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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 09:08

Inédit – Situation à Beni : Analyse opérative d’un expert militaire FARDC – DESC

Situation à Beni : Analyse opérative d’un expert militaire FARDC

Toujours dans notre quête de comprendre ce qui se passe dans le Grand Nord de la province du Nord-Kivu, nous venons d’entrer en possession d’une analyse effectuée par un officier de renseignement FARDC sur les opérations militaires menées à BENI. L’officier a eu accès à plusieurs documents confidentiels internes et a été en contact, à plusieurs reprises, avec des troupes qui se battent au front. Son témoignage nous fournit un nouvel éclairage de ce qui se passe à BENI. Une région qui continue de subir des massacres répétés depuis bientôt un an, illustrant l’inefficacité des FARDC et de la MONUSCO.

Le document est élaboré à partir d’un entretien semi-directif[1] réalisé sur base d’un questionnaire élaboré par DESC. Le texte reproduit quasi intégralement les information recueillies auprès de notre source s’exprimant sous anonymat.

Il est à rappeler qu’en date du 5 septembre 2016 au-moins neuf civils congolais ont été dans l’après-midi de samedi à Ntoyi et à Makida, à cheval entre les localités Mbau et Ngite, dans le Groupement Batangi-Mbau, dans le Secteur de Beni-Mbau, à environs 25 et 30km au nord de Beni-Ville, en Territoire de Beni. Il s’agit d’un territoire suppposé être sous le contrôle des FARDC qui y mènent depuis janvier 2014 l’opération militaire Sokola I. Selon l’ONG CEPADHO (Centre d’études pour la promotion de la paix la démocratie et les droits de l’Homme), « les terroristes ont commencé à opérer au tour de 14h locale, profitant de leur passage dans le coin. Ils viendraient de Mamundioma/PK25 (sur axe Mbau-Kamango en direction du Graben, via les zones de Mukida, Ntoyi, Masulukwede, tepiomba, Vemba et la Vallée la rivière Semliki (en plein Parc national du Virunga). »

Le compteur de DESC, sur base de nos diverses sources, indique un bilan de 465 tués depuis le 02 octobre 2014.

Constats d’un officier FARDC

La poursuite inquiétante des tuerie de la population, les embuscades contre les FARDC et plus récemment le 5 mai 2015 contre les casques bleus du contingent tanzanien poussent à réfléchir sur la situation sécuritaire

Il est vrai que depuis le lancement de l’Opération SUKOLA I en territoire de BENI, les FARDC ont une ascendance avérée sur les ADF/NALU qui sont certes affaiblis, toutefois leurs capacités de nuisance demeurent intactes.

Après une analyse froide de la recrudescence de la violence dans le territoire de BENI qui a déjà coûté la vie à plus de quatre cents ( 400 ) paisibles citoyens et près de six cents (600) combattants des FARDC documentés, il se dégage des constats suivants :

1. Côté ADF

Les ADF conservent intactes leurs capacités de nuisance. Le noyau dur et le commandement de ce groupe armé ne sont toujours pas localisés et neutralisés en dépit de l’arrestation le 20 avril 2015 de Jamil MUKULU aux frontières tanzaniennes et de l’élimination dans la nuit du 24 au 25 avril 2015 du chef des opérations, KHASADA KARUME, abattu par les FARDC.

Leurs réseaux de renseignement, de ravitaillement et de recrutement ne sont toujours pas encore complètement démantelés.

Suivant les rapports transmis à l’EMG FARDC, ces rebelles ont la maitrise du terrain, ce qui justifie leur mobilité. Ils sont constitués d’unités satellites composées des combattants opérant en tenue civile qui égorgent la population pour distraire les FARDC et les attirer dans les embuscades mais surtout pour pousser la population à se révolter contre l’Armée et les autorités politico-administratives tandis que les opérations militairement proprement dites sont exécutées par ceux qui opèrent parfois en tenue militaire de plusieurs Armées de la région y compris celle des FARDC récupérée sur les militaires tués. A titre illustratif, KHASADA KARUME, tué par les FARDC détenait sur lui l’arme AK47 du chef de peloton des FARDC tombé quelques jours avant l’offensive, aussi deux combattants tués dans une attaque des FARDC étaient vêtus l’un de la chemise et l’autre du pantalon du treillis du caporal des FARDC tué la veille.

Les combattants ADF développent une agressivité sans pareil, font preuve de discipline de feu et démontrent une détermination à combattre jusqu’au sacrifice. Ils se nourrissent seulement des tarots et des patates dont les morceaux sont attachés à leurs habits. Cela pourrait être leur gris-gris.

Leur mutisme (le manque de communication), leur discrétion constitue également leur force. Ce dernier temps, ils essaient de jouer sur le nerf de la population en répandant de fausses rumeurs pour intoxiquer. Enfin, il ne serait pas totalement faux de penser que les ADF bénéficient du soutien de l’International islamiste djihadiste. A titre illustratif, lors de la destruction du Camp BARUKU, plusieurs effets dont des corans, des soutanes et autres objets de culte musulman ont été découverts.

2. Les FARDC

Les FARDC exercent certes une ascendance avérée sur l’ennemi à cause de leur puissance de feu et de leur effectif relativement supérieur à celui de l’ennemi. Seulement, elles ne maitrisent pas parfaitement le terrain à cause de son immensité et de son relief. Aussi, les FARDC, formées à la guerre classique ont du mal à s’adapter au mode opératoire de l’Ennemi qui leur impose une guerre asymétrique du type de guérilla.

Toutefois, le manque d’appui de l’artillerie et de l’aviation de patrouille et de combat constitue également un frein au bon déroulement des opérations. Ici, il y a lieu de reconnaitre qu’un assaut effectué le mardi 11 mai 2015 par des hélicoptères MI 24 Hind des FARDC et ceux de la force de la MONUSCO a porté un coup dur aux ADF dont 19 combattants ont été tués lors de ces raids aériens.

Quelques attitudes négatives sont reprochées régulièrement aux FARDC :

· Le manque de discipline de feu ;

· L’indiscipline des Militaires ;

· Le décrochage ou désengagement non ordonnés ;

· La précipitation dans l’engagement de l’ Eni (Lire ennemi);

· L’incapacité à fixer ou à immobiliser l’Eni afin de l’engager ;

· Le manque parfois de combativité ou d’agressivité ;

· Le clientélisme de certains officiers ;

· Le noyau du commandement est constitué des officiers issus d’une famille et du territoire ;

· etc.

Le réseau de recrutement et de ravitaillement de l’ennemi étant toujours opérationnel, il y a lieu de se poser des questions sur l’efficacité des services limiers (Renseignements militaires). A titre illustratif, le Col KAMBALE, chef T2 (renseignement) originaire de BENI, a tout de suite été relevé de ses fonctions après trois mois d’exercice pour soi-disant complaisance, connivence avec le réseau ADF et trafic d’influence.

Déficit de communication

· Lors de la visite des Chefs d’états-majors généraux des FARDC et l’Armée ougandaise de MADINA l’un des nombreux quartiers généraux des ADF pris à l’époque par le Gen BAHUMA Lucien, les FARDC avaient déclaré que les ADF ont été défaits. Il ne restait plus au moins que trois cents individus en errance. Et que le reste ne serait qu’une affaire de la Police. Mais en croire les autorités militaires de BENI, les ADF conservent toutes leurs capacités de nuisance.

· Depuis le début des opérations contre les ADF, les FARDC ont perdu près de sept cents combattants et non trois cents comme soutenait le feu Gen BAHUMA.

· L’information non encore démentie aujourd’hui, diffusée par la Radio Okapi au mois d’avril dernier, selon laquelle des ADF capturés auraient avoué que des officiers des FARDC pourvoiraient les ADF en armes, munitions et rations de combat vient renforcer le soupçon de complicité de la hiérarchie militaire avec les réseaux des ADF. Cette information revient toujours dans toutes les conversations sur la situation sécuritaire à BENI.

Observations générales :

· Les unités (régiments, brigades, bataillons) déployées ne les sont que de nom. Leurs effectifs sont douteux.

· La plupart des officiers qui composent les unités déployées dans le Secteur opérationnel du Grand Nord et de l’Opération se sont octroyés eux-mêmes des grades d’officiers et d’officiers supérieurs depuis l’époque du Général BAHUMA AMBAMBA Lucien. La régularisation de leur situation administrative risque de porter un coup à la poursuite normale de l’opération en cours.

3. La PNC

La PNC ne dispose pas d’effectifs et de charroi automobile suffisants pour organiser des patrouilles diurnes et nocturnes dans la ville de BENI et ses environs en vue de dissuader toute infiltration ennemie.

4. La MONUSCO

L’appui de la MONUSCO qui dispose de combattants, de charroi automobile, d’aéronefs, de drones et autres appareils modernes de combat s’avère indispensable au regard de la recrudescence de la violence dans le territoire de BENI.

La MONUSCO est accusée à tort ou à raison d’inefficacité et de connivence avec les ADF. Selon certaines langues, la Mission onusienne ravitaillerait les ADF en vivres et médicaments. Ce qui est difficile à vérifier. Toutefois, au lendemain de l’embuscade contre le contingent tanzanien, les IMANS de la région de MBAU, MAYANGOSE ont regretté que l’Aumônier musulman tanzanien aie distribué des soutanes et des corans aux jeunes musulmans non pratiquants selon eux ou (qui ne prient pas régulièrement avec eux.)

5. La Population

La ville de BENI et ses environs sont hostiles au régime de Kinshasa. A titre illustratif, au lendemain de la visite du Président à BENI l’année dernière, son monument érigé à MALEPE dans la commune urbaine de MBAU en plein centre de BENI a été détruit par des manifestants. Dans la nuit suivante, des personnes non autrement identifiées ont coupé la tête et les bras du monument de NYAMWUISI MUVINGI. La Population attribue cet acte au Général de Brigade MUHINDO AKILI MUNDOS, l’actuel commandant du Secteur opération du Grand Nord et de l’opération SUKOLA I, ancien Mai-Mai, pur produit de la Garde Républicaine. Depuis ce temps, la population est convaincue que c’est ce dernier qui organise les tueries au profit du Président. Une opération de dépeuplement de la population NANDE, hostile à la naissance d’une républiquette dans la région de Graben. C’est ainsi que chaque fois que l’Armée met en place un dispositif sécuritaire pour évacuer la population en vue de lancer les opérations de ratissage comme ça a été le cas à MAYANGOSE au début du mois d’avril dernier, la population pense que les FARDC veulent l’évacuer pour infiltrer les égorgeurs.

Cette Population autochtone me semble parfois naïve car malgré la recrudescence des tueries dont elle est victime, elle ne fait aucun effort pour se prendre en charge. Par exemple, organiser un système d’alerte pour dissuader toute attaque des assaillants. La complicité de la population n’est pas à écarter parce qu’avant les opérations contre les ADF, ces derniers tenaient et finançaient le circuit commercial à BENI et ses environs.

Au regard de ce qui se passe, il y a lieu de s’interroger sur :

· Les auteurs ;

· Les mobiles réels de ces massacres ;

· Et à qui profite le crime ?

Outre les ADF/NALU, il est à signaler aussi qu’il existe plusieurs conflits interurbains dans le territoire de BENI comme les limites de la ville de Beni et de certains villages, le conflit forestier entre les autochtones et les autorités au sujet des limites du Parc de VIRUNGA etc. D’aucuns pensent aussi que les politiciens de la région manipuleraient leurs sympathisants pour des besoins électoralistes.

Toutefois, s’il s’agissait des ougandais des ADF qui chercheraient à renverser le régime de KAMPALA. Faut-il égorger des congolais pour atteindre cet objectif ?

Ceci demeure un mystère surtout que contrairement aux groupes terroristes comme les Boko Haram, les Shebab ou l’Al Qaida, les ADF ne font jamais des revendications et des déclarations.

Au lieu de chercher à savoir à qui profitent ces crimes, nous devrions tout seulement affirmer que c’est la RDC et singulièrement le territoire de BENI qui en souffrent

Situation après Juin 2015

Contrairement aux informations ci-haut mentionnées, où j’identifiais les ADF/NALU comme étant les assaillants, après d’autres investigations poussées, suite à la persistance de la dégradation de la situation à Beni, où les soi-disant ADF/NALU sont maintenant capables de réaliser des contre- offensives, j’ai recueilli plusieurs informations troublantes de nos troupes sur le terrain qui admettent que les mains noires nationales et étrangères sont derrières ces attaques, faussement attribuées aux ADF.

Le départ du Général MUNDOS, cerveau moteur de la planification de ces attaques, n’a rien changé à la situation. Il s’agit juste d’une diversion pour baisser la pression qui pesait de plus en plus sur le Commandant suprême et son bras armé AKILI Mundos.

Ces attaques visent en réalité à causer la panique au sein des populations locales pour les contraindre à quitter leurs localités de sorte à y être remplacées par des populations rwandophones.

L’ordre a été explicitement donné par la hiérarchie aux troupes et aux militaires en contact avec la presse et la MONUSCO de continuer de nommer l’ADF/NALU comme étant les assaillants. Et ce qu’on leur demande de dire aux médias n’a rien à voir avec la réalité du terrain. Plusieurs ONG locales, notamment le CEPADHO, sont pris dans ce piège visant à attribuer systématiquement, sans enquêtes approfondies au préalables, et faussement les massacres de Beni aux ‘jihadistes’ ADF/NALU. Une prise de position qui fait naturellement le jeu de certaines autorités provinciales et nationales. Elles devraient plutôt approfondir leurs investigations pour éclairer objectivement les famliles des victimes..

Auparavant, c’était des incursions et des raids sporadiques, mais aujourd’hui, ils lancent contre les positions de nos troupes des contre-offensives armées qui ne correspondent plus au mode opératoire des ADF/NALU. Ils utilisent des moyens militaires lourds qui n’ont rien à avoir avec de l’armement rudimentaire utilisé par les ADF/NALU. Ces assaillants, dont certains sont des anciens ADF/NALU récupérés à d’autres fins – stratégie de diversion finement réfléchie pour orienter tout le monde vers les ADF – dont plusieurs militaires congolais interrogés doutent de plus en plus sur leur identité ADF/NALU, bénéficient des soutiens logistiques militaires congolais et des pays voisins. L’ennemi est plus organisé, plus combatif et plus déterminé que l’on ne le pensait. La situation est loin de se normaliser dans le contexte politique et sécuritaire actuel, caractérisé par une subite recrudescence des foyers d’insécurité un peu partout dans le Nord-Kivu et une crispation politique sur la fin du mandat du président.

Pétition sur les massacres de BENI

A ce jour, DESC s’étonne de l’indifférence manifestée par les Congolais face au drame et la pétition lancée depuis fin juin 2015 recueille très peu de signatures. Nous interpellons particulièrement la classe politique congolaise, surtout de l’opposition, actuellement plus préoccupée par leurs besoins politiques personnels et égoïstes que par le sort de ceux dont ils prétendent assurer le bien être. Prochainement, DESC publiera la liste des personnalités politiques et de la société civile qui ont signé la pétition. Les notables du Grand Kivu sont les premiers concernés et leur silence pourraient les rendre complices de ces massacres. Nous ne manquerons pas de donner des consignes en temps utile en défaveur de certains politiciens opportunistes.

Le lien pour signer à la pétition : https://secure.avaaz.org/fr/petition/Procureur_de_la_CPI_et_HautCommissariat_de_lONU_aux_droits_de_lhomme_Une_enquete_internationale_sur_les_massacres_de_Ben/?cgMMAfb

– Lien Vidéo de la campagne sur les massacres de Beni – version française : https://www.youtube.com/watch?v=qiK3vl2aizA

– Lien vidéo de la campagne sur les masacres de BENI – version anglaise : https://www.youtube.com/watch?v=NvH_ROIOEFM

EXCLUSIVITE DESC

[1] Un entretien semi directif est une technique qualitative qui permet de centrer le discours des personnes interrogées autour de différents thèmes définis au préalable par les enquêteurs et consignés dans un guide d’entretien. Il peut venir compléter et approfondir des domaines de connaissance spécifiques liés à l’entretien non directif qui se déroule très librement à partir d’une question.

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