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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 17:22
Moise Katumbi et le lobby américain

Moise Katumbi et le lobby américain

Sur le Congo-Kinshasa et ‘’la nation exceptionnelle US’’, il y a de plus en plus de documents et vidéos rapidement accessibles. Il suffit de taper dans Google ‘’Le conflit au Congo. La vérité dévoilé’’ ou ‘’Rwanda’s untold story’’ ou encore ‘’Millionaire governor gears up for 2016 Congo election bid’’. Ces trois documents peuvent rafraîchir la mémoire sur les tenants et les aboutissants de la guerre raciste que le Congo-Kinshasa connaît depuis les années 1990 et sur la façon dont elle se poursuit par les proxys et les ‘’gouverneurs pro-empire’’ interposés. Pour les fanatiques des élections-pièges-à-cons de 2016, une question est en train de s’imposer : « Avez-vous encore et toujours besoin de ‘’nègres de service’’ comme ‘’chefs d’Etat apparents’’ ?

Le processus d’occupation et de balkanisation du Congo-Kinshasa poursuit son petit bonhomme de chemin. Depuis l’assassinat de Lumumba en 1961, un coup d’Etat permanent[1] est fait à son pays avec la complicité de certains de ses frères et sœurs. Ce coup d’Etat mené par ‘’tueurs à gages économiques’’ et ‘’les huissiers du grand capital’’ que sont les IFI passe aussi de plus en plus par la neutralisation du suffrage universel. Pour dire les choses simplement, depuis 2005-2006, le processus électoral au Congo-Kinshasa ne sert pratiquement à rien. Il est un piège tendu aux plus naïfs d’entre les Congolais(es) et à plusieurs compatriotes ayant perdu tout sens de l’histoire. La perte de la mémoire collective et le manque d’une relecture permanente de l’histoire immédiate du Congo-Kinshasa contribuent à entretenir ‘’un bavardage politique’’ impuissantant pour les masses populaires.

Celles-ci sont menées comme des ‘’moutons’’ par une élite compradore incapable d’un jugement réfléchi et critique vis-à-vis de ce processus d’abrutissement et d’abâtardissement.

Tenez. La neutralisation du suffrage universel par les entreprises transcontinentales et ‘’leurs petites mains’’ n’est pas une particularité congolaise. Plusieurs pays européens soumis aux mesures austéritaires par ‘’la troïka’’ en font aussi l’expérience depuis plusieurs années.

Le cirque politique occidental est un problème sérieux comme en témoignent Christophe Deloire et Christophe Dubois[2]. ‘’La guerre d’usure’’ menée contre la Grèce est l’un des témoignages les plus éloquents sur la nuisance des ‘’usurpateurs’’ et sur leur capacité de s’emparer du pouvoir légitime dans les pays dont ils dominent.

En Grèce, un gouvernement élu sur un mandat clair n’a pas réussi à renégocier un accord passé entre celui qui l’a précédé et la ‘’troïka’’. Pourquoi ? « On ne peut pas laisser des élections changer quoi que ce soit », a soutenu le ministre des finances allemand au cours des négociations entre la Grèce et l’Eurogroupe. Pour lui, « (…) il n’était pas question que l’accord soit renégocié au seul prétexte qu’un nouveau gouvernement avait été élu. »[3]

Disons donc que depuis plusieurs années, en Occident comme dans plusieurs pays africains, les élections sont instrumentalisées par ‘’le capitalo-parlementarisme’’ contre les valeurs de justice sociale, de débat démocratique, de consensus, de liberté de pensée, de solidarité, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de souveraineté. Les valeurs néolibérales ont usé de leur pouvoir ensorceleur pour s’emparer des cœurs et des esprits. Elles sont imposées aux peuples et aux nations par ‘’les nouveaux chiens de garde’’ comme étant l’unique voie de salut. Et le capitalo-parlementarisme est au service de l’empire US (avec ses ‘’tueurs à gages économiques) et de ses alliés. Ce petit détour par l’Occident et la Grèce aide à situer la tragédie congolaise dans un contexte beaucoup plus de large de la dépossession des Etats de pouvoir issu des urnes par ‘’les nouveaux cercles de pouvoir’’ n’ayant aucun compte à rendre aux peuples. Cette dépossession date des années 1980 (et même d’un peu tôt).

Quand la guerre est imposée aux Grands Lacs africains vers ces années, elle est soutenue et financée par les entreprises (majoritairement) anglo-saxonnes. Elle est une entreprise de déstabilisation et de chaos, au nom de l’empire US. Cet empire, s’inspire de l’empire britannique et de la Rome ancienne. Dans un discours d’une très grande clarté, l’un de ses géopoliticiens actuels, George Friedman, en détaille le mode opératoire. Il dit : « La Grande-Bretagne n’a pas occupé l’Inde. Elle monta différents Etats indiens les uns contre les autres, puis fournit quelques officiers britanniques à l’armée indienne. » Il ajoute : « Les Romains n’avaient pas envoyé de grandes armées dans leurs territoires conquis, ils y avaient placé des gouverneurs pro-romains et ces gouverneurs, comme par exemple Ponce-Pilate, étaient responsables de la paix. »[4]

Eu égard à ce mode opératoire, plusieurs d’entre nous ont déjà compris que les conflits ethniques ont été instrumentalisés dans une guerre d’agression (de 1996) recourant à la politique du « diviser pour régner ». Cette guerre a créé ses « gouverneurs pro-empire »/ Museveni, Kagame, Mzee Kabila et ‘’Joseph Kabila’’. Elle se poursuit parce qu’elle est une guerre d’usure. Mais elle a besoin de tromper la vigilance de plusieurs d’entre nous en instrumentalisation ‘’les élections-pièges-à-cons’’ pour la troisième fois au Congo-Kinshasa. Les Lubas et les pygmées sont déjà ‘’en guerre au Katanga’’. Il est à craindre que la division territoriale faite dernièrement dans la précipitation ne soit une bombe à retardement pour l’implosion du pays et sa balkanisation. Georges Friedman nous a avertis.

Un article de l’agence Reuters (publié ce mardi 11 août 2015) vient mettre sur la place publique ce que Moïse Katumbi et son lobby américain sont en train de tramer[5]. Une allusion y est faite aux mines du Katanga. Plusieurs organisations non-gouvernementales américaines travaillant à l’expansion de l’empire sous le mode du ‘’soft power’’[6] y sont citées. Au Congo-Kinshasa, il est de notoriété publique que ces ONG coachent plusieurs partis politiques.

Notons en passant qu’aux Etats-Unis, les riches achètent les services des lobbyistes. Mais recourir au lobbying américain pour gagner les élections au Congo-Kinshasa en sollicitant (en plus) des ‘’agences de sédition US’’ ayant soutenu ‘’les révolutions de couleur’’ à travers le monde nous semble être une approche propres aux élites compradores. Les élections (dignes de ce nom) se gagnent en prenant appui sur le peuple souverain. C’est lui qui change les rapports de force dans les urnes en soutenant le candidat dont le projet de société et le programme de gouvernement répondent à ses attentes. Il renverse davantage ces rapports de force en ‘’radicalisant la démocratie’’ par sa participation à tous les débats et à toutes les délibérations engageant l’avenir de la collectivité socialement, économiquement, politiquement et culturellement tout au long du mandat du candidat élu. Ce faisant, il le légitime par-delà les élections.

La démarche entreprise par Moïse Katumbi est contraire à cette procédure idoine.

Il veut, après ‘’Joseph Kabila’’, être, lui aussi, ‘’un gouverneur de l’empire’’ ; c’est-à-dire ‘’un nègre de service’’ en renvoyant l’ascenseur aux lobbyistes des entreprises transcontinentales. Moïse Katumbi semble se classifier parmi ceux qui, au Congo-Kinshasa, croient fermement que ‘’le pouvoir vient de l’Occident’’. Alors, à quoi bon jouer au ‘’théâtre politique’’ avec les populations congolaises ?

Le Congo-Kinshasa a-t-il encore besoin d’un ‘’gouverneur de l’empire’’ ou d’un leadership collectif responsable ? Qui va nous convaincre qu’il est possible de servir deux maîtres à la fois ? L’empire des transcontinentales et le peuple congolais ?

Pour les compatriotes qui croient encore dans les élections, une preuve selon laquelle au Congo-Kinshasa, depuis l’assassinat de Lumumba, le suffrage universel est neutralisé est en train de leur être administrée.

Pour ceux et celles d’entre nous qui l’auraient oublié, nous rappelons que la guerre de1996 a été menée pour que le Congo-Kinshasa soit à jamais une colonie occidentale gérée par ‘’les gouverneurs pro-empire’’. Elle se poursuit. L’agence Reuters vient d’avertir les consciences anesthésiées par ‘’le bavardage politique’’ sur les élections libres, transparentes et démocratiques au Congo-Kinshasa. Tant qu’un débat argumenté et rationnel ne sera pas mené publiquement sur cette guerre raciste, tant que ses commanditaires et leurs proxys n’auront pas été traduits en justice, tant que ‘’le génocide congolais’’ demeurera ‘’un fait divers’’, tant qu’une Commission Justice, Vérité et Réconciliation n’aura pas été mise en place au Congo-Kinshasa pour en finir avec cette tragédie, le processus électoral vicié et vicieux commencé depuis 2005 n’apportera aucun changement substantiel au pays de Lumumba. ‘’Les gouverneurs pro-empire’’ risquent de se succéder les uns aux autres ad vitam aeternam aux dépens des populations congolaises réduites au rang des ‘’indigents’’. Il y a plus. ‘’Les convaincus’’ de la nécessité de la lutte pour l’émancipation politique du Congo-Kinshasa ont compris que c’est d’eux que viendra la réponse à la question urgente de ‘’la direction du pays’’. Ils ont maîtrisé le mode opératoire de l’empire et de ses alliés. Ils savent que de nouvelles relations géostratégiques panafricaines sont nécessaires à leur démarche progressive.

Elle prendra le temps qu’elle prendra. La Grande-Bretagne ne gère plus l’Inde. Rome n’existe plus comme empire. Les empires comme les humains sont mortels. L’empire US aussi. Il a perdu la Chine et plusieurs pays latino-américains. Il finira par perdre le Congo-Kinshasa.

Mbelu Babanya Kabudi

[1] http://www.congoindependant.com/article.php?articleid=10127

[2] Lire C.DELOIRE et C. DUBOIS, Circus politicus, Paris, Albin Michel, 2012.

[3] Y. VAROUFAKIS, Leur seul objectif était de nous humilier, dans Le Monde diplomatique, août, 2015, p.18.La lecture de quelques articles de ce numéros aident à dépasser les commentaires des médias mainstream.

[4] https://www.youtube.com/watch?v=emCEfEYom4A

[5] http://www.reuters.com/article/2015/08/11/us-congodemocratic-politics-idUSKCN0QG1E620150811

[6] Lire ce lien : "Soft power" en action: Washington voudrait un changement de régime en Chine / Sputnik France - Actualités - Prises de Position - Radio

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