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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 21:23
Patrice Lumumba : " Le 30 juin 1960, je n’étais pas pressé, mais alors pragmatique "

Patrice Lumumba : " Le 30 juin 1960, je n’étais pas pressé, mais alors pragmatique "

Publié le jeudi 3 juillet

Alors Premier ministre au 30 juin 1960, Patrice Emery Lumumba n’aura fait que trois mois au pouvoir. En cause, son conflit avec le président Joseph Kasa-Vubu, sans oublier les Occidentaux qui l’accusaient de tous les maux afin del’écarter politiquement et physiquement parce que étiqueté communiste. Surtout que son discours improvisé le 30 juin 1960 était jugé incendiaire au point de susciter un sentiment anti blanc dans les rangs des Congolais. A travers cette interview, il s’explique sur bien des sujets et son combat pour l’indépendance.

Le président Kasa-Vubu vous accuse d’avoir été inutilement pressé en 1960 parce que vous ne compreniez pas sa politique. Qu’en dites-vous ?

Le 30 juin 1960, je n’étais pas pressé, surtout pas inutilement comme le dit Joseph Kasa-Vubu. Mais, j’étais simplement pragmatique, alors très pragmatique. Car, je ne pouvais pas comprendre que des Congolais soient morts pour l’indépendance pour qu’en fin de compte, le Roi des Belges vienne se pavoiser à Kinshasa le 30 juin 1960 avec un discours paternaliste comme si l’indépendance était un cadeau de la Belgique. Non ! L’indépendance, c’était tout simplement un droit fondamental du peuple congolais et il ne fallait pas, à ce titre, qu’un Belge, fusse-t-il le Roi, le présente comme la preuve de la bonne volonté du royaume de Belgique. Et le président Joseph Kasa-Vubu donnait l’impression de continuer à considérer le Roi des Belges comme le souverain de la RDC. C’est pour cette raison que j’ai apporté une touche congolaise à la cérémonie du 30 juin 1960 parce qu’on ne pouvait pas oublier aussitôt toutes les humiliations qui constituaient notre pain quotidien et il fallait le signifier officiellement aux Belges en présence de leur Roi. Voilà ce que le peuple congolais attendait d’une cérémonie protocolaire et un spectacle destiné à laver l’image des Belges dans l’opinion.

Mais, votre discours a jeté de l’huile au feu dans la mesure où les incidents survenus donnaient l’impression d’une révolte à travers le pays ?

Il le fallait bien pour que les colonialistes comprennent que leur règne venait de prendre fin. Prenez l’exemple du général Janssens qui s’était permis de dire aux militaires congolais qu’avant l’indépendance égal à après l’indépendance. Il n’y avait pas pire provocation que cet acte. Raison pour laquelle, il était indiqué de faire comprendre aux colonialistes à tous les niveaux que les Congolais avaient pris leur destin en main. Il n’était donc pas question de caresser les Belges dans le sens du poil, mais de couper ce poil pour qu’ils retiennent que plus rien ne serait comme avant. Croyez-moi, en ce moment là, il n’était pas question de rapport de force, mais de saisir la chance que Dieu venait de nous offrir pour ne plus céder d’espace à ceux qui avaient passé le clair de leur temps à nous fouetter comme des sous hommes matin, midi et soir. Depuis ce jour, les Belges, avec en tête leur Roi, avaient appris à nous respecter. Et je reproche à Joseph Kasa-Vubu de s’être montré tendre le 30 juin 1960 après tout le combat mené par l’ABAKO pour l’indépendance. C’est lui qui aurait dû donner le ton dans son discours pour que les Belges prennent la mesure de la situation et se tiennent désormais à distance.

On vous reproche aussi votre naïveté dans le choix porté sur Mobutu alors qu’il s’est révélé, par la suite, comme un agent au service des Occidentaux ?

Oh, c’est de bonnes guerres que l’on m’accuse de tous les péchés. On dit de Jésus qu’il était Dieu, alors que c’est lui-même qui avait choisi Judas, son traître. J’avais choisi Mobutu parce qu’il était journaliste et qu’à ce titre, il en savait suffisamment sur notre combat et sur les Belges. Devant l’obligation d’avoir un secrétaire à Bruxelles, lui étant sur place, j’ai cru bon de le prendre. J’en ai fait plus tard mon secrétaire particulier et devant la nécessité de remplacer le général Jansens pour reformer notre armée, il était l’homme de la situation. Croyez-moi, il semblait être à la hauteur de nos attentes. Peut-être que, comme il était très ambitieux, il a facilement mordu l’hameçon des Occidentaux qui lui avaient promis d’être à la tête du pays. Il avait certainement perdu la tête. Le plus important pour moi n’était pas de rester au pouvoir, mais d’éveiller le peuple congolais pour qu’il comprenne qu’il devait se prendre en charge. Sinon, je pouvais me laisser corrompre pour rester Premier ministre pendant très longtemps et rester en vie en trahissant le Congo. Mais, je ne l’avais pas fait par amour pour le Congo. Voilà l’héritage que j’ai légué aux Congolais.

On raconte également que lors de votre fuite, vous trainiez vos pieds au point que vos poursuivants ont pu facilement vous rattraper en route ?

Traîner les pieds ? Non, ce n’est pas la réalité. Mais, je profitais plutôt de ma fuite pour laisser mon testament aux Congolais que je rencontrais sur ma route afin qu’ils retiennent l’essentiel de ma vision sur le Congo. Mourir n’était pas un danger pour moi, parce que la poursuite du combat sans moi était le plus important. J’étais au courant du complot qui se tramait contre moi et je l’avais même dénoncé à plusieurs reprises. Quand on a la passion du Congo, on est prêt à tout et c’est cela le vrai nationalisme. Si ceux qui se disent nationalistes craignent de mourir et se compromettent pour rester en vie ou pour occuper quelques postes, c’est que l’avenir est encore sombre. Un vrai nationaliste est toujours prêt à mourir pour éviter de trahir le Congo. Ce n’est pas comme certains nationalistes qui crient très fort et sont les premiers à prendre des armes contre leur pays sous la direction des étrangers. A leurs yeux, les intérêts égoïstes passent avant le Congo. C’est de la sorte qu’ils sont toujours à pactiser avec le diable pour obtenir des postes dans les institutions.

Autre chose à ajouter ?

C’est seulement d’inviter les Congolais à considérer notre lutte pour l’indépendance afin de retenir les leçons les plus importantes pour faire avancer la cause du Congo. Il faut résister à toutes les tentations pour ne pas trahir le Congo et apprendre à se prendre totalement en charge. Les Blancs n’aideront jamais les Congolais à sortir de leur misère. Bien au contraire, la misère des Congolais ne fera que leur force. C’est plutôt aux Congolais à savoir relever le défi du développement de leur pays. Mais, tout commence par la prise de conscience pour que le reste suive.

Congo : Patrice Lumumba (La dernière entrevue avant sa mort)

interview de Patrice Emery Lumumba..(une des dernières avant sa mort) Actualité des années 1960 en RDC

https://www.youtube.com/watch?v=paCsMeaAk5E

EXPOSÉ DE PATRICE LUMUMBA A LA SÉANCE DE CLOTURE DU SÉMINAIRE INTERNATIONAL D'IBADAN (Nigeria) LE 22 MARS 1959 ORGANISÉ PAR LE CONGRÈS POUR LA LIBERTÉ DE LA CULTURE ET L'UNIVERSITÉ D'IBADAN
L'UNITE. AFRICAINE ET L'INDEPENDANCE NATIONALE

Je remercie le« Congrès pour la Liberté et la Culture et l'Université d'Ibadan pour l'aimable invitation qu'ils ont bien voulu m'adresser pour assister à cette Conférence Internationale où l'on discute du sort de notre chère Afrique.


C'est une satisfaction pour moi de rencontrer ici plusieurs Ministres Africains, des hommes de lettres, des syndicalistes, des journalistes et des personnalités internationales, qui s'intéressent aux problèmes de l'Afrique.


C'est par ces contacts d'homme à homme, par des rencontres de ce genre que les élites africaines pourront se connaître et se rapprocher afin de réaliser cette union qui est indispensable pour la consolidation de l'unité africaine.


En effet, l'unité africaine tant souhaitée aujourd'hui par tous ceux qui se soucient de l'avenir de ce continent, ne sera possible et ne pourra se réaliser que si les hommes politiques et les dirigeants de nos pays respectifs font preuve d'un esprit de solidarité, de concorde et de collaboration fraternelle dans la poursuite du bien commun de nos populations.
C'est pourquoi l'union de tous les patriotes est indispensable, surtout pendant cette période de lutte et de libération. Les aspirations des peuples colonisés et assujettis sont les mêmes; leur sort est également le même. D'autre part, les buts poursuivis par les mouvements nationalistes, dans n'importe quel territoire africain, sont aussi les mêmes. Ces buts, c'est la libération de l'Afrique du joug colonialiste.
Puisque nos objectifs sont les mêmes, nous atteindrons facilement et plus rapidement ceux-ci dans l'union plutôt que dans la division.
Ces divisions, sur lesquelles se sont toujours appuyées les puissances coloniales pour mieux asseoir leur domination, ont largement contribué -et elles contribuent encore -au suicide de l'Af
rique.

Comment sortir de cette impasse '?

Pour moi, il n'y a qu'une voie. Cette voie, c'est le rassemblement de tous les Africains au sein des mouvements populaires ou des partis unifiés.
Toutes les tendances peuvent coexister au sein de ces partis de regroupement national et chacun aura son mot à dire tant dans la discussion des problèmes qui se posent au pays, qu'à la direction des affaires publiques.
Une véritable démocratie fonctionnera à l'intérieur de ces partis et chacun aura la satisfaction d'exprimer librement ses opinions.

Plus nous serons unis, mieux nous résisterons à l'oppression, à la corruption et aux manoeuvres de division auxquelles se livrent les spécialistes de la politique du « diviser pour régner» .
Ce souhait d'avoir dans nos jeunes pays des mouvements ou des partis unifiés ne doit pas être interprété comme une tendance au monopole politique ou à une certaine dictature. Nous sommes nous-mêmes contre le despotisme et la dictature.


Je veux attirer l'attention de tous qu'il est hautement sage de déjouer, dès le début, les manoeuvres possibles de ceux qui voudraient profiter de nos rivalités politiques apparentes pour nous opposer les uns aux autres et retarder ainsi notre libération du régime colonialiste.

L'expérience démontre que dans nos territoires africains, l'opposition que certains éléments créent au nom de la démocratie, n'est pas souvent inspirée par le souci du bien général; la recherche de la gloriole et des intérêts personnels en est le principal, si pas l'unique mobile.
Lorsque nous aurons acquis l'indépendance de nos pays et que nos institutions démocratiques seront stabilisées, c'est à ce moment là seulement que pourrait se justifier l'existence d'un régime politique pluraliste.
L'existence d'une opposition intelligente, dynamique et constructive est indispensable afin d'équilibrer la vie politique et administrative du gouvernement au pouvoir. Mais ce moment ne semble pas encore venu et ce serait desservir le pays que de diviser aujourd'hui nos efforts.
Tous nos compatriotes doivent savoir qu'ils ne serviront pas l'intérêt général du pays dans des divisions ou en favorisant celles-ci, ni non plus dans la balkanisation de nos pays en de petits états faibles. Une fois le territoire national balkanisé, il serait difficile de réinstaurer l'unité nationale. Préconiser l'unité africaine et détruire les bases mêmes de cette unité, n'est pas souhaiter l'unité africaine

Dans la lutte que nous menons pacifiquement aujourd'hui pour la conquête de notre indépendance, nous n'entendons pas chasser les Européens de ce continent ni nous accaparer de leurs biens ou les brimer. Nous ne sommes pas des pirates.

Nous avons au contraire, le respect des personnes et le sens du bien d'autrui.
Notre seule détermination -et nous voudrions que l'on nous comprenne -est d'extirper le colonialisme et l'impérialisme de l' Afrique. Nous avons longtemps souffert et nous voulons respirer aujourd'hui l'air de la liberté. Le Créateur nous a donné cette portion de la terre qu'est le continent africain; elle nous appartient et nous en sommes les seuls maîtres. C'est notre droit de faire de ce continent un continent de la justice, du droit et de la paix.

L'Afrique toute entière est irrésistiblement engagée dans une lutte sans merci contre le colonialisme et l'impérialisme. Nous voulons dire adieu à ce régime d'assujetissement et d'abâtardissement qui nous a fait tant de tort. Un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple civilisé et chrétien.

L'Occident doit libérer l' Afrique le plus rapidement possible. L'Occident doit faire aujourd'hui son examen de conscience
et reconnaître à chaque territoire colonisé son droit à la liberté et à la dignité.

Si les gouvernements colonisateurs comprennent à temps nos aspirations, alors nous pactiserons avec eux, mais s'ils s'obstinent à considérer l' Afrique comme leur possession, nous serons obligés de considérer les colonisateurs comme ennemis de notre émancipation. Dans ces conditions, nous leur retirerons avec regret notre amitié.
Je me fais le devoir de remercier ici publiquement tous les
Européens qui n'ont ménagé aucun effort pour aider nos populations à s'élever. L'humanité tout entière leur saura gré pour la magnifique oeuvre d'humanisation et d'émancipation qu'ils sont en train de réaliser dans certaines parties de l' Afrique.

Nous ne voulons pas nous séparer de l'Occident, car nous savons bien qu'aucun peuple au monde ne peut se suffire à lui même. Nous sommes partisans de l'amitié entre les races, mais l'Occident doit répondre à notre appel. Les occidentaux doivent comprendre que l'amitié n'est pas possible dans les rapports de sujétion et de subordination.

Les troubles qui éclatent actuellement dans certains territoires africains et qui éclateront encore ne prendront fin que si les puissances administratives mettent fin au régime colonial. C'est la seule voie possible vers une paix et une amitié réelles entre les peuples africains et européens.

Nous avons impérieusement besoin de l'apport financier , technique et scientifique de l'Occident en vue du rapide développement économique et de la stabilisation de nos sociétés. Mais les capitaux dont nos pays ont besoin doivent s'investir sous forme d'entraide entre les nations. Les gouvernements nationaux donneront toutes les garanties voulues à ces capitaux étrangers.

Les techniciens occidentaux auxquels nous faisons un pressant appel viendront en Afrique non pour nous dominer mais bien pour servir et aider nos pays. Les Européens doivent savoir et se pénétrer de cette idée que le mouvement de libération que nous menons aujourd'hui à travers toute l'Afrique, n'est pas dirigé contre eux, ni contre leurs biens, ni contre leur personne, mais simplement et uniquement, contre le régime d'exploitation et d'asservissement que nous ne voulons plus supporter. S'ils acceptent de mettre immédiatement fin à ce régime instauré par leurs prédécesseurs, nous vivrons avec eux en amis, en frères.

Un double effort doit être fait pour hâter l'industrialisation de nos régions et le développement économique du pays. Nous adressons un appel aux pays amis afin qu'ils nous envoient beaucoup de capitaux et de techniciens. Le sort des travailleurs noirs doit aussi être sensiblement amélioré. Les salaires dont ils jouissent actuellement sont nettement insuffisants. Le paupérisme dans lequel vivent les classes laborieuses est à la base de beaucoup de conflits sociaux que l'on rencontre actuellement dans nos pays. A ce sujet, les syndicats ont un grand rôle à jouer, rôle de défenseurs et d'éducateurs. Il ne suffit pas seulement de revendiquer l'augmentation des salaires, mais il est aussi d'un grand intérêt d'éduquer les travailleurs afin qu'ils prennent conscience de leurs obligations professionnelles, civiques et sociales, et qu'ils aient également une juste notion de leurs droits.

Sur le plan culturel, les nouveaux états africains doivent faire un sérieux effort pour développer la culture africaine. Nous avons une culture propre, des valeurs morales et artistiques inestimables, un code de savoir-vivre et des modes de vie propres. Toutes ces beautés africaines doivent être développées et préservées avec jalousie. Nous prendrons dans la civilisation occidentale ce qui est bon et beau et rejetterons ce qui ne nous convient pas. Cet amalgame de civilisation africaine et européenne donnera à l'Afrique une civilisation d'un type nouveau, une civilisation authentique correspondant aux réalités africaines.
Des efforts sont aussi à faire pour la libération psychologique des populations. On constate chez beaucoup d'intellectuels, un certain conformisme dont on connaît les origines.
Ce conformisme provient des pressions morales et des mesures de représailles qu'on a souvent exercées sur les intellectuels noirs. Il suffisait de dire la vérité pour que l'on fut vite taxé de révolutionnaire dangereux, xénophobe, meneur, élément à surveiller, etc.
Ces manoeuvres d'intimidation et de corruption morale doivent prendre fin. Il nous faut de la véritable littérature et une presse libre dégageant l'opinion du peuple et non plus ces brochures de propagande et une presse mu
selée.

J'espère que le « Congrès pour la Liberté de la Culture nous aidera dans ce sens.

Nous tendons une main fraternelle à l'Occident. qu'il nous donne aujourd'hui la preuve du principe de l'égalité et de l'amitié des races que ses fils nous ont toujours enseigné sur les bancs de l'école, principe inscrit en grands caractères dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Les Africains doivent jouir, au même titre que tous les autres citoyens de la famille humaine, des libertés fondamentales inscrites dans cette Déclaration et des droits proclamés dans la Charte des Nations Unies.
La période des monopoles des races est révol
ue.


La solidarité africaine doit se concrétiser aujourd'hui dans les faits et dans les actes. Nous devons former un bloc pour prouver au monde notre fraternité.

Pour ce faire, je suggère que les gouvernements déjà indépendants apportent toute leur aide et appui aux pays non encore autochtones.
Pour favoriser les échanges culturels et le rapprochement entre les pays d'expression française et ceux d'expression anglaise, il faudrait rendre l'enseignement du français et de l'anglais obligatoire dans toutes les écoles d'Afrique. La connaissance de ces deux langues supprimera les difficultés de communication auxquelles se heurtent les Africains d'expression anglaise et ceux d'expression française lorsqu'ils se rencontrent. C'est là un facteur important d'interpénétration.

Les barrières territoriales doivent aussi être supprimées dans le sens d'une libre circulation des Africains à l'intérieur des états africains.

Des bourses d'études seraient également à prévoir en faveur d'étudiants des territoires dépendants.


Je profite de l'occasion qui m'est offerte pour rendre publiquement hommage au Dr Kwamé Nkrumah et à M. Sékou Touré d'avoir réussi à libérer nos compatriotes du Ghana et de la Guinée.
L' Afrique ne sera vraiment libre et indépendante tant qu'une partie quelconque de ce continent restera sous la domination étrangère.

Je conclus mon intervention par ce vibrant appel : Africains, levons-nous !


Africains, unissons-nous !

Africains, marchons main dans la main avec ceux qui veulent nous aider pour faire de ce beau continent un continent de la liberté et de la justice.

Patrice Lumumba : " Le 30 juin 1960, je n’étais pas pressé, mais alors pragmatique "

Publié le jeudi 3 juillet

Alors Premier ministre au 30 juin 1960, Patrice Emery Lumumba n’aura fait que trois mois au pouvoir. En cause, son conflit avec le président Joseph Kasa-Vubu, sans oublier les Occidentaux qui l’accusaient de tous les maux afin del’écarter politiquement et physiquement parce que étiqueté communiste. Surtout que son discours improvisé le 30 juin 1960 était jugé incendiaire au point de susciter un sentiment anti blanc dans les rangs des Congolais. A travers cette interview, il s’explique sur bien des sujets et son combat pour l’indépendance.

Le président Kasa-Vubu vous accuse d’avoir été inutilement pressé en 1960 parce que vous ne compreniez pas sa politique. Qu’en dites-vous ?

Le 30 juin 1960, je n’étais pas pressé, surtout pas inutilement comme le dit Joseph Kasa-Vubu. Mais, j’étais simplement pragmatique, alors très pragmatique. Car, je ne pouvais pas comprendre que des Congolais soient morts pour l’indépendance pour qu’en fin de compte, le Roi des Belges vienne se pavoiser à Kinshasa le 30 juin 1960 avec un discours paternaliste comme si l’indépendance était un cadeau de la Belgique. Non ! L’indépendance, c’était tout simplement un droit fondamental du peuple congolais et il ne fallait pas, à ce titre, qu’un Belge, fusse-t-il le Roi, le présente comme la preuve de la bonne volonté du royaume de Belgique. Et le président Joseph Kasa-Vubu donnait l’impression de continuer à considérer le Roi des Belges comme le souverain de la RDC. C’est pour cette raison que j’ai apporté une touche congolaise à la cérémonie du 30 juin 1960 parce qu’on ne pouvait pas oublier aussitôt toutes les humiliations qui constituaient notre pain quotidien et il fallait le signifier officiellement aux Belges en présence de leur Roi. Voilà ce que le peuple congolais attendait d’une cérémonie protocolaire et un spectacle destiné à laver l’image des Belges dans l’opinion.

Mais, votre discours a jeté de l’huile au feu dans la mesure où les incidents survenus donnaient l’impression d’une révolte à travers le pays ?

Il le fallait bien pour que les colonialistes comprennent que leur règne venait de prendre fin. Prenez l’exemple du général Janssens qui s’était permis de dire aux militaires congolais qu’avant l’indépendance égal à après l’indépendance. Il n’y avait pas pire provocation que cet acte. Raison pour laquelle, il était indiqué de faire comprendre aux colonialistes à tous les niveaux que les Congolais avaient pris leur destin en main. Il n’était donc pas question de caresser les Belges dans le sens du poil, mais de couper ce poil pour qu’ils retiennent que plus rien ne serait comme avant. Croyez-moi, en ce moment là, il n’était pas question de rapport de force, mais de saisir la chance que Dieu venait de nous offrir pour ne plus céder d’espace à ceux qui avaient passé le clair de leur temps à nous fouetter comme des sous hommes matin, midi et soir. Depuis ce jour, les Belges, avec en tête leur Roi, avaient appris à nous respecter. Et je reproche à Joseph Kasa-Vubu de s’être montré tendre le 30 juin 1960 après tout le combat mené par l’ABAKO pour l’indépendance. C’est lui qui aurait dû donner le ton dans son discours pour que les Belges prennent la mesure de la situation et se tiennent désormais à distance.

On vous reproche aussi votre naïveté dans le choix porté sur Mobutu alors qu’il s’est révélé, par la suite, comme un agent au service des Occidentaux ?

Oh, c’est de bonnes guerres que l’on m’accuse de tous les péchés. On dit de Jésus qu’il était Dieu, alors que c’est lui-même qui avait choisi Judas, son traître. J’avais choisi Mobutu parce qu’il était journaliste et qu’à ce titre, il en savait suffisamment sur notre combat et sur les Belges. Devant l’obligation d’avoir un secrétaire à Bruxelles, lui étant sur place, j’ai cru bon de le prendre. J’en ai fait plus tard mon secrétaire particulier et devant la nécessité de remplacer le général Jansens pour reformer notre armée, il était l’homme de la situation. Croyez-moi, il semblait être à la hauteur de nos attentes. Peut-être que, comme il était très ambitieux, il a facilement mordu l’hameçon des Occidentaux qui lui avaient promis d’être à la tête du pays. Il avait certainement perdu la tête. Le plus important pour moi n’était pas de rester au pouvoir, mais d’éveiller le peuple congolais pour qu’il comprenne qu’il devait se prendre en charge. Sinon, je pouvais me laisser corrompre pour rester Premier ministre pendant très longtemps et rester en vie en trahissant le Congo. Mais, je ne l’avais pas fait par amour pour le Congo. Voilà l’héritage que j’ai légué aux Congolais.

On raconte également que lors de votre fuite, vous trainiez vos pieds au point que vos poursuivants ont pu facilement vous rattraper en route ?

Traîner les pieds ? Non, ce n’est pas la réalité. Mais, je profitais plutôt de ma fuite pour laisser mon testament aux Congolais que je rencontrais sur ma route afin qu’ils retiennent l’essentiel de ma vision sur le Congo. Mourir n’était pas un danger pour moi, parce que la poursuite du combat sans moi était le plus important. J’étais au courant du complot qui se tramait contre moi et je l’avais même dénoncé à plusieurs reprises. Quand on a la passion du Congo, on est prêt à tout et c’est cela le vrai nationalisme. Si ceux qui se disent nationalistes craignent de mourir et se compromettent pour rester en vie ou pour occuper quelques postes, c’est que l’avenir est encore sombre. Un vrai nationaliste est toujours prêt à mourir pour éviter de trahir le Congo. Ce n’est pas comme certains nationalistes qui crient très fort et sont les premiers à prendre des armes contre leur pays sous la direction des étrangers. A leurs yeux, les intérêts égoïstes passent avant le Congo. C’est de la sorte qu’ils sont toujours à pactiser avec le diable pour obtenir des postes dans les institutions.

Autre chose à ajouter ?

C’est seulement d’inviter les Congolais à considérer notre lutte pour l’indépendance afin de retenir les leçons les plus importantes pour faire avancer la cause du Congo. Il faut résister à toutes les tentations pour ne pas trahir le Congo et apprendre à se prendre totalement en charge. Les Blancs n’aideront jamais les Congolais à sortir de leur misère. Bien au contraire, la misère des Congolais ne fera que leur force. C’est plutôt aux Congolais à savoir relever le défi du développement de leur pays. Mais, tout commence par la prise de conscience pour que le reste suive.

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