nous avons reçu la confirmation de la nouvelle par son fils Mukobo mbuluku Luc « Kuku » (Contact famille au Grand-Duché de Luxembourg : 0035 61202525 ).

Pour nous, le meilleur moyen de lui rendre hommage est de reprendre quelques extraits de notre premier ouvrage « Les armées au Congo-Kinshasa. Radioscopie de la Force publique aux FARDC, 2ème Ed., Avril 2013 ; et des extraits d’interviews accordés à Congoindependant.com

Le Général de corps d’armée Paul MUKOBO Mundende est né Le 14 mars 1937 dans le village de Manga dans le Kwilu dans la province du Bandundu. C’est un officier général qui a fait l’essentiel de sa carrière à l’ANC[1] puis au sein des FAZ[2]. Tous ceux qui l’ont connu et côtoyé au sein des forces armées congolaises sont quasiment unanimes pour admettre qu’il était parmi les rares meilleurs officiers-généraux, si pas le meilleur, que la RDC n’a jamais connus.

Le Général Mukobo a fait partie des premiers africains avec entre autres le colonel Raymond Omba Pene Djunga, les généraux Eluki, Ipoma, Ilela, Vuadi, … qui ont été admis à l’ERM[3], la prestigieuse académie militaire belge. Il était un officier très brillant, dynamique, compétent, intelligent, loyal, modeste et passionné de son métier. Son savoir-faire, son savoir-être, sa simplicité (qualité rare dans les rangs des officiers au Congo) et son esprit d’initiative (qualité généralement requise aux officiers) ont fait qu’il était particulièrement apprécié par ses subalternes et tous les soldats placés sous son commandement.

Paradoxalement, il sera le « mal aimé » du Régime de Mobutu. Il a connu une carrière militaire enrichissante, en dents de scie et semée d’embûches sous le règne de Mobutu, l’ayant conduit à de nombreuses relégations, victime de la ‘tribalisation’ des FAZ. En effet, originaire du Bandundu et occupant une fonction stratégique de chef d’état-major de la force terrestre au sein des FAZ en 1985, cela lui valut la jalousie tribalo-militaire de ses homologues originaires de l’Equateur, principalement. Ce groupe d’officiers, n’appréciait pas son zèle et son dévouement pour les FAZ. Ainsi pour le neutraliser, ils lui attribuèrent en juillet 1987 une fausse « tentative de Coup d’Etat » à la suite de la découverte d’armes, don de la Belgique, suite à une mission officielle de travail effectuée dans ce pays[4]. Il sera relégué à l’intérieur du pays. Notons que le général Dieudonné Kayembe Mbandakulu, prédécesseur de l’actuel chef d’Etat-major Général des FARDC, Didier Etumba Longila, connaitra également le même sort dans cette affaire montée de toutes pièces. Il sera libéré et réhabilité en 1991.

En 1960, il est envoyé en Belgique à l’Ecole des Cadets avant de commencer la formation d’officier à l’Ecole royale militaire (ERM)

En 1967, il est nommé directeur général de l’organisation et de l’instruction au ministère de la Défense nationale, jusqu’en 1970. C’est durant cette période que certaines écoles militaires vont voir le jour en RDC : L’Ecole de Formation des Officiers (EFO)[5] à Kananga, qui forma le gros des officiers congolais et de la plupart des pays d’Afrique dans les années 1980 56 et le Centre Supérieur Militaire de Binza-Ozone à Kinshasa

En 1970, il occupe la fonction d’officier d’ordonnancement à la base logistique du pays à Kinshasa (Camp Kokolo, ex-camp Léopold II d’où partit la mutinerie de la Force publique en juillet 1960).

De 1972 à 1973, il est instructeur au Centre supérieur militaire.

En 1973, il est affecté à la 1ère Région Militaire couvrant le Shaba (Katanga) à Lubumbashi. Il en profite pour suivre une licence (master) en relations extérieures à l’Université de Lubumbashi (UNILU).

En 1977, la guerre éclate au Shaba (Katanga). C’est la guerre dite « des 80 jours » ou « Shaba 1 ». Mobutu crée de nouveaux bataillons dénommés aux noms des généraux qui les commandaient. Il y avait donc les bataillons Vuadi, Tshibangu, Shabani et Mukobo.

En 1980, le Colonel Mukobo est nommé Chef d’Etat-major de la 1ère Région Militaire dans le Shaba (Katanga).

De 1982 à 1984, il est le commandant de la Division Kamanyola avec le grade de général de brigade (une étoile).

Au mois de juillet 1985, les rebelles du Parti Révolutionnaire Populaire de Laurent-Désiré Kabila, après avoir été chassés par les éléments de Mahele en 1984 à Moba au Katanga(MobaI), réinvestissent de nouveau la même localité (MOBA II). Le Général Mukobo est désigné commandant des opérations. Les combattants de LD Kabila sont assez rapidement maîtrisés et délogés de cette localité pour se retrancher dans les maquis vers les collines de Masisi et la Tanzanie. Cela porta un coup dur à Laurent-Désiré Kabila. Il s’exile vers la Tanzanie jusqu’au jour où Kagame et Museveni le ressuscitent politiquement pour créer l’AFDL et l’arment pour marcher cette fois-ci vers Kinshasa avec ses Kadogos aux bottes de jardinier sous la direction militaire de l’APR[6].

Il deviendra ensuite commandant de la 1ère Région Militaire (Shaba)

En 1985, il est nommé Général de division (deux étoiles) et Chef d’état-major de la force terrestre au sein des FAZ, jusqu’en 1987 l’année de sa mise en réclusion pour une fausse affaire montée d’importation d’armes.

En 1993, il est élevé au grade de général de corps d’armée (trois étoiles) et exerce les fonctions de chef d’état-major adjoint chargé de la logistique des FAZ.

En 1997 : il cumule les fonctions de commandant de la 7ème Région militaire à Mbandaka dans la province de l’Equateur et de gouverneur de la même province de l’Équateur en 1997. C’est la seule province qui n’était pas complètement tombée entre les mains des troupes de l’AFDL avant la prise de Kinshasa, le 17 mai 1997. C’est dans cette configuration tactique que cette province a servi de zone de retranchement de Mobutu pour permettre son exil vers le Maroc, puis de terrain propice pour l’implantation de la rébellion du MLC[7] de Jean-Pierre Bemba. Après la fuite de Mobutu et la prise de Kinshasa, il s’exfiltrera vers le Congo-Brazzaville avec quelques éléments de la DSP[8] avant de regagner quelques années plus tard l’Europe, non moins sans difficulté. Depuis, il s’est rapprochera de nous et travaillerons ensemble, avec un groupe d’autres officiers issus de l’ERM, dans plusieurs projets de réforme de l’armée, qui restent encore d’actualité car nous en avons parlé lors de notre dernier entretien téléphonique en aout 2015.

L’état d’indiscipline – la pire des perversions qu’il faut éviter à une armée – au sein des FAZ était, apparente en 1990. L’assistance technique militaire étrangère au Zaïre a disparu après la fin de la guerre froide. De plus, Mobutu avait délibérément laissé les conditions de vie et de travail des militaires se détériorer progressivement dans la mesure où, à la suite de purges successives qui ont quasiment nettoyé les FAZ d’une bonne partie de leurs meilleurs éléments, l’armée ne constituait plus une menace contre sa personne et n’avait aucune emprise sur son pouvoir. Mais l’abandon des militaires, couplé avec l’indiscipline, avait atteint le point culminant de paroxysme tel qu’en septembre 1991 puis en Janvier 1993, de violentes émeutes et mutineries agitent le Zaïre. Les parachutistes du camp CETA[9] furent les instigateurs de ces troubles en protestant contre les bas salaires et les arriérés de paiement de leurs soldes. Des pillages qui se sont généralisés partout dans la capitale, s’étendant aux populations civiles et à l’intérieur du pays, jusqu’à menacer le maintien du régime de Mobutu, mettent le pays sens dessus dessous. Le ‘Maréchal’ eut son salut une fois de plus et comme d’habitude, grâce à l’intervention de la Légion Etrangère française qui monta l’«Opération Baumier »[10], en coopération avec l’armée belge qui mettra en place l’« Opération Blue Beam » (Rayon Bleu).

Il n’y a pas meilleure illustration de la trilogie : intraversion-perversion-subversion d’une armée que les événements de ces deux mutineries. Notons par ailleurs que par ces actes de pillage, l’ambassadeur de France au Zaïre de l’époque, M. Philippe BERNARD, a été atteint d’une balle mortelle à la fenêtre de son bureau de l’ambassade à Kinshasa, le jeudi 28 janvier 1993.

Du côté des FAZ, pendant que la pléthore de généraux tribaux qui constituaient la majorité de la haute hiérarchie des FAZ se terraient comme des lapins dans leurs bunkers, incapables de défendre leur «frère-président» à qui ils étaient doublement liés par le sang : tribal et mystico-ésotérique, seuls les généraux Mahele et Mukobo, avec quelques éléments de la DSP et du SARM, auront le courage et l’habilité d’affronter et de mâter la horde des mutins enragés qui se sont livrés aux pillages en 1991 et 1993. Ils parviendront à obtenir le retour au calme des mutins et leur encasernement. Tout cela, pendant que les généraux «Ngbandi» de la DSP et de la GACI et certains conseillers spéciaux devenus actuellement des fervents prédicateurs de la libération de la RDC, brilleront par leur absence sur le théâtre des opérations; tout en continuant d’exceller dans leur œuvre machiavélique destructive préférée de l’armée : le terrorisme urbain, l’oppression des populations civiles et des opposants, les détournements des fonds et des équipements destinés aux FAZ, l’affairisme, le népotisme et le tribalisme ; intravertissant et pervertissant davantage les FAZ.

Dans une interview accordée le 8 août 2012 au quotidien en ligne www.congoindependant.com, le Général Paul Mukobo déclarae ceci à propos du nombre des éléments des FAZ déployés au front lors de la guerre de 1996-1997 :

« Lorsque j’ai pris mes fonctions de chef d’état-major général adjoint, en décembre 1996, j’ai demandé à Mahele de me présenter aux autres officiers. Il ne l’a pas fait. Je me suis présenté moi-même lors d’une réunion que devait présider le général Mahele. Lors de cette rencontre, j’ai posé la question suivante : «Que devons-nous faire pour arrêter la guerre ?» M’adressant aux officiers d’état-major, au chef du personnel, au chef des opérations ainsi qu’à l’officier des renseignements», j’ai posé une deuxième question : « Quelle est la force de l’ennemi ? ». Personne ne m’a répondu. Au colonel Bahindwa qui était le responsable du «Bureau 3», chargé des opérations, j’ai demandé le nombre des soldats déployés sur le terrain. Il me répond : «Nous avons des «éléments» de la DSP, de la Garde civile, de la gendarmerie et de la Force terrestre». Je suis revenu à la charge en demandant au colonel Bahindwa de m’expliquer ce qu’il entendait par «éléments». « Quelle est la force d’un élément ? Quand vous dites que nous avons un élément de la DSP, cela représente combien d’hommes?». Pour toute réponse, il dit : «Mon général, nayebi te !». Je ne sais pas. «Combien des bataillons, l’ennemi aligne face à nous ?», ai-je demandé à l’officier des renseignements. Il m’a regardé sans répondre à ma question. M’adressant aux officiers présents, je dis : «A quoi jouons-nous ?». Le général Marcellin Lukama, alors colonel et chef de Bureau «Etudes», de réagir : «Mon général, c’est la toute première fois que nous participons à une réunion qui concerne les opérations en cours à l’Est». J’apprendrai par ailleurs que les généraux avaient l’habitude de se réunir entre eux pour parler de la situation à l’Est. La guerre a commencé fin septembre 1996, la première réunion n’a eu lieu que fin décembre en ma présence. J’ai obtenu l’autorisation du général Mahele pour descendre sur le terrain particulièrement à Kisangani. Commandant en second des opérations, le général Denis Kalume (Ndlr : Le premier général ex-FAZ à avoir officiellement fait allégeance à l’AFDL après avoir été au cœur de la trahison de la bataille de Kisangani et de son utopique contre-offensive foudroyante qi n’a jamais vu le jour) n’était pas capable de me décrire ce qu’il y avait comme ennemis sur le terrain. J’ai fait mon rapport de mission à Mahele en lui disant ceci : «A l’allure où vont les choses, nous risquons de perdre la guerre». En fait, il n’y avait aucune coordination entre les opérations sur le terrain et l’état-major général. »

Ainsi, les statistiques officielles existantes étaient gonflées : les soldes des fictifs ont toujours été une source importante de revenus pour les haut gradés. Ces statistiques n’ont d’ailleurs jamais été tenues à jour à cause des affectations anarchiques des militaires (comme d’un bon nombre de «déserteurs» d’autres unités dans la gendarmerie), et à cause de leur «mise en disposition» prolongée auprès des forces terrestres en attendant une mutation souvent hypothétique. Une enquête[11] interne est arrivée à un chiffre approximatif de 77.000 membres pour toutes les unités. Les gros morceaux en termes quantitatifs étaient les forces terrestres (estimées à 28.000) et la gendarmerie (estimée à 25.000[12]). Ces unités étaient encore handicapées par le manque de cadres subalternes compétents. On préférait créer des hauts gradés pour des raisons de clientélisme et népotisme. Une pratique perverse devenue la règle actuellement au sein des FARDC, le manque de personnel qualifié pour le maniement des armes et de nouveaux équipements technologiques, et le manque de soutien logistique. Cette liste superficiellement impressionnant des troupes surestimait la capacité réelle des forces armées à l’époque. En dehors des formations privilégiés telles que celles de la DSP et la 31ème Brigade aéroportée, la plupart des unités ont été mal formées, sous-équipées et sous entraînées; mal entretenues et sous-rémunérées qu’elles ont régulièrement eu recours à des pillages ainsi qu’à l’extorsion des biens des populations civiles. Une mentalité qui perdure à ce jour, même au sein des FARDC. Les capacités opérationnelles des FAZ étaient progressivement compromises par la politisation, la privatisation, la tribalisation, la division et les purges des suspects ou des groupes d’officiers suspectés déloyaux au sein de l’armée afin de permettre à MOBUTU de diviser pour régner. Tout cela s’est produit dans un contexte de détérioration croissante des structures de l’Etat à tous les échelons administratifs, politiques et militaire du régime kleptocratique de Mobutu.

C’est le Major d’Aviation en retraite Jan Vansevenant, Ancien Directeur des Achats des FAZ et Ancien Attaché Militaire Adjoint auprès de L’Ambassade du Royaume de Belgique à Kinshasa qui témoigne dans l’avant-propos de notre ouvrage[13] :

« De quoi s’étonner qu’actuellement rien ne marche au Congo ! Et pourtant, ce ne sont pas les militaires valables qui manquent au Congo ! Toujours faut-il qu’on veuille bien les utiliser… »

« Un exemple parmi d’autres : Le General de Corps d’Armée Mukobo Mundende Paul. Cet officier général de grande valeur professionnelle et morale « chôme » actuellement au Luxembourg alors qu’il est parmi ceux – si pas le seul – qui pourrait faire avancer les choses au Congo. Intègre et courageux il fut le seul qui osa s’opposer aux inepties de certains hauts dirigeants de la IIème République, voire même au Président Mobutu ! Mais l’anecdote suivante illustre le personnage davantage. En 1985 – j’étais Directeur Adjoint des Achats des Forces Armées Zaïroises – le Général Mukobo fut nommé Chef d’Etat-major de la Force Terrestre. Suite à cette nomination le General Mukobo avait droit à une voiture de service et sur ordre du General Likulia, alors Secrétaire d’Etat à la Défense, je me rendis au Camp Kokolo pour lui proposer une Mercedes ».

« Après lui avoir annoncé la bonne nouvelle, le Général se levait de derrière son bureau, il me prit par la main et m’amenait sur le parking en face de son bureau. Il pointait du doigt une vieille jeep rouillée tout juste sortie de la IIème guerre mondiale et me dit : « Capitaine, dites à votre Secrétaire d’Etat que je n’ai pas besoin d’une Mercedes ! Tant que l’Etat Zaïrois est incapable de payer ses militaires convenablement je continuerai à rouler avec cette « carcasse » que j’essaie d’entretenir avec mon salaire de misère ! ! Qu’on me procure plutôt de la bouffe pour ma troupe » ! Abasourdi je quittais le camp ! Un général zaïrois qui refusait une Mercedes ! Du jamais vu ! »

« Ce même général, grand ami de la Belgique fut relégué pendant 5 ans dans un village lointain de l’Equateur et ce par une imprudence / maladresse de la Coopération Militaire Belge »

« En 1997, lorsque j’étais Attaché Militaire Adjoint auprès de l’Ambassade de Belgique, j’ai rencontré le General Mukobo avant qu’il ne parte au front à Mbandaka. Comme il était nommé gouverneur de la province de l’Equateur, je lui ai demandé de bien vouloir veiller à la sécurité des belges dans sa province, chose qu’il me promit et qu’il a fait ! En guise de récompense pour son amitié pour la Belgique, pour sa relégation partiellement à cause de la Belgique et pour la protection qu’il avait garanti aux belges de l’Équateur lors de la débâcle de 1997, la Belgique lui refusa un séjour sur son territoire sous le motif que « permettre le général à séjourner sur le territoire belge serait donner un mauvais signal aux nouveaux dirigeants de Kinshasa » (sic) ! ! En tant que belge j’ai encore toujours honte de cette décision incompréhensible, honteuse et lâche des responsables de mon pays ! « Petit pays, petit esprit » ! »

« Je suis convaincu que l’ouvrage de Jean-Jacques Wondo suscitera un grand intérêt parmi toute personne qui s’intéresse au Congo. Comme déjà dit plus haut, il est certain que l’Armée Congolaise aura un rôle déterminant à jouer dans le développement du pays si bien qu’un ouvrage décrivant en détails l’évolution des forces armées au Congo peut constituer une source d’analyse plus que précieuse. Depuis plus de dix ans que je suis les écrits de Jean-Jacques, je ne peux que souligner le sérieux et la rigueur de ses textes et de ses interventions ! Je ne peux que l’exhorter à continuer sur la même trajectoire! » Vansevenant Jan, Décembre 2013.

C’est le témoignage du Commandant belge en retraite Adolf Rappé[14] :

« J’ai connu beaucoup (en 30 ans) d’officiers africains (congolais, rwandais et burundais) mais un homme connu, apprécié et honoré comme lui (Gen. Mukobo) par les belges (à tous les niveaux) et les congolais, je n’en ai connu aucun autre.

J’ai vécu le plus horrible des événements en 1987 (je ne connais plus les dates). …. ???? Le Gén. Mukobo très ami du chef E-M belge de l’époque avait sollicité une aide matérielle pour le Zaïre. Ce matériel (dont des armes) fut acheminé, par bateau militaire, sur Banana. A bord, se trouvait le ministre de la Défense nationale belge « François-Xavier de Donnea ». En cours de route il quitta précipitamment le bateau ayant appris qu’il se trouvait sur une poudrière … ? 1ère épisode de cette affaire.

A l’époque d’un fameux Chef de la Coopération Militaire belge au Zaïre (CTM) avec une longue et superbe carrière, paracommando donc catalogué par ses pairs de l’ERM aventurier, relégué au rang d’officier-supérieur. Un candidat général, en moins …. une armée sans pitié, on fait du coude …

Dévoué à sa mission de coopérant, il fournit les camions belges (les bedford 3T de la cooperation), des officiers et des sous-officiers belges pour charger le matériel, armes et munitions au port militaire de Banane, en présence (incognito) de la sûreté … évidemment ».

« A l’époque, le Gén Mahele commandait du SARM, qui avertit immédiatement Mobutu que Mukobo préparait avec certains amis belges, quoi … ? Un coup d’état évidemment. Inutile de dire le tapage que cela a fait. Tu décris le sort de Mukobo … »

« Mais le Chef de mission, plusieurs de ses adjoints expulsés » manu militari » en moins de 24 heures, sans bagages en Belgique et traduit en » Conseil de guerre « , réaction normale à chaud. La Belgique se devait se sauver la face. J’ai été plus que saisi depuis Lubumbashi. De ma connaissance, Mobutu n’avait jamais agi d’une façon aussi brutale avec des militaires de de la coopération (CTM). Il avait dû être plus que furieux. De quelle manière lui avait-on présenté cette livraison d’armes. Il est aberrant de croire que quelques militaires belges de la coopération, en soutien de Mukobo allait d’une façon aussi piètre, faire un coup d’état ???? Je suppose, que ce fut pour vaincre, écrasé un homme dangereux de par son » charisme » le pauvre infidèle, rebelle, traître Mukobo. Quelle horreur !!! En écrivant, je souffre encore à la place de cet homme qui aimant tant son pays, pour qui on avait tant d’admiration et de plaisir à travailler avec lui ».

« Bien sûr l’enquête, en Belgique, dévoila qu’il n’y avait pas le moindre soupçon. Mobutu se calma et permit à tous les militaires impliqués de revenir au Zaïre pour récupérer leurs biens mais ne pouvaient rester au pays. Ensuite, tout s’est déroulé dans le calme, du moins, comme toujours, pour nous mais PAS pour le bouc émissaire ou la victime bien choisie … ??? »

Intervenant dans une interview accordée au média en ligne mediacongo.net, le Général Paul Mukobo n’entrevoit lui, en l’état actuel: « aucune » vision pour la future armée congolaise. Il poursuit en ces termes : « Cela vous étonne et doit vous surprendre. Et pourtant, c’est la réalité. La force d’une armée, sa puissance, ne sont ni déterminées ni fixées par les militaires. C’est une option politique qu’un Etat doit lever. (…) C’est donc l’autorité politique de la nation qui doit décider de la forme et de la puissance de son armée. Le militaire joue le rôle de conseiller auprès de l’autorité politique. Pour la République Démocratique du Congo, notre beau et cher pays, il y a d’abord une nécessité absolue d’avoir un Etat au sens premier du terme. Il est superflu de donner des explications. La RDC, comme tous les autres pays africains qui vivent la hantise des insurrections, mérite une armée digne de ce nom. Tout est à refaire. Dans la situation actuelle, il n’y a pas d’armée en République Démocratique du Congo. »

Toujours d’après le Général Mukobo, pour enfoncer davantage le clou, s’agissant de l’existence éventuelle des composantes classiques des forces armées (terrestre, navale eet aérienne) en RDC, il déclare : « AUCUNE ! Voilà pourquoi je dis qu’il n’y a pas d’armée en RDC… »

A la question : Mais depuis quelques temps et avec l’aide de la Communauté internationale nous assistons à des efforts non négligeables d’unification de l’armée en vue d’une armée digne de ce nom. Ne faut-il pas justement soutenir les initiatives qui vont dans ce sens ?

Le Général Mukobo répond : « Certainement. Il y a apparemment des choses qui se font. Mais est-ce que le chef d’état-major général a un réel pouvoir sur tous les militaires de la FARDC? Les responsables politiques lui laissent-ils les mains libres. C’est de cela que je parle et c’est là le problème! Le problème est avant tout politique! »

J’ai pris l’habitude dans mes ouvrages, de rendre hommage aux militaires congolais qui se sont distingués dans leurs faits d’armes durant leurs carrières. Il s’agit d’un devoir vital pour la survie du Congo où les ministres du président Kabila vont déifier les pires criminels assassins des citoyens congolais. C’est le cas de l’ancien ministre Aimé Ngoy Mukena qui n’a pas trouver autre chose à traiter à Kigali le 22 septembre 2015 que de déclarer : « Kagame est un leader providentiel » !

A propos des généraux Mukobo et Ilunga Shamanga, j’ai écrit ceci dans mon premier ouvrage susmentionné:

« Depuis un peu plus de dix ans maintenant, j’ai, en tant qu’un des rares officiers ex-FAZ, l’immense privilège de faire partie du cercle social très restreint de cette icône militaire congolaise, le Général Paul Mukobo. Une grande personnalité congolaise, d’une extrême simplicité et chaleur humaine dotée de qualités intellectuelles, professionnelles et morales hors pair. Il sait me traiter à la fois comme un père à l’égard d’un fils et horizontalement comme un collègue officier, malgré les galons qui nous séparent; lui un ancien Général de corps d’armée, moi un ancien Lieutenant des FAZ. Signe sans doute vraisemblable de son souci, non seulement de partager son expérience, son savoir-faire et son savoir-être aux plus jeunes que lui, mais aussi et surtout celui de s’assurer que le bâton de commandement méritoirement glané à dures épreuves, comme en témoigne son parcours professionnel insolite, soit valablement transmis en des mains sûres aux plus jeunes générations. Une qualité inexistante dans la culture politique et militaire, voire nationale congolaise, où penser à sa succession relève de la culture macabre eurocentriste».

« Au contraire, combien de personnes fortunées congolaises, insensées, ayant possédé d’immenses biens en tout genre et mené un train de vie bourgeoise, n’ont-elles pas laissé du jour au lendemain des progénitures mendiantes dès le lendemain de leur décès. Ainsi, pour moi, c’est tout naturellement trivial et logique que le Général Paul Mukobo Mundende et son congénère, le feu Général Ilunga Shamanga, soient les rares personnes-ressources du milieu militaire congolais régulièrement référencées dans cet ouvrage. Cela constitue pour moi un devoir minimal de reconnaissance de leur ouverture inconditionnelle à mon humble personne. En retour, cet ouvrage est également ma manière de rendre un vibrant hommage, au nom de tout le Peuple Congolais, à celui que je considère comme étant un «Général Normal » pour de loyaux et dignes services rendus de manière désintéressée et passionnée au Congo. Un pays où les généralissimes qui ont pullulé et continuent de remplir la haute hiérarchie militaire, hier comme aujourd’hui, se prennent pour des surhommes qui ne peuvent ni vivre ni partager dans la simplicité, l’empathie, encore moins dans le dénuement, les conditions sociales miséreuses de leurs subalternes et troupes ».

« « Au Congo des KABILA, tout se met lentement en marche pour amener l’ensemble de la population à un « brainwashing » collectif et national consistant à détourner son attention de l’essentiel : ne plus honorer collectivement ses vaillants filles et fils les plus méritants (…) « Le Congo devient un pays qui perd tout sens du « sacré »; avec un peuple qu’on amène insidieusement à se dépouiller de son passé pour applaudir ceux qui le déciment[15].

Ainsi, à titre tout-à-fait personnel, puisque l’ayant longtemps côtoyé de près, nous avons toujours été convaincu et gardé l’espoir que, malgré son âge avancé, il est le type d’homme encore capable de permettre à la RDC de réussir une profonde et efficiente réforme des services de sécurité. Malheureusement ce rêve ne sera jamais accompli.

Toutefois, nous voulons assurer sa progéniture que DESC nourrit plus que jamais une profonde détermination d’accomplir à titre posthume ce rêve caressé par « Papa Popol » car nous y avons sérieusement travaillé ensemble durant ses douze années d’exil en Europe. Par ailleurs, nous sommes disposés au niveau de DESC à achever l’écriture de son projet de livre sur les armées, dont il nous a mis au parfum et sur lequel il travaillait minutieusement, même si nous sommes fier de lui avoir consacré la liberté d’écrire le chapitre 12 de notre premier ouvrage où il a développé les aspects de :

  • l’organisation des unités pour les combats,
  • la continuité négative de la force publique,
  • l’organisation d’un théâtre d’opérations,
  • mimétisme comme mode de fonctionnement de l’ANC et des FAZ
  • l’illustration opératique de la guerre des 80 jours de 1977 au Shaba (Katanga)

[1] Armée nationale congolaises (1960-1971).

[2] Forces armées zaïroises (1971-1997).

[3] Ecole royale militaire.

[5] Depuis 2011, grâce à la contribution de l’EUSEC-RDC, l’EFO fermé vers le milieu des années 1990, à la suite de la rupture de la coopération militaire belge, a repris sa formation sous la dénomination de l’Académie militaire (AcaMil) de Kananga. Mais depuis le départ de la mission EUSEC-RDC dans sa forme initiale, l’AcaMil et les élèves officiers sont quasiment à l’abandon du fait du manque de volonté politique des dirigeants actuels.

[6] Armée patriotique rwandaise, une armée essentiellement monoethnique tutsie.

[7] Mouvement de libération du Congo.

[8] Division spéciale présidentielle.

[9] Centre d’entrainement des troupes aéroportées casernées à Ndjili, près de l’aéroport à Kinshada

[10] Un groupement d’intervention est formé à partir des unités du dispositif Epervier au Tchad et des Eléments Français d’Assistance Opérationnelle (EFAO) en RCA. Les 1ère et 3ème compagnies de la 2ème Légion Etrangère Interarmes (REI) ont pour mission de contrôler le centre administratif de Kinshasa, d’assurer la sécurité de l’ambassade de France et de regrouper les ressortissants français belges, américains, pakistanais, libanais et indiens. La 3ème compagnie sera chargée de récupérer quelques coopérants et missionnaires de l’ordre de Malte qui durent quitter leur mission de Bangabula. Ils parviendront à l’évacuation de 8000 expatriés. En novembre 1991, les troupes françaises se retirent.

[11] Dont les chiffres sont partiellement publiés dans COOPERATION ET PROGRES, »Zaïre. L’armée au service du développement« , Bruxelles, Mars 1996, p. 14-15.

[12] Estimations très approximatives de Jane’s Intelligence Review, 1.1.97.

[13] http://desc-wondo.org/avant-propos-poignant-du-major-jan-vansevenant-dans-les-armees-au-congo-kinshasa/#sthash.Gdi2Mw71.dpuf.

[14] http://desc-wondo.org/commandant-adolf-rappe-general-mukobo-un-officier-apprecie-et-honore-par-les-belges-et-les-congolais/#sthash.UcmQ371d.dpuf.

[15] http://desc-wondo.org/retro-il-y-a-un-an-mourait-le-tigre-bahuma-sa-memoire-bientot-souillee-en-justice/#sthash.bdECrYhd.dpuf.

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