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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 14:01
La Force publique congolaise a sauvé la Belgique et le Rwanda des Nazis lors de la Grande Guerre

La Force publique congolaise a sauvé la Belgique et le Rwanda des Nazis lors de la Grande Guerre – JJ Wondo

Par Jean-Jacques Omanyundu Wondo

Le 11 novembre 2014

La Force publique congolaise a sauvé la Belgique et le Rwanda

des griffes des Nazis allemands durant la Grande Guerre

Lors des deux grandes-guerres mondiales du 20ème siècle, le Congo était parmi les rares pays africains qui ont joué un rôle considérable dans la recherche équitable de la paix, de la justice et de la stabilité mondiale. Cela s’est matérialisé par la participation remarquée de la Force publique entre 1914 et 1918 et entre 1940 et 1945. Point n’est besoin de rappeler que le Congo a également participé, de manière stratégique, à la fourniture de l’Uranium du site Shinkolobwe pour la fabrication des bombes nucléaires qui ont précipité la fin de la 2 GM.


L’épopée de la Force publique congolaise dans première guerre mondiale

Bien que la Force publique, ancêtre des FARDC, n’eut été organisée que pour maintenir l’ordre intérieur, le Gouvernement belge décida de l’envoyer combattre aux côtés des alliés. Le 4 août 1914, l’Allemagne attaque la Belgique et, de ce fait, l’état de guerre existe entre les deux pays. Le Congo belge qui a des frontières communes avec les colonies allemandes d’Afrique (Ruanda-Urundi notamment), reçoit l’instruction de rester dans l’attente (une guerre en Afrique ternirait l’autorité des colonisateurs et dégarnirait l’Europe d’un certain nombre de troupes). Quand deux semaines plus tard, les Allemands assaillent quelques villages du Congo-belge sur les rives du Lac Tanganyika, la Belgique durcit le ton et Jules Renkin, ministre des Colonies, ordonne à la Force publique de défendre l’intégrité du territoire et d’aller porter renfort aux Alliés au Cameroun (avec la France) et en Rhodésie (avec les Britanniques). Les 17.833 hommes qui remplissent les rangs de la FP ne sont cependant pas formés ni équipés pour se livrer à une confrontation armée classique car étant au service d’une police politique intravertie.

Dès le 28 août 1914, Selon Anicet Mobe, chercheur congolais en sciences sociales, la Force publique – commandée par le lieutenant-colonel Marchant pouvait mobiliser 18.000 hommes de troupes et réquisitionner 200.000 civils comme porteurs. Le dispositif de campagne de la Force publique dans la région du Kivu comprenait notamment 3 brigades : une brigade nord, commandée par Molitor qui concentra ses opérations au nord du lac Kivu. Une brigade sud que commandait le major Olsen et qui se battit entre les lacs Kivu et Tanganyka. Moulaert commandait la brigade navale sur le lac Tanganyka. Assisté d’ Haenen, la major Olsen-futur commandant en chef de la Force Publique- commande des troupes congolaises en Rhodésie du Sud, répondant à l’appel au secours de M. Lyons, Commissaire britannique.

En 1914, des Congolais vivant en Belgique se sont engagés dans le « Corps de Volontaires Congolais » créé par l’arrêté royal du 5 août 1914. Commandé par le colonel Chartin, ce corps regroupa des fonctionnaires de la colonie, des agents des compagnies coloniales en Belgique et d’anciens coloniaux. Le Musée de l’armée de Bruxelles garde précieusement les traces et les souvenirs des Congolais enrôlés dans cette unité : Joseph Adipanga (Voir Photo ci-contre), Pierre Alomon, Jean Blamba, Paul Bayon, Antoine Boïombo, Edouard Bolia, Antoine Bomyo, Pius Bouclou, Honoré Fataky, Jacques Ilunga, Jean Jessy, Albert Kudjabo, Honoré Kulu, Simon Lisasi, Michel Longo, Joseph Lopiko, François Mabilla, Antoine Manglunki, Jacques M’Bondo, Jules Moke, Paul Panda-Fanda, Pierre Soumbou et Antoine Yoka.


La Conquête du Cameroun 1914-1916

Bivouac de la FP à Nzimu au Cameroun

En 1914, la France et la Grande-Bretagne planifient, dans une logique de guerre totale, d’attaquer l’Allemagne sur tous les fronts possibles. Le 7 août 1914, elles lancent l’attaque sur le Cameroun. Le Gouvernement français sollicite alors le concours des forces belges pour appuyer les détachements français au Cameroun. Du 30 septembre 1914 à avril 1916, 10 officiers et 570 soldats Congolais de la Force publique participent aux côtés des troupes françaises à l’assaut du Cameroun. En octobre 1914, elles s’emparent de Nzimu, puis de Mulundu et de Lomie. D’octobre 1915 au 1er janvier 1916, la FP prend part à la prise de Yaoundé, au terme d’une campagne exténuante et pleine de privations, longue de 16 mois. Le 28 janvier 1916 les honneurs leur sont solennellement rendus, dans la cour de la résidence du Gouverneur allemand, aux drapeaux des trois armées alliées par des détachements français, anglais et belges.

La campagne de la Force publique congolaise en Rhodésie 1914-1915

Dès le 5 septembre 1914, les Allemands attaquèrent la ville d’Abercorn en Rhodésie. A la demande du gouvernement britannique, deux compagnies belges en provenance du Katanga sont envoyées pour défendre 60 kilomètres de frontière entre Abercorn et le poste de Saisi. En juin 1915, le poste de Saisi fut attaqué et à la vue du déploiement impressionnant de la FP, les Allemands se replient et une période de calme s’installe provisoirement. A partir de la fin novembre 1914, des escarmouches régulières ont lieu qui, chaque fois tournent à l’avantage des troupes de la FP, jusqu’à ce que celles-ci subissent une défaite à la rivière Samfu. Un sous-officier et deux soldats y perdent la vie. Le second siège dure huit jours, mais il est levé à la suite des secours apportés par les troupes belges commandés par le major De Koninck. En novembre 1916, le détachement belge quitte la Rhodésie après avoir été relevée par des troupes britanniques en provenance du Cameroun.

La Campagne de la Force publique du Congo-belge en Afrique orientale allemande

L’offensive belge déclenchée à partir d’avril 1916 contre la colonie allemande de la « Deutsch Ost Afrika » fut la plus grande opération de la FP lors de la première guerre mondiale, c’est aussi celle qui a le plus grand retentissement. L’objectif à atteindre est d’avoir la suprématie sur le Lac Tanganyika, lequel constitue une frontière longue de 7000 km entre le Congo belge et l’Afrique orientale allemande. La Belgique envoie quatre hydravions au Congo dans le but de prendre le Lac Tanganyika aux Allemands. L’utilisation de ces hydravions inaugura la première bataille aéronavale dans l’histoire de la guerre.

Les soldats de la FP creusent des tranchées à Tabora (Tanzanie)

Le 10 juin 1916, ils bombardent avec succès le plus grand bateau allemand sur le lac, le Graf Von Götzen. Le Lac Tanganyika tombe aux mains des forces alliées. Les troupes du Congo-Belge s’emparent dans la foulée, après plusieurs combats, du Ruanda et de l’Urundi. Les troupes coloniales belges se dirigent ensuite vers le chemin de fer de Kigoma à Tabora, le Quartier général-allemand de l’Afrique de l’Est. Elles s’emparent de la plus grande partie de la ligne et entrent à Kigoma le 28 juillet 1916. La prise de ce port facilite l’approvisionnement en rendant possible l’utilisation du lac Tanganyika. Pour la prise de Tabora, deux brigades y convergent, l’une du nord venant de Mwanza, l’autre du sud s’avançant le long de la ligne de chemin de fer Kigoma-Tabora. Durant une campagne longue de cinq mois, la FP a ainsi combattu et défait les 15.000 hommes du Général Von Lettow-Vorbeck.

Dès 1er septembre, les troupes coloniales belges livrent une série de batailles rudes et décisives qui se terminèrent par la prise d’Usoke et la débâcle allemande sur les positions de Lulanguru, les troupes de la Force Publique occupèrent les hauteurs qui entourent Tabora. Face à la puissance de feu de l’offensive des troupes congolaises dans les alentours de Tabora, centre de résistance des forces allemandes, que les troupes ennemies abandonnent et évacuèrent en fuyant vers le Sud le 18 septembre 1916. Mais leur poursuite s’arrêta à Sikonge. Le lendemain, 19 septembre 1916, le général Charles Henri Marie Ernest Tombeur, à la tête des troupes belges, entre, à Tabora, dans la capitale de l’Afrique orientale allemande. La Force publique va occuper quelque 200.000km2 au détriment des troupes allemandes. Les forces armées coloniales du Congo-belge de la RDC ont alors sauvé le Rwanda et le Burundi des mains des Nazis allemands… Cet exploit des soldats du Congo-Belge permit au drapeau belge de flotter sur Tabora durant plus d’un demi-siècle.

La prise de Tabora était une victoire militaire stratégique qui met les Belges en position de force lors des négociations à propos de l’estuaire du Congo. Le Ruanda et l’Urundi sont conquis. Le diplomate Orts parviendra à obtenir pour la Belgique le Ruanda et l’Urundi. En effet, la Société des Nations place les deux anciennes colonies allemandes sous mandat belge.

En 1917, les troupes belges, sous les ordres du lieutenant colonel Huyghe coopèrent à l’attaque des forces ennemies dirigées par Wintgen, qui est fait prisonnier. Elles couronnent leur intervention par la victoire de Mahenge dans laquelle elles entrent le 9 octobre 1917. Les soldats congolais de la FP pourchassèrent les troupes allemandes au Mozambique jusqu’en 1918. Au terme d’un jeu du chat et de la souris long de deux ans, le Général Von Lettow-Vorbeck va capituler.


L’Armistice de 1918

La signature de l’armistice de la Première Guerre mondiale (1914-1918), le 11 novembre à 5h15, marque la fin des combats et la capitulation de l’Allemagne. Le cessez-le-feu est effectif à onze heures, entraînant dans l’ensemble du pays des volées de cloches et des sonneries de clairons annonçant la fin d’une guerre qui aura laissé plus de huit millions de morts et six millions d’invalides ou de mutilés. Les généraux allemands et alliés se réunirent dans un wagon-restaurant aménagé du général Foch, dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne.

Fin de la guerre

Après la signature de l’Armistice le 11 novembre 1918, le roi se rend à cheval en uniforme de général au Palais de la Nation le 22 novembre 1918, date à laquelle il prononce devant les Chambres réunies le discours qui, rendant compte des opérations militaires du passé et annonçant le programme politique de l’avenir (dont l’élément le plus important est le suffrage universel pour les hommes de plus de 21 ans), clôture symboliquement le conflit.

La sortie de Guerre – La Paix – Le traité de Versailles

La Conférence de Paris, qui ouvre en janvier 1919, est chargée de négocier le traité de Versailles. La Belgique n’a droit à aucune reconnaissance pour sa résistance à l’agression. Elle n’est pas considérée à l’égal des quatre grandes puissances « ayant donné, leur sol, leur sang et leur trésor, à la cause commune ». C’est la position des gouvernements du Royaume-Uni, de France, d’Italie et des États-Unis. La Belgique ne prend donc pas une part active à la négociation et y joue un rôle secondare. Néanmoins, elle obtient du traité de Versailles l’annexion des cantons de l’Est de la région d’Eupen-Malmédy et de Saint-Vith ainsi que des réparations de guerre, nous y reviendrons. Les frontières belges et françaises avec l’Allemagne ainsi que toute la Rhénanie sont démilitarisées. En contrepartie, la Belgique doit renoncer à son statut de neutralité protégée. En 1923, la Société des Nations lui accorde d’ailleurs un mandat en Afrique sur le Ruanda-Urundi.

La politique rigoureuse d’assainissement monétaire lancée à l’automne 1944 par le ministre des Finances revenu de Londres, Camille Gutt, réduit par ailleurs l’inflation et, grâce aux revenus du Congo belge, la Belgique est le seul pays européen à ne pas être endetté auprès des États-Unis. Cela lui donne les coudées franches pour vouloir jouer un rôle international sans être contrainte par le poids de ses dettes, comme les autres pays européens qui avaient été envahis. Quant à la situation intérieure, le « pacte social » négocié dans la clandestinité par une partie des syndicalistes et du patronat inspire la création, en 1945, de la Sécurité sociale sous l’égide du gouvernement d’union nationale présidé par le socialiste Achille Van Acker.

Sur le plan international, suite au traité de Versailles, la Belgique, malgré quelques remous, obtient de menus gains territoriaux comme l’annexion des cantons de l’Est (Eupen, Malmedy et Saint-Vith) et un mandat sur le Ruanda-Urundi, et surtout une priorité de 2 milliards de Marks-or ainsi qu’un siège permanent à la Commission des Réparations. Pourtant, les Belges ont très vite le sentiment d’avoir perdu la paix, d’être abandonnés, voire méprisés, par les Alliés. Il est vrai que la délégation belge doit se battre pour préserver sa fameuse priorité et profite des dissensions entre France et Grande-Bretagne pour y parvenir. Malgré tout, l’opinion publique belge garde l’impression que les droits des petits peuples, même glorieux et martyrs comme la Belgique, sont toujours bafoués par l’égoïsme des grandes puissances. La presse belge nationale de 1919, toutes tendances confondues, témoigne d’abord de l’indignation du pays qui, après avoir été couvert de lauriers, se sent malmené par le Conseil des Quatre Grands. En quelques jours, l’indignation fait place à la déception, puis à l’amertume et enfin au silence. La façon dont la Belgique perçoit les évènements est tout à fait caractéristique. De “ Nation-Martyre de la Barbarie teutonne ”, le pays devient la victime des appétits alliés mais profite tout de même des gains de la victoire, au détriment de sa Force publique coloniale qui sauva l’honneur de la Belgique sur les champs des batailles.

En effet, lors de la négociation du Traité de Versailles, il fut « reproché » à la Belgique, par les français et les britanniques particulièrement, de n’avoir que 53.000 soldats et 23.000 civils tués alors que rien que les offensives françaises en 1915 ont coûté la vie à 350.000 soldats français. La bataille de Verdun menée par les allemands du 21 février au 19 décembre 1916 occasionne la mort de 362.000 soldats français et 337.000 allemands et 400.000 blessés. La première Guerre mondiale aura finalement fait 9 millions de morts dont 60% des pertes en Allemagne, la France (1.391.000 morts au total) et la Russie. En France ou en Allemagne, ce sont entre 20 et 25% des hommes entre 20 et 30 ans qui meurent.

Il appartient aux Congolais de réécrire l’Histoire de la Force publique congolaise

Ce qui est méprisant pour l’Afrique, c’est que les soldats des troupes coloniales ne semblent pas avoir été comptabilisés dans ces calculs. L’historien belge Stengers a reconnu que « D’une manière générale, le poids de la Belgique dans la guerre a été largement le poids du Congo« et de ses immenses ressources minières: « poids militaire, poids financier, poids minier, poids agricole, poids humain, poids stratégique« . En 1943, le gouverneur général Ryckmans reconait devant le Conseil du gouvernement : « Comme nous, les indigènes ont travaillé pour la guerre. Ils en ont souffert plus que nous. Le solde est une créance sur l’avenir à laquelle la Belgique devra faire honneur . »

Pire encore, comme le mentionne Anicet Mobe, « dans les manuels d’histoire ainsi que dans les ouvrages édités par les services d’information des armées coloniales, la bravoure militaire des Africains n’est évoquée qu’à travers les qualités des officiers européens. Les soldats africains n’apparaissent guère comme des acteurs de leurs exploits militaires. » A cet effet, nous avons été témoins de ce déni de l’histoire lorsqu’après notre formation à l’Ecole Royale Militaire, nous avons constaté que l’un des cours les plus importants de la formation d’officier en Belgique, le Cours d’histoire militaire, enseigné par le professeur honoraire Luc De Vos depuis les années 1980, ne mentionnait pas cette épopée victorieuse des forces coloniales congolaises qui permit à la Belgique, écrasée et envahie par les allemands, à être comptée parmi les vainqueurs de la Grande guerre.

Il est temps que les historiens africains travaillent sérieusement sur ce sujet. Ce, pour la simple raison que tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur.

Jean-Jacques Wondo Omanyundu

Sur la même thématique :

Le Congo, la Belgique et la Grande guerre 1914-1918 : http://desc-wondo.org/le-congo-la-belgique-et-la-grande-guerre-1914-1918-anicet-mobe/

- See more at: http://desc-wondo.org/la-force-publique-congolaise-a-sauve-la-belgique-et-le-rwanda-des-nazis-lors-de-la-grande-guerre-jj-wondo/#sthash.ssy3Iz2M.dpuf

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