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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 18:21
Le multipartisme sauvage pollue l’atmosphère politique en R.D.Congo

Le multipartisme sauvage pollue l’atmosphère politique en R.D.Congo – JB Kongolo

Par DESC-Wondo.org Le 14 août 2015

Le multipartisme sauvage pollue l’atmosphère politique en R.D.Congo

Vingt-cinq ans après le déclenchement du multipartisme, la RDC compte actuellement près de cinq cent partis politiques dont la plupart n’ont pour activités que leur alliance à certains « grands partis », leur allégeance à certaines personnalités ainsi que leurs déclarations faites en vue de mieux se positionner chaque fois que s’approchent des grands enjeux( élections, dialogues, concertations, remaniement du gouvernement ou nominations dans les organes ou les entreprises de l’État) impliquant la distribution des postes. Dans cette analyse non exhaustive, qui ne prend en compte que la période allant de 1990 à ce jour, il sera question de démontrer que le multipartisme, tel que vécu et expérimenté dans notre pays est un cuisant échec. Plutôt que d’alourdir inutilement l’atmosphère politique et de dérouter continuellement la population avec des partis politiques qui ne conquerront et n’exerceront jamais le pouvoir, pourquoi ne pas envisager, dans le cadre de la décentralisation, l’institution des partis politiques essentiellement provinciaux? Mais comment en est-on d’abord arrivé à ce multipartisme sauvage?

L’on se souviendra que voulant marginaliser au départ l’UDPS, longtemps confinée dans la clandestinité, le Maréchal Mobutu envisagea de limiter le multipartisme à trois partis, dont le MPR et un autre de son obédience. Dans l’euphorie d’avoir fait reculer le grand Léopard qui déclarait : « De mon vivant, il n’y aura jamais de deuxième parti politique », l’UDPS, qui ne voulut rien entendre de cela, exigea et obtint l’instauration du multipartisme intégral. Il n’en fallut pas longtemps pour que l’UDPS et quelques partis de l’opposition qui venaient de naître se rendent vite compte qu’en prévision des élections du président définitif de la Conférence Nationale Souveraine(CNS) et du Premier Ministre de la Transition, Mobutu s’était mis à utiliser l’argent du peuple pour inciter parmi ses partisans la création, sinon la prolifération des petits partis politiques sans idéologie, sans projet de société et sans aucune assise populaire, que les Kinois nommèrent « Partis alimentaires ».

Plutôt que de se serrer les coudes en restant unis, les partis d’opposition tombèrent dans ce piège du grand nombre en favorisant eux aussi la multiplication des partis politiques « acquis au changement ». D’où la bipolarité de l’espace politique congolais entre le MPR et ses alliés d’une part et l’Union Sacrée de l’Opposition d’autre part, deux blocs qui vont plus tard se transformer et se maintenir, durant la Troisième République, en Majorité présidentielle (MP) et en Opposition, avec cette constance que moyennant l’argent et le pouvoir, c’est toujours le premier bloc qui s’agrandit au détriment du second grâce au débauchage dans ce dernier bloc ainsi que par la création de plusieurs partis satellites. Du point de vue du multipartisme, la RDC est, à ce jour, comparable à un individu atteint d’un cancer qui s’est métastasé atteignant tous les organes vitaux et ne laissant aucune chance de survie au malade, à moins d’un miracle ou d’une multiple transplantation.

Pour répondre à cette question, nous allons recourir à certaines dispositions de la Loi no 04/002 du 15 mars 2004 portant organisation et fonctionnement des partis politiques, notamment en ce qui concerne le caractère national des partis politiques, l’idéologie, la conquête et l’exercice du pouvoir ainsi que l’éducation civique de la population.

Dans l’entendement du législateur, il est exclu qu’il soit créé en RDC un parti politique s’identifiant à une province, à une tribu ou à une ethnie. Ceci ressort de l’article 5 a) de la loi précitée qui dispose :

« Dans leurs création, organisation et fonctionnement, les partis politiques veillent

1. a) à leur caractère national et ne peuvent s’identifier à une famille, à un clan, à une tribu, à une ethnie, à une province, à un sous-ensemble du pays, à une race, à une religion, à une langue, à un sexe ou à une quelconque origine, ni instituer toutes discriminations fondées sur les éléments ci-dessus»

Si l’on ne s’en tient qu’à cette disposition et si les autorités du Ministère de l’Intérieur n’étaient pas complaisantes, on ne compterait pas en RDC plus de quatre partis politiques autorisés à fonctionner. Pour des raisons invoquées ci-dessus mais aussi souvent pour mieux se positionner, chacun, au pouvoir comme dans l’opposition, trouve son compte dans la prolifération des partis politiques qu’on est incapable idéologiquement, matériellement et financièrement d’implanter conformément à la loi à travers tout le territoire national. La plupart de ces partis, invisibles sur terrain, ne sont en réalité implantés que sur les ondes des radios et les écrans des chaînes de télévision, qui constituent, avec leurs auditeurs et leurs téléspectateurs, leurs principales bases et leurs principaux fiefs électoraux.

« Selon le sénateur (Modeste Mutinga), sur plus d’une centaine de partis politiques enregistrés, très peu seulement ont réellement un caractère national et nombreux ne sont pas en règle. Pour Modeste Mutinga, plusieurs de ces partis politiques n’ont pas de siège et ils ne convoquent pas non plus de congrès. Face à ce constat, le Ministre Muyej a affirmé que le gouvernement va bientôt sanctionner ceux qui ne respectent la loi en la matière.

« À ce jour, 455 partis politiques sont enregistrés. Au total, 102 seulement sont organisés à l’Assemblée nationale. Pour l’année 2012, 87 partis politiques avaient déposé leurs rapports sur les 433 attendus. S’agissant de l’année 2013 dont le rapport des comptes financiers continue à nous parvenir, 28 rapports ont été déposés dans le délai légal sur les 446 attendus », a déclaré Richard Muyej.

Concernant la sanction à appliquer aux partis politiques qui travaillent hors normes, Richard Muyej a indiqué que « jusqu’à ce jour, le ministère privilégie le rappel à l’ordre et la sensibilisation ». (Source : Radio Okapi, 17 mai 2014, http://radiookapi.net/tag/partis-politiques/)

Article 2(alinéa.1) :

« Aux termes de la présente loi, il faut entendre par parti politique une association des personnes physiques de nationalité congolaise qui partagent la même idéologie et le même projet de société, en vue de conquérir et d’exercer démocratiquement le pouvoir d’État. »

Nous nous étions déjà suffisamment étendu sur cet aspect dans notre analyse intitulée’’ Quel avenir pour les partis politiques de la RDC’’. Ce que nous pouvons en dire encore aujourd’hui c’est que l’idéologie et le projet de société n’ont jamais été la préoccupation des fondateurs des partis politiques, encore moins de leurs partisans. Nombre d’entre eux ne savent même pas se situer s’ils sont de gauche, de droite ou du centre, unitaristes ou fédéralistes. « Il semble que le projet de société soit un simple document réalisé pour la consommation extérieure, où l’on retrouve des énoncés parfois savants. Il est souvent élaboré pour répondre aux prescrits de la loi et se conformer aux normes internationales en vue de favoriser des alliances avec d’autres formations occidentales professant la même idéologie.».(Source : Plaidoyer pour des structures durables et organisées, Étude menée suivant le projet IB13-002, Par le Centre d’Études politiques (Juillet-Décembre 2013), http://www.kas.de/wf/doc/kas_36441-1522-1-30.pdf?131218125250)

Il suffit de consulter la composition des familles politiques qui les regroupent pour s’en convaincre : « A la différence des pays où la démocratie est une réalité vivante et où généralement la bipolarité se construit en termes des partis de gauche et de ceux de droite, au Congo-Kinshasa c’est autour des individus, actuellement appelés « autorités morales », que se regroupent les partis politiques. Ainsi, il y en a qui se créent ou qui adhèrent à la majorité présidentielle avec pour seul objectif annoncé, de soutenir le Chef de l’État. » (Lire Kongolo, JB. sur http://desc-wondo.org/rdc-radioscopie-des-partis-politiques-mode-demploi-et-prospective-jb-kongolo/).

Sans véritable ambition politique de conquérir et d’exercer le pouvoir, nombre de « leaders politiques » congolais se contentent du service minimum, consistant à se faire un nom et d’utiliser la réputation acquise plus grâce aux médias que par l’implantation, l’idéologie et le projet de société pour faire chanter leur « autorité morale » et menacer de faire sauter l’édifice lorsqu’on n’est pas invité à la mangeoire. « Malgré la présence des dispositions statutaires, il est inquiétant de constater que la préparation pour assumer des fonctions futures n’est pas à l’ordre du jour. Les nominations se font sans tenir compte du profil de chacun. L’essentiel serait que chaque militant occupe une responsabilité.

Pour la plupart des partis politiques, le Secrétaire général ne dispose même pas de fichiers ou de dossiers(CV) de ses collaborateurs. Il ne sait pas qui est expert dans tel ou tel domaines. L’idéal serait seulement d’avoir des secrétaires nationaux requis par les statuts.

On se retrouve dans une situation où ils ne connaissent pas la situation réelle de la République. Ils peuvent accéder au pouvoir sans savoir par où commencer.

Dans ces conditions les nominations qui se feraient ne tiennent pas compte de la performance technique, mais seulement du militantisme et des relations que l’on peut entretenir avec les décideurs. Le clientélisme gagne du terrain et l’intérêt national est relégué au second plan. ». (Source : Congoforum.be, 24 janvier 2012, http://www.congoforum.be/fr/analysedetail.asp?id=184278&analyse=selected).

Dans sa communication intitulée « Les scientifiques congolais et la remise en question de Mabika Kalanda » au colloque organisé à l’occasion du cinquantenaire de la conception par Mabika Kalanda(1965) de «La remise en question : Base de la décolonisation mentale », le professeur Tshibwabwa(2015) avait confirmé cette déplorable situation, il avait relevé que la plupart des chefs des partis ne connaissent du Congo que leur province d’origine, et dans leur province, ils ne connaissent que le chef-lieu de la province. Un des grands handicaps pour le développement de la nation.

Depuis l’instauration du multipartisme, on en a vu des politiciens qui ont vagabondé dans toutes les familles politiques et dans toutes les rébellions uniquement la recherche de leurs intérêts, déroutant par conséquent ceux qui ont constitué les embryons de leurs bases.

Se faisant passer pour le rassembleur, juste le temps de la campagne électorale, mais profitant en réalité de ce désordre délibérément entretenu, le Chef de l’État en exercice s’est présenté à deux reprises (2006 et 2011) comme candidat indépendant, sortant ainsi du cadre de la compétition ouverte à tous les partis politiques de conquérir démocratiquement le pouvoir (voir l’article 2 précité). Ce qui n’a pas été suffisamment décortiqué et dénoncé, c’est qu’une fois les élections passées, le « Rassembleur » circonstanciel reprenait sans autre forme d’explication son « autorité morale » aussi bien sur son parti, le PPRD, que sur les centaines des partis politiques sans assise populaire, créés de toutes pièces pour former ce qu’on appelle abusivement la « Majorité présidentielle ». C’est cette même majorité arithmétique qui avait servi de base pour convoquer les assises des concertations dites nationales et la formation du gouvernement dit de « cohésion nationale », à la grande déception de certains partis politiques de l’opposition qui avaient accepté d’y participer dans l’espoir de se retrouver à la mangeoire nationale. Le résultat, tout le monde le connaît. Mais, comme si la leçon n’a pas été bien assimilée, d’autres partis politiques d’opposition et certaines organisations de la société civile se sont prêtés dernièrement à ce même jeu, nouvelle formule, réservé aux dupes et appelé « Consultations nationales ». D’où la nécessité pour de vrais partis politiques de procéder à la formation et à l’éducation civique permanente de la population afin que celle-ci se prenne en charge.

Article 2 al.2 :

« Les partis politiques concourent à l’expression du suffrage, à la formation de la conscience nationale et à l’éducation civique ».

Préoccupés à conquérir le pouvoir autrement que par les urnes, la plupart des leaders politiques (toutes tendances confondues), confinés à Kinshasa, n’ont ni intérêt ni moyens d’implanter leurs partis à travers tout le territoire national, de recruter davantage de membres et surtout de s’atteler à la formation de la conscience nationale et à l’éducation civique. Cinquante cinq ans après l’indépendance, l’accession à de hautes fonctions gouvernementales ou institutionnelles se fait plus par clientélisme que par compétence, confirmant l’opinion répandue selon laquelle la politique est l’art de mentir et n’est réservée qu’aux plus malins.

Cinquante cinq ans après l’indépendance, beaucoup de Congolais n’ont encore comme critère d’élection que l’appartenance à un même clan, à une même tribu ou à une même ethnie ou, le plus souvent, la consommation d’un verre de bière et le port d’un tee-shirt à l’effigie d’un candidat. Et pourtant, ce ne sont pas des thèmes qui manquent, sur lesquels les leaders politiques peuvent échanger régulièrement avec leurs bases, entre autres :

-les tenants et les aboutissants de la guerre d’agression et le complot de balkanisation dont est victime la RD Congo depuis 1996;

-l’organisation du pouvoir au sein de l’État;

-les domaines de compétences entre le pouvoir central et le pouvoir provincial (décentralisation);

-les libertés fondamentales et les droits et devoirs des citoyens;

-les matières soumises au referendum et celles qui ne peuvent faire l’objet d’aucune modification ou révision constitutionnelle;

-les rapports entre la RDC et ses voisins, etc.

C’est pour cela qu’à notre avis, tout ceci n’est possible qu’avec la démocratie de proximité passant par l’institution des partis politiques provinciaux évoluant parallèlement avec des partis nationaux réellement implantés sur tout le territoire.

L’idée pourrait paraître bizarre et révolutionnaire et pourtant certains pays comme le Canada l’expérimentent harmonieusement au profit du peuple et dans le cadre du fédéralisme ou de la décentralisation. Il suffit simplement que le Ministère de l’Intérieur soit moins complaisant notamment en ce qui concerne l’agrément et l’implantation des partis politiques dans toutes les provinces (art.5) pour que cesse automatiquement la distraction du multipartisme sauvage qui pollue chaque jour la vie et l’atmosphère politiques de notre pays. La politique au niveau national ne serait dans ce cas réservée qu’aux seuls partis et leaders « vertébrés » qui auront à convaincre l’électorat aussi bien par leur idéologie que par leur projet de société.

S’ils ne veulent pas disparaitre, tous les autres anciens et futurs leaders auront le choix soit de se ranger derrière les partis avec qui ils partagent la même idéologie et le même projet de société soit d’aller animer la vie politique dans leurs provinces d’origine aux conditions que leur aura fixées le législateur dans le but d’éliminer les considérations claniques, tribales et ethniques et d’éviter leur léthargie. Ci-dessous, quelques exemples des conditions exigées aux partis politiques provinciaux du Canada pour obtenir leur reconnaissance parlementaire provinciale : « En Nouvelle-Écosse et en Saskatchewan, un parti politique doit avoir deux députés ou plus pour obtenir la reconnaissance parlementaire(16).

En Colombie-Britannique et au Manitoba, le nombre minimum de députés est de quatre(17), alors qu’en Ontario un parti doit faire élire huit députés pour obtenir la reconnaissance parlementaire(18).

En Alberta, un « parti d’opposition reconnu » est un parti qui a fait élire au moins quatre députés à l’Assemblée et qui a recueilli au moins 5 % du vote populaire à la dernière élection générale(19).

À Terre‑Neuve‑et‑Labrador, les Standing Orders of the House of Assembly prévoient que, pour être reconnu comme groupe parlementaire, un parti politique doit être un parti enregistré conformément à la loi électorale, avoir disputé les deux tiers des sièges à l’Assemblée législative à la dernière élection générale et avoir fait élire au moins trois députés(20).

Au Québec, un groupe parlementaire est constitué d’au moins 12 députés ou d’un groupe de députés, quel que soit leur nombre, appartenant au même parti politique ayant obtenu 20 % ou plus du vote populaire à la dernière élection générale(21). De même, au Nouveau-Brunswick, pour être reconnu, un parti doit avoir fait élire cinq députés à l’Assemblée ou recueilli 20 % du vote à la dernière élection générale(22). » (Source : Michel Bedard, James R. Robertson, Division du droit et du Gouvernement, Révisé en octobre 2008,http://www.parl.gc.ca/Content/LOP/ResearchPublications/bp243-f.htm).

Dans le cas de la RD Congo, ces partis politiques et leurs leaders auraient la facilité non seulement de s’implanter mais aussi et surtout de se rapprocher véritablement de leurs bases naturelles dont ils vont côtoyer les réalités du vécu quotidien afin de les transformer en programmes de gouvernance. Au Canada, il existe même des partis politiques urbains ou municipaux. Et c’est le peuple qui est bien servi en participant à la démocratie de proximité.

Pour que s’instaure le multipartisme dans notre pays, des milliers de compatriotes ont perdu soit leur liberté, soit leurs biens et d’autres encore leurs vies. Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui continuent de perdre leur liberté et leurs vies pour que s’instaure la démocratie et l’État de droit, impliquant l’alternance au pouvoir. Le multipartisme qui aurait pu être un des piliers et un des catalyseurs de cette démocratie est malheureusement devenu la source principale des crises politiques et de contestation de légitimité et surtout un frein à l’avènement de la véritable démocratie. Par cette analyse, exposant certaines de nos observations personnelles, nous avons voulu attirer l’attention des intellectuels sur la nécessité de repenser le mode de participation des partis politiques à la conquête et à l’exercice du pouvoir. Tout en redoutant l’adhésion de la classe politique congolaise, majoritairement habituée à nager dans la boue, nous estimons que pour mettre fin à ce multipartisme sauvage, la solution efficace passerait par l’application rigoureuse de la loi et par l’institution des partis politiques provinciaux. Sinon, on ne fera que tourner en rond.

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