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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 09:08

Ma Lecture 2 – RDC 2016 : Equations, les hommes en vue et mes craintes – Jean-Jacques Wondo

Par DESC-Wondo.org Le 20 septembre 2015

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Ma lecture 2 – RDC 2016 :

Equations, les hommes en vue et mes craintes

Cette analyse, loin de faire l’unanimité et ce n’est pas le but recherché, ne fait qu’interpréter les signes des temps. Elle s’incrit dans le prolongement d’une analyse prédictive publiée en 2014 : Les personnalités congolaises à tenir à l’œil en 2014[1].

Dans la première partie de notre lecture de l’actualité sociopolitique de la RDC, nous avons mis l’accent sur la nécessité d’une large coalition nationale pour parvenir à une alternance au pouvoir réussie en RDC. Et l’histoire du Congo est là pour nous rappeler que les grandes batailles politiques du Congo ont été remportées lorsque les Congolais étaient unis en front commun. La table ronde de 1960 et l’élection d’Etienne Tshisekedi à la primature, lors de la Conférence nationale souveraine en 1992, sont là pour étayer ce constat. Aucune victoire politique n’a été gagnée lorsque les Congolais étaient divisés. Aussi paradoxale qu’elle puisse paraître, cette assertion confirme la devise du Congo-Belge » Congo uni, pays fort« . Les élections de 2006 et de 2011 sont encore fraiches dans nos mémoires pour nous rappeler cette triste réalité.

Mais lorsqu’on suit avec une grande consternation la manière dont les « combattants » pro-Tshisekedi (pour la plupart des Kasaïens) et les combattants pro « Apareco » (majoritairement de l’Equateur) se sont adonnés à une bataille rangée d’un autre siècle à Bruxelles ce 28 août 2015, encouragés dans les réseaux sociaux par les intellectuels des deux camps, alors qu’on attend de ces derniers qu’ils développent des stratégies pour une alternance efficace en 2016, c’est encore Kabila qui boit son lait dans son petit coin. Combien de fois, dois-je rappeler qu’en stratégie – militaire ou politique – la guerre (ou la compétition politique) reste avant tout une dialectique des intelligences et non des muscles. L’histoire de l’effondrement de l’ex-URSS, hyper-puissante militairement, en 1991, au profit des Etats-Unis, est là pour nous le rappeler.

Nous avons également relevé, dans notre première lecture, les forces et les faiblesses d’une opposition congolaise opportuniste, morcelée et orpheline d’un leadership rassembleur ainsi que les menaces qui guettent le régime de Kabila dans son éventuelle stratégie de maintien au pouvoir au-delà de 2016, notamment en ce qui concerne la posture de l’armée.

Cette deuxième partie se focalise essentiellement sur les potentialités des personnalités congolaises – la liste étant loin d’être exhaustive – capables de jouer les premiers rôles en 2016, sur la base des faits qui nous sont imposés par l’actualité sociopolitique et géopolitique de la RDC.

Remarque méthodologique importante

Comme on peut le constater, cette double analyse a pris le parti de proposer au lecteur un double récit. Le premier est scientifique, le second littéraire. Ce choix de méthodologie, devenu courant dans plusieurs think tanks, permet de faire cohabiter deux grandes attitudes méthodologiques en matière de prospective ou d’analyse prédictive. La première est fondée sur une projection rationnelle de l’évolution de la situation sociopolitique et géopolitique de la RDC et de sa région, éclairée par le recul du temps long. D’où par exemple le recours à la cartographie électorale des années 1960 ou celle de 2006 dans la première partie. La seconde favorise à l’inverse l’intuition et l’inventivité ; elle recherche ce qui n’est pas nécessairement logique et prends volontiers le risque de se tromper[2]. Quoique notre analyse ne rentre pas vraiment dans la rigueur de la prospective classique – prédiction à long terme – il semble que dans le cas sous question, la seconde méthode, valorisée au Canada, semble plus efficace.

Selon le maître stratégiste Hervé Coutau-Bégarie dans son ouvrage : 2030, la fin de la mondialisation ? Artège, Paris, 2009 : « Des deux grandes catégories d’auteurs se consacrant à la prévision ou à la prédiction du futur, les prospectivistes tenus par une certaine rigueur scientifique, et les romanciers, qui peuvent laisser cours à leur imagination, ce sont paradoxalement les romanciers qui ont tendance à faire des prévisions les plus exactes. Pire, les prospectivistes et les romanciers sont souvent les mêmes, beaucoup d’experts se défoulant des contraintes auxquelles ils sont soumis dans leur métier en s’abandonnant à des visions futuristes plus ou moins délirantes : or leurs romans sont souvent plus justes que les travaux sérieux ». Ainsi, plusieurs lecteurs de DESC constateront que dans la plupart de mes analyses publiées sur ce site, je privilégie le style romancier, teinté souvent de l’humour, que je ne me permettrais jamais lorsque je collabore, par exemple, avec le GRIP[3]. Il est à noter que la première approche méthodologique est plutôt valorisée dans la France cartésienne et en Europe occidentale.

Ainsi, la présente lecture personnelle devrait servir aux uns et aux autres de balise pour se faire une idée de la réalité du terrain et éventuellement se positionner stratégiquement face aux jeux et enjeux à venir.

Encore une fois, j’assume pleinement la seule et l’unique responsabilité à l’égard de toute inexactitude affectant cette double analyse ainsi que les propos qui y sont contenus.

Comme nous l’avons mentionné dans notre première partie, la grande inconnue, sur le plan politique, est celle de savoir si l’opposition congolaise parviendra à aligner un candidat commun, de large consensus, contre un éventuel candidat de la majorité présidentielle (MP)

Candidat du pouvoir soutenu ou non par la MP. Actuellement, malgré la guéguerre Minaku – Matata, Katumbi s’impose naturellement comme leader de la MP.

Candidat déclarant son opposition ouverte à Kabila et s’alliant avec l’opposition : UDPS, MLC, UNC et autres ? Avec quelles promesses en termes de partage du gâteau ? Risques d’embraser le Katanga.

Candidat indépendant du grand rassemblement avec l’ambition d’éclater (ou rassembler) à la fois la Majorité présidentielle (MP) et l’opposition en remodelant le paysage politique ? C’est le scenario qui semble se profiler actuellement, à en croire certaines sources proches de l’ancien gouverneur du Katanga.

En effet, ce n’est plus un secret que Moïse Katumbi Chapwe va se lancer dans la course à la succession de Joseph Kabila comme candidat indépendant avec l’ambition de rassembler la majorité des partis et mouvements membres de la MP et des partis modérés de l’opposition. Une source anonyme à Lubumbashi m’a confirmé qu’il existerait une sorte de « gentleman’s agreement » officieux entre Katumbi et Kamerhe pour travailler en synergie contre Kabila. Il semble qu’il a été demandé aux membres de l’UNC de ne pas critiquer publiquement (particulièrement dans les réseaux sociaux) Katumbi, même si au fond, Vital Kamerhe ambitionne également la présidence. Et qu’il aimerait tirer profit du conflit Kabila – Katumbi pour s’imposer comme une troisième voix, en plus de l’UDPS qui pense, sans vraiment travailler sur le terrain dans la professionnalisation du parti, que son heure de consécration est arrivée[4].

Par ailleurs, Katumbi va plus que certainement bénéficier des soutiens au sein du PPRD et de la Majorité présidentielle (MP), notamment dans les milieux des Kinois (proches de Francis Kalombo) ou du journaliste Zacharie Bababaswe qui sont considérés comme étant des grands chantres de la MP. Dans les mois à venir, il faudrait s’attendre à l’éclatement de la Majorité présidentielle. A la suite des conséquences fâcheuses des élections de 2011, plusieurs cadres de la MP et du PPRD, une fois fixés sur le sort de Kabila en 2016, pourraient renier leur appartenance à cette plateforme hétéroclite, opportuniste et alimentaire. Ils vont adhérer à de nouvelles plateformes politiques, créer ou se faire élire sous d’autres partis pour éviter d’être assimilés à Kabila. Déjà en 2011, on a connu des partis comme PPPD, PRPR, PLDP, PDRM… qui ont joué à cet équilibrisme électoral pour brouiller la piste et exploiter la naïveté des électeurs. C’est à dire des partis dont la consonance reste proche du PPRD pour continuer de bénéficier de la bienfaisance du chef – le raïs – mais qui ne sont pas PPRD pour s’en éloigner, flairant le spectre du vote sanction contre le régime.

Cependant, Moïse Katumbi, au même titre qu’Etienne Tshisekedi, serait défavorisés électoralement du fait de la scission du Katanga en quatre provinces à la suite du découpage territorial. Les calculs politiciens sous-tendant le découpage sont tels que les nouveaux leaders provinciaux, dont tout est prédit pour qu’ils soient d’obédience kabiliste, ne manqueront pas de susciter des rivalités ethniques, notamment entre les Lunda au Sud et les Balubakat au Nord. C’est pour cela que des analystes estiment que Moïse Katumbi bénéficie, au sein de l’actuelle majorité présidentielle, de l’appui de certains acteurs politiques dont les fameux « frondeurs » plus connus sous l’appellation du Groupe des 7 (G7)[5]. Ces hommes avaient en mars dernier demandé au Président Joseph Kabila de bien fixer l’opinion sur son sort à travers une correspondance qui a fait tache d’huile au niveau de ce regroupement politique. Les candidats de cette sous-famille de la MP sont repérés parmi les « indépendants » en question.

A en croire le quotidien La Tempête des Tropiques du 6 août 2015, Katumbi pousserait certains anciens gouverneurs PPRD à s’aligner comme indépendants aux provinciales à venir. Le journal cite les anciens gouverneurs de l’ex-Bandundu Jean Kamisendu et de l’ancienne province du Kasaï-Oriental, Alphonse Ngoy Kasanji dit Ngokas, qui se sont présentés comme indépendants respectivement au Kwilu avec comme chef-lieu la ville de Kikwit et au nouveau Kasaï-Oriental light. On cite également Jean Bamanisa Saïdi qui a aussi postulé à la tête de la nouvelle Province Orientale comme indépendant. La Tempête des Tropiques n’en reste pas là et avance que l’ex Katanga intéresse dans son ensemble Moïse Katumbi. Le quotidien impute à l’ex-gouverneur du Katanga l’ambition de contrôler l’ensemble de l’ancienne province cuprifère. Katumbi veut pistonner au Lualaba, devenu province avec sa riche ville minière de Kolwezi son homme de main Mbaz, pendant qu’au Tanganyika c’est Christian Mwando, fils d’un autre grand fondateur du G7, qui s’est présenté en indépendant dans la logique évoquée ci-haut. Il pourrait avoir pour adversaire, dans la course au poste de gouverneur, Zoé Kabila, le petit-frère de Joseph Kabila.

Plutôt que de polémiquer sur le fait qu’il soit bon ou mauvais candidat, nous parlons du cas Katumbi parce que plusieurs informations en notre disposition font état de son ambition de succéder à Joseph Kabila. L’homme se prépare sérieusement depuis 2011, voire avant, aussi bien sur le plan interne que sur le plan extérieur. Il bénéficierait des soutiens solides de plusieurs milieux influents occidentaux, notamment au sein des libéraux belges – flamands et francophones – ainsi que dans les milieux financiers anglo-saxons proches de Downing street et de State Department, sans oublier l’oligarchie économico-financière sud-africaine. Ces informations semblent s’accorder avec l’information relayée par l’agence Reuters le 11 août 2015. Reuters faisait état des soutiens dont bénéficierait Katumbi dans les cercles les plus influents à Washington et qui ne cachait plus ses ambitions pour la présidentielle de 2016[6]. Ceci ne fait que confirmer les informations publiées par DESC depuis plus d’un an sur les ambitions présidentielles de Katumbi[7].

Depuis un certain temps, nous avons constaté que les hautes personnalités belges qui vont en visite en RDC, ne manquent pas de faire un crochet ou un pèlerinage dans la province du cuivre. Le socio-chrétien Pieter De Crem, alors ministre flamand de la Défense, y est allé en 2013. Le libéral flamand, le ministre d’Etat et député régional Herman De Croo, fin connaisseur du Congo et de son monde politique, est également souvent aperçu à Lubumbashi à chacun de ses voyages en RDC. Lors d’un séjour à Lubumbashi en 2013, De Croo aurait déclaré : « Moïse Katumbi est arrivé, le miracle est fait ! »[8] Bien d’autres poids lourds politiques belges, encore comme les libéraux francophones Didier Reynders, le ministre des Affaires étrangères, et Armand De Decker, ne manquent jamais d’aller faire un tour à Lubumbashi.

Cependant, même si Katumbi présente l’avantage financier par rapport à tous les autres prétendants à la succession de Kabila, nous pensons que son lobbying actuel n’est pas suffisant pour lui ouvrir la porte de la présidence. En effet, il nous semble que le lobbying actuel mené par Katumbi au States Department et à New York, grâce au réseau de son épouse Carine, ne parvient pas vraiment à convaincre le cœur de la Maison Blanche. Selon certaines informations qui nous sont parvenues, le président Obama tient à ce que la RDC soit dirigée par un leadership visionnaire, intègre et intellectuel, à l’exemple de Macky Sall au Sénégal, Jakaya Kikwete en Tanzanie et Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, nous dit une source diplomatique occidentale. Je crains que Moïse épuise son capital financier colossal auprès des maîtres chanteurs, charlatans et vendeurs de rêves qui le spolient comme ce fut le cas 55 ans plus tôt avec l’autre Moïse, « Monsieur le tiroir-caisse » Tshombe. , qui a fini par perdre à la fois et son Katanga et la RDC. Hormis quelques futurs transfuges de la MP, qui se comptent même au sein du Gouvernement Kabila, mais qui peuvent aussi jouer aux agents doubles, Katumbi ne dispose pas encore d’une équipe suffisamment professionnelle qui lui permettrait de séduire le cœur des faiseurs de rois en RDC. Et le temps lui est compté, surtout qu’il hésite à se prononcer officiellement sur ses intentions présidentielles. L’autre travail à faire sera de séduire le reste du pays, surtout l’ouest acquis plutôt à Bemba et Tshisededi.

A propos de la vision de Obama sur la l’Afrique, notamment sur la RDC, nous maintenons notre lecture faite en trois volets inédits il y a un an. Dans cette lecture, nous avancions que parvenir à l’objectif de mise en place d’un nouveau leadership dans ce pays revolver-d’Afrique, pour lequel il milite depuis 2007 en tant que sénateur, c’est en quelque sorte atteindre pour lui le sommet de la pyramide de satisfaction des besoins de Maslow (Partie II de notre analyse reprise indiqué en note de bas de page)[9].

Populaire à Kinshasa et à l’Ouest de la RDC, Igwe pourrait capitaliser sur le ras-le-bol contre Kabila. Son retour à Kinshasa avant 2016 pourrait précipiter le départ de Kabila. La population de Kinshasa le suivra non pas pour son discours politique, car il n’en a pratiquement pas, mais pour son courage d’avoir du répondant vis-à-vis de Kabila, c.à.d. de parler le même langage que Kabila : celui des armes. Mais pour l’instant, il reste empêtré dans un procès aux relents politiques. La conclusion de son procès ne cesse d’être repoussée, sans doute en fonction de l’évolution socio-politique de la RDC, où la fumée est loin d’être blanche sur le nom du prochain président, ce qui donne à croire que le « Chairman » devrait encore attendre au-moins jusqu’en 2016 pour ne pas perturber les calculs des faiseurs de rois de la RDC. Sauf en cas d’impasse politique en RDC, alors Bemba pourrait être le joker à sortir en dernière instance. Il serait celui que les kinois affectionnent d’appeler « Azali muana ya mboka » (Il est le fils du pays – contrairement à Joseph Kabila perçu par la plupart des Congolais comme un sujet rwandais ou le cheval de Troie du Rwanda en RDC). Ainsi, le kabilisme, de triste mémoire pour les congolais avec une facture de plus de 6 000 000 de morts, aura vécu !

Il n’est pas encore très certain qu’Etienne Tshisekedi sera politiquement présent aux présidentielles de 2016. Son état de santé fragile, bien qu’en convalescence positive, brouille des prédictions politiques et alimente les incertitudes tant au sein de son propre parti que dans l’opinion publique qui ne cesse de se poser des questions sur l’avenir du Sphinx de Limete.

Concernant l’UDPS, un parti qui fonctionne plus par dogmatisme que par rationalité, l’attachement au parti est plus d’ordre dogmatico-religieux que rationnel. C’est-à-dire, les militants manifestent une loyauté au parti et au successeur d’Etienne Tshisekedi non pas parce qu’il est le meilleur à ce poste mais pour bien d’autres raisons psycho-ethno-sociopolitiques propres à la réalité socio-électorale de l’Afrique en général et de la RDC en particulier. L’engouement populaire est aussi la manifestation des effets produits sur la société congolaise par le combat historique mené par ce parti et son leader devenus, à bien des égards, un indéniable patrimoine politique national. En ce sens, le successeur (auto)désigné d’Etienne Tshisekedi ne devrait pas avoir des problèmes de popularité, ce qui ne veut pas dire que la victoire lui est assurée, surtout si les contestations internes devaient perdurer. En effet, l’UDPS, secouée par une guerre de succession, sera un parti qui risque de s’affaiblir dans la course à la présidentielle. Les prédictions politiques sur l’engagement ou non de Tshisekedi, dans la compétition électorale de 2016, sont faussées par l’incertitude sur son état de santé fragile. Ce qui est certain est que l’homme n’aura pas la même force et la capacité de séduction qu’il avait en 2011 lorsqu’il affirmait : Le peuple d’abord !

Par ailleurs, le découpage territorial actuel, sur base de la sociologie électorale congolaise, serait socio-communautairement défavorable à l’UDPS. En effet, avec un Kasaï-Oriental réduit à être la plus petite province de la RDC, le potentiel électoral de l’UDPS risque de connaitre un sérieux coup de rabotage dans un pays où la sociologie électorale renseigne la prééminence du vote communautaire. D’autant qu’aucune étude sérieuse de l’évolution sociopolitique au Congo ne peut laisser de côté le difficile problème du « tribalisme », ou de ce que l’on peut encore appeler « l’ethnicité ». C’est l’un des problèmes majeurs qui remet en question l’existence même de l’entité congolaise (Etat-nation) », selon le professeur émérite Crawford Young dans son manuel de référence, devenu la bible ou le coran de la science politique congolaise : Introduction à la politique congolaise.

Mais, rappelons-le, Etienne Tshisekedi reste incontestablement l’homme politique le plus populaire de la RDC. Il devrait, selon nous, utiliser cet atout pour rassembler l’opposition. La qualité d’un Grand Homme d’Etat se mesure surtout par sa faculté à rassembler autour de sa personne. On l’a vu sous De Gaulle au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale ou sous Mitterrand en 1981, qui est parvenu à rassembler autour de sa stature une Gauche désunie, même ses plus farouches dissidents de la gauche française. Tshisekedi, ce patrimoine national inoxydable, devrait se considérer moins président de sa seule UDPS que leader national de rassemblement de toutes les forces politiques et sociales acquises à une véritable alternative au régime de Kabila. Et c’est maintenant ou jamais que l’on attend de lui de rassurer les populations congolaises du Nord et du Sud, tout comme de l’Est et de l’Ouest, par une attitude politique inclusive, rassemblant TOUTES les forces sociales et politiques acquises au changement. Il y va de l’intérêt national du pays, qui exige à ceux qui veulent se compter parmi les Grands Hommes d’Etat, de transcender leurs égos personnels pour ne privilégier que l’intérêt suprême de la Nation Congolaise qui se trouve à la croisée des chemins. D’autre part, il doit t soigner la communication politique brouillonne de son parti et surtout son image sur le plan international car les faiseurs de rois occidentaux ne sont pas encore prêts à baisser les bras, malgré le wake-up patriotique des Congolais – surtout de la diaspora du numérique – qui se contentent de pianoter sur leurs claviers Ingeta Ingeta sur les réseaux sociaux sans se mouiller ni travailler en synergie avec leurs frères restés au pays.

Félix Tshilombo Tshisekedi – Plus que probable successeur de son père à la tête de l’UDPS

Enfin, notons-le que depuis le début de cette année 2015, on constate une certaine contestation du leadership d’Etienne Tshisekedi par sa base qui, à deux reprises, en janvier 2015, n’a pas suivi ses mots d’ordre. D’abord le directoire de l’UDPS a lancé un mot d’ordre à ses partisans de ne pas participer aux contestations des 19 au 21 janvier 2015, mais sur le terrain ce sont les « combattants » de l’UDPS qui étaient majoritaires. Nous y avons travaillé personnellement… Et lorsque Tshisekedi a voulu récupérer le mouvement et a appelé ses partisans et le peuple à chasser Kabila du pouvoir[10], ce fut un flop total. Plus tard, lorsque le même Tshisekedi tient à se mettre à la table du dialogue avec le même Kabila – qu’il voulait chasser du pouvoir en janvier – c’est l’incompréhension totale au sein du parti. La base de l’UDPS est de plus en plus désabusée et obnubilée par la direction du parti, lobotomisée et coupée de la réalité du terrain. C’est un signe du dépérissement lent de ce parti, sclérosé, que ses cadres doivent prendre très au sérieux dans les mois avenir. La cacophonie autour du face à face avorté, d’Etienne Tshisekedi avec la diaspora du 8 aout 2015 illustre davantage les incohérences de ce parti qui peine à travailler de manière structurée. Pourtant c’est le parti qui compte sans doute le plus grand nombre de membres bardés de diplômés universitaires en tous genres du pays. Malheureusement, ces « intellos » manifestent des incapacités criantes de canaliser toutes leurs intelligences en machine politique et électoral redoutable. Ils se complaisent à voir l’UDPS fonctionner sur le modèle des oulémas talibans, où la fatwa a remplacé les débats démocratiques et contradictoires internes, utiles au bon fonctionnement d’un parti.

Le revirement de l’UDPS par rapport au dialogue avec Kabila, dont elle semblait être la seule à s’y souscrire contre tous les partis de l’opposition et à contre-courant des analyses effectuées par les analystes congolais indépendants et non affidés au parti, pourrait être interprété comme une leçon que le parti a tirée des manifestations des combattants anti dialogue et des déboires de Ne Muanda Nsemi au Bas-Congo, où il a tenté en vain de militer en faveur du dialogue et d’une transition avec Kabila.

Il faudra enfin rester attentif sur la manière dont le parti compte assurer la succession du « lider maximo » pour laquelle, son fils, Félix Tshisekedi Tshilombo, partirait favori, malgré la fronde interne, menée principalement par les éminences grises du parti, et non des moindres[11]. Mais quelle que soit l’issue de cette bataille ‘particide’, la personne qui aura la lourde tâche d’assumer et de pérenniser l’héritage politique du plus grand parti de l’opposition congolaise devra être un grand rassembleur et un réconciliateur afin de limiter les dégâts.

Vital Kamerhe, président national de l’UNC. Photo Radio Okapi

C’est une qualité qu’on ne peut renier à l’animal politique VK : Son sens d’organisation, son intelligence vive, son énergie et ses talents de négociateur. L’homme adore le jeu politique ou politicien, à la fois à l’aise dans le traitement des dossiers et omniprésent sur le terrain sociopolitique et diplomatique. Il a, dans son actif, son brillant passage à la tête de l’Assemblée nationale congolaise dont il a tenté de redonner sa place centrale au cœur du jeu démocratique et dont il a été un des meilleurs présidents. Il a été l’initiateur de la diplomatie parlementaire qui a permis à l’organe exécutif de jouer également sur la scène internationale, une première en RDC. Vital Kamerhe s’impose actuellement comme leader incontesté de l’est de la RDC où il bénéficie du rejet total de Kabila du fait de ses promesses non tenues de sécurisation et de pacification de l’Est du pays. Mais il souffre du défaut de ses qualités en faisant passer la tactique avant la stratégie. Ce qui lui joue parfois des tours.

Vital Kamerhe n’est pas très populaire auprès d’une partie de la diaspora congolaise qui le considère comme un agent de Kabila au sein de l’opposition. Ce, malgré que sa constance politique, poussée parfois à l’extrémisme contre Kabila comme du temps de l’opposition Tshisekedi et Mobutu, contredit jusqu’à présent, dans les faits, ses détracteurs. D’ailleurs il faut noter une certaine similitude dans les parcours politiques de Tshisekedi et de Kamerhe qui furent tous les deux, chacun à son époque, les piliers des régimes respectifs pour lesquels ils ont posé les bases avant de s’en éloigner. Car, il est rare en RDC, que les politiciens congolais débutent leurs carrières dans l’opposition. Presque tous ont été avec ou alliés du pouvoir avant de s’en démarquer. Cette assertion vaut également pour Léon Kengo wa Dondo, Jean-Claude Muyambo, Jean-Pierre Bemba (mobutiste puis rebelle et enfin allié de Kabila contre l’UDPS sous 1+4), Martin Fayulu et plus que probablement pour Moïse Katumbi, le versatile Gabriel Kyungu et bien d’autres politiciens congolais opportunistes encore. C’est pratiquement le code génétique politique de quasiment tous les opposants congolais.

Il est à la tête de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise), le parti politique le mieux structuré de la RDC et un des quatre partis les mieux implantés sur l’échelon national, aux côtés de l’UDPS, du MLC et du PPRD (phénomène financier et passager « pouvoir » oblige)[12]. De ce fait, Kamerhe pourrait être un des grands bénéficiaires politiques de l’après Tshisekedi, Gizenga et Kengo et de la disparition politique probable de Joseph Kabila avec son PPRD, en l’absence de Jean-Pierre Bemba.

Par ailleurs, Kamerhe est également, électoralement parlant, un des grands bénéficiaires de l’actuel processus du découpage territorial. En effet, l’ancien Kivu n’a pas été redécoupé car l’ayant déjà été à l’époque de la décentralisation administrative des années 1980 sous Mobutu. Ce qui lui permet de garder quasi intact son potentiel électoral brut dans sa zone de confort électoral socio-géographique. Il est natif de Walungu dans le Sud-Kivu. Il dispose également d’une marge de progression positive dans la nouvelle province de l’Ituri où il compte de nombreux alliés locaux. Son omniprésence dans les médias nationaux, internationaux et sociaux du net lui permet de conquérir de plus en plus des adeptes, notamment dans les milieux de la classe moyenne congolaise, voire au sein de la diaspora.

Enfin, son offensive diplomatique volontariste en 2015 lui a permis d’élargir et d’étoffer son carnet d’adresses aux Etats-Unis, le pays tueur et faiseur de rois en RDC, qui veulent en finir avec leur valet actuel, Joseph Kabila. Auparavant, son réseau était limité à quelques contacts européens de moindre influence diplomatique. S’il parvient à convaincre Dos Santos – qui a failli jeter son dévolu sur lui en 2011, n’eût été son alliance électorale stratégiquement mal pensée avec Ne Muanda Nsemi et l’abandon en dernière minute par Kabila du contentieux pétrolier RDC-Angola devant la Cour internationale de justice à New-York – et Jakaya Kikwete, le joker des Grands-Lacs, avec lequel il entretient des relations amicales, et s’il réussit à limiter les dégâts de sa faible popularité à l’ouest en faisant des bonnes alliances, rien ne peut l’empêcher d’espérer d’atteindre son rêve. Mais la bataille n’est pas gagnée d’avance par cette ex-éminence grise de Joseph Kabila au sein de la cellule stratégique dénommée COST (Comité stratégique) que présidait le feu Augustin Katumba Mwanke et qui regroupait entre autres le feu Samba Kaputo, le général Etumba, l’abbé Malu-Malu, etc.

Olivier Kamitatu, Président de l’ARC

Dans l’hypothèse de la disparition politique du dinosaure Antoine Gizenga, Olivier Kamitatu Etsou, l’actuel ministre du Plan, s’imposerait comme le véritable leader de l’ex-Bandundu, capable de prétendre à la magistrature suprême. Contrairement à Aubin Minaku, non élu en 2011 mais nommé par Mulunda et Boshab, et à Kin Kiey Mulumba anachronique, réduit à troquer son diplôme de la Sorbonne au griot traditionnel du peuple Mbala en chantant des louanges puérils et ridicules en faveur de Kabila, le poids et le potentiel électoraux de Kamitatu et ses atouts diplomatiques plaident largement en sa faveur. Hormis Gizenga dont le PALU disparaitra avec son éclipse politique, Kamitatu est le seul ressortissant de l’ex-Bandundu, hormis Gizenga, à pouvoir aligner un plus grand nombre de députés (16) au parlement. Certains ont été élus à l’Est : un à la Province Orientale, deux au Nord-Kivu ; trois à Kinshasa et un dans le Bas-Congo. Ce qui en fait un des rares partis à avoir une implantation nationale, contrairement au PALU qui reste un parti provincial et foncièrement ethnique, implanté uniquement au Bandundu et à Kinshasa. De plus, aux provinciales de 2007, sur 84 députés provinciaux élus dans l’assemblée provinciale, le Palu en comptait 8 contre 7 députés provinciaux de l’ARC. Ces deux partis étaient devancés par le MLC et le PPRD qui totalisaient chacun 12 députés nationaux dans l’ex-Bandundu.

Sur le plan international, Kamitatu est très apprécié par les milieux diplomatiques belges – dont l’expertise compte chez les faiseurs de rois en RDC, hélas – pour son ton modéré et conciliant et son background intellectuel. En Belgique, il est souvent comparé à son ex-beau-père, Justin-Marie Bomboko Lokumba. La ressemblance est aussi physique, avec leur touffe de cheveux blancs, signe de sagesse dans certaines traditions africaines. En tant que fils du Bandundu, il pourrait éventuellement étendre son potentiel électoral au Bas-Congo, actuellement sans guide politique après le rapprochement de Ne Muanda Nsemi avec Kabila[13]. Le Bas-Congo a, en effet, toujours rejeté Kabila (2006 et 2011) et devrait, de toute évidence, être en froid avec les alliés locaux du Raïs en 2016, en particulier un dauphin qui s’aviserait de se faire adouber par Kabila, ou qui aurait le « malheur » que l’impopulaire président jette son dévolu sur lui.

De même, Olivier Kamitatu pourrait compter sur la forte présence des populations Téké, se considérant comme propriétaires de la ville de Kinshasa, pour étendre son poids électoral dans ces zones où trônent les « Bana Kin » (Fils de Kinshasa) comme les Kimbuta (Gouverneur de la ville de Kinshasa) et autres Godard Motemona, etc. Il s’agit là d’un aspect important dans l’exercice du pouvoir au niveau national car exercer le pouvoir au niveau national est très difficile pour celui qui ne dispose pas à Léo (Kinshasa) de tout un réseau socio-communautaire d’anciens collègues et des gens de la même tribu. D’autant que les sources et les leviers du pouvoir se trouvent à Kinshasa et non en province.

Le cas de Joseph Kabila est illustratif de cette thèse car rejeté à une large majorité à Kinshasa en 2006 et en 2011, malgré des fraudes en sa faveur. Et ce ne sont pas des sondages fantaisistes qui lui permettront de résister au rejet populaire qui l’attendrait en cas de son maintien au pouvoir en violation de la Constitution. S’il a encore quelques neurones politiques, il devrait sérieusement tirer la leçons de la révolte populaire de janvier 2015 et ne plus se laisser distraire par l’ANR, la Démiap et la GR qui n’ont pas permis d’éviter ses débâcles électorales à Kinshasa en 2006 et en 2011 ni contenir la vague de la contestation populaire, n’eût été l’action de la communauté internationale venue in extremis à son chevet.

Olivier Kamitatu a toutefois beaucoup de soucis à se faire dans son Bandundu où le risque d’une dispersion des voix des électeurs est très élevé. Trois grandes figures, en plus de lui-même, devraient se disputer cet électorat stratégique pour la présidentielle : Aubin Minaku en potentiel dauphin de Kabila, Freddy Matungulu déjà dans le starting block et probablement Martin Fayulu. Dans ce scénario, Tshisekedi (père ou fils), Kamerhe et Katumbi sont annoncés pour tirer profit de cette dispersion des voix du Bandundu. Parce que nous sommes dans une configuration de l’élection présidentielle à un seul tour où celui qui a le plus de voix, même à 11%, devient président. La prolifération des candidats rendra le futur jeu électoral, s’il y en aura, très serré et favorisera davantage le vote ethno-communautaire.

Un bémol toutefois, le Bandundu découpé qui risque de voter proximité ethnique et raviver les vieux antagonismes Pende-Mbundu qui forment la base de Gizenga contre les Mbala-Yansi, risque de lui être défavorable. Déjà lors des municipales de 1963, écrit Crawford Young, Kikwit vécut au rythme de la rivalité entre deux ailes du PSA[14] Cléophas Kamitatu Masamba (le papa d’Olivier) et Gizenga.

Toutefois, s’il ne se lance pas dans la présidentielle en 2016, l’ancien bras droit de Bemba et secrétaire général du MLC, qui a fait défection pour faire allégeance à Kabila, pourrait de nouveau récidiver. Dans cette hypothèse, plusieurs signaux indiquent qu’il pourrait se coaliser avec Katumbi ou Kamerhe dans une sorte d’alliance opportuniste d’intérêts Ouest – Est.

S’il y a un candidat qui mérite d’occuper valablement le Palais de la Nation, tant il dispose de qualités hors normes qui le placent au-dessus de la mêlée, c’est bien l’ancien ministre de l’Economie Freddy Matungulu Mbuyamu Ilnkir. M. Matungulu a été ministre de l’Économie, des Finances, et du Budget de la RDC entre avril 2001-février 2003. Il a démissionné de son propre gré – fait rarissime en RDC où la politique est synonyme de l’enrichissement illicite – car ne partageant plus l’inculture et l’immoralité politiques du gouvernement Kabila, pour aller poursuivre sa carrière, interrompue précédemment, au Fonds monétaire international[15]. Il pourrait être le candidat de l’union de la diaspora congolaise avec la population congolaise pour avoir affuté ses armes académiques et ses racines politiques en RDC et fait la fierté congolaise dans les institutions internationales, au sein du FMI. Freddy Matungulu pourrait également être l’homme qui pourrait confronter et concilier les intérêts vitaux stratégiques de la RDC aux enjeux géostratégiques des grandes puissances, fort de sa double expérience professionnelle politique (ancien ministre doté d’un sens élevé de patriotisme et d’éthique politique) et d’expert respecté des institutions financières du monde.

C’est l’homme qui présente les atouts d’être appelé encore l’Homme d’Etat congolais dans une mare politique aux crocodiles prédateurs « politicailleurs » n’ayant aucun sens des valeurs républicaines de l’Etat et de l’intérêt général. Mais l’homme risque de souffrir du « syndrome Kashala », un autre brillant intellectuel congolais d’outre-Atlantique qui a suscité l’espoir aux présidentielles de 2006 avant de disparaître sur la scène politique congolaise. C’est-à-dire souffrir d’un déficit de popularité du fait de son absence prolongée du pays et de son manque de visibilité sur la scène politique congolaise, sauf dans certains médias du net ou internationaux, à faible impact national. La nature du pouvoir ayant horreur du vide, nous ne pensons pas qu’il aura suffisamment du temps d’implanter son parti partout au Congo, surtout à asseoir sa notoriété dans ce pays-continent où les populations affectionnent des politiciens griots, tribuns et roublards à la place des intellos.

Puisque nous sommes dans le registre des candidats issus de la diaspora, nous tenons à signaler, rien que dans l’Etat de Washington DC, on compte deux autres candidats à la présidence. Il y a d’abord Georges Alula, un ingénieur Industriel diplômé de l’institut Supérieure Industriel de Bruxelles (ISIB), détenteur d’un Diplômé d’Etudes Approfondies en chimie Moléculaire de l’Université de Nancy en France. Il est en outre Docteur en chimie de l’université de Metz. Alula, originaire de la Province-Orientale, annonce ses candidatures aux présidentielles depuis 2006 sans concourir. Il se limite jusque-là à sillonner les milieux de la diaspora pour vendre son image et au Congo, il est seulement connu dans les milieux intellectuels congolais dans un pays durement affecté par le nivellement intellectuel vers le bas et l’illettrisme.

Originaire du Kasaï-Oriental, Noel K. Tshiani ambitionne de poursuivre l’œuvre politique d’Etienne Tshisekedi qu’il a rencontré à plusieurs reprises depuis le mois d’avril 2015[16], tout en poursuivant une vision de rassemblement en rencontrant JP Bemba à la Haye au mois d’août 2015. Tshiani est diplômé en management de la Graduate Business School à Harvard University à Boston. Il est également docteur en économie avec spécialisation en banques et finances de l’Université de Paris IX-Dauphine et détenteur de plusieurs diplômes universitaires. Ce haut fonctionnaire international qui travaille à la Banque mondiale à Washington depuis 25 ans, est auteur du livre : « La bataille pour une monnaie nationale crédible »[17], paru en 2014 aux éditions de Boeck. Il a écrit plusieurs articles qui présentent une véritable vision de développement à long terme de la RDC. Son tout dernier article, la Force de changement, propose une sorte de Plan Marshall pour la RDC, dont la mise en œuvre sur 15 ans créerait le plein emploi et permettrait d’augmenter le PIB par habitant de 394 $ aujourd’hui à 4500$ en 15 ans, en prônant une politique économique axée sur les grands travaux à haute intensité de main-d’œuvre et l’industrialisation accélérée de la RDC en transformant localement les matières premières congolaises. Il a bataillé un temps en vain pour succéder à Jean-Claude Masangu Mulongo à la tête de la Banque centrale congolaise, ignorant que ce poste reste un domaine réservé des Balukakat depuis 1997, dans un pays où le mode de gouvernance se fait par la cooptation verticale des élites en lieu et place de l’intégration horizontale – où seule une minorité de fidèles jugés ‘loyaux au chef’ est récompensée – par la mise en place « des réseaux de pénétration ethno-centralisatrice ». Ce mode de gestion de l’Etat vise à renforcer le pouvoir du « chef » en multipliant les réseaux verticaux basés sur des affiliations ethno-communautaires et régionales, ravivant ainsi une logique tribale au cœur de l’État : ‘Equatorialisation’ des cadres sous Mobutu – ‘Swahilisation’ (‘Katanganisation’) sous les Kabila père et fils.

Guillaume Ngefa, expert de l’ONU

Ce n’est pas tout, attendons-nous à ce que d’ici à 2016, la liste des candidats présidents ou des prétendants à la succession de Kabila (par les élections ou non) s’allonge. Nous pensons par exemple à l’infatigable animal politique addictif au pouvoir, Léon Kengo wa Dondo, le président du Sénat congolais, un fin stratège mais piètre tacticien. Il y a aussi deux ressortissants de l’Equateur : le professeur de droit international et européen Frédéric Boyenga Bofala et le fonctionnaire international Guillaume Ngefa Atondoko, expert en mécanismes onusiens et africains des droits de l’homme, notamment en Côte d’Ivoire où il a été très actif dans la résolution de la crise postélectorale qui a plongé ce pays dans le chaos. Ngefa est un ancien avocat au barreau de Kinshasa, cofondateur et ancien président de l’Association de défense des droits de l’homme AZADHO (actuellement ASADHO). Il présente des qualités et des compétences diversifiées, éprouvées et avérées sur le plan international, et qui forgent le respect, pour diriger valablement la RDC. Il devrait profiter de la vacance du leadership, laissée actuellement à l’ouest du pays par l’absence notamment de JP Bemba et l’éclipse politique de Nzanga Mobutu, pour se mettre en ordre utile de bataille, en s’appuyant par exemple sur le puissant réseau communautaire Anamongo qui couvre l’Equateur, Kinshasa et les Tetela-Ankutshu du Sankuru et du Maniema, pour se constituer une large base électorale. Il pourrait également bénéficier du coaching et du parrainage politique du fauve politique Léon Kengo wa Dondo pour optimiser sa reconversion politique.

Le pasteur Joseph Mukungubila dont les adeptes ont été massacrés en décembre 2013 pense toujours pouvoir chasser Kabila du pouvoir et effacer ses traces au Katanga où il dispose d’une base prête à défier la soldatesque de Kabila. On peut aussi citer le débonnaire Antipas Mbusa Nyamwisi, ancien chef rebelle du RCD-K-ML, puis ministre des Gouvernements Gizenga et Muzito entre 2007 et 2011, avant de passer à l’opposition, de partir en exil et d’accabler Kabila qu’il accuse d’être derrière la guerre de massacres qui ravage son bastion électoral de Beni. Sans oublier un des politiciens le plus corrompus de la RDC, l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito qui ambitionne de succéder à Gizenga en 2016 à la tête du PALU, un parti régional en perte de vitesse électorale depuis 2006.

Toutes ces personnalités ne manqueraient sans doute pas de manifester leurs appétits présidentiels à mesure que l’on s’approche de 2016, chacun à sa sauce. Honoré Ngbanda, l’ancien conseiller spécial de Mobutu en sécurité et président de l’APARECO, depuis plus de dix ans, ne rêve que par un renversement armé de Kabila et son régime d' »occupation rwando-ougandaise », sans y parvenir à ce jour. On lui doit en toute honnêteté intellectuelle l’éveil patriotique des Congolais de la diaspora. Il est à la base de la création des mouvements dits des « Combattants ou Résistants » de la diaspora, qui donnent du fil à retordre aux partisans du régime de Kabila et aux artistes musiciens congolais qui glorifient le « raïs » dans leurs chansons, lors de leurs séjours à l’étranger. Même des combattants et d’autres charlatans de la pire espèce sont convaincus que 2016 sera leur tour. Quoi de plus normal dans un pays où Joseph Kabila, sorti de nulle part, a été catapulté à la tête du pays et a banalisé l’accession à cette haute fonction de la République. Et cela est devenu une motivation pour n’importe quel Congolais, instruit ou non, qui pense que « chance eloko pamba » (une sorte de rêve américain à l’envers et à moindre effort, à la congolaise). Ne soyons pas, par exemple, étonnés que la semi-lettrée d’épouse de Kabila, pour raisons d’Etat, Olive Lembe, tente aussi sa chance !

Martin Fayulu, ancien allié d’André Kimbuta, le gouverneur kabiliste de la ville de Kinshasa dont il a soutenu la candidature contre celle du candidat du MLC, Adam Bombole, est aujourd’hui un des opposants le plus radical à Kabila. Le président de l’ECiDé (Engagement, Citoyenneté et Développement) est détenteur d’une maîtrise en économie de l’Université Paris XII et d’un MBA de l’European University of San Francisco en Californie. Il traine derrière lui une remarquable expérience professionnelle chez Exxon Mobil qui force le respect. L’homme fait également preuve d’une probité morale et intellectuelle dans un pays où la culture des antivaleurs est encouragée par la classe politique et les médias. Cependant, Fayulu, dont l’aura dans la capitale ne cesse de croître, doit encore travailler son image politique pour accroitre sa popularité au-delà de Kinshasa. Il présente plutôt l’image d’un technocrate que celui d’un politique. Il lui manque encore ce ‘fight spirit’ et le côté populiste-tribun qui feraient de lui un véritable animal politique en phase avec le code mental politique des Congolais. S’il nous paraît, au stade actuel, assez juste pour être compté parmi les présidentiables, sur base des critères sociopolitiques congolais, Fayulu a le profil d’un Premier ministre idéal d’un Congo débarrassé de l’immoralité politique de Mobutu et des Kabila. Tout honneur est pour lui. Et nous lui conseillons de bien lire les prérogatives constitutionnelles et légales dévolues à un chef de gouvernement dans un pays où désormais le président ne dispose plus de domaine de chasse gardé exclusif comme sous Mobutu. La Constitution congolaise offre 50% de pouvoir au président et au premier ministre. Malheureusement, nous craignons pour lui, comme pour d’autres politiciens congolais, que la course à la présidence soit le seul calcul et objectif politique possible, malgré les écueils qui se présentent devant eux !

Cet ancien représentant du MPR parti-état de Mobutu en France a la particularité d’afficher une ferme opposition aux Kabila depuis 1997. La constance politique et le soutien sans faille à Etienne Tshisekedi de l’élu de Kasangulu dans le Kongo central (ex-Bas-Congo) pourraient l’amener à conforter son leadership dans la province portuaire de la RDC. Jean-Claude Vuemba pourrait canaliser à son profit les déçus des incohérences politiques de Ne Muanda Nsemi, le leader de Bundu dia Kongo dont les adeptes ont été massacrés par la soldatesque de Kabila en 2007 et 2008. Ne Muanda Nsemi, atteint par le syndrome de Stockholm, a tenté de militer pour la prolongation du mandat de Kabila dans une transition de trois ans. Muanda Nsemi paie déjà les frais de son amnésie, malgré sa récente volte-face lorsqu’il s’est confronté à l’hyper-radicalisation de l’humeur politique anti-Kabila des ressortissants Kongo de l’ex-Bas-Congo. Une province qui a toujours voté, à large majorité, contre Joseph Kabila, ce, malgré les fraudes en sa faveur. En tournée dans le Kongo Central pour mener campagne en faveur d’une transition politique de trois ans, afin, dit-il, d’organiser des élections apaisées, l’élu de Kinshasa et non du Bas-Congo, a été accueilli à Moanda puis à Matadi par une pluie de pierres lancées par ses partisans venus l’écouter. Le revirement actuel de Nsemi est plutôt une stratégie de séduction politique pour sauver sa face après avoir été désavoué par des gens dont il s’autoproclame guide spirituel et l’élite intellectuelle Ne Kongo[18]. A notre avis, le vin de palme ou le lungwila est bien tiré pour le guide illuminé de Bundu dia mayala. La preuve est qu’il conjugue déjà sa carrière politique au passé.

Quant Jean-Claude Vuemba, pour arriver à son objectif, il devra faire preuve d’une fine stratégie de communication politique visant à séduire l’électorat du Bas-Congo. En ce sens, il serait un allié essentiel pour tout futur candidat à la présidentielle. Il ne faut surtout pas oublier que Eugène Diomi Ndongala, actuellement en détention, reste un candidat non négligeable au leadership de la province chère au feu président Joseph Kasa-Vubu.

Homme de terrain, dans le chaudron volcanique du Kivu où il a décidé de faire face à l’arme du viol, le docteur Denis Mukwege, gynécologue et directeur de l’hôpital Panzi à Bukavu (Sud-Kivu), est devenu l’ambassadeur de la vaillance et le symbole de la résistance du peuple Congolais.

Inconnu et même méconnu dans son Congo natal et surtout dans la capitale, l’homme est devenu en peu de temps le chouchou de l’Union européenne en passe de se déculpabiliser de ses soutiens politiques incongrus en faveur des politiciens congolais ne répondant pas aux aspirations du peuple. Vitrine de l’excellence congolaise et du Congoptimisme (contre le congopessimisme), ce Poulidor du prix Nobel de la Paix enchaîne des prix honorifiques depuis qu’il a été primé par le Prix International Roi Baudouin pour le Développement en mai 2011. Des prix qu’il accumule en récompense de son action d’assistance médicale et de soutien psychologique apportée aux victimes de violences sexuelles. En octobre 2014, le Parlement européen lui a décerné le Prix Sakharov 2014 pour « la liberté de l’esprit et pour son combat pour la protection des femmes ». Depuis, l’homme qui tergiversait devant les caméras, coaché par des experts en communication, commence à avoir de l’assurance et à tenir un discours politisé, n’hésitant pas à décocher quelques flèches en direction de Kabila dont il ne cesse de décrier sa gouvernance sécuritaire macabre et chaotique à l’Est de la RDC.

Alors que la tenue des élections provinciales, législatives et présidentielle devient techniquement improbables – glissement oblige ! – la RDC pourrait s’acheminer à sa troisième transition politique en l’espace de 25 ans. Dans le cadre de ce scénario qui se profile en vue, le Dr Mukwege présente le profil idéal d’un candidat – pour une fois issue de la société civile – du consensus, pourquoi pas de la cohésion nationale. Il en a les capacités et les atouts, tout porte à le croire d’autant qu’il peut bénéficier d’un large soutien des organisations de la société civile. Toutefois, l’homme se montre méfiant et n’ose pas s’entourer des compétences de ses compatriotes, notamment l’intelligentsia de la diaspora, qui, pourtant, pourrait lui être d’une grande valeur ajoutée, depuis que cette diaspora est devenue faiseuse d’opinion publique en RDC. Il semble, pour le moment, se contenter du travail qu’accomplissent les Occidentaux à sa place. Nous y reviendrons sans doute prochainement avec plus de détails.

A Matata, 1er ministre et A. Minaku, président de l’assemblée nationale

Nous n’avons pas voulu nous étendre sur ces deux proches de Kabila pour la simple et bonne raison que leur chef les instrumentalise pour continuer de gagner leur loyauté. Mais en réalité, il ne compte pas leur léguer son pouvoir provisoirement, le temps de faire une éclipse politique stratégique. D’abord parce que Kabila ne manifeste nullement l’intention de quitter le pouvoir et que, après les échecs successifs de son projet de modification de la Constitution et du glissement du calendrier électoral, c’est plutôt vers un référendum en vue du changement de la Constitution qu’il essaye, de nouveau, d’opérer son coup d’Etat constitutionnel. Ensuite parce que les deux prétendants ne pèsent pas politiquement en RDC. S’il faut reconnaitre une certaine capacité de management à Augustin Matata, l’homme reste cependant faible sur le plan politique. Il n’a pas pu se faire élire en 2011. En plus, ses origines maternelles tutsies plaideront contre lui au moment où les populations congolaises, veulent avoir à la tête de leur pays une personne n’ayant plus aucune attache avec cette communauté dont la plupart de ses représentants en RDC travaillent en connivence avec Kigali, le bourreau de l’Est de la RDC.

Pour ce qui est d’Aubin Minaku, mal élu ou nommé par Mulunda en 2011, l’homme passe pour être le piètre président du l’assemblée nationale de la RDC depuis 1990, tant il se montre impuissant et incapable de faire du parlement le pilier de la démocratie. Et on voit mal comment il pourrait-il faire mieux à la tête du pays. Pourtant, l’homme ne manque pas de background intellectuel mais malheureusement, il est le prototype du paradoxe de l’intello congolais, inconscient de la vocation sociétale de l’acquisition des connaissances. Bref, Aubin Minaku est un véritable commis d’Etat, un apparatchik ayant très peu d’autonomie, de marge de manœuvre et de personnalité politiques. Il fait preuve d’un lourd déficit de leadership alors que le pays est en quête d’un président disposant d’une forte personnalité, essentielle pour la psychologie politique thérapeutique du Congo de l’après Kabila.

Enfin, pour Kabila, privilégier l’un au détriment de l’autre serait synonyme de la dislocation officielle de la majorité présidentielle de factice, qui ne tiendrait plus que par un fil. Les signes du naufrage annoncé de la MP : Les camps Minaku et Matata se livrent déjà à une guéguerre de tranchées insensée[19], qui devrait définitivement mettre en ruine la Majorité présidentielle déjà confrontée à la fronde du G7 et la dissidence de Katumbi.

L’ancien conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité, Pierre Lumbi Okongo, était à la tête du deuxième grand parti de la majorité présidentielle, le Mouvement Social pour le Renouveau (MSR). Il était étiqueté de colombe au milieu des faucons que sont les Boshab et autres Mende, les chantres de Kabila. Déjà en 2014, Pierre Lumbi et son parti, se sont farouchement opposés au projet de modification de la Constitution que voulait initier l’erratique Boshab, alors Secrétaire général du PPRD. Ce fut le début de l’éclatement de la cohésion au sein de la MP au moment où Kabila cherchait vainement la cohésion nationale qu’il n’a jamais eue depuis les élections chahutées de 2011.

La rivalité, sinon le règlement de comptes, entre le MSR et le PPRD remonte aux élections de 2011. En cause, la course pour assurer le leadership de la MP entre le PPRD et le MSR, mais aussi un positionnement stratégique dans la perspective de l’après-Kabila en 2016. En effet, le MSR, deuxième parti de la MP, est en sérieux contentieux électoral avec le PPRD pour des cas des fraudes orchestrées par Mulunda (co-fondateur du PPRD), sur instructions de Katumba Mwanke de Boshab et de Lumanu (hauts cadres du PPRD) en 2011 en faveur des candidats du PPRD dans les circonscriptions où le MSR avait battu le PPRD. En 2014, le MSR a de nouveau été victime d’une autre manipulation électorale dans le cadre de élection du vice-gouverneur du Sud Kivu, un poste qui revenait quasiment de droit au MSR, mais que Malumalu a attribué à l’Alliance des forces Démocratiques du Congo (AFDC) de Bahati Lukwebo, un parti allié au PPRD dans cette province. Comme on peut le constater, la parodie électorale de 2011 n’a pas occasionné des dégâts seulement au sein de l’opposition, plusieurs partis de la MP en ont également été victimes. Depuis, le MSR entretient des relations tendues avec le PPRD, une sorte de guerre de tranchées au sein de la MP. Le MSR ambitionnait de détrôner le PPRD à la tête de la MP pour en devenir le parti leader pour essayer de récolter des dividendes politiques qui devraient lui revenir en termes d’animation des hautes institutions politiques : La Primature (occupée par le PPRD Matata) ou encore la présidence de l’Assemblée nationale (assurée par le PPRD Minaku)[20].

Depuis, ce parti a toujours défendu des positions contraires à celles du PPRD, même lors des discussions à l’Assemblée nationale lors du projet de vote de la loi électorale devant consacrer le glissement. Par ailleurs, Lumbi reste un des rares éminences grises de Kabila, avec Maître Jean Mbuyu, un homme avisé qui aura eu la lucidité de lui déconseiller de se maintenir au pouvoir au-delà de ses mandats constitutionnels en 2016. En ce sens, son parti pourrait plus que vraisemblablement se désolidariser du PPRD qui défend la ligne dure et rouge de maintien en 2016 et se rallier à d’autres candidats potentiels de la MP ou de l’opposition qui se lanceraient à la course à la présidentielle en 2016. Nous en sommes quasiment certain. Ce ralliement consacrera l’implosion de la MP. De la sorte, Pierre Lumbi et son MSR restent quasi indispensables dans les jeux politiques à venir en RDC et seront un allié politique qu’il vaudrait bien avoir avec soi que contre soi. Car les élections ne sont pas que présidentielles mais aussi législatives qui accordent la majorité gouvernementale. Il s’agit d’un aspect souvent ignoré par les politiciens – candidats-présidents – congolais, qui ne prennent pas suffisamment le temps d’analyser la constitution et les jeux institutionnels de la RDC.

En effet, un troisième président (Kamerhe, Katumbi, Mukwege…), issu de la partie orientale du pays, à la succession des deux Katangais, les Kabila père et fils, pourrait difficilement être accepté à l’ouest et dans le centre de ce Congo, un et multiple, contradictoire et quasi balkanisé par le découpage territorial précipité. Un Congo où il est difficile d’exercer le pouvoir sans tenir compte du clivage géopolitique Est-Ouest, comme nous l’avons démontré dans la première partie de l’analyse. A ce propos de Raymond SCHEYVEN, ancien ministre belge des Affaires économiques et financières du Congo Belge et du Ruanda-Urundi avait déclaré, au retour d’un périple au Congo : « C’est en parcourant le pays sans hâte que l’on découvre qu’il n’y a pas un Congo, mais des Congo. Ce Congo divers et, en quelque sorte, contradictoires, quelle folie de vouloir tous les gouverner de Léopoldville, quelle folie plus grande encore de vouloir tous les diriger de Bruxelles ! ».

L’hypothèse d’un Kabila qui perpètre un coup de force constitutionnel pour se maintenir au pouvoir par la force n’est pas à minimiser. Dans ce cas, souffrant déjà d’une grave légitimité populaire qui plombe son action politique depuis 2011, Kabila risque de rendre le pays ingouvernable. Cette option ne sera pas seulement combattue par l’opposition et la population, comme en janvier 2015, mais aussi au sein de sa majorité présidentielle de plus en plus lézardée, où plusieurs cadres, qui attendent et souhaitent son départ, ne cachent plus leurs ambitions et leur opposition à une éventuelle prolongation du mandat présidentiel au-delà de 2016. Ils sont prêts à rallier d’autres contestataires pour élargir le front anti-Kabila.

La véritable grande inconnue reste naturellement l’immixtion de l’armée dans l’arène politique. Ainsi, selon les bruits qui arrivent à nos oreilles, cette éventualité devient de plus en plus probable. Nos précédentes analyses s’y sont penchées. Selon une source de la logistique de la Garde républicaine (GR), les matériels militaires acquis ces derniers temps par la GR – qui ne sont pas destinés aux FARDC – sont actuellement « entreposés à Kibomango, à Mbakana sur la route du Bandundu. Dans l’ex-Katanga, les matériels sont stockés à Kipopo (sur l’axe Lubumbashi – Sakania), dans les environs de la ferme présidentielle de Kambove, au camp Kimbembe dans la commune annexe à Lubumbashi et au camp base de Kimbembe, à Kundelungu, à Lubudi dans la province de Lualaba). Bref, ils sont stockés dans plein d’endroits stratégiques et n’attendent que le déclenchement des événements pour être utilisés« .

Gen. François Olenga – Chef de la maison militaire du Président

Alors que plusieurs signaux politiques et diplomatiques montrent que nous nous acheminons vers une impasse politique, faute de volonté politique du régime Kabila de préparer correctement et sereinement les élections et la décentralisation administrative, tout indique que la rentrée de septembre 2015 va faire entrer la RDC dans une période de turbulences aux conséquences imprévisibles. Les politiciens vont sans doute continuer de se tirer dessus. La rue va plus que probablement gronder et faire entendre sa voix. Mais la grande inconnue demeure au niveau de la grande muette, l’armée, qui pourrait entrer dans la rumba comme au Burkina Faso !

Ainsi, depuis un certain temps, nous surveillons de très près la posture que prendra l’armée dans le développement futur des enjeux politiques en RDC. Nous pensons particulièrement à la Garde républicaine, qui peut opérer un coup d’Etat à la fois en faveur ou contre Kabila. Les deux scenarii restent plausibles, alors que jusqu’il y a peu, nous doutions de l’éventualité de la deuxième hypothèse. Et les politiciens doivent tenir compte de ce paramètre, plus que probable, dans leurs calculs d’accession éventuelle au pouvoir en 2016. En effet, et nous y reviendrons dans une analyse ultérieure quasi finalisée, à l’instar du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) burkinabè, la GR reste une épée de Damoclès sur les enjeux politiques à venir en RDC. La maison militaire du chef de l’Etat et la GR suivent de très près les récents événements au Burkina Faso et s’en réjouissent en quelque sorte suivant une source militaire de la GR.

Les informations de plus en plus convergentes à notre possession nous obligent également à revoir nos pronostics et intégrer cette donne. Quoi de plus normal en RDC où l’alternance à la tête du pays s’est toujours opérée par un fait militaire (coup d’état de Mobutu en 1965, renversement armé de Mobutu en 1997, coup d’état et assassinat de Laurent-Désiré Kabila en 2001). Ainsi, tout porte à croire que la tradition de l’alternance politique classique en RDC pourrait bientôt être « respectée » ! En effet, lorsqu’on restreint l’espace d’expression du jeu démocratique et politique, comme entre 1990 et 1996 ou entre 1997 et 2001, il y a la guerre (ou l’armée) qui fait irruption pour continuer la politique par d’autres moyens (Clausewitz), souvent non démocratiques !

Si jamais Joseph Kabila quitte le pouvoir en 2016, non en maintenant son régime suivant la formule « Poutine – Medvedev », la RDC va connaitre une nouvelle recomposition de son paysage politique actuel. Le départ de Kabila et son régime va à coup sûr consacrer de nouvelles alliances entre les kabilistes modérés et l’opposition modérée, comme nous l’avons expliqué dans notre première lecture. La fin des régimes Kabila (père et fils) va plus que probablement remanier profondément l’architecturepolitique congolaise. Elle approfondira ensuite le processus de rajeunissement de la classe politique, constaté depuis une décennie, par le simple fait de la disparition des dinosaures dont l’activité politique a commencé dans les années 1960 : Etienne Tshisekedi, Léon Kengo wa Dondo, Antoine Gizenga. L’UDPS post-Tshisekedi n’aura plus le même charisme et poids politique qu’actuellement. La crise de leadership interne à la succession du mulopwe lider maximo l’atteste. Il en est de même du PALU du patriarche Antoine Gizenga, aussi aux prises de la guerre de tranchées entre Godefroid Mayobo et Adolphe Muzito, qui risque de connaitre le même sort que les MPR, UFERI, PDSC ou MNC.

Cette restructuration à venir ne semble pas être une mauvaise chose en soi en termes de perception des réalités politiques et géopolitiques contemporaines qui nécessitent l’émergence de nouveaux leaders qui doivent être en phase avec les nouvelles grilles de lecture stratégiques que nous impose l’évolution du monde. Les vieux leaders actuels sont encore accrochés aux vieilles recettes de la guerre froide. Ils font preuve d’un lourd anachronisme par rapport aux enjeux actuels des relations internationales. Celles-ci sont régies par une géopolitique (des puissances) à géométrie variable dans un monde unipolaire polycentré, du fait de l’émergence de nouveaux acteurs mondiaux : étatiques (pays du BRISC), non-étatiques (ONG’s), multinationaux (firmes néolibérales) et supranationaux (prolifération des organisations internationales).

Conclusion et craintes pour l’avenir proche de la RDC

La tension politique qui ne cesse de se cristalliser depuis le début de cette année, en lien avec le processus électoral 2015-2016 et le découpage territorial précipité, mal préparé et mal implémenté ; les frictions sécuritaires aux frontières avec le Rwanda et l’Ouganda ; l’insécurité non endiguée au Katanga (Bakata Katanga et autres conflits communautaires locaux)[21] et dans les deux Kivu – la récente attaque des six GR nous le rappelle – et dans l’ex-Province Orientale (Occupation des territoires par des Sud-soudanais) ; la persistance de la crise politique au Burundi causant la fuite des Burundais en RDC où ils pourraient constituer des bases arrières d’une rébellion armée, sont autant de menaces sérieuses pour la sécurité de la RDC dans les mois à venir. La fin du mandat constitutionnel du président Kabila, prévue en décembre 2016, et l’incertitude sur son avenir politique laissent planer un risque d’instabilité élevé qui peut plonger la RDC dans un nouveau chaos. Selon plusieurs informations concordantes à notre disposition, Kabila pourrait bénéficier des appuis des présidents ougandais, rwandais et burundais dans un scénario de remake de l’agression du Congo de 1996, pour se maintenir au pouvoir. L’analyste Boniface Musavuli a également alerté l’opinion congolaise sur cette menace dans son analyse « RD Congo – 2016 : C’est la guerre qui nous attend »[22]. Dans ce contexte politique et sécuritaire très volatil et incertain, l’attention doit moins se focaliser sur les calculs mesquins des politiciens congolais, souvent rêveurs. Elle doit plutôt être portée sur la posture que prendront l’armée et la police dans une moindre mesure – par rapport aux enjeux politiques et régionaux à venir[23].

A ces aspects politico-sécuritaires, il faut craindre également l’effet boomerang de la chute spectaculaire des cours des matières premières ces derniers mois. Cela risque de provoquer des licenciements massifs dans l’ex-Katanga, laissant craindre des troubles sociaux de grande envergure, en plus du ralentissement économique marqué par la baisse du taux de croissance , passé à 8,4 % contre une prévision gouvernementale initiale de 9,2 %. Glencore, géant suisse du négoce des matières premières, a annoncé la suspension de sa production de cuivre pendant 18 mois dans sa mine de Kamoto en RDC. Il y a aussi Katanga Mining, filiale congolaise de Glencore, qui a annoncé le 13 septembre la suspension de ses activités de traitement de cobalt à Kamoto[24]. Ce sont des milliers d’emplois directs – et pratiquement autant d’emplois indirects connexes et dépendats – qui vont passer à la trappe.

Voilà la RDC se profiler tout doucement et s’embourber dans un nouveau spectre du cycle des ruptures et continuités, où il faudrait rester très attentif aux menaces sécuritaires qu’aux jeux et enjeux politiques des politiciens congolais qui ne parviennent pas, jusqu’à ce jour, à trouver une solution efficace la débâcle congolaise depuis 1960.

J’ai écrit, alerté et juste donné mon opinion personnelle. Attendons voir la suite des faits sur le terrain…

[1] http://desc-wondo.org/dossier-special-les-personnalites-congolaises-a-tenir-a-loeil-en-2014-jj-wondo/#sthash.9OxAWj8X.dpuf.

[2] Th. Flichy de La Neuville & Gregor Mathias ; 2030, Le monde que la CIA n’imagine pas, Ed. B. Giovanangeli, Paris, 2015, p.20.

[3] Exemple : http://www.grip.org/sites/grip.org/files/NOTES_ANALYSE/2015/Notes%20DAS%20-%20Afrique%20EQ/OBS2011-54_GRIP_Note%2018_Angola.pdf.

[4] http://www.voiceofcongo.net/felix-tshisekedi-ludps-vers-la-presidence-de-la-rd-congo-nous-ne-trahirons-jamais-le-peuple-video.

[5] Danny Banza Maloba (Alliance congolaise), José Endundo Bononge (Parti démocrate-chrétien), Olivier Kamitatu Etsu (Alliance pour le renouveau du Congo), Gabriel Kyungu wa Kumwanza (Union des nationalistes et fédéralistes du Congo), Pierre Lumbi Okongo (Mouvement social pour le renouveau) Christophe Lutundula Apala (Mouvement solidarité pour la démocratie et le développement), Charles Mwando Nsimba (Union nationale des démocrates fédéralistes) et d’autres cadres de la majorité présidentielle, qui s’étaient prononcés auparavant contre la révision constitutionnelle, ont adressé une lettre au président Joseph Kabila, dont une copie a été transmise à l’Agence Reuters[1]. Dans cette lettre, ils manifestent leurs inquiétudes sur son silence ainsi que ses vraies intentions concernant sa succession au pouvoir. Un silence qui affaiblit la coalition. Dans une lettre publiée le 15 septembre 2015, le même Groupe de 7 a récidivé (http://www.tshangu.com/Voici-la-lettre-estocade-du-G7-a-Joseph-Kabila_a1574.html). Et ce sont des démissions en cascade qui secouent la (pseudo) cohésion au sein de la MP. Si Kabila négocie mal cette vague de saignée qui secoue son camp politique où certains de ses proches collaborateurs prônent la fermeté, il risque de se retrouver un homme seul! L’administrateur de l’Agence nationale de renseignement ANR, Kalev Mutond, fait partie des faucons du régime qui incitent Kabila à faire usage du bâton et non de la carotte. De source bien introduite de l’ANR, Kabila l’a instruit de « répertorier, identifier et traquer tous les cadres qui ne sont pas explicitement disposés à le suivre dans la bataille décisive de 2016 pour être sanctionnés durement et assez rapidement« . Pour une autre source présidentielle : « Le chef resserre les rangs. Il ne veut plus de collaborateurs ayant un pied dedans et un pied dehors. Il ne veut que des fidèles qui sont prêts à l’accompagner dans les futures batailles de 2016; mais il reste confiant et serein, parait-il« . Attendons-nous donc dans les prochains jours à d’autres chambardements car la chasse aux sorcières est bien lancée.

[6] http://af.reuters.com/article/drcNews/idAFL5N10M2FQ20150811?sp=true.

[7] http://desc-wondo.org/dossier-special-les-personnalites-congolaises-a-tenir-a-loeil-en-2014-jj-wondo/. Ou http://desc-wondo.org/moise-katumbi-lalternance-ou-lalternative-a-kabila-jean-jacques-wondo/.

[8] http://desc-wondo.org/moise-katumbi-lalternance-ou-lalternative-a-kabila-jean-jacques-wondo/.

[9] Partie II : http://desc-wondo.org/serie-inedite-pourquoi-ce-subite-acharnement-dobama-sur-kabila-suite-jj-wondo/

Partie I : http://desc-wondo.org/serie-inedite-pourquoi-ce-subite-acharnement-dobama-sur-kabila-1-jj-wondo/

Partie III : http://desc-wondo.org/serie-inedite-iii-pourquoi-ce-subite-acharnement-dobama-sur-kabila-fin-jj-wondo/

[10] http://desc-wondo.org/rdc-tshisekedi-appelle-le-peuple-a-chasser-kabila-du-pouvoir-voa/.

[11] http://desc-wondo.org/qui-assumera-lepineux-heritage-politique-detienne-tshisekedi-exclusivite-desc/.

[12] http://www.radiookapi.net/actualite/2015/03/18/rdc-4-de-477-partis-politiques-sont-implantes-sur-75-du-territoire-national.

[13] L’alliance-Kabila – Ne Muanda Nsemi ne devrait pas, de toute évidence, s’inscrire dans la durée. Le leader des Bundu dia Kongo a renoncé à participer au dialogue proposé par Kabila et même annoncé qu’il se retirait de la vie politique. Cf. http://www.radiookapi.net/2015/09/07/actualite/revue-de-presse/le-phare-ne-muanda-nsemi-jette-leponge.

[14] Parti Solidaire Africain.

[15] http://radiookapi.net/emissions-2/le-grand-temoin/2015/04/06/freddy-matungulu-la-rdc-besoin-de-tous-ses-fils-compris-moi-pour-sa-reconstruction-2/.

[16] http://www.laprosperiteonline.net/affi_article.php?id=6272.

[17] http://desc-wondo.org/noel-k-tshiani-rdc-la-bataille-pour-une-monnaie-nationale-credible/.

[18] « RDC – Le député Ne Muanda Nsemi désavoué par l’élite Ne Kongo de l’ex-Bas-Congo », http://desc-wondo.org/rdc-le-depute-ne-muanda-nsemi-desavoue-par-lelite-ne-kongo-de-lex-bas-congo/.

[19] http://www.hot243.com/2015/08/rdc-matata-ponyo-minaku-grave-incident-au-palais-du-peuple/.

[20] http://desc-wondo.org/special-hebdo-du-11-au-16-aout-la-sante-mystere-de-tshisekedi-et-le-desaveu-de-boshab-par-le-msr/#sthash.kZpQNDll.dpuf.

[21] Georges Berghezan, Groupes armés au Katanga, épicentre de multiples conflits, (http://www.grip.org/sites/grip.org/files/RAPPORTS/2015/Rapport%202015-3.pdf), GRIP, Juin 2015. Ou Ida Sawyer, RD Congo : Des milices ethniques attaquent des civils au Katanga – http://desc-wondo.org/14805/#sthash.lhwyfWTG.dpuf, HRW, 11 août 2015.

[22] http://desc-wondo.org/rd-congo-2016-cest-la-guerre-qui-nous-attend-boniface-musavuli/.

[23] Jean-Jacques Wondo, Congo: Hervorming van leger en politie : Een zaak van politieke wil, (Traduction littérale : Congo : La réforme de l’armée et de la police : Une question de volonté politique – Article rédigé pour) Pax Christi, vlaamse vredesweek, Ontwapen Oost-Congo, in Politiek dossier 2015/4, pp.7-9.

[24] http://www.rtbf.be/info/economie/detail_le-secteur-minier-africain-violemment-frappe-par-la-chute-des-cours?id=9078815.

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